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Environnement et santé

Aujourd'hui on parle beaucoup, à propos des problèmes de santé en lien avec l'environnement, du réchauffement climatique, des risques de canicule et de la qualité de l'air. Hier encore, le bruit tenait le haut du pavé, se mêlant aux conflits intercommunautaires et interrégionaux à propos de l'aéroportde Bruxelles National. Si l'on remonte plusieurs années en arrière, on trouve la pollution des sols à Mellery. Ainsi, souvent, un aspect particulier des nuisances liées à l'environnement est mis en avant en raison de l'actualité. Nous essayerons ici d'envisager l'ensemble de la problématique dans la Région bruxelloise, en privilégiant toutefois les facteurs qui ont un impact mesurable sur l'état de santé.

Parmi les facteurs sur lesquels il faut agir simultanément pour améliorer durablement la santé et la qualité de vie, l'environnement, tant intérieur qu'extérieur, intervient de façon très significative ; il joue en particulier un rôle important dans l'apparition de cancers, de l'asthme, de maladies respiratoires. Or, en termes de causes de mortalité, les cancers arrivent en deuxième position (25%), suivis par les maladies respiratoires (12%) ; les maladies respiratoires chroniques répondent de 5% des décès, surtout chez des personnes âgées.

Il faut également prendre en compte l'impact de l'environnement sur la morbidité. En 2001, la prévalence de la bronchite chronique était de 6,6% en Région bruxelloise (le tabagisme actif et passif mais aussi la pollution atmosphérique étant en cause). En 2004, chez les personnes de 65 ans et plus, 13,5% des hommes et 10,6% des femmes se plaignaient d'une maladie respiratoire chronique. On sait par ailleurs que 30% de la population belge est atteinte d'allergies, un chiffre qui risque d'augmenter dans les années à venir. (Les chiffres qui précèdent sont empruntés à Bruxelles Environnement – IBGE [1].) Quant à l'asthme, une étude arrivait en 1999 à près de 14% des élèves de quinze écoles primaires bruxelloises, dont la moitié non dépistés [2]. On pensera encore aux intoxications au plomb ou au monoxyde de carbone, qui restent malheureusement d'actualité. Or elles se produisent dans les milieux intérieurs. Où nous passons 80% de notre temps : logement, école ou travail, lieux de loisirs.

1. Les pollutions intérieures

Le saturnisme [3], écrit Bruxelles Environnement - IBGE, « est reconnu comme un problème de santé publique depuis les années 60. Suite aux mesures prises dans l'environnement, la fréquence a toutefois diminué au cours des deux dernières décennies. Des dépistages réguliers dans la population adulte montrent une diminution régulière de la plombémie dans la population générale. Toutefois l'intoxication au plomb n'a pas disparu, les sources d'exposition en sont multiples (eau, poussières, alimentation...). » Les jeunes enfants y sont particulièrement sensibles et l'intoxication peut avoir chez eux de graves conséquences. Comme on le sait, les zones à risque sont les anciens quartiers bruxellois où l'habitat date d'avant la deuxième guerre mondiale. L'intoxication au plomb provient essentiellement d'anciennes peintures écaillées ou de poussières de ces mêmes peintures lors d'une rénovation.

Le CO continue lui aussi à faire des victimes, comme le note la même source : « En 1999, la Région bruxelloise indiquait 138 accidents ayant fait 252 victimes. En 2002, on comptait 291 accidents ayant fait 526 victimes, dûs à des chauffe-eau/chauffe-bains, 50 accidents ayant fait 102 victimes, dus à des poêles à charbon, et 13 accidents dus à des appareils de chauffage mobiles. (...) En 2005, 45 accidents ont été enregistrés, impliquant 89 victimes (...). Dans la majorité des cas (47%), l'intoxication se produit dans la salle de bains. 51% des intoxications accidentelles sont dues au mauvais fonctionnement d'un chauffe-eau et 18% à des convecteurs au gaz défaillants. » Une ventilation défectueuse ou insuffisante des locaux renforce le risque d'intoxication.

