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Quels habitats pour les aînés ?

En octobre dernier, Espace Seniors organisait à la Maison des Associations, à Bruxelles, un colloque international intitulé “Lieux de vie d’ici et d’ailleurs : des libertés pour demain”. Les pages qui suivent vont y faire écho, se concentrant sur les alternatives au maintien à domicile – qui est le choix n° 1, toutes générations confondues –, pour ensuite compléter le tableau en braquant le projecteur sur des initiatives bruxelloises visant à favoriser le “rester chez soi”. Un dossier en deux parties... et à deux signatures.

I. Des alternatives au domicile

Inaugurant le colloque, Marie-Thérèse Casman, sociologue au Panel Démographie familiale de l’Université de Liège, plantait le décor en alignant trois facteurs. Les deux premiers sont d’ordre démographique. En 1900, l’espérance de vie était de 47 ans ! Un siècle plus tard, vu le considérable allongement de celle-ci, le vieillissement ne peut plus être considéré comme une période résiduelle : c’est, à part entière, une époque de la vie. Par ailleurs, en Belgique, en 2008, on comptait 567.000 personnes de plus de 65 ans ; en 2020, il y en aura 700.000. Il est clair que les offres d’hébergement ne suffiront pas à répondre à la demande, d’autant plus que 20% des 65 ans et plus vivent déjà sous le seuil de pauvreté, et que l’évolution économique actuelle ne laisse pas espérer une diminution de ce pourcentage.

Un troisième élément est d’ordre socioculturel. Dans une enquête, 2.268 personnes de 16 ans et plus répondaient à la question “quelle solution pour les personnes qui ne peuvent plus vivre seules ?”... Plus des trois quarts (77,79%) se ralliaient au maintien à domicile en recourant à des aides formelles et/ou informelles. C’est le modèle dominant dans notre société : l’entrée en maison de repos ne recueille que 13,4% des suffrages, et l’accueil par un membre de la famille, 8%. Les personnes âgées de 66 à 75 ans sont les moins prêtes à choisir de vivre chez un enfant : cela traduit à la fois la volonté de ne pas dépendre de leurs enfants et celle de ne pas être une charge pour eux. L’autonomie est une valeur cardinale aujourd’hui, et à tous les âges.

On ne peut pas relier directement cette préférence à l’affaiblissement des solidarités familiales et à la montée de l’individualisme, précise Mme Casman. D’autres facteurs interviennent : les changements du rôle familial des femmes (même si ce sont toujours elles qui s’occupent principalement des plus dépendants : enfants et personnes âgées), la démocratisation des relations familiales (les aïeuls ne sont plus considérés comme des autorités) et, bien entendu, le développement de la solidarité sociale instituée, plus égalitaire que les solidarités familiales même si elle ne les remplace pas. On sait d’ailleurs que ces dernières ne sont pas à sens unique : les seniors jouent souvent un rôle familial important, notamment vis-à-vis de leurs petits-enfants.

Dans ce contexte, l’habitat tient une place considérable. Pour tout un chacun, avoir un “chez soi” est fondamental : c’est non seulement un abri mais une seconde peau, un espace que l’on aménage et décore selon ses préférences, qui abrite des souvenirs, une histoire. Jean-Jacques Amyot, psychosociologue (OAREIL [1], Bordeaux) dira que l’habitat est ce qui permet de se situer sur le plan social – par rapport aux autres – mais aussi par rapport à l’image et l’estime de soi : « Mon lieu de vie est indissolublement lié à ma liberté : c’est là que je peux me laisser aller, déposer mes oripeaux sociaux. C’est aussi là que l’on m’écrit. C’est là que l’on vient me voir, et je peux rencontrer les gens sur le pas de la porte, dans le couloir de l’entrée, dans mon salon... voire dans ma chambre ! Toute notre identité psychique – personnelle et sociale – est liée à l’habitat : “mon intérieur me ressemble”. Dès lors, changer de lieu de vie contre son gré, c’est prendre un risque d’effondrement psychique. » Or, en France, seules 30% des personnes âgées déclarent avoir participé à leur entrée en institution. Sans parler d’en avoir été à l’initiative (on sait que les résidents qui ont demandé à entrer en maison de repos vivent plus longtemps que les autres).

