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La santé à l'âge « mûr »

La santé à l'âge « mûr »Aborder le thème de la santé à l'âge mûr n'est pas un exercice facile. La première difficulté consiste à déterminer ce que l'on entend par « âge mûr ». La seconde, à réunir les informations nécessaires relatives à la santé des personnes concernées. Très vite, un constat s'impose : s'il existe une littérature et des travaux assez fournis sur la santé aux périodes extrêmes de la vie, ceux qui portent sur la période intermédiaire sont moins abondants. Et souvent plus récents. Cet intérêt relativement nouveau rejoint une des grandes préoccupations actuelles : le vieillissement de la population. Le nombre de personnes âgées est amené à croître rapidement dans les décennies à venir. Tout l'enjeu consiste à savoir comment la population vieillira. Les premiers concernés sont les personnes d'âge mûr. Or, des travaux mettent en avant des signaux plutôt préoccupants quant à leur santé.

L'âge mûr correspond à la période où l'homme ou la femme atteint son plein développement physique ou intellectuel. A ceci, il y a peu à redire. Une première difficulté surgit quand il s'agit d'indiquer quand débute et quand se termine cette période. Démarre-t-elle à 40 ans ? A 50 ou 55 ans ? Prend-t-elle fin à 65 ans ou plus tard ? Sur cette question, il n'y a pas d'unanimité. Il ressort de la littérature que les frontières de l'âge mûr sont extrêmement mouvantes. Tout dépend du point de vue selon lequel on se place : celui du démographe n'est pas celui du médecin, celui des entreprises ne rejoint pas ce-lui des pouvoirs publics. Cependant, on évoque en amont les premières années de la quarantaine et, en aval, celles de la soixantaine. Pourquoi ? C'est notamment dû au processus de vieillissement. Celui-ci s'enclenche dès 20-25 ans, mais ses effets sont alors indécelables à l'œil nu. Ils « deviennent observables à partir de 40 ans et s'apparentent à des déficits fonctionnels qui demeurent au minimum jusqu'à environ 60 ans. » [1] Que l'âge de la retraite, dans beaucoup de pays européens, ait été fixé à 65 ans n'est donc pas dû au hasard !

Comment désigner les personnes qui ne font partie ni de la famille des « jeunes » ni de celle des « seniors » ? En la matière, il ne semble pas non plus y avoir d'unanimité. Comme, dans ce groupe, beaucoup sont encore actifs, certains auteurs emploient le terme de « travailleurs âgés » ; d'autres parlent de « travailleurs vieillissants » ou de « seniors actifs »... Et il existe encore d'autres termes. Quoi qu'il en soit, ces hésitations illustrent bien les limites de notre habitude à vouloir tout catégoriser, en l'occurrence les groupes d'âges. La sociologue Madeleine Moulin (ULB) rappelle à juste titre qu'il n'y a d'âge objectif que celui du temps écoulé depuis la naissance : « Hors cela, toutes les manières d'envisager l'âge sont des constructions sociales. La construction de catégories opératoires pour classer est une activité vieille comme la pensée, pour le meilleur (protéger) ou pour le pire (exclure). » [2]

Dans les lignes qui suivent, la tranche d'âge considérée sera celle des 40-64 ans, tout simplement parce que c'est celle-là que la plupart des travaux consultés privilégient.

Un intérêt qui se justifie

De ce qui précède, un élément au moins semble ressortir, c'est le lien qui est établi entre les personnes d'âge mûr et le travail. Le travail est un des traits caractéristiques de ce groupe de population. En Belgique, la population comprise dans la tranche des 45-54 ans représente plus de la moitié des travailleurs (tableau 1). Et, parmi les 55-59 ans, les travailleurs représentent plus d'un tiers de la population en activité. Ces tranches d'âges sont aujourd'hui essentiellement issues des générations du baby boom. Cette proportion de quadragénaires et de quinquagénaires dans la population active devrait rester importante jusqu'aux alentours de 2010. En effet, entre 2005 et 2010, un pourcentage important des baby boomers arrive à l'âge de la retraite. Les prévisions démographiques montrent que, le cap de 2010 franchi, la population en âge de travailler va commencer à décroître. Cette tendance ne devrait pas connaître de modification majeure d'ici 2030.

