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« SOS sectes » : une nouvelle association pour aider les victimes de sectes

Tout ou presque a été dit sur les sectes et leurs dangers. Les livres, comptes rendus d’expériences, articles de presse, émissions télé, etc., foisonnent en la matière. Mais qu’en est-il des ex-adeptes victimes de sectes ? Et surtout, qu’en est-il des proches de ces victimes, entraînés malgré eux dans une souffrance au quotidien ? Nous avons rencontré à ce propos Jean-Claude Maes, psychologue et thérapeute systémique au Centre de Consultations et de Planning Familial Marconi et initiateur de cette nouvelle asbl.

Bruxelles Santé : Comment est née l’idée de créer une association d’aide aux victimes de sectes ?

J.C. Maes : Un peu par hasard. En fait, je travaille au Centre Marconi en tant que psychothérapeute et, comme il s’agit ici d’un planning familial, on y reçoit, en toute logique, des familles. J’ai eu en consultation, à un moment donné, plusieurs familles concernées par des problèmes de secte. Essentiellement des parents dont le fils ou la fille se trouvait dans une secte. En entendant leur histoire, je me suis rendu compte que je me trouvais face à une problématique que je ne connaissais pas. A priori, j’avais bien sûr une certaine idée des sectes, comme n’importe quel psychologue, mais ce que j’entendais dans le discours de ces familles ne correspondait pas à mes schémas théoriques. Deux solutions se présentaient dès lors à moi : la première consistait à me dire “ils me mentent, c’est la théorie qui a raison ”, la seconde était d’approfondir le sujet.

B. S. : Vous avez choisi la seconde.

J.C. Maes : En effet. D’autant qu’à cette époque, nous devions organiser de nouvelles activités de prévention dans le cadre des missions du planning. J’ai donc proposé, lors d’une réunion d’équipe, de créer un groupe de parole pour ex-adeptes, parents et conjoints d’adeptes de sectes. Le résultat fut surprenant ! Des gens téléphonaient pour participer au groupe de parole, mais surtout un grand nombre de personnes nous appelaient pour avoir des consultations. Ce qui n’était pas prévu au programme.

B. S. : Comment expliquez-vous une telle demande ?

J.C. Maes : Nous avons découvert avec stupeur qu’aucun psychologue ne s’occupait de ce problème en Belgique. Un certain nombre d’associations s’occupaient de victimes des sectes, mais toutes étaient constituées de bénévoles, par ailleurs extrêmement bien documentés en la matière et pleins de bonne volonté, mais de psychologues, point ! À l’époque, il semble même qu’il n’y avait rien non plus en France et, plus étonnant encore, aucune littérature analytique en la matière (la situation a changé depuis). Donc j’ai essayé de faire face aux consultations et j’ai lancé, à peu près en même temps, deux recherches, l’une concernant le profil individuel des adeptes de secte, l’autre le profil familial. Comme j’ai été débordé par les consultations, j’ai cherché à développer et à financer un projet plus large, ce qui a abouti à la fin de l’année dernière. Nous allons donc créer l’asbl “SOS Sectes”, qui va fonctionner avec un psychologue et une secrétaire à temps plein. Nous avons également obtenu un budget de la Commission communautaire française, Service Santé, afin de terminer les recherches commencées. Mais nous pouvons déjà tirer certaines conclusions de par notre pratique en consultation.

