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Brainstorming à l’ONE : « Naissance et Enfance : agir ensemble à Bruxelles »

Le samedi 12 octobre 2013, l’Administration subrégionale de Bruxelles de l’Office de la naissance et de l’enfance organisait sa journée portes-ouvertes. Destinée à permettre aux familles de découvrir les services proposés par l’ONE, cette journée était aussi l’occasion de présenter les premières conclusions des deux jours d’échange organisés les jeudi 10 et vendredi 11 octobre par l’ONE avec ses partenaires associatifs, publics et communaux bruxellois sur le thème « Naissance et Enfance : agir ensemble à Bruxelles ».

one bs 73Benoît Parmentier, administrateur général de l’Office de la Naissance et de l’Enfance, Séverine Acerbis, Présidente du Comité subrégional de Bruxelles de l’ONE et Dominique Fievez, Coordinatrice subrégionale de l’Administration subrégionale de Bruxelles y ont présenté la situation spécifique de l’accueil et de l’accompagnement des enfants à Bruxelles ainsi que les défis particuliers auxquels la Région bruxelloise est confrontée en matière de croissance démographique, d’inégalités sociales de santé, d’accessibilité de l’accueil...

Les milieux d’accueil, entre boom démographique et austérité

L’accessibilité de l’accueil et l’offre de places d’accueil adaptées à Bruxelles étaient au cœur des réflexions. De juin 2009 au 31 décembre 2012, 3.631 places supplémentaires ont été créées, tout type de milieux d’accueil confondus, donc une hausse de 10 % de l’offre. Pourtant, ces nouvelles places n’ont entraîné qu’une augmentation d’un peu plus de 1% du taux de couverture de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Ceci s’explique par la croissance, notamment en Région bruxelloise, du nombre d’enfants de 0 à 2 ans et demi sur la même période.

Benoît Parmentier : « En Fédération Wallonie-Bruxelles, il y a 39.974 places d’accueil. Au 31 décembre 2012 à Bruxelles, l’ONE disposait de 9.309 places autorisées et agréées (6.724 agréées et 2.585 non subventionnées) et Kind en Gezin, 7.700 places. Au total, les deux institutions offrent plus de 16.000 places disponibles à Bruxelles. Le dossier des nouveaux milieux d’accueil n’a pas évolué depuis la programmation 2008-2010. En fait, depuis 2 ans et les politiques d’austérité, la ‘’source’’ s’est même tari alors que Bruxelles doit faire face au boom démographique. Le taux de couverture stagne à 22,9% malgré l’augmentation du nombre de places d’accueil. Mais attention, ce taux de couverture peut se calculer de différentes façons. 22,9% est le taux des places d’accueil de l’ONE calculé sur 90% des résidents. Si on additionne les places de l’ONE et de Kind en Gezin sur un taux de 100% des résidents, on obtient une couverture de ± 37%. Et si on se base sur les critères de l’UE, c’est-à-dire sur base de l’accueil des enfants de 0 à 3 ans et non de 0 à 2 ans et demi tel que le calcule l’ONE, on arrive alors à un taux de couverture de 32,2 % pour Bruxelles et 42,3 % pour la Fédération Wallonie-Bruxelles. Dans ce cas, l’objectif de Barcelone de 33% de couverture est atteint ! Pourtant, en Région bruxelloise, 12% des parents qui cherchent une place en crèche pour leur enfant n’en ont pas trouvé au moment de la naissance et 7% n’en ont toujours pas au bout d’un an. Sans compter les parents qui ne cherchent pas. Dans ce cas, le renoncement volontaire à une place d’accueil peut s’avérer un frein important à l’emploi. »

Les milieux d’accueil sont majoritairement fréquentés par une population à revenus moyens. Un des défis à relever en Région bruxelloise est donc d’améliorer l’accessibilité des milieux d’accueil aux populations précarisées mais aussi de rendre aux milieux d’accueil leur vocation de lieux de socialisation à travers une plus grande mixité sociale. « Même si certains parents n’ont pas besoin d’une place d’accueil, nous explique Benoît Parmentier, pour leur enfant, le milieu d’accueil est un lieu de socialisation. Or, à travers une socialisation de l’enfant dès le plus jeune âge, on prévient l’échec scolaire à l’école maternelle, primaire, secondaire. Malgré les nombreux efforts pour créer de nouvelles places d’accueil, le taux de couverture ne progresse que peu car le nombre de nouvelles places créées ne compense pas la croissance démographique. Dans le cadre du nouveau contrat de gestion de l’ONE, nous allons essayer de mesurer, non plus l’offre de places d’accueil, mais aussi la demande et nous étudions l’idée de développer, en collaboration avec Kind en Gezin, un outil qui permettrait de mieux accompagner les parents en attente d’une place d’accueil et d’évaluer les besoins réels. »

