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"Drink different", un projet réinterrogeant la consommation d'alcool en milieu étudiant

L'alcool chez les jeunes ? Un sujet qui revient régulièrement à l'actualité. Il y a trois ans et demi, la COCOF décidait ainsi de lancer un travail sur la réduction des risques auprès des publics de jeunes, plus particulièrement au sein des universités. L’asbl Modus Vivendi, acteur reconnu dans la réduction des risques en Belgique francophone, s’est vue con er le projet.

 Etats des lieux

En septembre 2013, Modus Vivendi lançait la première étape du projet « Drink different »; celle-ci consistait en un état des lieux des pratiques festives et des risques pris par les étudiants au sein de chaque établissement partenaire. L'enquête quantitative, relayée par les autorités académiques et les cercles étudiants, récoltera près de 3000 réponses (19,7% des étudiants de l’Université Saint-Louis et 9,7% de ceux de l’ULB).
Bien que légale, socialement acceptée voire même valorisée, la consommation d'alcool présente des dangers réels pour la santé. « Selon l’OMS, le mésusage de l’alcool est un facteur étiologique dans plus de 200 maladies et traumatismes. Il serait la cause de près de 6% des décès à l’échelle mondiale. »1
L’étude confirme tout d'abord une consommation d’alcool plus importante chez les étudiants que dans le reste de la population. Alors que 3% des 18-24 ans de la Région bruxelloise déclarent boire plus de 21 verres d’alcool par semaine2, ils sont plus de 20% à le faire dans l’enquête. 70% des répondants disent avoir augmenté leur consommation d’alcool depuis le début de leurs études. En résumé, plus d’un tiers des étudiants ont une consommation excessive selon les critères de l’OMS. L’étude se penche ensuite sur les facteurs faisant varier cette consommation. Le sexe tout d’abord, puisque les hommes consomment davantage que les femmes, mais aussi l’âge : les élèves des premières années sont plus touchés que ceux enfin de parcours. Par ailleurs, plus la personne a commencé tôt à boire régulièrement, plus elle aura tendance à développer un usage abusif. Différents modes de vie semblent favoriser les abus : la vie en colocation, la participation au folklore estudiantin et surtout l'organisation de pré-soirées. Finalement l’enquête s'intéresse aux types de risque pris par les étudiants. Sur les 19 risques étudiés, on note que la gueule de bois et le séchage de cours sont souvent à toujours rencontrés chez environ 20% de répondants.

Si ces résultats montrent clairement la présence d'alcool, parfois consommé de façon excessive, sur les campus bruxellois, ils permettent surtout d'identifier les lieux, les profils de consommateurs et les comportements à risque en vue d'interventions pertinentes et adaptées

La fête à moindre risque

De leur côté, les universités n’ont pas attendu l'initiative de la COCOF pour agir. Plusieurs actions, sur lesquelles Modus Vivendi a pu compter, existaient ainsi déjà : une charte signée par les représentants des étudiants, des réunions de présentation des différents services, etc.
Porté par Emilie Walewyns, chargée de projet chez Modus Vivendi, Drink different a été co-construit avec l’ensemble des acteurs concernés. Les établissements académiques et surtout les étudiants se sont montrés très enthousiastes. L’implication de ces jeunes adultes dans la création d’outils et de campagnes de sensibilisation est un facteur déterminant de motivation mais aussi d’efficacité. Ainsi, un guide pratique pour l’organisation d’un événement à moindre risque a été co-rédigé : étapes, partenaires, ressources, etc. y sont précisés. Dans les événements, les "coins safe" se développent : ces espaces calmes proposent de l’eau gratuite, de l'information, des bouchons pour les oreilles, ou des préservatifs et sont tenus par des étudiants formés à la réduction des risques et aux gestes de premiers secours. «L’idée est vraiment qu’ils soient des pairs-éducateurs et qu’ils forment à leur tour d'autres étudiants. »3

Des changements inscrits dans la durée

Emilie Walewyns constate que des habitudes semblent s’installer durablement. Le poste dédié à la réduction des risques dans les comités d’étudiants et les formations sont devenus systématiques. L’eau gratuite est maintenant un élément incontournable dans les événements.
Pour les étudiants, « ce qui est dommage c’est qu’ils font les titres par rapport à l’alcool mais on ne parle pas de tous les projets, santé ou autres, qu'ils investissent »3. Sur le long terme, l’objectif est d’amener les étudiants à considérer l’alcool comme un élément de la vie festive parmi d’autres.
Les prochains chantiers du projet ? Le phénomène de pré-soirées, moment où la consommation peut être excessive, et la consommation précoce, prédictrice d’un usage excessif à l’âge adulte4.

Régis Verhaegen

1. Walewyns E, Hogge M. (2016) Consommation d’alcool en milieu étudiant bruxellois : un projet de réduction des risques.

2. Gisle L, Demarest S. (2014) Enquête de santé 2013.

3. Entretien avec Emilie Walewyns - 21/12/2016.

4. Guide et étude : http://www.modusvivendi-be.org/

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