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L'aide aux sans-abri, un secteur complexe et divers

Tous les hivers, la situation dramatique des sans-abris revient sur le devant de l'actualité. Comme si le sans-abrisme était un phénomène saisonnier qui disparaissait avec le retour des beaux jours ou s'il était plus acceptable le reste de l'année. Au-delà de cet intérêt médiatique hivernal, des associations et leur personnel se battent quotidiennement pour venir en aide aux personnes privées de ce droit élémentaire qu'est l'accès à un logement décent. Nous avons rencontré Christine Vanhessen, directrice de la Fédération des maisons d'accueil et des services d'aide aux personnes sans-abris ou AMA. Elle nous a brossé le portrait d'un secteur dont on ne connaît généralement que les aspects les plus médiatisés.

Par rapport au phénomène du sans-abrisme, tout le monde a entendu parler des services d'hébergement de nuit. Mais le secteur et les services qu'il propose sont bien plus larges et diversifiés. Pouvez-vous nous en esquisser le portrait ?

Christine Vanhessen : Il est effectivement difficile de parler du secteur sans-abri d'une seule voix. Le public est multiple, les problématiques aussi et a fortiori les solutions à y apporter. C'est un secteur très complexe.

L'AMA est une fédération patronale. Nous rassemblons et soutenons les institutions dont l'objet principal est l'accueil, l'accompagnement et l'hébergement de personnes sans-abris ou en difficulté. Nous organisons aussi des événements et promouvons des recherches contribuant à la prévention et aux traitements des problèmes d'exclusion. L'AMA regroupe 76 services wallons et bruxellois aux missions et publics différents soit plus de 60 % du secteur : des abris et asiles de nuit, des services d'accueil de jour, des centres d'hébergement d'urgence, des maisons d'accueil et des maisons de vie communautaire, des services d'habitat accompagné et des travailleurs de rue... Ces services proposent des aides financières, de l'hébergement, des douches, des repas, des accompagnements psycho-sociaux, juridiques, des loisirs, du bien-être... et répondent aux besoins de différents publics (famille avec enfant, mise à l'abri ponctuelle...). En Région bruxelloise, trois pouvoirs de tutelle, la Cocof, la Cocom et la Commission communautaire flamande agréent et subventionnent ces services, chacun suivant des règles différentes. La plupart des services sont agréés et subventionnés ou en voie d'agrément comme les services d'accueil de jour.

Pour l'aborder doit-on partir du point de vue du public ou de celui des services ?

A côté des services d'hébergement, des initiatives « ambulatoires » ont vu le jour depuis la fin des années '90. Elles interviennent en amont et en aval de l'hébergement (par exemple les travailleurs de rue ou l'habitat accompagné). Il y a aussi des services non agréés d'accueil de jour axés sur les besoins primaires : alimentation, douche, soin... L'accroche du public à partir de ces besoins permet de mettre en place un accompagnement social et de créer du lien social avec les personnes en difficulté dans l'objectif de les accompagner vers le logement. Les services d'accueil de jour effectuent un important travail d'accompagnement. Différentes initiatives citoyennes non reconnues se sont aussi développées telles que l'opération thermos ou la distribution alimentaire. Elles ne sont pas subventionnées et reposent sur des bénévoles. Certaines congrégations religieuses distribuent des repas comme par exemple les Sœurs Missionnaires de la Charité à Saint-Gilles. Leur action n'a pas pignon sur rue mais est connue des usagers. Enfin, les squats peuvent aussi offrir une solution d'hébergement. Certains sont organisés et militent pour le droit au logement, c'est le cas du 123 Rue Royale. D'autres, comme le squat à Ribaucourt, sont plus axés sur le combat en faveur des sans-papiers.

Pour terminer ce tour d'horizon du secteur, certains services appelés « structures d'hébergement non-agréées » (SHNA) ne sont ni agréés, ni subventionnés et poursuivent généralement un but mercantile. Ce sont souvent d'anciennes maisons de repos qui ont perdu leur agrément car leurs infrastructures ne sont plus aux normes. Ces structures soulèvent de nombreux problèmes. Souvent, elles ne respectent pas les normes d'accueil, de sécurité – bien que certaines aient reçu l'aval des pompiers – et ne proposent pas d'accompagnement social. Le fait qu'elles puissent exister en tant que structure d'accueil pose question par rapport aux services qui ont consenti d'importantes démarches pour respecter les normes. Pour les personnes les plus fragiles, l'absence de soutien psycho-social et le non respect des normes de sécurité peuvent avoir de graves conséquences ; une personne en difficulté s'est défenestrée il y a deux ans dans une de ces structures. Bien qu'elles ne soient plus agréées, ces anciennes maisons de repos dépendent toujours de la responsabilité du ministère.