Ces prévisions ne doivent cependant pas masquer les disparités qui existeront entre les différentes régions. Le phénomène sera plus accentué en Flandre qu'en Wallonie. La situation de la partie francophone du pays sera meilleure que celle de la Belgique dans son ensemble. Seule la Région de Bruxelles-Capitale – où le taux de natalité est plus élevé que dans les deux autres régions – tirerait son épingle du jeu puisque, sur la même période, elle verrait sa population en âge de travailler continuer à croître jusqu'aux environs de 2020 et se maintenir dans la décennie suivante. Derrière ces chiffres se profilent quelques grandes questions : comment, dans les années à venir, continuer à maintenir le principe de la solidarité intergénérationnelle ? Avec un nombre d'actifs moins nombreux et une population croissante de seniors, ne devra-t-on pas remettre en question l'âge légal de la retraite ? Surtout, les dépenses liées aux soins de santé ne risquent-elles pas d'exploser ? D'autres pays européens sont confrontés à des interrogations similaires.

tablaeu age mur bs 51Tableau 1 : Taux d'emploi des 45 ans et plus (Belgique, 2004)

Efficacité et sécurité au travail

Jusqu'ici, très peu d'études ont été consacrées à la santé des 40-64 ans. Toutefois, un aspect fait depuis quelques années l'objet de toutes les attentions : ce-lui de la santé au travail. Que l'on parle de « travailleurs vieillissants » ou de « seniors actifs », ces termes traduisent assez bien la préoccupation pour nos sociétés d'occuper des personnes dont l'âge avance. Plusieurs questions sont sous-jacentes au lien santé-travail à l'âge mûr, notamment l'efficacité et la sécurité au travail. Des raisons objectives – et d'autres qui le sont beaucoup moins – peuvent expliquer l'attitude pour le moins circonspecte que l'on rencontre parfois à l'égard des travailleurs d'âge mûr.

Les capacités fonctionnelles

Du point de vue biologique ou physiologique, l'entrée dans la quarantaine correspond à la période où le déclin des capacités devient plus perceptible. Il s'agit surtout des capacités fonctionnelles, comme le décrivent des chercheurs français de l'Institut National de Recherche et de Sécurité (INRS).

  • Au niveau de l'appareil locomoteur, par exemple, le squelette se modifie à partir de la trentaine. L'élasticité du cartilage n'est plus la même. Entre 40 et 65 ans, la force musculaire diminue de 25%.
  • Dès 35-40 ans, l'aptitude cardio-respiratoire à l'exercice et à l'effort décroît lentement. Les fonctions sensorielles et perceptives – l'audition, la vue et le toucher – présentent le même type d'évolution, dans des proportions différentes cependant. Ainsi, les problèmes d'audition et de sensibilité tactile augmentent sur-tout après 60 ans.
  • Les changements qui interviennent au niveau physiologique peuvent aussi expliquer la modification de l'équilibre et les troubles à l'origine des chutes plus nombreuses dès 45 ans.
  • Enfin, le système nerveux qui a atteint sa maturité voit diminuer son capital cellulaire. Cela se traduit le plus souvent « par un ralentissement progressif du comportement, et chaque élément nerveux fondamental demande plus de temps avec l'âge. La mémoire à court terme ou mémoire de travail se dégrade à partir de 50 ans, que ce soit dans les processus d'acquisition ou dans les processus de restitution. Enfin, l'avancée en âge permet de moins en moins de partager son attention entre plu-sieurs tâches simultanées ». [3]
  • A l'inverse, les capacités d'apprentissage ne sont pas touchées par l'avancée en âge.

