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Egalité femmes/hommes, gender, gender mainstreaming... Sur la bonne voie ? (Première partie)

Où en est-on sur les questions de genre ?...
En quelques décennies, l’égalité entre les femmes et les hommes a enregistré des progrès notables. C’est vrai en Belgique, comme dans de nombreux autres pays, même si l’évolution dans ce domaine diffère d’une aire géographique à l’autre, et, au sein même de chacun de ces espaces, d’un pays à l’autre. Ainsi les droits fondamentaux qui nous apparaissent aujourd’hui comme aller de soi pour les femmes (voter, travailler, choisir son conjoint, disposer librement de son corps, gagner de l’argent, ouvrir un compte bancaire – sans avoir l’aval du pater familias ! –, etc.) ont à peine une soixantaine d’années chez nous. Ces avancées ne peuvent cependant pas occulter la persistance d’inégalités et stéréotypes divers dans de nombreux domaines. Pour les réduire, de nouveaux concepts sont venus enrichir la politique d’égalité des chances entre les sexes. Il s’agit notamment du gender et gender mainstreaming.

Les inégalités sont-elles en passe d’être reléguées aux oubliettes ? Avant de répondre à cette interrogation, il convient peut-être de s’arrêter sur des termes qui sont assez techniques. Le mot anglais gender se traduit en français par « genre ». Pour bien le comprendre, il est nécessaire de se référer au mot « sexe » auquel il est lié tout en s’en distinguant fortement. Le « sexe » en effet est directement lié au biologique et, plus particulièrement à ce qui distingue les hommes et les femmes sur le plan physique. L’exemple le plus évident est le domaine de la reproduction où seules les femmes peuvent tomber enceinte. Le « genre » est ce qui est culturellement construit par une société autour de chacun des deux sexes biologiques. Il s’agit donc de caractéristiques liées au statut d’hommes ou de femmes, qui ne sont pas innées mais élaborées par la société. La répartition sexuée de nombreuses tâches au sein de celle-ci en est la parfaite illustration. Rappelons enfin que le genre varie selon les cultures et selon les époques et est souvent lié à l’existence de stéréotypes dans une
société donnée. Le terme mainstreaming se traduit, lui, en français par «intégra- tion » 1.

GENDER MAINSTREAMING : QUEL INTERET ?

Auparavant, différentes mesures dites spécifiques ont été prises pour réduire les inégalités entre les femmes et les hommes. Mais ces mesures ou mesures de discrimination positive (en faveur de femmes) n’ont toujours pas réussi à éliminer les inégalités. C’est pour renforcer ces dispositions que le gender mainstreaming ou l’approche intégrée de l’égalité a été mise en place. Celle- ci ne vient donc pas remplacer les premières qui restent nécessaires, mais plutôt les compléter. L’intérêt du gender mainstreaming est qu’il s’agit d’une approche transversale, systématique et préventive, menée par et au sein des organes exécutifs impliqués dans la définition, la mise en œuvre et l’évaluation des politiques. Elle est dite transversale parce qu’elle est une stratégie qui s’applique à tous les domaines politiques (ex. : Emploi, Affaires sociales, Santé, Mobilité...). Elle est dite systématique parce qu’elle s’applique à toutes les phases du « cycle politique » (préparation, décision, mise en œuvre, évaluation). Elle est enfin appelée stratégie préventive puisque son objectif est d’éviter que les pouvoirs publics ne mettent en place des politiques qui créent ou accentuent des inégalités entre les femmes et les hommes 2.