B. S. : Quelles sont-elles ?

J.C. Maes : Un des constats que l’on peut déjà faire, c’est que les gens nous disent avoir consulté tel ou tel psychologue et avoir eu le sentiment de ne pas avoir été compris, voire même d’avoir été jugés. Ces psychologues – dont je connais certains et pour lesquels j’ai beaucoup d’estime - éprouvent certaines difficultés par rapport au phénomène sectaire. Parce qu’il s’agit d’une problématique mal connue au niveau psychologique, et aussi d’un phénomène de société qui engendre la polémique, y compris chez les psys. C’est d’ailleurs à partir de cette constatation que nous avons participé à l’organisation de colloques patronnés par l’AVCS [1] (Aide aux Victimes de Comportements Sectaires). Le premier, en octobre 1999, visait à mieux cerner la problématique de l’aide aux victimes de sectes. Le second s’est tenu l’année suivante ; il était consacré aux gourous. Le troisième aura lieu en octobre 2001 et traitera des enfants dans les sectes. De son côté, le CEFA [2] (Centre d’Education à la Famille et à l’Amour) a pris l’initiative d’organiser des séminaires de sensibilisation à la problématique sectaire. Ils réunissent gendarmes, policiers, psychologues et psychothérapeutes, assistants sociaux, etc., pour les sensibiliser à mon approche de l’aide aux victimes de sectes.

B. S. : En quoi votre approche se distingue-t-elle ?

J.C. Maes : Mon optique, quand je reçois une famille, un conjoint, est de réinterroger la problématique de façon à ce que le co-adepte [3] puisse la regarder sous un angle qui lui permet d’envisager des solutions. Souvent les ex- et co-adeptes ont en commun de voir l’avenir bouché, sans solutions. Tant que le co-adepte interpelle l’adepte - sur un mode agressif, sur un mode argumentaire, sur un mode souffrant -, l’adepte évite de se poser des questions sur ce qu’il vit : il est trop occupé à contre-argumenter les propos du co-adepte. Le conflit avec le co-adepte lui permet de faire l’économie des questions qu’il pourrait se poser. En général lorsque le co-adepte lâche prise, sort de son obsession, comme par miracle l’adepte commence lui à se poser des questions sur ce qu’il est en train de vivre. Quant à l’ex-adepte, il a un travail de deuil à faire, qui peut prendre longtemps. Il doit aussi arriver à donner un sens à ce qui lui est arrivé, dans le contexte plus général de son histoire personnelle. L’entrée en secte est souvent vécue par les ex-adeptes comme une rupture dans leur histoire. Ils se retrouvent à la sortie comme s’il y avait eu une parenthèse dans leur vie, comme si le temps s’était arrêté, comme si toute cette histoire ne les concernait pas autrement que comme victimes. Ce qui est (en partie) vrai. Il y a effectivement un effet traumatique de l’appartenance à une secte. Il y a des symptômes qui sont les mêmes que dans les autres domaines de la victimologie. Mais je pense que l’ex-adepte peut s’interroger sur ce qui lui est arrivé, de façon à ce que cela prenne un sens pour lui, un sens individuel qui ne soit pas qu’une généralité sur le phénomène sectaire... Voilà pour l’un des objectifs de notre asbl.

B. S. : Pouvez-vous nous décrire ce qu’il en est des autres objectifs de votre association ?

J.C. Maes : Il est également prévu d’organiser des conférences, séminaires, colloques, etc. Un autre objectif est de continuer dans la recherche. Je pense qu’il faut absolument sortir du sensationnalisme et adopter une démarche plus scientifique. Le problème, pour l’intervenant psychologique, n’est pas de savoir s’il y a de bonnes ou de mauvaises sectes, ou de se demander si les sectes se développent parce que la société est mauvaise. Mon rôle est plutôt de me demander de quoi est victime celui qui entre en secte et en quoi je peux l’aider. Après cela, je peux effectivement m’interroger sur la signification sociale du phénomène sectaire. En tout cas, en tant que professionnel, je dois me dégager d’une approche militante. La mission de l’asbl sera aidante et non militante.

S.O.S. Sectes
Rue Marconi, 85 - 1190 Bruxelles
Tél. : 02.345.10.25 (n° provisoire)

Notes
[1] A.V.C.S. Tél. : 086.21.41.85

[2] CEFA Tél. : 02.640.44.14

[3] “Le proche (conjoint, parent...) d’un adepte de secte qui porte la souffrance de la problématique, alors que l’adepte lui, en porte le symptôme”

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