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Boncelles-Rolin, à Etterbeek

Situées seulement à quelques centaines de mètres l'une de l'autre, les cités de logement social Boncelles et Rolin servent de laboratoire au projet de cohésion sociale que mène la commune d'Etterbeek depuis six ans. Après des débuts un peu hésitants, toutes les pièces du puzzle se sont progressivement mises en place et permettent de construire ce "mieux vivre ensemble" qui est devenu trop rare dans les grandes villes.

C'est pour renverser cette tendance que la Région de Bruxelles-Capitale a lancé les Projets de cohésion sociale (PCS) dans les logements sociaux. Etterbeek a été l'une des premières communes à s'impliquer dans un PCS, qu'elle a choisi de mener à titre expérimental sur deux sites de logements sociaux. Le premier, Fort de Boncelles, est situé dans la rue du même nom. Géré par le Foyer Etterbeekois, c'est un bâtiment construit en forme de quadrilatère, dans les années 1910, autour d'un grand espace privatif réservé aux locataires sociaux, la Plaine du Fort de Boncelles. Le second site, Rolin, est géré par Sorelo et Le Foyer Etterbeekois. Construit tout récemment, dans les années 1990, il occupe l'emplacement de l'ancienne Caserne Rolin. Sa particularité : un mélange harmonieux de logements sociaux et privés. Les deux cités comptent un peu plus d'un millier d'habitants, répartis en 250 ménages à Boncelles et 500 à Rolin. Elles sont joliment intégrées dans le quartier résidentiel qui les entoure.

Voilà pour ce qu'elles ont commun. Mais les habitants, les besoins, les activités conduites dans le cadre du PCS sont différents d'un quartier à l'autre : à Boncelles, on trouve beaucoup de ménages d'origines culturelles diverses et de familles avec enfants, avec maintes activités qui tournent autour des jeunes ; Rolin compte un nombre élevé de personnes âgées belges, dont le problème majeur est l'isolement, la perte des liens sociaux,mais aussi des jeunes confrontés aux difficultés scolaires et au désoeuvrement – avec, comme dans tout espace regroupant un grand nombre d'individus, les inévitables conflits de voisinage. C'est sur base de ces constats qu'a démarré un projet de cohésion sociale associant divers partenaires dont les deux Sociétés Immobilières de Service Public ou SISP (le Foyer Etterbeekois et Sorelo), le Conseil Consultatif des Locataires (Cocolo), les associations de locataires (l'Aile et l'Aigle) et la Commune d'Etterbeek. La coordination en a d'abord été confiée à la Mission Locale, puis à une ASBL créée en 2005, Logement et Harmonie Sociale.

Tout commence au mois de mai 2001, lorsque le service de médiation sociale envoie un questionnaire aux habitants du quartier Boncelles pour savoir quelles sont leurs attentes et s'ils sont prêts à s'investir dans un projet portant sur leur cité. Seuls quatre locataires y répondent ; ce sont les mêmes qui vont se retrouver dans une association d'habitants, l'Aile [1], fondée dès le mois de juin 2001. Élisabeth Minet, coordinatrice del'ASBL : "Nous sommes quatre à avoir répondu à cette annonce et nous avons quelque peu été précipités là-dedans... Nous avons commencé avec un petit financement européen et, assez rapidement, notre projet a pris de l'ampleur. Très vite, nous avons reçu un bon budget de fonctionnement. Ce n'était pas suffisant, mais cela payait au moins le salaire d'une personne, ce qui est rare. En effet, très peu d'associations peuvent démarrer aussi rapidement avec de quoi payer quelqu'un". La principale mission de l'association : renforcer la cohésion sociale au sein de la cité.

"Un projet par des locataires pour les locataires

"Cette mission correspond à l'objectif de tous les PCS : recréer une dynamique collective des locataires des grandes cités pour les intéresser à la gestion de leur immeuble et recréer un lien entre les cités et leurs quartiers. Olivier Vadi, Directeur-Gérant du Foyer Etterbeekois : "Nous avons rebondi sur des activités qui ont été menées dans le cadre du Contrat de Sécurité et de Prévention. Une des particularités etterbeekoises était que nous disposions d'animateurs et d'assistants de prévention et de sécurité déjà spécifiquement dévolus aux habitations sociales. Quand le PCS a pris forme, nous avons choisi de l'intégrer et de rebondir sur des structures que nous avions déjà développées : des locaux destinés aux habitants du quartier pour les activités du Contrat de Sécurité, locaux dont certains se trouvent au sein même des bâtiments." Pierre Grotz est un des deux assistants sociaux du Foyer Etterbeekois chargés d'accompagner le PCS : "La société de logement social apparaît comme un partenaire privilégié : elle va participer à la réflexion, à la mise en place, mais l'organisation propre des activités appartient aux locataires. L'idée est que les activités soient proposées et initiées parles habitants au travers des ASBL. Il est important qu'ils arrivent à développer des choses tant au niveau de l'intergénérationnel que de l'interculturel, en d'autres mots à recréer un lien entre eux. "

