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Abus d'alcool: prévenir sans stigmatiser

BSS 2005 alcoolDes intervenants du champ de la santé s'interrogent aujourd'hui sur le relatif désintérêt vis-à-vis de l'alcool dans les politiques de santé publique. Cette attitude apparaît particulièrement contrastée quand on observe la situation qui prévaut en matière de tabac ou encore de drogues illégales...

Une question se pose dès lors : entre désintérêt et chasse aux sorcières, un cadre raisonnable peut-il être construit pour des interventions concernant la prévention de l'alcoolisme ?

pdfTélécharger la brochure "Abus d'alcool. Prévenir sans stigmatiser"351.75 Ko

 

Entre individu et société, les enjeux sont parfois antagonistes. Entre maîtrise et ivresse, les sociétés mettent en place des stratégies multiples : recherche de sens collectif, encadrement, normes d'usage, éducation, répression, aide et soins, etc. Mais ces stratégies se doublent généralement de la stigmatisation des personnes qui dévient du cadre posé par la société – stigmatisation pouvant produire de nouveaux problèmes tels que le rejet, l'exclusion, la marginalisation.

Ces réflexions préalables ont amené les asbl Infor-Drogues et Question Santé à proposer une journée de réflexion, organisée avec le soutien de la Commission Communautaire Française de la Région de Bruxelles- Capitale.

Pour alimenter le débat, elles invitaient à Bruxelles, le 16 novembre 2004, M. Michel Craplet, psychiatre et alcoologue, M. Jean-Pierre Castelain, anthropologue, et M. Claude Macquet, sociologue.

Le Dr Craplet propose une approche globale de la prévention de l'alcoolisme. Celle-ci inclut l'information individuelle aussi bien que l'action communautaire, elle touche l'ensemble de la population, elle comprend des mesures de contrôle, l'information du grand public, l'éducation à la santé individuelle et la formation de personnes relais. La prévention globale refuse les modèles psychopathologiques simplistes et se garde du fantasme de toute-puissance dans la maîtrise et le contrôle des comportements à risque.

Jean-Pierre Castelain s'est intéressé aux «manières de boire» chez les dockers du Havre. A partir de ce travail d'enquête, on peut voir que la notion d'alcoolisme n'a pas le même contenu pour tous et qu'il faudrait faire l'histoire du mot et de son usage. Une chose est claire, montre M. Castelain, tout discours de prévention extérieur au milieu est ignoré, incompris, refusé ou détourné, car il fait l'impasse sur la question préalable : la fonction de l'alcoolisation.

Enfin, Claude Macquet, en étudiant la société postmoderne, constate qu'une société libérale est loin d'être une société vertueuse; cela mérite sans doute d'être rappelé ici. Mais le pluralisme postmoderne manifeste de telles velléités, non plus de discipline, mais bien de surveillance, que cela semble une véritable tâche politique que de préserver, tant que faire se peut, la distinction entre vie privée et vie publique. Un autre risque pourrait bien se profiler à l'horizon de nos sociétés contemporaines , celui que mentionnait déjà Alexis de Tocqueville il y a un peu plus d'un siècle et demi : «Lorsque les hommes sont libres de toute contrainte entre eux, ils ne cherchent plus que leur bien-être personnel et ils se juxtaposent les uns à côté des autres sans lien pour les réunir ; c'est alors le pouvoir social qui s'en charge»...

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