Quelles alternatives ?

Rester chez soi est donc le maître-achat. Mais quid lorsque l’on peine à l’assumer ou lorsque la solitude pèse trop ? Les possibilités de choix sont bien plus restreintes qu’on ne l’imagine. Une personne âgée qui doit envisager de quitter son logement a, en principe, le choix entre plusieurs formules d’hébergement mais, en réalité, elle va souvent se heurter au manque de place dans un établissement, par exemple, ou encore à la faiblesse de ses ressources qui ne lui permettent pas l’accès à la formule qu’elle souhaite. Il ne faut pas oublier que le niveau moyen des pensions est inférieur au prix de base d’un hébergement en institution, souligne Marie-Thérèse Casman. Qui rappelle aussi que les MR et MRS sont les héritières des trois H : l’hôpital, l’hospice et l’hôtel (des mots d’ailleurs issus de la même racine). Environ 7% des plus de 65 ans y résident actuellement. Ce sont des structures dont la taille est de plus en plus grande.
Alors, quelles sont les options ? Certaines sont des formules d’aménagement pour le maintien chez soi, que ce soit pour améliorer la sécurité (aménagement du domicile, recours à la domotique : télévigilance par ex.), apporter une aide au quotidien (recours aux aides et soins à domicile, combinaison des aides professionnelles et informelles : famille, voisinage) et/ou proposer des relations sociales et des activités de loisir (accès à des structures d’accueil : centre de jour, centre communautaire...).

Les véritables alternatives impliquent un nouveau choix de vie, comme l’accueil familial des aînés, un projet pilote de la Région wallonne [2], ou l’habitat groupé : les maisons Abbeyfield (habitat autogéré), l’habitat intergénérationnel... Ces dernières initiatives restent pour l’instant marginales chez nous, tant la composante culturelle est importante dans ce type de choix, mais il est possible qu’elles se développent à l’avenir, notamment avec le vieillissement des personnes qui ont déjà connu, plus jeunes, des expériences d’habitat partagé.

Enfin, il existe des formules d’hébergement alternatives : les résidences-services associent une certaine indépendance et la possibilité de recourir aux services d’une maison de repos, et certaines MR font, comme on va le voir, des choix parfois radicaux pour contrer la tendance au réglementarisme et à la normalisation (voire à l’infantilisation) trop souvent propres à la vie en grande collectivité.

Autonomie et ouverture

Quels sont maintenant les points saillants qui ressortent des expériences présentées au colloque ? D’abord, on s’en doute, l’accent mis sur l’autonomie. C’est évident dans les deux exemples qui vont suivre, et on le verra encore plus loin à propos du “droit au risque”. Insistons à nouveau ici sur la distinction entre l’autonomie, capacité de faire des choix pour soi, et l’indépendance, qui n’est toujours que relative. Il est clair que le “modèle” de la grosse institution qui accentue la dépendance et réduit ou même annule l’autonomie, agit comme un repoussoir.

Une deuxième caractéristique est l’ouverture sur l’extérieur. À Ottignies-LLN, la Résidence du Moulin (35 logements, dont 8 appartements et 27 studios) se veut ouverte sur la ville ; elle propose une formule intermédiaire entre le domicile et la maison de repos, « pour les personnes qui souhaitent rompre leur solitude et conserver leur autonomie, précisent Laurence Guilmet et Marie-José Perot. Nous constatons qu’une existence communautaire (relative et acceptée par tous) permet la solidarité entre les résidents et contribue à la sécurité de chacun, par le souci de l’autre. » Ce sont d’ailleurs les résidents qui étaient demandeurs d’activités, et ce très tôt après l’ouverture (1994). Divers loisirs sont proposés, et rapidement ouverts aux personnes extérieures ; de même, certains résidents sortent pour des activités intergénérationnelles. Puis des sorties en groupe et des visites sont organisées, de nouveaux ateliers sont créés, des partenariats s’établissent avec un centre culturel, une association locale. Dans les années 2000, la résidence est devenue un véritable lieu intergénérationnel, où ont leur place non seulement de jeunes enfants mais aussi des adolescents (en partenariat avec un service AMO).