Consécration au plus haut niveau

Comment la Belgique en est-elle arrivée à adopter le gender mainstreaming ? Pour y répondre, il faut se rendre à la troisième Conférence mondiale des Nations-Unies sur les femmes qui s’est tenue à Nairobi (Kenya) en 1985. Suite à cette conférence, une résolution est publiée et le nouveau concept de gender mainstreaming ou d’« approche intégrée de l’égalité » fait son apparition dans divers documents internationaux 3. C’est à l’issue de la quatrième Conférence à Pékin, en 1995, qu’est publiée la « Déclaration de Beijing » où les gouvernements signataires s’engagent à faire progresser les objectifs d’égalité, de développement et de paix pour les femmes du monde entier. Le programme d’action qui est alors élaboré a pour objectif de renforcer le pouvoir des femmes au niveau social, économique et politique, améliorer leur santé, faciliter leur accès à l’éducation et protéger leur droit de reproduction en veillant à ce qu’une perspective sexo-spécifique soit appliquée à toutes les politiques 4. Douze domaines d’action prioritaires sont identifiés. Il convient ainsi d’agir pour lutter contre : la persistance de la pauvreté, qui pèse de plus en plus sur les femmes ; l’accès inégal à l’éducation et à la formation ; l’accès inégal aux soins de santé et aux services sanitaires, les dis- parités et insuffisances en ce domaine; la violence à l’égard des femmes ; le partage inégal du pouvoir et des responsabilités ; la persistance de discriminations à l’égard des petites filles, etc.

La suite va se jouer au niveau communautaire puisque la Commission européenne va définir ce qu’est le gender mainstreaming dans une communication du 21 février 1996. Cependant, pour la Commission, promouvoir l’égalité ne se limite pas à mettre en œuvre des actions positives, mais à prendre en compte systématiquement une approche respectueuse des besoins féminins et masculins dans l’ensemble de politiques et actions. C’est ce que reprennent en substance les articles 2 et 3 du Traité CE.

En Belgique, les articles 10 et 11bis de la Constitution garantissent l’égalité des femmes et des hommes et notamment l’égal exercice de leurs droits et libertés. Une nouvelle loi, celle du 12 janvier 2007, vise à lutter contre les discriminations entre les femmes et les hommes notamment dans l’emploi, la sécurité sociale, la fourniture des biens et services, l’accès aux activités économiques, sociales et culturelles. Cette loi transpose plusieurs directives européennes et améliore le système de sanctions en cas de discrimination. Elle a pour ambition de concrétiser le principe d’égalité entre les deux sexes au niveau fédéral belge 5. Des mesures similaires vont être prises au niveau des entités fédérées.

Quelles inégalités au juste ?

Certains – de mauvaise foi ? – sont encore étonnés quand on leur parle d’inégalités entre les sexes en Belgique. La croyance étant forte que l’égalité à ce niveau est désormais acquise et que les différences qui subsistent relèvent principalement de choix personnels. Comment en effet ne pas le croire quand on entend par exemple que la Belgique occupe la 5ème place de l’indice européen d’égalité de genre ?

Cet indice évalue en effet les performances des Etats membres de l’Union européenne (UE) en matière d’égalité des femmes et des hommes et il est calculé par l’Institut pour l’Egalité des Femmes et des Hommes (IEFH). « Chaque Etat est coté sur 100 points, 100 signifiant une égalité de genre totale. Ce score global est calculé sur la base d’indicateurs répartis dans six domaines spécifiques : le travail, l’argent, le savoir, le temps, le pouvoir et la santé. » 6 Sur base des données récoltées en 2012, la Belgique obtient un score de 58,2 sur 100 se plaçant ainsi en 5ème position au niveau de l’UE, « à 16 points de la Suède, l’incontestable n°1. La Finlande, le Danemark et les Pays-Bas complètent le top 5 (...) Si la Belgique grimpe d’une place par rapport à l’Indice 2013, elle perd 0,1 point au total. Ses résultats sont moins bons dans tous les domaines, sauf dans celui du temps (qui compare le temps consacré respectivement aux activités domestiques, économiques et sociales) où elle obtient un statu quo. Ses performances restent toutefois au-dessus de la moyenne européenne, qui s’élève à 52,9 sur 100 (contre 52,4 en 2013). La Belgique se situe sous la moyenne uniquement dans le domaine de l’emploi » 7.