Forts de cette expérience, le Foyer Etterbeekois et les habitants du quartier Rolin, en accord avec la commune, démarrent une autre ASBL, l'Aigle. Une toute jeune association où la présence de la société immobilière est encore fort marquée. Olivier Vadi : "Au début, notre implication permet de légitimer l'action de la voisine ou du voisin face à des locataires quelque peu récalcitrants. Nous donnons l'impulsion et, après, nous essayons de tout faire pour que ces ASBL puissent vivre d'elles mêmes. Puisqu'il ne faut jamais oublier que, même si nous sommes présents et que nous apportons notre aide, la philosophie du projet c'est clairement 'par les locataires pour les locataires'."

La tâche de l'association Logement et Harmonie Sociale ou LHS, dont nous avons déjà parlé, va au-delà de la coordination, comme l'explique Bernard Moreau, travailleur social et coordonnateur du projet : "Mon travail consiste à aider les habitants des différentes cités de logements sociaux à élaborer une structure claire, parce que ce n'est pas toujours le cas. C'est aussi les soutenir dans le développement de leurs projets en leur apportant un soutien méthodologique, en les aidant au niveau de la recherche de moyens et de la communication sur leurs activités. À terme, notre objectif est de développer le PCS pour toucher deux autres quartiers sur lesquels pas grand-chose n'a encore été fait."

Depuis cinq ans, diverses activités se sont développées sur les sites de Boncelles et de Rolin : des animations pour enfants, des cours d'alphabétisation, des fêtes de quartier, une brocante, des rencontres de personnes âgées, des voyages, etc. "Des activités, insiste Bernard Moreau, dont l'objectif est d'assurer aux personnes des habitations sociales un accès égal au bien-être culturel, au bien-être social, au bien-être économique, en mettant plus spécifiquement l'accent sur l'intergénérationnel et l'interculturel."

La plus grosse demande des habitants du quartier Boncelles est une aide aux devoirs, qui est dispensée dans les locaux de l'Aile et de LHS. Ces deux écoles des devoirs sont accessibles tous les jours, en fin de journée pendant deux heures, aux enfants du primaire et des deux premières années du secondaire. Élisabeth Minet : "Notre rôle consiste surtout à leur apporter des outils de compréhension. Pour nous, le plus important est qu'ils reçoivent l'explication qu'ils n'ont pas pu avoir : c'est bien plus important que d'obtenir 10/10 le lendemain. C'est très difficile à faire comprendre aux parents, qui considèrent que si leurs enfants viennent chez nous, c'est justement pour avoir le maximum, parce que c'est toujours ça de pris. Mais les devoirs sont faits pour voir si les enfants savent se débrouiller seuls. Si nous leur donnons toutes les réponses et que nous corrigeons leurs erreurs, nous ne leur rendons pas service. "Au-delà du soutien scolaire, l'association veut également favoriser l'apprentissage de certaines valeurs comme la solidarité, l'esprit de tolérance, le respect, réduire les comportements agressifs, responsabiliser les enfants, transmettre une confiance dans la vie et l'avenir, etc. L'Aile dispense aussi des cours d'alphabétisation pendant lesquels les mamans peuvent confier leurs jeunes enfants à une garderie qui se tient dans une pièce voisine.

Carte postale de Boncelles...