L’ouverture sur l’extérieur est aussi mise en avant dans le projet Abbeyfield, après l’équilibre entre vie privée et autonomie, d’une part, vie collective et solidarité, d’autre part. Les habitants disposent chacun d’un petit appartement (living avec kitchenette, chambre à coucher et salle d’eau) et plusieurs pièces sont à usage commun : au moins une grande cuisine, une salle à manger, une buanderie et une chambre d’amis. Les maisons Abbeyfield sont de taille moyenne, elles regroupent une dizaine d’habitants maximum, qui gèrent eux-mêmes la vie quotidienne (entretien, achats, cuisine, gestion des déchets...), assistés par plusieurs bénévoles au sein d’une ASBL qu’ils ont constituée ensemble. Ils se réunissent régulièrement pour prendre les décisions qui concernent la vie commune, partagent plusieurs repas par semaine et combinent activités en groupe(s) et activités personnelles. Pour éviter le repli du groupe sur soi, le projet valorise l’implication des habitants dans des activités extérieures (loisirs, sorties, bénévolat) et ouvre les portes de la maison aux familles, aux amis, au voisinage – et aux habitants des autres maisons [3].

Droit au risque ?

Nous allons nous attarder plus longuement sur ce point, qui va à contre-courant des idées reçues. “Le droit au risque” était le titre de l’intervention de Jean-Jacques Amyot, déjà cité, qui souligne les sentiments paradoxaux que suscite la vieillesse : déni et marginalisation d’une part, inquiétude et surprotection d’autre part. « Ici, on veut la protéger de tous les risques présents et à venir, là, on considère qu’il faut lui imposer ce qu’elle a choisi jusque-là. Nous voilà donc avec une vieillesse dont la liberté est en instance, rognée, réduite par des attitudes profondément opposées. Une sorte de jivaroïsation de la liberté. La liberté en actes, c’est choisir ; choisir c’est prendre des risques ; prendre des risques, c’est tout simplement vivre. » Au nom des cas particuliers – les personnes très âgées et/ou très dépendantes – l’exception se mue en règle et tous les seniors un tant soit peu dépendants se voient assujettis à la « loi martiale » (sic) dont des professionnels sont porteurs au nom de la responsabilité, de la protection et de la bonne organisation. « Notre société, observe Amyot, est de ce point de vue atteinte de schizophrénie lorsqu’elle nous enjoint, pour bien vieillir, de rester indépendant, autonome, tout en considérant qu’elle peut nous en priver “pour notre bien”. »

Il est pourtant des institutions qui prennent le risque du choix, donc du risque, comme à St. Marienstift (Bochum, Allemagne), 85 chambres : « Chez nous, explique Sabine Timmer, les portes des chambres sont fermées à clé et les résidents gardent leur clé. Il n’y a pas d’horaire de visites : les habitants sont chez eux et ils reçoivent qui ils veulent, quand ils veulent. Chacun entre et sort du bâtiment comme il le souhaite. Les résidents atteints de la maladie d’Alzheimer ou ayant perdu une partie de leurs facultés mentales peuvent aussi sortir. Nous avons une personne à l’accueil (un jeune qui est en service civil et donc bénévole) qui surveille les entrées et sorties. Lorsqu’une personne fragilisée quitte le bâtiment, il appelle un collègue qui va accompagner la personne dehors plutôt que l’empêcher de sortir. Chaque résident peut se préparer quelque chose à manger dans le coin-cuisine de son groupe. (...) Les résidents choisissent l’endroit où ils veulent manger : dans le coin-cuisine, dans la cafétéria, à la terrasse ; il n’y a pas de grand réfectoire commun. Ce sont de plus petits espaces collectifs où on se retrouve par affinité. Les heures de repas ne sont pas figées : on peut manger le matin quand on se lève ou plus tard. Le midi, on peut venir entre midi et 14 heures. »