Dans ce dernier domaine justement, d’après des données publiées par l’IEFH en 2014, les hommes gagnent en moyenne toujours 10% en plus que les femmes dans notre pays. « Ce sont parmi les employés et les ouvriers du secteur privé que l’on recense les différences entre hommes et femmes les plus importantes, avec respectivement 25% et 20%. Si l’on observe les salaires annuels, on constate alors que les hommes gagnent au moins 22% de plus que les femmes. Ce phénomène s’explique par un nombre plus important de femmes qui travaillent à temps partiel 8. » Selon l’Institut, les femmes d’origine étrangère (hors UE) sont encore plus touchées par ces différences. Autre domaine d’inégalités : l’éducation des enfants et les tâches ménagères qui incombent encore très largement aux femmes. Ce sont précisément ces deux tâches qui poussent nombre d’entre elles à recourir au temps partiel ou à des interruptions de carrière. En Belgique, le travail à temps partiel est plus le fait de femmes que d’hommes. Il en résulte que ce sont les femmes qui sont pénalisées en termes de droits sociaux – pensez par exemple aux nouvelles mesures prises en matière d’allocations de chômage 9 ! –, de pension et de revenus. Les familles monoparentales ayant à leur tête une femme comme chef de famille sont également plus nombreuses que les pères isolés avec enfants. Et ce sont encore les premières qui courent un plus grand « risque de pauvreté ». Malgré la parité au niveau politique, notamment sur les listes électorales, les femmes restent sous-représentées au sein des assemblées législatives et très minoritaires au sein des organes exécutifs, etc.10

L'EMPLOI DU TEMPS DES FEMMES ET DES HOMMES EN BELGIQUE : DES DIFFERECES

« En moyenne, les hommes (d’âge compris entre 12 et grosso modo 95 ans) consacrent 7 heures de plus par semaine que les femmes au travail rémunéré. En outre, les hommes disposent en moyenne de 6,5 heures de loisirs en plus, et se déplacent par semaine trois quarts d’heure en plus. Les femmes, en revanche, consacrent en moyenne 8,5 heures par semaine de plus aux tâches ménagères, auxquelles s’ajoute 1,5 heure par semaine de plus aux soins et à l’éducation des enfants (...) Pendant l’âge actif (de 25 à 55 ans), période où la carrière professionnelle et les enfants prennent une place considérable, (...) le travail rémunéré représente en moyenne 10 % de l’emploi du temps des femmes, contre 15 à 20 % pour le travail familial. Pour les hommes, la proportion inverse s’observe (15 à 20 % en moyenne pour le travail rémunéré, 10 % pour le travail familial). Une première conclusion est dès lors que l’emploi du temps moyen des femmes et des hommes continue dans une grande mesure à présenter l’ancien profil des stéréotypes sexuels : l’homme assure la subsistance, la femme s’occupe du ménage. »
Genre et emploi du temps, Institut pour l’Egalité des Femmes et des Hommes, 2009, pp. 89-90.

Au niveau de la santé et du travail

Les inégalités citées précédemment sont assez connues, du moins peut-on le supposer puisqu’elles sont régulièrement mises en avant. D’autres le sont moins comme nous avons pu le constater au cours de la Conférence Internationale « Femmes, santé et travail » organisée par l’Institut syndical européen (European Trade Union Institute - ETUI) 11 en début d’année. Le but en était de partager les connaissances et les expériences pour améliorer les conditions de travail des femmes et renforcer l’égalité. La conférence s’articulait autour de six axes : les inégalités sociales de santé et la division sexuelle du travail ; les risques chimiques au travail pour les femmes ; l’organisation sociale des temps et son impact sur la santé ; le genre ; la pénibilité du travail et ses effets à long terme ; l’adaptation/normalisation des machines et des EPI et les questions liées au vieillissement dans une approche différenciée de genre sur le travail. Impossible de revenir ici sur tout ce qui s’y est dit, aussi n’en donnerons-nous que quelques éléments 12