Pendant que nous parlons avec Elisabeth Minet, une maman avec une poussette, à l'extérieur, nous voit et frappe, un peu énervée, à la fenêtre de la salle où nous nous trouvons. C'est une des mamans dont l'enfant fréquente l'école de devoirs : la coordinatrice va ouvrir et échange quelques mots avec elle, promettant d'avoir une plus longue discussion plus tard. Elle revient avec un sourire un peu contraint : "Les enfants de première et deuxième primaires ont terriblement du mal à se concentrer après huit heures d'école : dès qu'il y a une mouche, ils sont distraits. Alors, quand on frappe à la fenêtre, que l'on sonne à la porte, que l'on passe pour aller à la toilette ou quand le téléphone sonne, c'est à devenir folle. Les enfants ne me font jamais perdre patience, mais ces perturbations-là, oui ! Les parents ne comprennent pas que leurs enfants n'ont pas besoin de ces distractions, qu'ils ont besoin d'être attentifs. Cette dame était fâchée parce que je lui ai carrément fermé la porte au nez hier, quand elle frappait à la fenêtre. "Finalement, tout rentrera dans l'ordre après une petite discussion avec la maman.

Les enfants qui fréquentent l'association ont à leur disposition un large choix d'activités : ateliers bricolage, conte, vidéo, informatique, pâtisserie, djembé, piscine, activités sportives... Et même un atelier théâtre : l'année passée, un groupe d'adolescents a joué dans une comédie musicale sur laquelle il avait travaillé pendant plusieurs mois. Les camps de vacances organisés pour les enfants de 8 à 12 ans rencontrent généralement beaucoup de succès, à l'instar du camp à Bertogne, dans la région de Bastogne, qui est resté dans les mémoires : il y avait beaucoup d'enfants difficiles (dont sept sous médicament pour hyperactivité) chez qui l'on a pu remarquer des changements de comportements très positifs.

rolin bs44À Rolin, le comité des aînés est à ce jour le groupe le plus structuré du quartier. Les seniors se rencontrent tous les lundis pour discuter, jouer à des jeux de société, mais surtout pour planifier des excursions culturelles tout le long de l'année. Récemment, ils ont visité la mine de Blégny-Trembleur ainsi qu'une galerie de sculptures et de photos. Ils se sont également rendus à un spectacle de théâtre organisé par une des écoles locales ainsi qu'à la soirée de clôture de l'échange entre la commune d'Etterbeek et la ville d'Essaouira au Maroc. Bernard Moreau : "Pour l'instant, ce sont de toutes petites approches. Nous aimerions bien arriver à ce que le comité aille plus loin encore dans ses relations avec les jeunes générations... Pour notre école de devoirs, par exemple, nous voudrions que certains de ses membres viennent faire un peu de soutien scolaire, en plus de nos étudiants. C'est une des possibilités que nous envisageons".

Les fêtes du quartier

Les fêtes de quartier constituent un axe important du PCS à Etterbeek. La plus importante est sans doute la fête multiculturelle du quartier Boncelles, qui attire chaque année quelque deux à trois cents personnes (locataires et voisins des logements privés) et qui en est à sa cinquième édition. La première a été organisée parle Foyer Etterbeekois en 2001 et, depuis, c'est l'Aile qui s'en occupe avec de nombreux partenaires [2]. Pour sa coordinatrice, c'est ce qui fait la richesse de l'association : "S'il n'y avait pas autant de partenaires, nous ne serions pas là. C'est grâce à ces partenariats que tant de choses se développent au sein de l'Aile ". La fête se déroule généralement le dernier dimanche de juin au centre du bloc des logements sociaux. "Plusieurs associations etterbeekoises viennent tenir un stand et, en même temps, elles font un peu de publicité pour leurs activités, ce qui n'est pas plus mal". Mais la préparation de cette manifestation entraîne parfois quelques incompréhensions sur l'objectif poursuivi, commente Elisabeth Minet : "Puisque notre travail est de renforcer la cohésion sociale au sein du quartier, il nous semble évident que nous devons réunir un maximum de choses qui permettent aux gens de se rencontrer. La première fête était un barbecue, et les gens en ont déduit que la suivante serait d'office un barbecue. Et, l'année d'après, nous avons constaté que les gens descendaient, cuisaient leur viande, puis allaient chacun de leur côté ! Manifestement, nous ne rencontrions pas le but poursuivi. Nous avons alors eu l'idée d'organiser des Tables du Monde, où chacun apporte un peu de sa culture culinaire." Mais le nouveau concept, qui se fait en parallèle avec l'incontournable barbecue, a du mal à s'imposer.