Les modifications des normes d’accueil à Kind en Gezin

L’ONE est confronté à un autre défi qui risque à terme de peser sur le nombre de places d’accueil existantes dans la capitale. « La Flandre est en train de revoir sa politique des milieux d’accueil, nous explique Séverine Acerbis. De nombreux milieux d’accueil qui avaient opté pour Kind en Gezin car les normes étaient beaucoup plus souples (pas de normes pour un établissement optant pour une simple déclaration d’existence, pas de surveillance, pas de critères sur la formation du personnel et le néerlandais n’était pas obligatoire), se tournent vers l’ONE. Or, ces milieux d’accueil ne correspondent pas aux normes de l’ONE ni aux futures normes de Kind en Gezin, par exemple en terme de surface intérieure disponible par place d’accueil. Cette situation risque d’entraîner la fermeture d’un certain nombre de places d’accueil. Dans certains cas, c’est jusqu’à la moitié des places qui sont menacées alors que nous sommes déjà confrontés à de nombreux problèmes dans les milieux d’accueil privés surtout à cause d’infrastructures non conformes et de personnel non qualifié. »

« Jusqu’ici, seule la direction des crèches devait parler le néerlandais poursuit Benoît Parmentier. Bientôt l’usage du néerlandais sera obligatoire pour tout le personnel et également dans les contacts entre le personnel et les parents. De plus Kind en Gezin va durcir les normes d’accueil. A Kind en Gezin, deux types de milieux d’accueil existent, le ‘’sous surveillance’’ ou ‘’met toezig’’ qui représentent environ 5.200 places d’accueil et le ‘’juste déclaré’’ auxquels aucune norme n’est appliquée, environ 1.500 places. Les milieux d’accueil vont devoir s’adapter. Pour faire face à cette situation, un plan d’accompagnement est prévu. Il sera effectif dès décembre pour les milieux d’accueil concernés par les changements de normes de Kind en Gezin. Une période de transition de deux ans permettra l’adaptation des milieux d’accueil puis, ils pourront soit rester à Kind en Gezinsoit passer à l’ONE. La formation du personnel dont les qualifications sont insuffisantes est également à l’étude. » L’objectif est d’éviter la disparition de places d’accueil sur le territoire de la Région bruxelloise sans brader le bien-être et la sécurité des tout-petits.

De bonnes nouvelles !

Mais tout n’est pas sombre dans l’avenir proche des milieux d’accueil bruxellois. Benoît Parmentier nous confirme le nouveau Plan Cigogne 3 qui « permettra la création rapide des places d’accueil déjà prévues dans le cadre de la programmation précédente, puis à partir de 2015 de nouvelles places avec de nouveaux subsides. » L’administrateur général de l’ONE nous révèle également que « le nouveau contrat de gestion de l’Office comprendra un important projet de réforme de la réglementation des milieux d’accueil. L’objectif de ces modifications fondamentales est d’homogénéiser les différentes structures d’accueil vers plus de souplesse et de flexibilité. D’ici trois ou quatre ans, de nouvelles réformes portant sur des modes d’organisation adaptés aux besoins des parents seront aussi proposées aux gouvernements francophones. Le futur contrat de gestion de l’ONE prévoira une augmentation du nombre d’engagements annuels de travailleurs médico-sociaux dont le financement est gelé depuis 2010. Les trois gouvernements francophones ont affiché leur volonté de développer des politiques cohérentes en terme d’infrastructure et de personnel : la création de 16.000 nouvelles places d’accueil est visée pour 2022 dont un tiers des places (±5.300) devraient être ouvertes à Bruxelles. »

Vers plus de collaboration

La collaboration entre institutions et pouvoirs décisionnels est indispensable pour faire face aux défis de Bruxelles dont la situation institutionnelle est complexe. Heureusement, le dialogue entre les partenaires concernés est dynamique et fructueux se réjouit Dominique Fievez : « Pour faire face aux grands défis bruxellois que sont la croissance démographique et la pauvreté, les institutions en charge de la santé et les pouvoirs politiques doivent collaborer et viser à gérer les nouvelles places d’accueil ensemble. Il faudrait élargir le débat aux autres milieux d’accueil de l’enfance et décloisonner l’école. Il y a une réflexion à mener sur la place à réserver à l’enfant dans notre société »

« L’extrascolaire s’interroge d’ailleurs sur son rôle, complète Séverine Acerbis. Comment l’extrascolaire s’articule-t-il par rapport à l’école ? Pallie-t-il certains manques du système scolaire ? Le complète-t-il ? Et en a-t-il les capacités ? Par exemple, le dépistage des problèmes d’acquisition du langage est mené dans les consultations ONE mais il n’y a pas de lien et donc pas de suivi entre les consultations, l’école et l’extrascolaire. Il y a des passerelles à créer avec le milieu scolaire et extrascolaire. » « Il est fondamental de travailler en réseau pour relever les défis de la Région bruxelloise, conclut Benoît Parmentier. Mais pour qu’un réseau fonctionne, il faut le soutenir. C’est pourquoi nous développons avec nos différents partenaires des outils communs comme le Référentiel de soutien à la parentalité. »