Les stéréotypes sociaux

Le déclin des capacités fonctionnelles entretient, dans une certaine mesure, les préjugés que doivent parfois affronter les « travailleurs vieillissants ». Ainsi les suspecte-t-on d'être moins souples, moins forts, plus lents, ou encore de manifester des difficultés au niveau de l'apprentissage. Les problèmes de santé, plus susceptibles d'apparaître à ces âges, ne peuvent-ils entraîner des arrêts de travail ? Une santé déclinante ne pourrait-elle pas avoir un impact sur la qualité de la production ? Et cetera....

Différents travaux viennent cependant démontrer qu'il n'y a pas lieu d'établir des conclusions hâtives entre une diminution des capacités fonctionnelles et l'efficacité des personnes d'âge mûr au travail.

Santé et environnement du travail

En réalité, le processus de vieillissement n'a qu'un impact relatif sur le travail exercé, et beaucoup dépend de l'environnement. « D'une façon générale, soulignent les chercheurs de l'INRS déjà cités, les déficits fonctionnels dus au vieillissement normal restent modérés voir minimes jusqu'à 50-60 ans et l'ensemble des capacités ne sont pas très différentes de celles des sujets de 20-30 ans. Ces déficits ne s'exprimeront que dans des conditions particulièrement sollicitantes qui mettront l'individu vieillissant en difficulté. C'est pourquoi, le vieillissement doit être abordé sous l'angle du travail, à la recherche des contraintes et des conditions les plus pénalisantes en regard de l'âge. En effet, certaines conditions peuvent entraîner une usure prématurée. Cette usure se surajoute alors aux processus naturels d'involution liés à l'âge. Le travail devient alors plus pénalisant que le vieillissement lui-même, tout en en accélérant les effets. »

Certains travaux pénibles peuvent ainsi accentuer les problèmes articulaires, musculaires ou musculo-squelettiques chez les personnes d'âge mûr. A la pénibilité physique, il faut ajouter la pénibilité mentale liée à l'exécution de certaines tâches ou certains métiers. Résolument inscrite dans l'air du temps, la recherche de la productivité maximale est un autre aspect de l'environnement du travail susceptible d'influer sur la santé. L'intensification du travail, les fortes contraintes de rythme, la plus grande polyvalence, de plus en plus souvent exigées, sont à l'origine de nombreux cas rapportés de stress, de burn-out, d'accidents de travail voire de départs précoces. Les modes actuels d'organisation du travail exercent une pression extrêmement importante sur l'ensemble des travailleurs, et peut-être encore davantage sur ceux qui sont en activité depuis plus longtemps. Enfin, la longueur de la période d'activité doit également être prise en compte, d'autant plus lorsque celle-ci a été particulièrement pénible ou exercée dans des conditions éprouvantes. Une étude de l'INAMI publiée en 2005 a révélé une augmentation croissante du nombre d'invalides chez les salariés en Belgique, une augmentation qui est surtout prépondérante chez les travailleurs d'âge mûr (55 - 64 ans) en général et plus particulièrement chez les femmes.

Il faut par ailleurs souligner qu'en ce qui concerne la question de l'efficacité au travail des personnes d'âge mûr, il existe nombre d'hypothèses et il faut faire montre de prudence dans son discours comme l'indique Déogratias Mazina, épidémiologiste et collaborateur scientifique de l'Observatoire de la Santé et du Social de la Région bruxelloise : « Certains travaux indiquent que les accidents de travail augmentent avec l'âge, mais d'autres indiquent aussi une diminution : parce que la personne d'âge mûr est plus expérimentée, plus sage, plus calme et prend par conséquent moins de risques. Ce n'est pas encore assez tranché. »

Malheureusement, les représentations qu'ont nos sociétés de l'âge et du vieillissement viennent accentuer les difficultés des personnes d'âge mûr au travail. Ces représentations en ont fait une « nouvelle catégorie sociale, progressivement isolée des autres salariés par des mesures économiques, juridiques et sociales spécifiques. La multiplication des inactifs définitifs de plus de 55 ans a fait naître une classe de « demi-vieux » âgés de 45 à 50 ans dont les perspectives de carrière sont courtes, sans grand espoir de promotion ou de formation professionnelle. Les travailleurs âgés demeurent la cible privilégiée de toute contraction d'effectifs et subissent de fait une dévalorisation souvent irréversible sur le marché du travail. » [4]

Et à Bruxelles ? Couci-couça...