En cas d'accident, c'est donc la responsabilité du ministre en exercice qui est engagée. Pourtant, on ne peut envisager de fermer purement et simplement ces « maisons pirates ». Alors que l'accueil est saturé et que les solutions d'hébergement pour les personnes en difficultés font face à une importante pénurie de lits, ces structures d'hébergement non agréées répondent à un besoin. Bien que payantes, elles permettent à des sans-abris de retrouver un lit et un toit. Comme il est légalement possible de s'y domicilier, elles leur permettent également de retrouver un domicile officiel. Les CPAS interviennent parfois dans les frais d'hébergement de ces structures pour leur public en difficulté.

sans abris bs 77En plus de ces services « classiques » d'aide aux sans-abris, des alternatives à l'hébergement ont été créées.
Depuis plus d'une dizaine d'années, une initiative – non encore reconnue – d'accès direct de la rue au logement, a été mise en place. Les travailleurs de rue de l'asbl Diogène, l'Agence Immobilière Sociale « Logement Pour Tous » et leurs partenaires (l'abri de nuit « Pierre d'Angle », le service d'habitat accompagné « Fami-Home », le service d'accompagnement pour mineurs en difficulté « Les Sentiers de la Varappe ») ont mis sur pied une nouvelle forme d'aide d'insertion par le logement par la création d'habitats solidaires à très bas seuil d'accès, c'est-à-dire accessible à tout type de public. Plus récemment, le projet Housing First qui repose sur le même principe, de la rue directement au logement, mais qui propose des logements individuels et non collectifs, s'adresse à un public atteint de troubles de la santé mentale et/ou d'assuétudes.

Les logements de transit sont un autre exemple de projets qui répondent à certains besoins du public. Ils s'insèrent entre la maison d'accueil et le logement privatif et s'adressent à des personnes en difficulté qui ne sont pas encore assez autonomes pour vivre seules. L'objectif du logement de transit est de proposer une période d'adaptation à ces personnes, une réinsertion accompagnée mais à durée limitée. Certaines agences immobilières sociales offrent des logements de transit. Ce logement de transit peut devenir, après la phase d'accompagnement social, le logement définitif, ou bien les familles accompagnées passent d'un logement de transit à un nouveau logement. Plus qu'un lieu, le transit est la période d'accompagnement qui permet aux personnes en difficulté d'acquérir l'autonomie nécessaire à un logement individuel. Ces formes alternatives de logement nécessitent un important travail post-hébergement d'accompagnement psycho-social du public, qui n'est actuellement pas reconnu par les pouvoirs publics. Pourtant ce travail post-hébergement pérennise le maintien de la personne dans son logement et évite le retour à la rue.
A ces différentes structures, il faut ajouter La Strada dont le rôle est primordial. L'asbl La Strada ou Centre d'appui au secteur bruxellois d'aide aux sans-abris, créée à l'initiative de la Cocom, est l'interface entre le pouvoir politique et les acteurs de terrain. Elle aide la prise de décision politique, soutient la mise en réseau des acteurs sociaux et les projets et idées innovantes. Elle a également une mission d'observatoire. Elle récolte et analyse les données et aide à formuler des recommandations.

Le secteur de l'aide aux personnes sans-abris est une mosaïque de services et d'initiatives dont le public varie en fonction du type d'hébergement. Il est donc très difficile de communiquer à partir des constats de 76 associations différentes réparties sur deux régions.

En plus de votre rôle fédérateur, vous soutenez et participez aussi à des projets sur le terrain ?

