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Les Maisons Vertes

Lieux de recontre enfants-parents

Dans l’ensemble des dispositifs d’accueil destinés à la petite enfance, les lieux de rencontre enfants-parents occupent une place un peu à part. Lieux d’accueil des tout-petits accompagnés de leurs parents, ces espaces ont avant tout été conçus dans un objectif de prévention, sur le modèle de la Maison Verte créée par Françoise Dolto en 1979 à Paris. C’est également le nom générique que porteront désormais les lieux de rencontre enfants-parents bruxellois pour accéder à une meilleure visibilité tant auprès du public que des professionnels.

C’était un peu long à dire, même si l’appellation utilisée jusqu’ici mettait l’accent sur l’aspect rencontre entre les enfants et les parents. Mais, peut-être pas assez explicite pour un public non averti. Désormais, pour parler de la Maison Ouverte, du Gazouillis, des P’tits Pas, de Passages, de La Margelle et du Club Kangourou, les six associations bruxelloises qui organisent ce type de rencontres, dîtes « Les Maisons Vertes » [1], même si le terme « lieux de rencontre enfants-parents » ne disparaît pas. Simplement, la référence à la maison parisienne établit sans conteste le lien avec Françoise Dolto, cette pédopsychiatre qui avait consacré sa vie aux enfants et à leurs soins, et qui reste encore aujourd’hui une référence en matière de psychologie enfantine... La Maison Verte a été créée avec la volonté de venir en aide aux enfants de manière précoce pour prévenir les nombreux problèmes relevés peu après la sortie de la petite enfance.

« Avec d’autres thérapeutes, Françoise Dolto avait pu observer que beaucoup d’enfants étaient adressés aux consultations pédopsychiatriques, psychologiques, etc. vers l’âge de 6-8 ans, c’est-à-dire juste après le début de la scolarité, explique Frédéric Willems, accueillant au Gazouillis. Ce moment-là de la scolarisation était un temps où l’enfant exprimait toute une série de problèmes dans le champ scolaire qui se traduisaient par des difficultés d’apprentissage, d’adaptation à l’école, etc. Les professionnels de la santé à qui ces enfants étaient adressés ne tardaient habituellement pas à remarquer que leurs problèmes pouvaient trouver leur origine dans la toute petite enfance. En réalité, c’est une observation qui est assez générale. Et la réflexion pour ces travailleurs de la santé, en particulier pour Françoise Dolto, était de se demander comment pallier ces problèmes. Comment véritablement faire de la prévention avec ce type de pathologies ? Quand il s’agit d’une maladie, d’une psychopathologie exprimée, il n’est évidemment pas trop tard pour intervenir, mais on est déjà très loin dans le processus. Cela demande à ce moment-là un travail de longue haleine pour aider les enfants à sortir de la souffrance qu’ils expriment vers ces âges-là. Il fallait pouvoir intervenir beaucoup plus tôt, avant que les problèmes ne se cristallisent. »

Pour contribuer au développement et à l’épanouissement harmonieux des enfants, les professionnels de santé de l’époque voulaient un lieu qui soit tout à fait différent de celui de leurs consultations professionnelles. Comme l’avait écrit Françoise Dolto dans un de ses ouvrages : « (...) il fallait un lieu où les parents viendraient avec leur enfant, sans rien avoir à mettre en avant comme symptômes. Lorsqu’existent des symptômes déjà constitués, c’est aux consultations spécialisées que nous les adressons. Dans ce lieu, il fallait du personnel qualifié chaque jour différent dont le rôle serait de créer un climat favorable, à la communication, au développement spontané de l’être humain qui est, par nature, sociable. » [2]

De Paris à Bruxelles

La première maison ouverte à Bruxelles, s’inspirant de l’initiative française, est La Maison Ouverte qui a soufflé l’année dernière ses vingt-cinq bougies. On en compte aujourd’hui six [3] disséminées dans la ville, la plupart ayant été initiées par les services de santé mentale. A priori, rien ne distingue les Maisons Vertes des autres lieux d’accueil des tout-petits, du moins pour ce qui concerne l’aménagement des lieux : couleurs, mobiliers, jeux, livres, etc. Cependant, elles s’en différencient à bien des égards.

L’accueil de l’enfant. On y accueille les enfants de 0 à 3 ans – généralement jusqu’au jour anniversaire des 4 ans -, accompagné d’un adulte (père, mère, grande sœur, grand-père, gardienne...). Cette présence d’un adulte est une des conditions de fréquentation comme le souligne l’équipe de La Margelle : « Quand on vient avec l’enfant ici, on est obligé de rester avec l’enfant tout le temps où l’on est là. On ne peut jamais laisser l’enfant, même pas cinq minutes pour voir comment cela se passe sans le parent. »

« L’enfant est une personne », disait Françoise Dolto. Et c’est comme telle qu’il est accueilli au sein des Maisons Vertes. Rachel Kramermann, accueillante à La Margelle : « Quand quelqu’un vient avec un enfant, nous commençons toujours par saluer l’enfant. Si c’est la première fois qu’il vient, nous lui demandons comment il s’appelle. Même s’il n’a que quelques jours, c’est d’abord à lui que nous nous adressons. Pourquoi ? Parce que nous sommes dans une civilisation où nous ne nous adressons pas aux enfants. Généralement, nous parlons par-dessus leur tête. Nous disons “Il”, “Elle”, “Il n’aime pas cela”, mais rarement “Qu’est-ce que tu en penses - toi, l’enfant ?” ».