A Bruxelles, la tranche d'âge des 40-64 ans comptait, au 1er janvier 2007, 300.677 individus, belges et étrangers confondus. Soit 29,2% de la population totale de la capitale, estimée alors à 1.031.215 personnes. Or des études récentes réalisées par l'Observatoire de la Santé et du Social mettent en avant une série d'informations relatives à la santé des personnes d'âge mûr qui mériteraient davantage d'attention.

Tout d'abord, l'état de santé général des Bruxellois. Il présente quelques différences avec celui des deux autres régions. Jusqu'à 40 ans, la population bruxelloise est en moins bonne santé que dans les régions voisines. A partir de la quarantaine, on note une situation intermédiaire entre la Flandre et la Wallonie. Pour les 80 ans et plus, l'état de santé des personnes âgées à Bruxelles est meilleure que celle des personnes âgées dans le reste du pays (identique à celle de la Flandre) alors que la situation des plus jeunes est moins bonne que celles des jeunes dans le reste du pays. Myriam De Spiegelaere, directrice scientifique de l'Observatoire, parle d'une véritable fracture sociale et démographique, qui reflète bien la réalité socio-économique bruxelloise : « La population très âgée est plutôt une population qui habite dans la deuxième couronne et est généralement propriétaire de son logement. Il s'agit d'une population plutôt aisée et en bonne santé. A l'inverse, la population des plus jeunes, constituée d'enfants et de jeunes familles, est surtout une population précarisée. Il s'agit essentiellement de populations immigrées, concentrées dans les quartiers défavorisés du centre-ville. Quant à la population des 45-64 ans, elle se trouve dans une situation intermédiaire, elle est peu homogène. C'est-à-dire que l'on va y retrouver à la fois une partie relativement importante de gens plutôt aisés, âgés et un peu plus âgés, habitant dans la périphérie de la capitale, et une partie constituée de personnes un peu plus jeunes, majoritairement défavorisées. »

Le lien existant entre la santé et le statut socio-économique a déjà été maintes fois souligné. Comme le rappelle l'Atlas de la santé et du social de Bruxelles-Capitale 2006, le statut est habituellement mesuré par le niveau d'instruction, les revenus et la profession. Des liens étroits existent entre les trois : « Le niveau d'instruction est déterminant pour la profession et par conséquent souvent aussi pour les revenus qu'elle génère... » Par rapport aux deux autres régions, la part de la population de la capitale qui vit sous le seuil de risque de pauvreté [5] est la plus élevée : on l'estime entre 23% et 37%. Dans un document qui devrait prochainement être publié et qui reprend une série d'interviews, l'Observatoire pointe encore la pauvreté comme facteur accentuant le vieillissement chez les personnes d'âge mûr.

A l'instruction, le revenu et la profession vient se superposer une tendance ou une réalité que soulignait déjà Emile Mintiens [6] : « Plus que jamais, les gens vieilliront en fonction de ce que leur vie aura été. Cette idée pénètrera les esprits et chacun l'intégrera plus ou moins bien en fonction de ce que leur vie aura été. (...) Ceux qui auront eu la chance de naître dans un milieu socio-économique favorable auront l'occasion de recevoir une éducation appropriée, de prendre l'habitude de manger une nourriture appropriée, de pratiquer régulièrement un sport, d'avoir des loisirs actifs et un travail motivant. Ceux-là auront une certaine prise sur les facteurs environne-mentaux de la maladie et des décès prématurés. Inversement, ceux qui naîtront dans un milieu sans éducation seront moins bien armés pour lutter contre la prédestination et les cercles vicieux auxquels la pauvreté les expose... »

Une santé mentale mise à rude épreuve ?

