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Pour une société qui voit large ...

Le rejet et la discrimination se fondent bien souvent sur des critères liés à l’apparence physique : couleur de peau, sexe, handicap, âge... Aujourd’hui, la corpulence est également devenue un important facteur de stigmatisation et d’exclusion.

En ce mois de juin 2012, l’asbl Question Santé lance une campagne de sensibilisation à la problématique de « la discrimination liée au surpoids », destinée à tout public. Le but de cette campagne, à laquelle participe le Centre pour l’Egalité des chances et la lutte contre le racisme, est d’attirer l’attention sur la discrimination envers les gros, et les rondeurs en général, pour inciter à une prise de conscience de l’importance qu’a pris la norme de minceur dans nos sociétés. Prendre conscience des effets pervers de cette norme peut être un premier pas pour s’en détacher et contribuer à un changement de regard « pour une société qui voit large ».

La façon dont les rondeurs sont perçues et dont les personnes en surpoids se perçoivent elles-mêmes, serait révélatrice de l’adhésion à la norme de minceur qui s’est imposée dans nos sociétés et de son intériorisation.

En effet, de nombreux stéréotypes négatifs sont véhiculés sur les personnes rondes. Elles seraient paresseuses, faibles, sans volonté, sales, moins intelligentes, moins compétentes, peu séduisantes, peu féminines/pas viriles... A contrario, dans nos sociétés occidentales, la minceur est socialement valorisée (preuve de réussite, de statut social, de volonté, etc.) et présentée comme l’idéal esthétique, la norme à laquelle se conformer.
De ces représentations individuelles et collectives des rondeurs découle un certain vécu de son poids avec des comportements souvent néfastes vis- à-vis de celui-ci (obsession du poids, indifférence, culpabilité, régimes excessifs...) et des conséquences sociales, psychologiques, économiques et de santé importantes. Ceux qui ne correspondent pas à cet idéal de minceur sont alors souvent victimes de traitements injustes : rejet, stigmatisation, exclusion, moqueries, etc., et ce, dans différents domaines de la vie (à l’école, dans le cercle familial, la vie professionnelle, le milieu médical, etc.).

En Belgique, aucune étude évaluant les discriminations liées au poids n’a encore été réalisée mais des travaux menés en france et aux Etats-Unis et la récolte de témoignages, tant directs que sur des forums web, peuvent permettre d’appréhender ce phénomène.

Question Santé soutient l’idée qu’une perception globale des facteurs de son bien-être par chacun est susceptible de lui rendre une liberté : celle de pouvoir agir favorablement sur sa santé globale, en fonction de ses choix de vie.
Question Santé plaide également pour une société qui soutient les citoyens dans le développement de leur bien-être (le maintien de leur santé), en créant les conditions favorables pour tous et en proposant les aides nécessaires aux personnes qui ont des besoins spécifiques.

Des discriminations au travail

En france, des chercheurs ont montré que la proportion de temps passé sans emploi durant la vie active augmente significativement en fonction du poids lorsque celui-ci dépasse l’indice de masse corporelle considéré comme normal (sur base des données de l’Institut national de la statistique et des études économiques en France). Les personnes obèses ont également une moindre probabilité de retrouver un emploi [1] : une personne obèse reçoit trois fois moins de réponses positives pour un poste de commercial qu’une personne d’apparence mince [2]. Selon des données provenant des Etats- Unis, les discriminations concernent aussi bien l’embauche, les salaires, les promotions, la cessation d’emploi que le quotidien en milieu de travail : près d’un travailleur sur deux signale une stigmatisation par les collègues et quatre sur dix par les employeurs et superviseurs (humour déplacé, commentaires péjoratifs, traitement différencié, etc).

Des discriminations dans le domaine de la santé

Aux Etats-Unis toujours, diverses études montrent que les professionnels de la santé véhiculent des attitudes et croyances négatives à l’égard des personnes obèses, notamment qu’elles sont paresseuses, indisciplinées, maladroites, peu attrayantes, ont une volonté faible et donc une mauvaise adhésion aux traitements [3].