egalite femmes hommes1 BXL80A quoi pense-t-on, par exemple, quand on évoque les métiers pénibles, voire dangereux ? Généralement, aux métiers masculins, à cause des stéréotypes qui sous-tendent les discours. Il est ainsi aisé de croire que les femmes sont moins exposées que les hommes aux risques professionnels. Voilà une croyance ou une affirmation, soulignait-on en début de conférence, à mettre en question. Que deviennent dans ce contexte la pénibilité du travail des coiffeuses, femmes de ménage, infirmières et autres travailleuses ? Il est vrai cependant que l’on retrouve moins de femmes dans des professions avec risques d’accidents graves. Or, ce qu’il faut voir, ce sont les impacts à long terme du travail pénible qu’exercent ces femmes sur leur santé. Des enquêtes révèlent qu’elles sont aussi nombreuses que les hommes à ne pas pouvoir garder leur travail jusque 60 ans. Dans la majorité des pays européens, au-delà de 50 ans, le taux d’activité chute chez les femmes. Doit-on continuer à penser que leurs emplois sont moins pénibles ? D’autres études européennes montrent également que la division sexuelle du travail n’a pas vraiment changé. La dévalorisation du travail féminin ou la ségrégation professionnelle reste une réalité. Ce dernier point illustre assez bien la limite des politiques actuelles menées au niveau de l’emploi.

La question de la pénibilité est liée à celle de la sécurité sur le lieu du travail. Les réflexions menées dans ce domaine, expliquait une chercheuse italienne, ont évolué à partir du moment où les professionnels ont commencé à réfléchir au lien existant entre les substances chimiques et le corps humain. Depuis les années 80, beaucoup de choses ont changé dans l’environnement du travail des hommes et des femmes. Notamment sur le plan de la santé et de la sécurité sur le lieu de travail qui sont toutes deux des valeurs importantes de notre société. Or, les politiques européennes, libérales, économiques de manière générale, ont dévalorisé le travail. Elles ont conduit à épargner sur les conditions de travail. Ceci a un coût, notamment au niveau de la santé. Selon la chercheuse, le constat est que beaucoup a été fait pour les professions exercées par les hommes. Il suffit, par exemple, de voir comment la médecine du travail a réagi par rapport aux risques et accidents. Et pour les femmes ? Jusqu’ici peu d’études et de moyens ont été investis sur le thème de la sécurité et de la santé au travail de ces dernières.

LE MARI, COMME CAUSE DE MALADIE PROFESSIONNELLE

Une oratrice, dont l’intervention portait sur les maladies professionnelles, a aussi évoqué les difficultés que pouvaient avoir les femmes à faire reconnaître celles- ci. Et de donner l’exemple d’une travailleuse australienne, chez qui un cancer a été diagnostiqué, résultat d’une exposition à des substances cancérigènes. Alors que l’on reconnaissait ce cancer comme maladie professionnelle chez les travailleurs masculins ayant été employés dans la même entreprise, il lui a fallu aller devant les tribunaux pour obtenir la même reconnaissance et avoir droit à un revenu de remplacement. Quel argument lui opposait l’entreprise incriminée (ainsi que l’organisme responsable des maladies professionnelles ?) La cause de son cancer devait – surtout ? – être recherchée dans les difficultés qu’elle pouvait avoir chez elle, notamment avec son mari (dure conciliation vie professionnelle - vie privée, stress, etc.) ! A un travailleur atteint d’un cancer professionnel, aurait-on osé suggérer que sa femme en était peut-être à l’origine ?