L'analyse des chiffres de mortalité à Bruxelles montre que les 45-50 ans constituent le groupe le plus à risque de suicide [7]. Myriam De Spiegelaere : « Généralement, ce que l'on observe, c'est que les taux de suicide augmentent avec l'âge : ils sont plus bas chez les jeunes et plus élevés chez les personnes âgées. Il apparaît ces dernières années que, pour le groupe des 45-50 ans, le risque devient tout aussi élevé que dans les populations plus âgées. Pendant longtemps, on a porté une grande attention aux suicides des jeunes. Plus récemment au suicide chez les personnes âgées. Par contre, très peu a été fait pour les personnes d'âge mûr. Cela correspond aussi, dans l'enquête de santé, à des proportions de personnes d'âge mûr qui se disent dépressives ou avouent avoir souffert de dépression. »

Comment l'expliquer ? Actuellement, il est difficile de répondre à cette question. Quelques hypothèses sont avancées. Certains groupes par exemple sont plus fragilisés. C'est le cas des célibataires – qui le sont par ailleurs dans tous les groupes d'âge –, des femmes séparées ou divorcées. « Les séparations qui surviennent à ces âges-là sont peut-être plus difficilement vécues, note Myriam De Spiegelaere, surtout quand elles interviennent après une longue période de vie commune. Les problèmes liés à la vie de couple peuvent jouer un rôle important. » Le stress professionnel, découlant des demandes de productivité maximale ou de la concentration de responsabilités, apporte peut-être d'autres éléments de réponse.

A la croisée des chemins

Entre les « jeunes » et les « personnes âgées », la génération intermédiaire se trouve en quelque sorte dans une situation pivot. En effet, beaucoup de personnes d'âge mûr ont des enfants à charge : soit que ceux-ci étudient encore – et parfois il s'agit de longues études –, soit qu'ils soient sans revenu du travail. Parallèlement, leurs propres parents commencent parfois à éprouver des difficultés de santé plus importantes ; dans certains cas, ils deviennent dépendants et des soins doivent leur être prodigués. Et, dans ce domaine, on sait combien est grande la part qui incombe aux femmes... Du point de vue féminin, notons encore que cette période de la vie correspond aussi à la ménopause, qui peut elle-même être source de difficultés. Myriam De Spiegelaere : « Ces nombreux facteurs un peu subtils peuvent expliquer une plus grande fragilité. Cette génération est fortement sollicitée sur les plans de la vie sociale, familiale et professionnelle. »

A cela s'ajoutent les préoccupations que les quadras, quinquas et sexagénaires peuvent avoir pour leur propre santé. Cependant, il faut se garder de trop noircir le tableau : « Il est certain que l'on observe des taux élevés d'apparition de cancers et de maladies cardio-vasculaires dans ces tranches d'âge. La plupart du temps, ils sont liés à une série de conditions de vie et autres conditions qui sont des facteurs cumulatifs. Les raisons génétiques, biologiques et environnementales peuvent par exemple expliquer que les cancers se développent après 40-55 ans. A ces âges-là, on commence à avoir un ami, une sœur, un père qui a un cancer. Dans d'autres parties du monde, la mort est présente à tous les moments de la vie, ce n'est pas le cas chez nous... Du moins, ce n'est qu'aux alentours de ces âges que l'on y est directement confronté, renvoyé au fait que l'on est soi-même mortel. Les progrès de la médecine et, surtout, ceux enregistrés au niveau de la santé de manière générale font que l'on peut vivre sans accrocs jusqu'aux environs de 50 ans. Certes, les cancers, les maladies cardio-vasculaires restent prépondérants mais, dans de nombreux cas, ils peuvent être traités. Aujourd'hui on guérit de plus en plus de cancers, même si ce sont des maladies qui restent lourdes, chroniques. Leur mortalité diminue en tout cas, tout comme la mortalité dite prématurée (avant 65 ans). Mais ces observations ne doivent pas faire oublier que, si on regarde 100-150 ans en arrière, dans nos sociétés les gens sont globalement en très bonne santé. Y compris dans la tranche des 40-64 ans, sauf peut-être pour ce qui est de la santé mentale. »