Mais d'autres facteurs interviennent dans la qualité de l'environnement intérieur : « Les sources de pollution sont nombreuses et peuvent combiner leurs effets nocifs. L'air intérieur peut être contaminé par les activités humaines (pesticides, tabac, produits d'entretien et de bricolage, etc.), par les processus de combustion (chauffage, cuisson, etc.), par les matériaux de construction et d'ameublement (amiante, colles, peintures, plomb, ventilation, chauffage, etc.), les allergènes biologiques (moisissures, acariens, champignons, plantes, etc.) et la qualité de l'environnement extérieur. »

Depuis l'annonce faite en février 2000 [4], suivie d'un projet pilote de deux ans, l'ambulance verte bruxelloise est devenu une réalité opérationnelle : la Cellule Régionale d'Intervention en Pollution Intérieure ou CRIPI. Elle compte aujourd'hui plus de 800 interventions. Les problèmes de santé pour lesquels il est fait appel à CRIPI ont évolué au fil du temps. Initialement, les médecins demandeurs étaient très sensibilisés aux problèmes respiratoires et allergiques en lien à une exposition à des polluants biologiques, et les demandes portaient surtout sur ces pathologies. Par la suite, l'élargissement et la diversification du réseau de médecins ont fait surgir d'autres symptômes et problèmes de santé, amenant à classer les demandes selon qu'elles concernent les voies aériennes supérieures ou inférieures, des atteintes digestives, des manifestations cutanées, des troubles neuropsychiques ou des symptômes généraux.

Comment fonctionne l'ambulance verte ?

1. La Cellule n'intervient qu'à la demande d'un médecin lorsqu'un problème de santé dont la cause n'est pas élucidée évoque une source environnementale. (Précision : les analyses effectuées ont une visée médicale, elles ne constituent pas une expertise du logement.)

2. Une équipe comprenant des analystes et une infirmière éco-sociale se rend ensuite chez l'habitant pour y effectuer des prélèvements biologiques et chimiques et prodiguer des conseils généraux afin de réduire la pollution intérieure. L'infirmière éco-sociale prend en charge l'accompagnement social, et un questionnaire est rempli lors de la visite (il comprend notamment des paramètres liés au mode de vie des habitants et aux problèmes de santé en lien avec l'enquête).

3. Les prélèvements microbiologiques (moisissures, acariens) sont analysés au service de Mycologie de l'Institut scientifique de Santé Publique. Les analyses chimiques sont réalisées au Laboratoire de Recherche en Environnement de Bruxelles Environnement - IBGE. Les résultats obtenus sont alors discutés par les analystes, l'infirmière éco-sociale et d'éventuels experts, afin de définir des conseils spécifiques visant à éliminer les polluants identifiés. Sur cette base est rédigé un rapport envoyé au médecin.

4. Les résultats et les conseils de remédiation sont présentés aux habitants par l'infirmière lors d'une deuxième visite. Les remédiations peuvent porter sur les comportements de consommation, la ventilation et l'aération des locaux, la conception des locaux voire celle des bâtiments... Dans les situations difficiles où les conseils proposés risquent d'être incompris, l'infirmière téléphone à l'habitant quelques semaines plus tard. Des contacts sont pris avec le médecin qui a fait la demande d'intervention pour appuyer et renforcer les messages.

5. Si les mesures proposées exigent des investissements difficilement supportables par l'habitant, l'infirmière informe celui-ci des possibilités d'aide existantes. Dans le cas d'une pollution grave impliquant des décisions immédiates, un contact est pris avec les autorités compétentes en accord avec l'habitant.

6. L'amélioration de la santé est évaluée entre 15 à 18 mois après la deuxième visite de l'infirmière éco-sociale. Cette évaluation est réalisée à la fois avec les habitants et avec leurs médecins par la voie d'un questionnaire.