rolin 2 bs 44On choisit donc de supprimer le barbecue pour l'édition 2006 et de remplacer les Tables du Monde par les Terrasses du Monde. "En pratique, cela consiste à mettre des terrasses devant chaque stand représentant un pays : les gens peuvent aller boire l'apéritif en Amérique du Sud, prendre leur repas au Rwanda et déguster leur thé à la menthe au Maroc. De telle manière qu'il y ait vraiment une possibilité de rencontres." Malheureusement, la pluie a gâché la fête ! "Peut-être que l'année prochaine, cela ira mieux", espère-t-on du côté de l'association. La déception n'a été que passagère puisque tous les partenaires se sont mobilisés autour d'un nouveau projet : le marché de Noël. Une démarche dont le but est de mettre en avant les artistes et les artisans des logements sociaux. Ce jour-là, un grand chapiteau avec les exposants occupera le centre de la plaine. Les gens du quartier seront invités à boire du thé à la menthe ou du vin chaud, à manger des gâteaux et du pain provenant de différents pays. Et un grand méchoui clôturera la soirée.

L'Aigle, l'association des locataires sociaux de Rolin, qui participe également aux fêtes du quartier Boncelles, prépare deux autres festivités : une fête de la Saint Nicolas qui est ouverte à tous et une fête de Noël pour les Aînés, qui aiment bien se retrouver de temps en temps entre eux.

La cohésion sociale, une construction au jour le jour

Le PCS à Etterbeek compte à son actif différents volets et il serait difficile de tous les énumérer ici. Outre les écoles de devoirs, les cours d'alphabétisation, les fêtes et rencontres de quartiers comme la rupture du jeûne, les nombreuses animations pour les enfants et le nouvel atelier de couture qui va démarrer à Rolin, une activité a particulièrement retenu notre attention : le camp intergénérationnel organisé au début de l'année 2006 avec le soutien de la commune. Un groupe de 60 personnes habitant le quartier Boncelles s'est rendu pendant quelques jours dans un gîte d'étape, à Durbuy Adventure. Un séjour qui a été très apprécié de tous les participants rapporte Elisabeth Minet. "Nous sommes partis avec un groupe très diversifié au niveau des nationalités représentées et au niveau des âges puisque le plus jeune avait deux ans et l'aîné avait quatre-vingts cinq ans. Nous avions un super beau gîte. Nous avons réservé des moments entre adultes, entre enfants et des moments où tous étaient ensemble (soirées intergénérationnelles). C'était un moment qui a vraiment été super chouette et tout le monde est rentré prêt à recommencer. C'était la première fois et cela a très bien marché, même si cela a été extrêmement fatigant... Parce que c'était très dur de rassembler des gens que parfois tout opposait : ceux qui ne supportaient pas les enfants, ceux qui étaient peut-être un peu racistes aussi, il y avait de tout. Mais le résultat à l'arrivée est formidable : la dame de85 ans, qui d'habitude est à sa fenêtre et râle sur ces mamans qui soi-disant ne s'occupent pas de leurs gosses, les a découvertes au camp. Elle est revenue en disant : Je ne verrai plus jamais ces mamans marocaines de la même manière."

Si les activités sont nombreuses, les nouveaux projets ne manquent pas non plus. Bernard Moreau, de LHS, tient beaucoup à publier un journal de quartier où la parole serait donnée à tous les habitants et où serait repris tout ce qui se passe dans le quartier. Mais le plus important, insistent tous les acteurs du PCS, est d'aide rles locataires à concrétiser les activités et les projets qui les motivent. Une démarche qui intéresse aussi les partenaires communaux : "Nous y avons un intérêt, explique Olivier Vadi, puisque les problèmes auxquels nous sommes régulièrement confrontés sont des conflits de voisinage. Avec toutes les activités qui sont organisées, des fêtes comme celle de Noël ou des programmes plus culturels, les gens vont inévitablement être conduits à se parler beaucoup plus, ils vont peut-être plus s'entraider aussi. On peut très bien relancer ces anciennes dynamiques d'entraide qui évitaient des frais inutiles pour les locataires. À ce moment-là, le projet ce sera la quintessence du projet. Mais, pour le moment,nous en sommes à créer des dynamiques de paliers avant de créer des dynamiques de quartiers..."

Propos recueillis par Anoutcha Lualaba Lekede

Notes

[1] AILE = Association d'Insertion, de Liberté et d'Echanges.

[2] Lire et Ecrire asbl ; Logement et Harmonie sociale asbl ; le Conseil Consultatif des Locataires (Cocolo) ; le Centre de Guidance d'Etterbeek ; la Maison Chambéry ; Le Foyer Etterbeekois ; le Comité de quartier Grande Haie-Boncelles et la Commune d'Etterbeek.

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