Souvent, les problèmes liés à l'usage de drogues, notamment à la consommation d'alcool et de tabac, commencent aussi à se manifester. Les maladies alcooliques du foie représentent la troisième cause de décès des hommes bruxellois entre 40 et 50 ans. C'est le début des cancers du poumon (deuxième cause de décès), des bronchites chroniques ou des difficultés respiratoires. Au niveau de l'alcool, des dépendances se sont installées parce que les gens totalisent plusieurs années de consommation ; certains consomment depuis vingt ans ou davantage. Dans certains cas, cela se traduit par des pertes d'emploi, des séparations qui interviennent au niveau du couple, de la famille. Malheureusement, les statistiques indiquent que la mortalité liée à la consommation de ces deux types de produits est en train de se développer. Beaucoup pensent qu'ils joue-raient un rôle non négligeable dans le risque de suicide.

Les années intermédiaires sont également celles d'une remise en question : qu'est-ce que j'ai fait de ma vie ? Comment envisager les années à venir ?... Pour certains, les femmes plus particulièrement, le départ des enfants du domicile familial demande de s'organiser autrement. Du point de vue professionnel, un certain nombre d'interrogations émergent : où suis-je arrivé(e) ? Mes objectifs restent-ils les mêmes ou dois-je envisager d'autres perspectives ? Le bilan que l'on fait de sa vie peut être positif : on a eu des enfants, leurs études ont été sanctionnées par un diplôme, on exerce un emploi, on est propriétaire de son habitation, etc. Ces éléments renforcent l'estime de soi, ils permettent de se sentir bien et d'affronter plus sereinement les difficultés. Mais il arrive aussi qu'on ne possède ni emploi ni bien de valeur, que les enfants soient en décrochage scolaire, que l'on soit séparé de sa famille, etc. Dans ces cas, il est fort peu probable que cette période soit bien vécue. En particulier, un emploi et des revenus suffisants restent des éléments importants du statut socio-économique et donc du bien-être.

Au terme de ce dossier, on est bien forcé de constater que la santé à l'âge « mûr » – la tranche d'âge au sein de laquelle on compte par ailleurs maints dirigeants et décideurs, que ce soit dans le monde économique ou politique, les médias ou l'associatif, les institutions de soins ou autres – intéresse encore relativement peu les chercheurs. Et que, lorsqu'elle les intéresse, c'est dans une très large mesure en tant que travailleurs – resteront-ils productifs, risqueront-ils de coûter cher à cause des risques accrus d'accidents de travail, de maladies professionnelles ? – ou en tant que « futurs vieux » : ne vont-ils pas trop peser dans le budget de l'Etat, que ce soit en termes de pensions, d'hébergement ou de soins ? De manière plus générale, on regarde surtout les per-sonnes d'âge mûr dans la mesure où elles posent – pourraient poser – problème. Une fois de plus, on voit essentiellement la santé sous l'angle de la maladie. A quand une recherche sur le bien-être chez les quinquas, sur les ressources qu'ils mobilisent, les atouts dont ils disposent, les stratégies qu'ils déploient face à la vie qui passe, l'appui qu'ils apportent aux plus jeunes et aux plus âgés, les projets qu'ils forment pour la retraite, les réseaux d'amis sur lesquels ils peuvent compter ? ...

Anoutcha Lualaba

Notes

[1] Gérard Kreutz, Pascal Vallet et Graziella Dornier, Vieillissement, santé et travail, sur www.inrs.fr, réf. ED 5022.

[2] « Usages et mésusages de l'âge comme catégorie », colloque Temps du travail et Travail du temps. Utopies et réalités autour des âges de fin de carrière, Braises, décembre 2007.

[3] Gérard Kreutz et coll., op. cit.

[4] Ibidem.

[5] En Belgique, le seuil de risque de pauvreté a été établi à 60% du revenu médian national équivalent, soit 9.863 euros par an ou 822 euros par mois.

[6] La santé, préoccupation intégrée, document consultable sur http://cqcounter.com/whois/site/cocolo-hmw.org.html

[7] Bulletins statistiques de décès, Observatoire de la Santé et du Social de la Région de Bruxelles-Capitale.

 

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