7. Si aucune amélioration clinique n'est observée par le médecin alors que les remédiations proposées ont été mises en œuvre, le comité de soutien scientifique se réunit pour envisager une troisième visite avec prélèvements complémentaires.

Les principaux problèmes décelés par CRIPI

Les problèmes d'humidité dans l'habitat sont loin d'être rares à Bruxelles. Or un environnement humide détériore le confort de vie et l'habitation elle-même, double le risque d'affections des voies respiratoires et favorise le développement de moisissures. Celles-ci peuvent avoir des effets toxiques et allergiques, mais ne sont pas toujours décelables à l'oeil nu : dans 43% des logements visités par l'ambulance verte, des moisissures ont été décelées alors qu'aucune tache n'était visible dans le logement. Enfin, un environnement humide et tiède constitue une invitation à la prolifération d'acariens, particulièrement dans les matelas : si, dans 62% des logements investigués par CRIPI, les résultats de l'analyse étaient négatifs, dans 11% des cas la contamination par des allergènes d'acariens était telle que le changement du matelas s'imposait.

La contamination chimique est l'autre grande source de pollution intérieure en lien avec des problèmes de santé. Nous avons parlé plus haut du plomb et du monoxyde de carbone. Mais d'autres substances chimiques interviennent en raison de l'utilisation de certains matériaux et de l'exercice de certaines activités dans le logement, renforcés par une aération insuffisante. Quels sont ces matériaux ? Des pesticides, identifiés dans l'air ou dans les poussières de tapis, qui résultent de l'utilisation de produits insecticides ou d'entretien (meubles, tapis, surfaces...). Et des composés organiques volatils totaux (COV), parmi lesquels le benzène et le formaldéhyde. Peuvent être en cause, dans le cas du premier, le tabac, certaines peintures et colles, des produits d'entretien, l'utilisation d'un poêle à pétrole et la contamination par une pollution extérieure (trafic automobile, garage relié à l'habitation). Dans le cas du formaldéhyde, on trouve de nombreux matériaux de construction et d'aménagement intérieur (colles, peintures, panneaux d'aggloméré), des produits de nettoyage et d'entretien (détergents, désinfectants, désodorisants) et la fumée de cigarette. Il est important de noter que les chambres à coucher ne sont pas épargnées, notamment celles des enfants, généralement pourvues de meubles récents.

Une bonne ventilation apparaît comme un des éléments clés en matière de lutte contre la pollution intérieure, qu'il s'agisse de combattre les problèmes liés à l'humidité ou d'éliminer les polluants qui s'accumulent dans le logement. Il est généralement conseillé d'ouvrir les fenêtres, dans chaque pièce, deux fois par jour pendant un quart d'heure, afin de renouveler l'air – et de couper le chauffage pendant ce temps pour économiser l'énergie. Cependant, l'aération des locaux n'est pas toujours une réponse suffisante : dans de nombreux cas, ce sont des problèmes structurels qui sont en cause, impliquant des travaux coûteux. D'où l'importance de sensibiliser les professionnels de la conception et de la construction des bâtiments.

Quelques autres conseils pratiques :

  • • Recourir à des produits d'entre-tien et de nettoyage à la fois plus simples, moins coûteux et souvent plus efficaces que les produits colorés et aromatisés (vinaigre d'alcool pour éliminer le calcaire, eau de javel pour se débarrasser des moisissures...).
  • • Les désodorisants et les insecticides en aérosols, ou même en plaquette et en diffuseurs sur prise élec-trique, diffusent, outre les produits actifs, des COV et du formaldéhyde. Pour éliminer les odeurs désagréables, ouvrir les fenêtres est le conseil de base ; pour lutter contre les insectes et les nuisibles, utiliser des insecticides naturels mais surtout éliminer ce qui attire les nuisibles (nourriture qui traîne, poubelles ouvertes...), placer une moustiquaire le soir lors-que la fenêtre est ouverte en été, etc.
  • • Quant au mobilier, que faire si le budget ne permet pas d'acheter des meubles en bois plein ? Regarder les étiquettes pour vérifier la composition des produits, préférer les peintures en base aqueuse pour l'intérieur ainsi que les agglomérés pressés (et non collés) qui ne contiennent plus de formaldéhyde – et toujours ouvrir les fenêtres pour aérer lorsqu'un apport de polluants est inévitable (peinture, nouveaux meubles...).