Comme à Bochum, les résidents de la maison de retraite Padua (Tilburg, Pays- Bas) ont une clé de la maison et peuvent recevoir toute visite quelle que soit l’heure. Kees Theeuwes, le directeur, met les points sur les i : « Notre slogan, c’est “tout est possible”, fuck the rules ! Au diable les normes appliquées à tous, que ce soit sur le plan du mobilier, de l’alimentation (manger des fritures, boire quelques genièvres), l’hygiène (prendre son bain quand on veut), les fêtes (même si c’est le week-end), les activités (le soir et le week-end aussi)... Les mots d’ordre : continuer sa vie comme avant, faire ses propres choix, garder un contrôle sur sa vie. » Le restaurant n’affiche pas de menu unique, il y a des plats à la carte, et l’on peut aussi se cuisiner un repas chez soi. Prix à payer pour l’institution : beaucoup d’employés sont partis (20%), préférant aller travailler là où l’on exige moins d’eux...

Plusieurs autres intervenants insistent sur ce point : les maisons de repos sont des lieux de vie avant tout. Claude Deutschmeyer et Nicole Camboulive (Maison de l’Amitié, Albi) : « Tous les résidents ont droit aux soins médicaux, bien sûr, mais comme à domicile. On n’a pas besoin d’être entouré de blouses blanches, d’avoir des couloirs remplis de chariots, des chambres sans âme. Chez nous, chaque résident a ses meubles, son lit tant que c’est possible, sa sonnette à la porte d’entrée, sa boîte aux lettres ; il les utilise s’il le peut mais on n’aligne pas les installations sur la non utilisation potentielle des choses comme principe d’équipement. C’est ainsi qu’on déshumanise les maisons et que, comme à l’hôpital, on dépouille les personnes qui y vivent. Que se passe-t-il quand on est à l’hôpital ? On nous dit, déshabillez-vous, couchez- vous. Les gens à l’hôpital sont des gens couchés. »

Comme à Albi, au Domaine des Rièzes et Sarts (Couvin), on se réfère à l’Humanitude®, une philosophie mais aussi une méthodologie du soin, comme l’explique son directeur, Dominique Bigneron : « Ce concept permet de maintenir ces adultes âgés, voire très âgés ou parfois désorientés, en complète Humanité. Nos habitants sont regardés, touchés, nous leur parlons et ils sont gardés verticalisés et mobiles aussi longtemps que possible. Autre choix primordial, les résidents désorientés habitent les lieux librement et ne sont jamais contenus ni maintenus dans un fauteuil, un service ou une aile qui leur seraient réservés, ils vivent comme les autres, avec les autres, les portes sont ouvertes sur l’extérieur et la déambulation est encouragée. Ce faisant, nous avons soulevé le problème de la gestion des risques : nous considérons que la vie est risquée et qu’il n’y aurait de pire risque que celui de ne pas en prendre. Autoriser la prise de risques à nos habitants est leur reconnaître le droit d’être encore vraiment vivants ! »

Le rôle des bénévoles

Autre point saillant : l’importance du bénévolat, qui est trop rarement soulignée. Le rôle des volontaires dans le montage d’un habitat Abbeyfield, par exemple, est primordial : ils encadrent le processus, sont garants du respect de la Charte qui définit le projet, soutiennent en continu le groupe d’habitants, cogèrent le budget de l’ASBL, entretiennent les contacts avec le bailleur et les autorités, s’occupent des relations publiques et de la communication, etc. L’importance des volontaires est même parfois numériquement impressionnante : à Tilburg, la maison de retraite peut s’appuyer sur plus de 100 bénévoles, ce qui joue certainement pour permettre le degré de liberté dont jouissent les résidents. Et la Maison de l’Amitié d’Albi compte 133 bénévoles actifs, oeuvrant essentiellement à l’animation des activités socioculturelles : « La forte professionnalisation qu’a connue l’association ne s’est jamais traduite par la mise à l’écart des bénévoles. Au contraire, la culture du bénévolat reste très ancrée et constitue une réelle force d’ouverture. En effet, faire intervenir des bénévoles, c’est “faire entrer la cité” dans nos établissements et c’est développer du lien social. »