Les messages de prévention sanitaire incitant à se nourrir sainement, à perdre du poids, à pratiquer une activité physique sont quotidiens dans notre société. Si certains se concentrent sur les effets nocifs pour la santé du surpoids et de l’obésité, d’autres présentent parfois les personnes trop fortes comme étant faibles, responsables et coupables de leur état, voire anti-sociales par leur incapacité à se conformer à la norme de poids admise.

Des relations interpersonnelles plombées

Les personnes obèses doivent parfois aussi faire face à des difficultés dans leurs relations interpersonnelles. Des études récentes montrent la réalité des perceptions négatives basées sur le poids, surtout vis-à-vis des femmes obèses, émanant des membres de la famille et des amis, ainsi que dans la vie amoureuse [4].

Les jeunes sont eux aussi touchés dans leurs relations, ce qui n’est pas sans conséquence. « Les enfants en surpoids qui font l’objet de moqueries et de brimades à cause de leur poids ont 2 à 3 fois plus de risques de développer des pensées suicidaires que ceux qui ne sont pas tourmentés. » [5]

Des médias aux lourdes allusions

Aux Etats-Unis, des analyses de contenu des médias et des fictions télévisées (sitcom) démontrent la stigmatisation des personnes en surpoids, plus particulièrement des femmes (traits de caractères plutôt négatifs, commentaires négatifs des autres personnages, etc). On retrouve les mêmes tendances dans les fictions pour enfants.

Les publicités omniprésentes sur les régimes et méthodes miraculeuses pour perdre du poids mettent souvent l’accent sur le message que le poids est facilement modifiable et que le succès est une simple question d’effort personnel. Elles dépeignent les personnes en surpoids comme malheureuses et sans attraits et connotent la perte de poids comme les rendant plus heureuses.

Les articles de presse consacrés à l’obésité présentent souvent l’obésité en terme de responsabilité individuelle, en focalisant sur les comportements et solutions individuels (excès alimentaires et alimentation malsaine à corriger par un changement d’habitudes alimentaires). Cette présentation omet les dimensions sociétales importantes contribuant à la progression de l’obésité dans nos sociétés ; en outre, elle renforce la stigmatisation des personnes obèses (ce qu’on qualifie en promotion de la santé de « blâme de la victime »). Les médias ont aussi une tendance à la dramatisation (épidémie galopante, chiffres alarmants, fardeau pour les systèmes de sécurité sociale, etc). Ces nouvelles tendances de l’information s’appuient sur et renforcent les perceptions culturelles préexistantes vis-à-vis des gros [6].

Les conséquences des discriminations sur le bien-être et l’estime de soi

À force de subir des remarques, des moqueries, des exclusions banales dans la vie quotidienne, le discours médiatique ambiant, etc, les personnes en surpoids perdent insidieusement confiance en leur image, en leurs capacités, avec pour conséquence une difficulté inconsciente de se présenter positivement, notamment lors d’un entretien d’embauche, d’un examen ou d’un rendez-vous galant par exemple. La fréquence des expériences de stigmatisation chez des personnes (obèses) est associée à une baisse de l’estime de soi et à une augmentation de problèmes comme la dépression, l’anxiété, la perception négative de son corps et des troubles alimentaires (accès de boulimie) [7]. De nombreuses études ont montré un lien entre le stress lié à une discrimination (quelle qu’elle soit) et divers troubles de santé, dont une prise de poids [8]. La stigmatisation liée à un excès de poids est donc susceptible de contribuer à une prise de poids supplémentaire !

Et chez les enfants ?