CRIPI : quels résultats en termes de santé ?

Des enquêtes réalisées entre septembre 2000 et octobre 2005, il ressort que 57% des médecins estiment l'amélioration de l'état de santé de leurs patients légère à nette. Les raisons invoquées à l'appui des réponses négatives sont diverses :

  • • une multiplicité de facteurs interviennent dans l'état de santé du patient, rendant une estimation difficile ;
  • • il est encore trop tôt pour faire cette évaluation ;
  • • le médecin n'a pas encore revu le patient ;
  • • le propriétaire (privé ou public) n'est pas intervenu ;
  • • le patient n'a pas suivi les conseils.

Du côté des habitants, environ 70% estiment que leur santé s'est améliorée de façon nette ou légère, souligne Bruxelles Environnement - IBGE dans le rapport déjà cité. « Il faut noter que, dans 38% des cas, la situation est bloquée ou les travaux n'ont pas été réalisés, que ce soit à cause de conflits entre locataires et propriétaires, par blocage de l'expert judiciaire, par manque de moyens financiers, déménagement, ou suite à des problèmes impliquant les voisins. (...) Dans 45% des cas, les mesures préconisées ont été suivies et des travaux ont été réalisés. (...) Seulement 21% des patients ne voient pas d'amélioration de l'état de santé. Dans cette catégorie interviennent les personnes chez qui aucun polluant n'a pu être identifié, mais aussi les locataires qui n'ont pas pris de mesures d'éviction des polluants dans leur logement ou d'adaptation dans leurs habitudes de vie parce qu'ils jugeaient que c'était au propriétaire de s'investir. 9% ne savent pas estimer l'amélioration de leur état de santé. »

Le conditionnement d'air

En cas de chaleur intense, la climatisation est un facteur de bien-être et de santé. Cependant, elle peut aussi constituer une gêne et faire l'objet de plaintes de la part des occupants des locaux lorsque l'air conditionné fonctionne en permanence, notamment dans les bureaux. Diverses maladies infectieuses (fièvre de Pontiac, légionellose) ou allergiques (rhinite, sinusite, asthme...) sont liées au conditionnement d'air. Les paramètres de la climatisation qui peuvent affecter la santé humaine sont les suivants :

  • • La température : des variations supérieures à 7°C augmentent le risque d'affection ORL, surtout chez les personnes fragilisées.
  • • Le degré d'humidité : il a des répercussions directes sur la fonction respiratoire et la sudation.
  • • Les poussières et particules : les conduits d'aération peuvent être contaminés par des polluants chimiques ou biologiques et par des poussières ; les filtres encrassés au fil du temps peuvent être à l'origine d'irritations des yeux et des voies respiratoires, surtout si l'air est sec.
  • • La qualité de l'air : les locaux mal aérés accumulent les polluants liés aux activités qui s'y déroulent ; en outre, certains polluants sont inhérents aux systèmes de climatisation (fluides frigorigènes, parfois ammoniac).
  • • Le bruit : il peut avoir des conséquences néfastes sur la concentration et, à terme, sur la santé des occupants... ainsi que du voisinage (fatigue auditive, troubles de la concentration et du sommeil...).