Enfin, répétons qu’il ne s’agit pas seulement d’hébergement mais d’habitat, que l’habitat c’est l’identité et l’intimité, que l’on a un besoin vital d’avoir non seulement un toit mais un “chez soi”. Il faut que les aînés puissent continuer à se sentir “chez eux”... Comme l’écrivent joliment Claude Deutschmeyer et Nicole Camboulive, « manager un milieu de vie c’est permettre que la vie circule librement, c’est libérer les habitants de toutes les contraintes non indispensables, c’est aussi penser que les habitants doivent faire “maison” et que nous, le personnel, n’y sommes qu’intervenants. Ce n’est pas chez nous, ne nous y trompons pas, on ne dort pas là. Et ce n’est pas parce que les résidents ont besoin de nous qu’ils doivent être maintenus en dépendance : ils ne sont pas nos obligés. »

Alain Cherbonnier

II. Vieillir chez soi

Rester le plus longtemps possible chez soi est le souhait exprimé par la très grande majorité des personnes âgées. Mais vieillir peut entraîner une perte d’indépendance physique et/ou psychique, certes variable suivant les individus et l’âge, avec pour corollaire une demande d’information, d’aide, de soutien, de coordination. L’accord de « Protocole 3 » conclu entre l’autorité fédérale belge et les gouvernements communautaires et régionaux a pour objectif de stimuler des alternatives de soins permettant aux personnes âgées de continuer à vivre chez elles le plus longtemps possible. L’Etat fédéral met à la disposition des Communautés et Régions un budget de 174 millions € étalé sur une période de six ans. Le Protocole 3 impose aux entités signataires d’affecter 20% de leurs moyens disponibles à la création de formes alternatives de soins et de soutien aux soins. Dans le cadre de cet accord, plusieurs initiatives ont vu le jour ou ont été encouragées à Bruxelles.

Conectar Night

Il existe peu de solutions de prise en charge des personnes âgées à domicile la nuit. Pourtant, celle-ci est un moment particulièrement délicat : mauvais sommeil, angoisse, solitude, cauchemars augmentent le risque de chutes nocturnes. Certaines affections comme l’incontinence nécessiteraient des soins plus fréquents, d’autres pathologies impliquent une prise de médicaments ou le contrôle de paramètres vitaux durant la nuit. Parfois, simplement, des plages horaires plus larges amélioreraient le confort de vie des seniors. Par exemple, une toilette plus tardive leur permettrait des activités en soirée. Or les services existants sont trop coûteux ou difficiles à mettre en place pour beaucoup d’entre eux. Dans ces conditions, la charge repose principalement sur les aidants proches, avec son lot d’épuisement physique et mental. Trop souvent, les personnes âgées dont l’état requiert un suivi nocturne sont hospitalisées ou placées en MRS simplement à cause de l’inexistence d’alternatives, alors qu’elles seraient capables de vivre chez elles et le souhaitent.

Partant de ce constat, Conectar Night propose un service de soutien infirmier de nuit, qui vise à assurer le maintien à domicile des patients âgées de 60 ans et plus en perte d’autonomie, ainsi que leur retour à domicile après un séjour en institution. Les patients doivent être connus et suivis par une équipe de jour (l’asbl Soins à Domicile Bruxelles ou la Croix Jaune et Blanche, toutes deux partenaires du projet). Afin de favoriser l’accès à tous les patients quels que soient leurs revenus, les frais d’affiliation au service sont fixé à 30 €/mois tout compris.

Le projet Conectar Night vise à offrir une réelle continuité des soins entre les prestations de jour et de nuit, en faisant appel à du personnel qualifié, expérimenté et formé pour la prise en charge des patients et en assurant une bonne communication des informations entre les équipes. Il organise également une coordination entre les différents acteurs qui gravitent autour de la personne âgée, de manière à apporter une réponse adéquate aux besoins en soins et en aide, tout en respectant les choix et la volonté du patient.