La prévention de l’obésité chez l’enfant est devenue une priorité de santé publique. Il est certain que prévenir le surpoids est une stratégie pertinente quand on connaît les difficultés rencontrées pour réduire le poids chez des personnes obèses. Cependant, des auteurs soulignent que la réduction des discriminations liées au poids est tout aussi importante que la réduction de l’indice de masse corporelle. Dans cette perspective, les enfants ont besoin d’adultes (parents, enseignants, etc) pour défendre leurs intérêts et lutter contre les préjugés de poids. En effet, selon certains auteurs, les effets néfastes des stigmatisations de l’enfant pourraient sans doute s’avérer aussi délétères pour son bien-être que son excès de poids [9].
Malheureusement, les enseignants ont souvent des représentations négatives des élèves en surpoids et les perçoivent plutôt comme désordonnés, trop émotifs, comme ayant moins de chances de réussir et plus susceptibles d’avoir des problèmes familiaux par rapport à leurs pairs de poids normal [10].
A travers la prise de conscience des modèles esthétiques de minceur auxquels nous adhérons (sans toujours nous en rendre compte), la sensibilisation de l’opinion publique à cette injustice qui touche de plus en plus de personnes et des revendications claires de respect de l’être humain, quelle que soit sa corpulence, la campagne « Pour une société qui voit large » lancée par l’asbl Question Santé avec le soutien de la fédération Wallonie-Bruxelles, vise à contribuer à une évolution du regard porté sur les personnes en surpoids, dans le but d’une plus grande tolérance.

Les outils :

voy large bs 66Un site internet www.voyonslarge.be ludique et pédagogique interroge le regard que la société pose sur les rondeurs, fait état des diverses conséquences que cela peut engendrer pour chacun d’entre nous, informe sur les moyens pratiques pour signaler une discrimination, propose une série de références pour approfondir ses connaissances sur le sujet et invite chacun à interagir et à donner son avis sur la page facebook de la campagne : « Pour une société qui voit large ».

Une carte postale reprend le visuel de la campagne et illustre quatre scènes de discrimination envers les « gros ».

Si vous désirez recevoir gratuitement les outils de la campagne, contactez l’asbl Question Santé au 02/512.41.74 ou par mail à Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

 

 

Informations pratiques concernant la campagne

Pour une société qui voit large est un projet qui a pour objectif de mettre en évidence les divers aspects de la thématique du surpoids de façon à éclairer le sujet dans sa globalité.

Pour cette 1ère initiative, l’asbl Question Santé asbl a choisi d’aborder le thème du rejet et de la discrimination vécus par de nombreuses personnes en surpoids et leurs conséquences néfastes au niveau social, psychologique et économique ainsi qu’en terme de santé et de bien-être.

Marie-Hélène Salah

Une enquête sur le surpoids et l’obésité va être lancée à l’initiative de divers organismes et de l’ULg. Elle part du constat que si les aspects biologiques et les conséquences sur la santé de l’obésité sont de mieux en mieux connus et commentés, par contre on sait peu de choses sur la manière dont les obèses et les personnes en surpoids vivent leur situation. Un questionnaire est disponible en ligne sur www.monavisadupoids.eu. L’enquête vise les personnes de 18 ans et plus et les réponses sont anonymes.

Notes

[1] Alain Paraponaris, Bérengère Saliba, Bruno Ventelou. Obesity, weight status and employability : Empirical evidence from a French national survey. Economics and Human Biology 3 (2005) 241–258.

[2] J-F Amadieu, L’obèse : « l’incroyable discriminé », Observatoire des Discriminations, Université Paris I, Panthéon Sorbonne, Septembre 2005

[3] Idem 1

[4] Idem 1

[5] Rebecca Puhl, Stigmatisation sociale de l’obésité : causes, effets et quelques solutions pratiques, Diabetes Voice, mars 2009

[6] Idem 1

[7] Kelli E. Friedman, Jamile A. Ashmore and Katherine L. Applegate. Recent Experiences of Weight-based Stigmatization in a Weight Loss Surgery Population : Psychological and Behavioral Correlates. Obesity |volume 16 supplement 2 november 2008

[8] David Johnston and Grace Lordan. Discrimination makes me Sick ! Establishing a relationship between discrimination and health. School of Economics, University of Queensland, Australia http://www.uq.edu.au/economics/abstract/421.pdf

[9] Reginald L. Washington, MD. Childhood Obesity : Issues of Weight Bias. Prev Chronic Dis 2011 ;8(5) : A94. http://www.cdc.gov/pcd/issues/2011/sep/10_0281.htm.

[10] Idem 1

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