2. Les pollutions extérieures

Le bruit ! Parlons-en... « Les Bruxellois sont globalement insatisfaits en ce qui concerne leur environnement immédiat, et particulièrement en ce qui concerne la qualité de l'air et le bruit », écrit l'Observatoire de la Santé et du Social dans le résumé du dernier Tableau de Bord bruxellois de la Santé (2004). Ainsi, un Bruxellois sur cinq estime son environnement trop bruyant, incriminant principalement le trafic automobile, les bruits du voisinage et le trafic aérien. Et, plus objectivement, un Bruxellois sur quatre (28%) est exposé à un niveau de bruit supérieur à 70 dB, alors que 55 dB est défini par l'OMS comme seuil susceptible de nuire à la santé.

Bien entendu, le bruit, qu'il soit lié à la circulation ou au voisinage, est étroitement lié au mode de vie urbain. Et les quartiers plus bruyants peuvent aussi être plus conviviaux, plus « vivants », par opposition au calme un peu apathique des quartiers-dortoirs. Il n'en reste pas moins que certaines zones sont particulièrement exposées au bruit et que même le double vitrage, quand on peut se le permettre, n'est pas la réponse à tout. Or, souligne Bruxelles Environnement – IBGE dans le rapport déjà cité, les études les plus récentes (2004) confirment l'importance des fonctions réparatrice et régénératrice du sommeil chez tous les individus et de ses fonctions de construction et de développement chez l'enfant. Et les effets du bruit nocturne ne se limitent pas à la perturbation du sommeil : au réveil, des troubles endocriniens, immunitaires et métaboliques peuvent se manifester.

En ce qui concerne la qualité de l'air, toujours selon l'Observatoire, on constate une amélioration pour certains polluants comme le benzène et le dioxyde de soufre. Par contre, la situation est plus préoccupante avec d'autres polluants : oxydes d'azote, ozone et fines particules. Malheureusement, « l'importance du trafic automobile ne permettra pas à la Région de respecter les normes qui ont été fixées par les directives européennes ». Vivement le RER ! On a aussi parlé d'instaurer un péage, comme à Londres...



Le Plan Air Climat

environnement bs50En attendant, c'est le Plan d'amélioration structurelle de la qualité de l'air et de lutte contre le réchauffement climatique, plus communément appelé Plan Air Climat, qui fixe les grandes orientations de l'action bruxelloise de lutte contre la pollution atmosphérique. Il intègre toutes les obligations européennes et internationales de la Région, qui fixent des objectifs sous forme de plafonds d'émission ou de taux de réduction pour plusieurs polluants. Parmi les priorités : réduire les émissions des précurseurs de l'ozone, de benzène (liées à l'essence), de particules fines, d'hydrocarbures aromatiques polycycliques (principalement liés à la combustion du diesel et du mazout).
Ce qui passe par :

  • • la réduction des émissions dues au transport via une amélioration technologique du parc de véhicules et par une réduction du trafic motorisé ;
  • • la réduction des émissions dues à la consommation énergétique des bâtiments, principaux émetteurs de gaz à effet de serre, par une utilisation rationnelle de l'énergie ;
  • • la promotion des énergies renouvelables ;
  • • la réduction des émissions de solvants dues aux activités industrielles par une politique de progrès technologiques et d'utilisation de produits moins polluants ;
  • • la réduction des émissions dues à l'incinération individuelle et à la consommation de solvants par les ménages ;
  • • l'amélioration de la qualité de l'air auquel nous sommes exposés quotidiennement (pollution intérieure, éco-construction...).

Pour arriver à cela, le Plan Air Climat se traduit par 70 prescriptions – rien de moins – portant sur de nombreux paramètres : le trafic et le transport, l'information du public et des professionnels, la consommation d'énergie, les appareil de chauffage, les vernis et peintures, l'incinération des déchets, etc. L'action sur le volet trafic et transport s'est traduite par le plan Bruxell'Air en 2006. On y retrouvait notamment la mesure visant à diminuer le nombre de voitures par l'échange de la plaque d'immatriculation contre un abonnement aux transports publics, le recours aux voitures partagées (Cambio) ou au vélo. Actuellement, le gouvernement bruxellois travaille sur un volet climat renforcé afin d'atteindre les objectifs de réduction des gaz à effet de serre, et en particulier de CO2, imposés par l'Union Européenne. Ce plan implique des mesures sur les bâtiments, les entreprises, le trafic et le comportement des Bruxellois.