La prise en charge prend la forme d’un ou deux passages nocturnes, du lundi au dimanche, entre 22h00 et 5h00 en fonction des besoins du patient et des possibilités du service. Actuellement au stade de projet pilote, ces tournées sont prévues pour deux mois ; elles seront ensuite interrompues pendant un mois au minimum. Le patient aura la possibilité de se réinscrire à Conectar Night après ce mois d’interruption. Chaque nuit, trois équipes sont opérationnelles sur le terrain. En tout, 39 tournées par nuit sont organisées. Chaque équipe est composée d’un infirmier et d’un chauffeur qui veille à la mobilité et à la sécurité. Les postes de chauffeurs sont des emplois dits « article 60 ». Les personnes engagées bénéficieront donc de formations spécifiques en secourisme, en aide aux personnes âgées ou en aide à domicile par exemple.

Dionysos

Le projet Dionysos a été lancé par l’asbl Rivage-Den Zaet, service de santé mentale pour adultes, enfants et adolescents. Dionysos repose sur une unité mobile de soutien au réseau de soins de personnes âgées et fragiles de plus de 60 ans ou présentant des signes de vieillissement précoce dès 40 ans. A partir d’une écoute professionnelle et de la mise en place d’un travail de concertation, le projet Dionysos entend mobiliser les ressources et les compétences du réseau, afin de renforcer celles du patient et de lui permettre, si possible, de maintenir son lieu de vie à domicile. Chaque demande nécessite un projet personnalisé qui s’inscrit dans une continuité de soins. Le projet s’appuie sur une équipe multidisciplinaire constituée de psychologues et d’assistants sociaux soutenus par un psychiatre et deux médecins généralistes. L’intervention du projet Dionysos est gratuite. L’objectif de Dionysos est de développer la prise en charge en réseau autour de la personne âgée et avec elle, en mobilisant la première ligne de soins déjà existante, en mettant en place un processus de travail multidisciplinaire efficace à l’écoute de chaque intervenant, et en créant et soutenant des liens entre l’ambulatoire, l’hospitalier et le domicile.

Centrale de Services à Domicile

La CSD délivre les soins et les services nécessaires à l’état de santé, au confort et au bien-être de toutes les personnes immobilisées chez elles suite à un accident, une maladie, un handicap ou simplement aux conséquences du vieillissement. De nombreux services sont proposés : service d’aide et de soins à domicile intégré, à court, moyen ou long terme, soins infirmiers, kinésithérapie, dentisterie, logopédie, conseil d’un ergothérapeute pour l’aménagement du logement, pédicure, coiffeur, dentiste, opticien, télévigilance, livraison de repas à domicile, aide familiale et à l’entretien, service social, accompagnement et aide administrative.
Le projet mené par la CSD vise à améliorer la sécurité nocturne des personnes âgées fortement dépendantes de plus de 60 ans sans avoir recours à une garde de nuit individuelle. Pour atteindre cet objectif, une équipe volante d’aide et de soins composée d’infirmiers et d’aides soignants a été organisée. Pendant la nuit, cette équipe passe à domicile soit à intervalles réguliers, soit à la demande. Les patients sont également reliés au dispositif de télévigilance qui servira de sonnette d’alarme. La CSD dessert les 19 communes de la Région bruxelloise.