C. V. : Le Projet-pilote « Hiver 86.400 » est le fruit d'une collaboration entre treize services bruxellois actifs dans l'accompagnement des personnes sans-abris en journée. Depuis deux ans, grâce à une subvention de la Commission communautaire commune, le projet permet de renforcer significativement l'offre de soins et le travail d'accompagnement du public précarisé pendant la période hivernale. Concrètement, neuf services d'accueil de jour, avec le soutien de l'AMA, ouvrent leurs portes plus tôt le matin et plus tard le soir et ce, sept jours sur sept. Le projet permet d'aider près de 2.800 personnes par semaine. En plus de l'accompagnement social, plusieurs offres et services sont proposés : petit-déjeuner, repas, soupe, café, douche, soin, lessive, sieste... Le Projet-pilote « Hiver 86.400 » repose davantage sur le renforcement de la force d'action et l'adaptation de l'offre de services existants que sur la création de structures nouvelles. D'une durée de vie de cinq mois, il contribue non seulement à réduire le morcellement du secteur, mais aussi à créer de nouvelles habitudes et à tisser des liens sociaux qui pourront persister une fois l'hiver passé. L'idée est de décloisonner le travail effectué en hiver, de l'accompagnement psycho-médico-social offert par les services tout au long de l'année. Le Projet-pilote « Hiver 86.400 » propose une alternative à l'hébergement d'urgence hivernal mais ne résout pas la question du sans-abrisme.

Nous souhaitons développer des partenariats avec le secteur du logement car la question du logement est critique dans la problématique du sans-abrisme et elle concerne de plus en plus de monde. L'Ilôt asbl s'est penché sur cette thématique dans le cadre d'une recherche sur les freins au logement dans les grandes villes wallonnes. Les résultats de cette recherche ont abouti en 2009 à la création d'une cellule capteur de logements au relais social de Charleroi. Cette cellule se concentre sur la recherche de logements à des prix abordables pour les personnes sans-abris. Elle s'occupe aussi du contact avec les propriétaires et permet aux travailleurs sociaux de se concentrer sur l'accompagnement. Un capteur de logement qui propose un accompagnement individuel dans la recherche de logements a été engagé dans le cadre du projet « Hiver 86.400 ». Ainsi les personnes et les familles hébergées durant l'hiver dans les différentes maisons d'accueil sont accompagnées dès les premières démarches de recherche d'un logement et le sont toujours une fois qu'elles ont quitté la structure d'accueil.

On évalue généralement le nombre de sans-abris à Bruxelles à environ 2.000 personnes. Y-a-t-il une évolution du nombre de sans-abris à Bruxelles et du type de public ?

C. V. : Les premiers chiffres concernant le nombre de sans-abris à Bruxelles ont été recueillis par La Stada en 2008 et 2010. Ils se basent sur les séjours en structures d'accueil et sur un dénombrement des sans-abris présents en rue. Etant donné que les offres de séjour n'ont pas changé ces dernières années, il est difficile d'évaluer s'il y a eu une augmentation ou non du nombre de sans-abris à Bruxelles. S'il y a toujours le même nombre de places d'accueil, il y aura toujours le même nombre de personnes accueillies ! Contrairement aux idées reçues, les personnes en difficultés ne passent pas d'une structure d'accueil à l'autre. On compte en général un à deux séjours en institution par famille. Nous n'avons pas constaté plus de femmes sans-abris, par contre on assiste à un rajeunissement du public et à un allongement de la durée des séjours. Le public est aussi de plus en plus déstructuré avec toutes les questions que cela pose du point de vue de l'autonomie. De plus certaines personnes ne font pas appel aux services d'hébergement.

Le Projet-pilote « Hiver 86.400 » en collaboration avec le SAMU social va effectuer un comptage des personnes recourant aux services d'accueil, l'un pour l'accueil de jour et l'autre pour les séjours de nuit. Ce ne sont pas forcément les mêmes personnes qui recourent aux deux types de services. On aura peut-être une image plus claire du public sans-abri après cette évaluation.

Le nouveau gouvernement bruxellois semble vouloir réorienter les politiques d'aide aux sans-abris et réorganiser certains services. Est-ce une bonne ou une mauvaise nouvelle ?

C. V. : Nous avons effectivement constaté une volonté des pouvoirs publics de réorganiser l'accueil d'urgence. Nous sommes favorables à une réorganisation à la condition de ne pas perdre de vue que toute modification de l'accueil d'urgence aura un impact sur tout le secteur et que cette réorganisation doit se faire dans une vision à long terme en donnant la priorité à l'accès au logement.

Repenser les politiques d'accueil ne doit pas se faire au détriment d'un renforcement du secteur.

Il ne doit pas s'agir de retirer d'un côté pour donner de l'autre, de favoriser de nouvelles initiatives sans soutenir les projets déjà existants. Il faut trouver un équilibre entre les nouveaux projets et le renforcement du secteur.