Quoi qu'il en soit, s'agissant de l'air plus que tout autre élément peut-être, il est évident qu'une amélioration sensible de sa qualité passe par un travail qui dépasse les frontières de la Région. Le NEHAP (National Environment and Health Action Plan), qui répond à une demande de l'OMS, est à la base de la collaboration des ministres fédéraux, communautaires et régionaux compétents pour l'environnement et pour la santé. Le Plan 2003-2007 comportait un bilan de la situation belge et des recommandations portant sur la collaboration fonctionnelle, les priorités de recherche, l'établissement de bases de données croisées, la prévention, la formation des professionnels, la communication et la sensibilisation. Les priorités du projet de Plan 2008-2013 portent sur la réduction des affections respiratoires, en particulier chez les enfants. Selon les polluants incriminés, il conviendra aussi de considérer les affections cardiovasculaires. Le projet comporte une palette de neuf mesures prioritaires et se mettra en œuvre parallèlement aux mesures qui se poursuivent depuis 2003.

Les pollutions de l'eau

Quand on dit « pollution de l'eau », les images qui viennent à l'esprit sont probablement celles de rivières interdites à la baignade voire de tankers vidant leurs soutes en pleine mer. On sait par ailleurs que l'eau de distribution est étroitement surveillée. Mais, si l'on s'écarte un peu de ces représentations familières, on verra que la réalité bruxelloise réserve des surprises. Ainsi, en 2000, suite à une étude comparant l'état des poumons d'enfants bruxellois et wallons, on a formulé l'hypothèse selon laquelle une plus grande perméabilité de la paroi pulmonaire de certains enfants était liée à la fréquentation assidue de piscines désinfectées au chlore. Suite à cela, la Région de Bruxelles-Capitale a adopté en 2002 un arrêté fixant des conditions d'exploitation pour les bassins de natation, concernant principalement la qualité de l'eau et de l'air. Une quinzaine d'inspections réalisées en 2003 ont établi, dans la plupart des établissements contrôlés, la non-conformité de certaines installations avec les conditions de l'arrêté et/ou des conditions de leur permis. En 2004, les analyses de la concentration en trichloramines dans l'air ont montré que, sur 22 établissements, quatre se situaient encore au-dessus de la norme. Par ailleurs, l'étude de la toxicité des chloramines issues de la chloration des piscines a confirmé la pertinence des valeurs guides reprises dans l'arrêté du gouvernement régional.

L'eau peut aussi être polluée par Legionella, le vecteur de la légionellose, maladie infectieuse transmise par l'inhalation d'eau contaminée. Ces bactéries sont naturellement présentes dans les eaux douces de surface, particulièrement les eaux stagnantes et chaudes ; on les trouve souvent dans les réseaux de distribution et les dispositifs à base d'eau. La maladie est particulièrement médiatisée parce qu'elle peut donner lieu à des cas groupés (appelés à tort « épidémies » car la transmission interpersonnelle n'existe pas) et qu'elle est associée à une mortalité d'environ 20%. Particulièrement grave chez les sujets âgés et fragilisés (immunodéficients), elle peut être contractée dans les hôpitaux, les hôtels, les espaces collectifs. Pour éviter la propagation de la légionellose, la Région a instauré en 2004 une obligation des cas au médecin hygiéniste de la COCOM. La prévention primaire, elle, repose évidemment sur une action environnementale, mais la majorité des installations sanitaires (écoles, centres de sport...) échappe à tout suivi, et la source principale de risque – la production d'eau chaude sanitaire – est rarement soumise à permis : on doit se contenter de sensibiliser au problème les exploitants de sites de production (maisons de repos, hôtels, habitations collectives).