CGG Brussel – Deelwerking Brussel-Oost

Le Centrum voor geestelijke gezondheidszorg voor het Brussels Hoofdstedelijk gewest propose différente activités, comme des thérapies individuelles, de couple et familiales, un accompagnement social (aussi à domicile), des consultations psychiatriques et un soutien des travailleurs de première ligne via des supervisions et consultations. Il dispose d’une “Ouderenteam” ou équipe spécialisée dans l’aide aux seniors rencontrant des problèmes psychiques et psychiatriques. Le CGG Brussel est également un centre d’expertise de la démence. Il offre un accompagnement et un soutien non médicaux aux personnes démentes et leur entourage, des information et conseils aux aidants proches, des formations et renforcements des compétences des professionnels des soins à domicile et résidentiel. Le CGG Brussel a mis sur pied un projet de soin narratif qui s’adresse aux aidants proches et aux seniors à partir de 60 ans avec des problèmes de dépression ou de début de démence et/ou confrontés à une maladie ou à une perte d’autonomie physique. Ce projet consiste à permettre au senior de raconter l’histoire de sa vie à un écrivain du vécu qui se rend à son domicile. Ce service est disponible uniquement en néerlandais.

L’Antenne Andromède

Avec l’Antenne Andromède, le CPAS de Woluwe-Saint-Lambert propose une formule d’hébergement pour les personnes âgées souhaitant trouver une solution à leur problème de solitude tout en conservant leur autonomie de vie.
Six bungalows ont été aménagés pour pouvoir accueillir chacun cinq habitants. Un accompagnement “à la carte” des personnes hébergées tant sur le plan de la santé physique et mentale que sur le plan du suivi social et culturel est assuré par du personnel qualifié : assistantes sociales, infirmières communautaires et aides familiales. [4]

Les Maisons Kangourou

Une Maison Kangourou est un logement dans lequel une ou plusieurs personnes âgées s’installent dans une partie de l’habitat, tandis qu’un jeune ménage ou une famille en occupe le reste. Cet habitat offre une alternative tant au logement classique qu’à la maison de repos. Le projet de deux Maisons Kangourou a été lancé par le CPAS de Molenbeek-Saint-Jean, en collaboration avec la MRS Résidence Arcadia et Conectar. Constatant les problèmes d’isolement des personnes âgées, mais également la pénurie de logements accessibles aux familles à faibles revenus, le CPAS a restauré deux habitations, s’inspirant des expériences québécoises et parisiennes de cohabitation intergénérationnelle.

« Nous avions déjà essayé de développer des Maisons Kangourou il y a quelques années, explique Christian Magérus, Président du CPAS de Molenbeek. A l’époque, nous avions envisagé d’inciter des particuliers à opter pour ce type d’habitat intergénérationnel, mais cela nécessitait des travaux de modification des logements trop lourds. Nous avons donc décidé de restaurer deux maisons appartenant au CPAS, situées rue De Bonne, en tenant compte directement des besoins qu’entraîne un habitat collectif : des espaces communs au rez-de-chaussée, deux chambres autonomes avec une salle de bain au premier étage et deux au second avec leur salle de bain également, enfin les chambres et sanitaires de la famille au dernier étage, qui bénéficie aussi d’une mezzanine. L’immeuble est muni d’un monte-escalier électrique. Dans chacune des maisons, quatre personnes âgées et une famille monoparentale vivent ensemble, afin de créer ou recréer des relations interpersonnelles épanouissantes et constructives. »

Contrairement à une maison de repos, ce type d’habitat permet à la personne âgée de préserver son autonomie, de rester maître de son quotidien et de ses décisions. Les seniors se lèvent, mangent, se lavent, se déplacent quand et comme ils le souhaitent. Ils préservent ainsi leurs capacités physiques et mentales. Les familles veillent à leur bien-être et les aident dans leur vie quotidienne. C’est donc pour elles bien plus qu’une simple présence : une réelle responsabilité dans la gestion collective et l’organisation de l’habitat. Elles font le relais, auprès de l’accompagnant social, de l’évolution physique, psychique et sociale des personnes âgées avec qui elles cohabitent.