Par exemple, les structures d'accueil manquent de personnel technique et administratif, indispensable au bon fonctionnement des services, ce qui oblige les travailleurs sociaux à assumer des tâches qui ne devraient pas être les leurs, au détriment de leur mission d'accompagnement. Les services d'aide aux sans-abris proposent un accueil et un accompagnement généraliste tout en s'adaptant aux spécificités des usagers. Mais le public est très divers : ex-taulard, jeune fille enceinte mise à la porte par ses parents, jeune sans logement... Il faudrait donc aussi renforcer le personnel psychosocial, afin de développer des missions spécifiques, comme le soutien à la parentalité, l'accompagnement des victimes de violences conjugales ou des personnes atteintes de troubles de la santé mentale.

Pour garantir un accueil adapté et de qualité, dont la priorité est de permettre aux personnes en difficulté de se reposer, de souffler avant de commencer un travail d'accompagnement social, il est nécessaire que le bâtiment soit adéquat. Or, de nombreuses structures d'accueil sont confrontées au vieillissement de leurs bâtiments et infrastructures et n'ont pas les moyens de faire face aux frais des travaux de mise en conformité et de sécurité voire au simple coût du rafraîchissement des locaux et des petits travaux. En l'absence de financement, ces coûts sont répercutés en partie sur les frais d'hébergement. Les grands bâtiments offrant des dortoirs de plusieurs dizaines de lits sont souvent inadaptés aux vécus des personnes en difficulté, particulièrement aux familles. Là aussi, il faudrait un financement adéquat.

La nouvelle ministre Céline Frémault réunit toutes les compétences qui concernent la problématique du sans-abrisme. Est-ce une opportunité pour le secteur ?

C. V. : La nouvelle ministre Céline Frémault, compétente pour l'Action sociale et la Lutte contre la pauvreté en COCOM, l'Action sociale en COCOF et le Logement à la Région bruxelloise semble bien consciente de l'articulation qu'offrent ses compétences en terme de moyen d'action. Elle a affirmé sa volonté de se saisir de la question du logement et d'en faire l'élément central du problème du sans-abrisme. Elle souhaite que les personnes hébergées dans des structures d'accueil, telles que les maisons d'accueil, soient soutenues pour sortir définitivement de ce type de dispositifs et orientées vers un accès et un maintien dans des logements adaptés et de qualité. Enfin, elle a déclaré vouloir mettre en place des politiques structurelles ayant pour objectif de diminuer fortement, voire de faire disparaître complètement le sans-abrisme. Céline Frémault a par ailleurs acheté, en octobre 2014, un bâtiment à Schaerbeek, au nom de la Région, qui après rénovation servira de lieu d'accueil permanent et structurel pour des familles avec enfants.
Cette « triple casquette de compétences » donne la possibilité à la ministre d'actionner tous les leviers pour faciliter l'accès au logement. Pascal Smet, ministre en charge de l'Aide aux personnes a quant à lui déclaré vouloir en finir avec « ces histoires du passé ».

Il semble donc y avoir une forte volonté de changement dans le chef des deux nouveaux ministres compétents en matière d'aide aux personnes sur le territoire de la Région bruxelloise, ainsi qu'une vision plus large du problème du sans-abrisme. Nous avons bon espoir que le nouveau gouvernement bruxellois se saisira de cette opportunité.

Propos recueillis par Marie-Hélène Salah

Le logement à Bruxelles. Quel accès pour les sans-abris ?
Colloque Lundi 4 mai 2015

A l'initiative de la Ministre Céline Fremault en charge du logement (Région de Bruxelles-Capitale), de l'aide aux personnes (COCOM) et de l'action sociale (COCOF), l'AMA et Fami-Home organisent le lundi 4 mai 2015, un colloque qui vise à renforcer les liens et les échanges entre les secteurs du logement et du sans-abrisme afin de faciliter l'accès au logement des personnes sans abri : Le logement à Bruxelles. Quel accès pour les sans-abris ?

Pour plus d'informations, de nombreux documents, analyses et publications sur la thématique du sans-abrisme sont disponibles sur le site Internet de l'AMA : www.ama.be

AMA
Rue des Champs Elysées, 13 - 1050 Bruxelles. Tel/Fax : +32 2 513 62 25. Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

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