Des partenariats pour lutter contre la précarité

Dominique Fievez : « Des partenariats et des collaborations doivent se créer entre les institutions et les différents niveaux de pouvoirs politiques. Il faut réfléchir à mieux organiser l’accessibilité des services particulièrement pour les populations qui en ont le plus besoin et à adapter les réponses aux demandes des populations précarisées. A Bruxelles, les inégalités sociales entraînent des différences dans l’accès aux services d’accueil et d’accompagnement de l’enfant et de sa famille. Par exemple, en cas de sortie précoce après un accouchement, la mère a droit à dix consultations gratuites de sage-femme à domicile. Ce sont essentiellement les populations aisées qui y recourent car les personnes plus défavorisées sont souvent les plus mal informées. De plus, la multiplication des interlocuteurs nuit à l’information. » « L’offre de services doit être mieux intégrée et accessible aux familles, souligne Séverine Acerbis. Ce n’est pas aux parents à faire cinquante guichets pour trouver la bonne information ! »

A Bruxelles, plus de 28% de la population vit sous le seuil de pauvreté et un Bruxellois sur quatre renonce ou postpose des soins médicaux. Cette augmentation de la précarité a des conséquences importantes sur les enfants puisque quatre enfants bruxellois sur dix vivent en situation de pauvreté ou de grande privation. Certaines familles n’ont pas de médecin traitant ni de pédiatre. Les services proposés par l’ONE tels que les consultations gratuites ou les suivis pré- et postnatal jouent donc un rôle essentiel. « Nous avons d’excellents résultats de suivi prénatal avec un taux de couverture de 45 % en Région bruxelloise contre 20 à 25 % dans les deux autres régions, observe Dominique Fiévez. Ce taux continue à augmenter grâce à la présence de nos agents dans les hôpitaux du Réseau Iris qui accueillent une partie importante de la population précarisée à Bruxelles. Beaucoup d’efforts ont été faits ces dernières années mais nous sommes confrontés à une saturation des consultations aggravée par la crise économique et le gel des financements depuis 2010. Chaque équivalent travailleur médico-social temps plein suit 400 familles ! » Or, les populations précarisées sont souvent isolées socialement et donc plus difficiles à atteindre : « les populations précarisées sont souvent en insécurité par rapport aux institutions et aux représentants des pouvoirs publics. Des expériences négatives, la lassitude, la honte, la peur, le repli sur soi font que ces populations ont moins accès aux informations et aux services alors qu’elles en ont le plus besoin. Il y a une vraie dimension culturelle à la pauvreté. »

Diversification de l’offre, s’adapter aux situations des familles

Un autre défi lié à l’accessibilité de l’accueil s’est révélé crucial lors de ces deux journées de débat : il s’agit de la flexibilité de l’accueil en terme de temps. Les transformations des structures familiales et la flexibilité accrue du travail ont fait évoluer les besoins des familles en terme d’accueil. « Nous devons diversifier l’offre d’accueil pour être plus à l’écoute des besoins des parents, constate Dominique Fievez. Certains parents ont besoin d’un accueil de quelques heures par jour, d’autres travaillent en horaire décalé, parfois des parents bénéficient de places d’accueil prioritaires pour leurs enfants lorsqu’ils sont inscrits dans un parcours d’insertion professionnelle mais perdent ces places dès la fin du parcours même s’ils travaillent à temps plein. Il y a un manque de cohérence dans la politique d’accueil et une trop grande rigidité dans les horaires. Il faut développer des projets d’accueil cohérents, diversifiés, adaptés aux différentes situations des familles et favorisant la mixité sociale. »

Engagez-vous !

Si l’ONE a pu maintenir son important réseau de consultations locales contrairement à Kind en Gezin qui a opté pour la centralisation des consultations, c’est grâce au rôle important des 4.400 bénévoles. Mais, « l’image du bénévolat évolue souligne Séverine Acerbis, il devient de plus en plus difficile de trouver des bénévoles. Or, notre personnel bénévole vieillit et le problème de son remplacement va se poser. Les gens sont toujours prêts à s’impliquer dans le bénévolat mais pour des campagnes courtes moins à long terme. Les bénévoles sont absolument indispensables au maintien des services de proximité, particulièrement les consultations. Même si depuis 2004, date de la réforme des consultations, le nombre total des structures pour la Fédération Wallonie Bruxelles, est passé de 652 structures à 621 en 2012, notre objectif est de maintenir un service de proximité, relais indispensable de médecine préventive et sociale. Nous allons donc lancer une enquête auprès de nos bénévoles pour mieux cerner leurs attentes et leurs besoins. »

Les grands défis

Pour conclure, Dominique Fievez nous résume les grands thèmes identifiés lors de ces deux journées d’échanges : « Les débats ont été riches en idées et ont permis de dégager plusieurs pistes de réflexions :

  • Développer davantage de collaborations ;
  • Agir ensemble et mutualiser les ressources ;
  • Adapter les ressources aux besoins des familles ;
  • Repenser place de l’enfant dans la société ;Créer des espaces de réflexion et de dialogue avec les familles et les enfants ;
  • Etre davantage à l’écoute des évolutions de la société et des familles ;
  • Privilégier l’approche territoriale pour répondre aux défis de la Région bruxelloise Les défis sont nombreux mais heureusement les choses bougent ! »

Marie-Hélène Salah

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