Améliorer le bien-être de tous en ville

Dans les paragraphes précédents, nous avons volontairement mis l’accent sur les inégalités dont souffraient les femmes dans le monde du travail. Pour montrer les nombreux points sur lesquels notre société devrait encore travailler. L’objectif n’est nullement de nier les inégalités et les stéréotypes qui affectent les hommes. Il suffit encore de voir ceux qui ressurgissent quand des hommes choisissent de s’orienter vers des métiers exercés majoritairement par les femmes (éducation, petite enfance, soins infirmiers...) ou d’aménager leur temps de travail professionnel pour s’occuper davantage de leurs enfants, etc. Prendre ces questions dans une perspective de genre permet d’aller au-delà des inégalités entre sexes, de voir ce qui peut être mis en place pour les réduire et améliorer le bien-être des hommes et des femmes. C’est pourquoi, dans les politiques publiques, à côté du gender mainstreaming (ou de l’approche intégrée de l’égalité entre femmes et hommes), il est aussi question de gender budgeting. En effet, quelles politiques peut-on mener si on ne s’en donne pas les moyens ?

« Prendre en compte le genre dans les politiques signifie également l’intégrer dans les budgets. C’est cela qui s’appelle “gender budgeting” ou “budgétisation sensible au genre”. Ce n’est donc pas un but en soi mais bien un outil de gestion transversal faisant partie du gender mainstreaming. Il permet l’analyse et l’élaboration des budgets en tenant compte de la situation respective des femmes et des hommes. Il peut être appliqué à tous les champs d’actions des compétences politiques, comme par exemple la gestion des espaces publics, l’emploi, la formation professionnelle, la cohésion sociale, les sports, les crèches, les maisons de quartier, la gestion des infrastructures, la culture, l’urbanisme, la mobilité... et, bien entendu, les finance 13

Le gender budgeting était au cœur du colloque « Un budget communal pour les hommes... et pour les femmes ? » organisé par Bruxelles Pouvoirs Locaux en collaboration avec les communes d’Ixelles, Etterbeek, Schaerbeek et la Ville de Bruxelles en octobre dernier. Ces dernières étaient venues partager leurs réflexions après avoir analysé leur budget sous l’angle du genre. Certaines d’entre elles, comme Ixelles, ont passé l’ensemble de leur budget sous la loupe du gender budgeting. D’autres par contre sont dans une phase pilote, ayant circonscrit la démarche à des secteurs précis. Etaient également invitées des représentantes de la Ville de Vienne (Autriche), pionnière dans l’implémentation du gender mainstreaming et du gender budgeting. Entre autres initiatives, les représentantes viennoises ont ainsi montré des photos de ce qu’il était possible de faire avec des escaliers dans un espace public. Plutôt qu’avoir des escaliers assez raides – et donc difficiles à utiliser pour les mamans (et papas !) avec poussettes, les personnes âgées et toutes celles qui sont à mobilité réduite, la solution trouvée, après avoir discuté avec des groupes de citoyens, a été de construire des escaliers accessibles à tous.

Budget communal : quels impacts pour les femmes et les hommes ?

egalite femmes hommes2 BXL80Gender budgeting, budgeting participatifs... Ces démarches permettent aussi aux pouvoirs publics d’aller à la rencontre, et d’être à l’écoute de ceux et celles qui utilisent réellement la ville et ses différents espaces. Leur aménagement ne peut être laissé entre les seules mains des experts (architectes, ingénieurs, etc.). Que disent, par exemple, les femmes des trottoirs pavés, des parcs où la part belle est faite au terrain de football ou des tunnels comme cela a été à la mode auprès des architectes à une époque ? « Pas pratiques les pavés quand on a une poussette, un caddy ou que l’on porte des talons », a-t-on rapporté au cours du colloque. Par rapport aux terrains de foot, peu de jeunes filles se sentent concernées par ces terrains, souvent grillagés. Quant aux tunnels, beaucoup disent y ressentir un fort sentiment d’insécurité, d’autant plus que les lampes n’y fonctionnent pas souvent, etc. Si on ne prend pas le réflexe d’interroger les hommes... et les femmes, les experts continueraient d’élaborer de beaux plans dans leurs bureaux, quitte à s’interroger plus tard sur les raisons de la faible ou la non-utilisation des lieux réaménagés, par une partie de la population.