Pollution du sol

« Pollution du sol » fait penser à « décharge ». Et c'est à raison. Mais, ici aussi, sortons des sentiers battus... Les potagers hors des jardins attenant au domicile sont une vieille tradition urbaine, et on en trouve évidemment à Bruxelles, notamment le long des voies de chemin de fer. Comme il n'existe que depuis peu un cadre légal portant sur la gestion des sols pollués (ordonnance du 13 mai 2004) et que la qualité des légumes cultivés dans les potagers bruxellois pourrait être affectée par la qualité du sol, Bruxelles Environnement – IBGE a mené des études préalables sur la qualité du sol de potagers dont il est gestionnaire. Les résultats montrent que les normes flamandes d'assainissement pour les zones agricoles sont dépassées aussi bien dans le sol et les légumes de cinq potagers publics que dans les sédiments de certains ruisseaux. Ils indiquent la présence de déchets de remblais dans la plupart des sols ainsi que de cendrées (cendres de charbon utilisé anciennement comme combustible pour les trains) sur un des sites et, sur un autre, de boues de ruisseau utilisées pour amender le sol.

Les polluants pour lesquels des dépassements de normes ont été mesurés dans les légumes sont principalement le plomb, le mercure et les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) dont le benzo-αpyrène. Les concentrations mesurées étaient très hétérogènes, aussi des mesures différenciées ont-elles été prises selon les sites : certains potagers ont été maintenus, moyennant évacuation du sol contaminé et remplacement par une nouvelle terre, au moins pour une partie de l'espace ; d'autres ont été transformés en parcelles d'horticulture ; d'autres encore ont été réaffectés en zones de parc puisqu'il n'y avait pas de dépassement des normes d'assainissement pour ce type d'usage.

« Il fait chau-aud, faire attention au soleil » [5]

Pour terminer, revenons aux risques de canicule : c'est de saison. Les vagues de chaleur – plus de cinq jours de suite avec plus de 25°C dont trois avec plus de 30°C – se multiplient depuis les années 1990. Un jour de canicule est une journée dont la température moyenne minimale nocturne atteint ou dépasse 18,2°C et la température moyenne maximale diurne est d'au moins 29,6°C (mesures prises à Uccle). Tout le monde garde le souvenir de l'été 2003 qui, s'il n'a pas atteint le triste record français, a néanmoins été meurtrier dans notre pays aussi, en particulier chez des personnes âgées. Les conseils de prévention sont connus : boire de l'eau régulièrement et en bonne quantité, éviter les rayons du soleil, ventiler le logement pendant la nuit et, le jour, fermer volets et persiennes, ne pas pratiquer d'activité physique intense, humidifier l'atmosphère. Un petit tour sur Internet montre que plus d'une Commune bruxelloise développe son Plan Canicule : centre d'information ou ligne téléphonique, organisation de visites à domicile, distribution d'eau, installation de ventilateurs ou de brumisateurs dans les homes, etc. Mais la solidarité organisée par les pouvoirs publics n'interdit pas la solidarité spontanée entre individus ! Là-dessus, nous souhaitons un bel été à tous nos lecteurs...

Remerciements à Catherine Bouland
(Bruxelles Environnement – IBGE)

Notes

[1] Voir le chapitre « Santé et environnement » du Rapport sur l'état de l'environnement bruxellois 2003-2006, 2006 2007 de Bruxelles Environnement – IBGE, auquel l'ensemble de ce dossier est très largement redevable.

[2] Voir O. Michel, « Asthme connu et méconnu chez l'enfant », dans les Actes du Forum Santé et Environnement, Bruxelles Santé N° spécial 2000, pp. 65-68.

[3] Pour plus de détails, voir le dossier de Bruxelles Santé n° 23.

[4] Voir l'allocution du Ministre D. Gosuin dans Bruxelles Santé N° spécial 2000, pp. 46-48.

[5] « Il fait chaud », chanson de Frédéric Loizeau interprétée par Pauline Ester (1989).

 

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