Cette manière de s’adresser directement aux enfants surprend souvent de nombreux parents peu habitués à ce que l’on parle ainsi à leurs enfants. Frédéric Willems : « Il est vrai que sur le plan du langage, même si l’enfant ne peut pas encore comprendre les mots, il est néanmoins tout-à-fait à même de ressentir et de vivre cet accueil. Du fait que l’on s’adresse à lui, nous lui donnons une place. Et l’enfant est tout à fait réceptif à ça : généralement, nous le voyons sourire, être tout à fait attentif à cette parole qui lui est adressée (...) Nous l’accueillons aussi dans son lien avec la personne qui l’accompagne, “Bonjour, la maman de ...” : cela lui signifie aussi son identité à travers le lien qu’il a avec la personne qui l’accompagne. »

Les accueillant(e)s. Les équipes au sein des Maisons Vertes se présentent généralement comme des accueillants qui sont là pour recevoir les familles, veiller à ce que tout se déroule bien pendant le temps où elles sont là, mais aussi pour être à l’écoute de ce qui s’y dit. La plupart sont des bénévoles ayant une formation de psychologue et beaucoup parmi eux exercent dans différents services de santé mentale. Dominique Sintobin, accueillante à La Margelle : « Ce qui est très important pour nous, c’est la référence à la psychanalyse car cela permet d’avoir une écoute de professionnels qui est autre. Nous mêmes avons toutes fait un travail personnel qui nous permet d’avoir une autre écoute de l’enfant, des parents, des liens avec les générations. »

Maisons Vertes, lieux de vie et de bien-être

Les Maisons Vertes sont des lieux ouverts à tous, du moment que l’enfant a entre 0 et 3 ans et qu’il est accompagné. Aux familles qui viennent pour la première fois, les accueillants font faire le tour des locaux et expliquent les quelques règles à respecter. Autrement, les personnes viennent quand elles le souhaitent et pour un temps qu’elles seules déterminent. Elles investissent généralement les lieux comme elles le souhaitent. La particularité de ces lieux est que les enfants comme les parents ne sont pas obligés de faire quelque chose. Ceux-ci peuvent ou pas jouer, lire, manger, etc. Au sein des Maisons Vertes, aucune activité d’ailleurs n’est proposée, même si parfois certains parents en organisent une. Alors, pourquoi venir là ? L’équipe de La Margelle : « Il est nécessaire de resituer ce type de dispositifs qui s’inspirent de Françoise Dolto dans le contexte social d’aujourd’hui. Un contexte où il y a de plus en plus de violences, de technologies et où les liens sont peut-être plus en difficulté. On ne vit plus au sein de familles élargies, les personnes âgées sont éloignées, on est de plus en plus isolé... C’est important que les petits enfants et les nouveaux parents, ou pas d’ailleurs, puissent ensemble trouver un endroit où être : être avec. Non seulement, l’un avec l’autre, mais aussi avec d’autres, pour une socialisation... »

Pour en savoir plus :
Des lieux de rencontre enfants-parents – Initiative de prévention, dans le cadre de la politique de santé de la Commission Communautaire Française, 3e édition, Administration de la Commission Communautaire Française (Service Santé), 2003.Prochainement : www.lesmaisonsvertes.be

Contacts :

Le Gazouillis asbl :
22, place Morichar - 1060 Bruxelles.
Tél. : 02/344.32.93

La Maison Ouverte asbl :
251 bis, avenue Georges Henri – 1200 Bruxelles.
Tél. : 02 /770.52.60

La Margelle asbl :
17, rue Renier Chalon - 1050 Bruxelles.
Tél. : 0473/61 51 20
(LU 14h30-17h30 - MER et VEN 9h00-12h00)

Passages asbl :
100, rue Bonaventure - 1090 Bruxelles.
Tél. : 0498/52.10.90

Les P’tits Pas asbl :
23, Venelle aux Jeux - 1150 Bruxelles.
Tél. : 02/779.97.27

Le Club Kangourou asbl :
231, avenue Van Overbeke - 1083 Bruxelles.
Tél. : 02/420.65.75 ou 02/550.06.70

Notes

[1] Initiative de l’Association bruxelloise des lieux inspirés par la Maison Verte, association de fait des six lieux de rencontres parents-enfants.

[2] F. Dolto, D. Rapoport et B. This, Enfants en souf-france, Ed. Stock, 1991, pp. 149-150.

[3] Sont financés par la COCOF : La Maison Ouverte, Le Gazouillis, Les P’tits Pas, La Margelle et Passages. Et est subsidié par la COCOM, Le Club Kangourou.

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