Une première conclusion

En matière d’égalité entre les femmes et les hommes, des progrès indéniables ont été réalisés en l’espace de quelques années. Il faut cependant reconnaître que les inégalités entre les sexes n’ont point disparu. Aussi à côté des mesures spécifiques, commence-t-on à utiliser de plus en plus le gender mainstreaming ou la stratégie de l’« approche intégrée de l’égalité ».

Il faut y voir une volonté manifeste de promouvoir davantage l’égalité entre les sexes. Aussi bien dans le chef des pouvoirs publics que des syndicats comme cela a été souligné plus haut. Le travail étant, comme tant d’autres domaines encore, le lieu d’expression d’inégalités visibles et/ou invisibles. L’accent a volontairement été mis sur la santé. Tout d’abord au sein des entreprises où la pénibilité et la sécurité au travail sont encore souvent pensées sous l’angle masculin.

D’autres situations d’inégalités sont toutes aussi révélatrices des efforts qu’il faut encore consentir. Depuis quelques années, les transports en commun, par exemple, engagent des conductrices. C’est une bonne chose en matière d’égalité, mais comment font ces dernières pour se soulager lors des pauses en l’absence de structures sanitaires au niveau des terminus ? Les conducteurs, paraît-il, peuvent encore « se débrouiller » sans toilettes. Autre exemple : les machines utilisées dans l’industrie sont avant tout conçues pour être utilisées par des hommes. Ne peuvent-elles pas être adaptées ? Ne peut-on en créer qui faciliteraient également le travail des employées ? Etc. L’autre point sur lequel nous avons également voulu attirer l’attention est la santé et le bien-être en ville. Qui réfléchit à l’urbanisme et aux réaménagements en ville? Qui utilise cette dernière et comment ? Quels impacts ont les décisions politiques sur la vie des femmes et des hommes ? Vont-elles ou pas dans la bonne direction sur le plan de l’égalité ? Voilà quelques questions que doivent désormais se poser aussi les responsables politiques avant de dépenser les deniers publics (gender budgeting).

egalite femmes hommes3 BXL80Si la gestion des affaires publiques et le travail semblent être sur la bonne voie de l’égalité, qu’en est-il toutefois des associations, un secteur qui est largement féminisé ? A découvrir dans le prochain numéro de Bruxelles Santé.

Textes rassemblés par
Anoutcha Lualaba Lekede

 1. Manuel pour la mise en œuvre du gender mainstreaming au sein de l’administration fédérale belge, Institut pour l’Egalité des Femmes et des Hommes, 2010, p. 16.

2. Ibidem, pp. 23-24.

3. Le gender mainstreaming – Une nouvelle tendance dans la politique d’égalité des chances, CEFA asbl.

4. Dr Axel Hoffman, Une politique de santé pour les femmes, http://www.maisonmédicale.org

5. Manuel pour la mise en œuvre du gender mainstreaming au sein de l’administration fédérale belge, Institut pour l’Egalité des Femmes et des Hommes, 2010, p. 17-18.

6. Pas de progrès sur la question de l’égalité homme-femme en Belgique (25.06.2015), http://www.levif.be

7. Ibidem.

8. L’écart salarial hommes-femmes ne se réduit plus, http://www.levif.be

9. 18.000 exclus du chômage en janvier, dont deux tiers de femmes (05.03.15), http://www.levif.be

10. Manuel pour la mise en œuvre du gender mainstreaming au sein de l’administration fédérale belge, Institut pour l’Egalité des Femmes et des Hommes, 2010, p. 18.

11. L’ETUI est le centre indépendant de recherche et de formation de la Confédération européenne des syndicats (CES), qui regroupe elle- même les organisations syndicales d’Europe. La conférence « Femmes, santé et travail » avait été organisée du 3 au 6 mars 2015.

12. Le rapport de la conférence et les présentations des différents intervenants sont disponibles dans la rubrique « Evénements » du site http://www.etui.org

13. Vade-Mecum Gender Budgeting, expériences bruxelloises, Bruxelles Pouvoirs Locaux – Service Public Régional de Bruxelles, 2015, p. 7.

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