Pour soutenir les principes d’entraide et de solidarité qui sous-tendent la cohabitation intergénérationnelle, un réseau d’aides à domicile est coordonné par une assistante sociale. Christine Van Turnhout détaille la dynamique d’accompagnement mise en place autour des Maisons Kangourou : « Un accompagnant social est en contact régulier avec les cohabitants. Il est le référent pour les prestations de soins et de services (médecins, infirmiers, kinésithérapeutes...) organisées autour des seniors et s’assure que leurs besoins et attentes sont bien rencontrés. Différents services sont mis à leur disposition par le CPAS : repas à domicile, service de transport, livraison des course, aide ménagère... Une assistante sociale passe une fois par semaine et, si nécessaire, entre deux visites. Un entretien individuel est organisé chaque semaine avec l’hôte et chaque mois avec les personnes âgées. L’accompagnement social prévoit aussi une réunion mensuelle avec l’ensemble des habitants. Les seniors ont accès aux activités et aux événements organisés par le Centre de rencontre Marie-José du CPAS. D’autres activités leurs sont accessibles à la Résidence Arcadia : chorale, ateliers danse ou photo, cafétéria, rencontres avec les enfants de l’école primaire n° 9... ou simplement shopping ! »

« Les deux familles ont été choisies parmi les usagers du CPAS dans une démarche de réinsertion, de transition et de stabilisation de familles en recherche d’un logement, précise Christian Magérus. Pour le choix des habitants seniors, le CPAS collabore activement avec les médecins généralistes de la commune. Ce sont des personnes âgées dont l’état de santé ne nécessite pas de soins lourds, qui sont capables de vivre seules, favorables à la vie en collectivité, mais souhaitant conserver leur intimité. Bien que les Maisons Kangourou soient des logements autonomes, ils dépendent de la Résidence Arcadia, qui en assure la gestion sociale et la coordination administrative. Les liens ainsi tissés permettront un passage en douceur vers la maison de repos si l’état physique et mental des seniors devait se détériorer et nécessiter des soins non dispensables en Maison Kangourou. »

Rester vivre dans son domicile dépend avant tout de la capacité de mobiliser soutiens et services de proximité. La meilleure garantie d’un maintien à domicile réussi, améliorant réellement le bien-être et repoussant l’entrée en maison de repos, c’est une concertation efficiente de tous les intervenants, et surtout la participation active de la personne âgée à son projet de vie.

Marie-Hélène Salah

Conectar Night
Tél : 02/546.14.02 ou 02/647.03.66 Fax : 02/546.14.82

Dionysos
Tél : 02/888.70.57 - Fax : 02/888.99.58
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www.dionysos.pro

Centrale de Soins à Domicile Tél : 02/537.98.66 (24h/24)
Fax : 02/539.38.36
Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
www.csdbxl.be

CGG Brussel – Deelwerking Brussel-Oost
Tél : 02/771.92.03 - Fax : 02/771.72.00
Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
www.cggz-brus-sel.be

Antenne Andromède
Tél : 02/777.75.48 ou 0497/66.13.49
Fax : 02/777.76.19
Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
www.cpas1200.be

Maisons Kangourou
Résidence Arcadia
Tél : 02/481.99.00 - Fax : 02/468.12.30
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www.cpas-molenbeek.irisnet.be/fr/troisieme-age

Notes

[1] Office Aquitain de Recherche, d’Etude, d’Information et de Liaison sur les problèmes des personnes âgées.

[2] Cf. le décret wallon du 30 avril 2009 : « Le résident en accueil familial y reçoit l’hébergement, l’aide dans l’organisation des soins requis et l’aide à la réalisation des activités de la vie quotidienne dans le cadre de la vie familiale. » Ce projet s’adresse à des personnes de 60 ans au moins. La famille d’accueil est bénévole ; elle reçoit un défrayement de 26 €/jour (789 €/mois).

[3] Pour l’instant, quatre maisons sont en activité en Belgique (deux à Bruxelles, deux en Wallonie), une est en cours d’aménagement et deux projets sont au stade de l’élaboration des plans. Après une longue période de tiédeur, la Flandre semble maintenant sortir de sa réserve : Abbeyfield Vlaanderen vzw vient d’être créée pour devenir l’interlocuteur de la Communauté flamande en lieu et place d’Abbeyfield Belgium asbl.

[4] Pour plus de détails, voir « Préserver l’autonomie de la personne âgée ? », Bruxelles Santé n° 59, pp. 18-19.

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