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Les jeunes Bruxellois : de nouvelles pratiques professionnelles ?

Le constat d'une précarité vécue par un nombre croissant de jeunes Bruxellois est désormais bien établi. Il amène nombre de professionnels, tous horizons confondus, à questionner leurs pratiques et les façons d'entrer en contact avec des publics de jeunes.

A quelles réalités sont aujourd'hui confrontés les jeunes Bruxellois ? Quels enjeux cela pose-t-il ? Pour les professionnels des secteurs social, santé et éducatif qui accompagnent, soutiennent, et parfois font face aux jeunes, ces questions sont cruciales. La quête de sens, pour soi, dans son travail, et pour les jeunes, est forte : que faut-il savoir d'eux, quelle place faut-il leur donner ? Les approches de travail sont- elles à réinventer ? Autant de questions qui trouvent écho dans ce dossier. 

La réalité de la jeunesse bruxelloise recouvre une diversité de situations et de problématiques. Bien que de plus en plus, et même de mieux en mieux documentée, cette réalité n'en demeure pas moins partiellement connue. C'est là tout le propos de la note de synthèse Brussels Studies consacrée aux « Jeunesses bruxelloises : entre diversité et précarité » qui ouvre ce dossier. Cette note passe en revue et, osera-t-on dire au scanner la production scienti que des dix dernières années en la matière. Au départ du constat d'une précarité vécue par un nombre croissant de jeunes Bruxellois, la journée de réflexion « Nos futurs », organisée par le Forum bruxellois contre les inégalités, a rassemblé près de 400 professionnels, tous horizons confondus, autour de la question « comment le travail social peut-il se montrer inventif ? ». C'était là le défi lancé par le Forum, au travers de la méthode des forums ouverts : tenter de produire du sens et des perspectives pour les divers métiers entourant les publics de jeunes. Trois dimensions de ces contributions collectives sont évoquées dans la deuxième section du dossier. Dans ce dossier, la parole est également donnée à Bernard De Vos, délégué général aux droits de l'enfant pour la Fédération Wallonie-Bruxelles. Car si les jeunes constituent la tranche d'âges supérieure des enfants (au sens de la Convention internationale des droits de l'enfant qui concerne les 0 – 18 ans), il n'en demeure pas moins que le délégué relève fréquemment à leur propos des difficultés conséquentes et spécifiques. Dans le cadre de son intervention au colloque d'Infor-Santé consacré aux adolescents, Bernard De Vos soulignait en quoi l'esprit critique et la confiance en soi, compétences au cœur de cette journée d'échanges entre professionnels, pouvaient constituer des clés d'action pour eux en soutien à l'éducation et/ou l'accompagnement des jeunes. Pour les différents professionnels en contact avec des publics de jeunes, il n'est toutefois pas – toujours – aisé de concrétiser certains principes éthiques et éducatifs. Les deux dernières contributions au dossier présentent deux approches, originales mais éprouvées, afin de créer des espaces de paroles pour tous, qui puissent donc notamment accueillir celle des jeunes : le théâtre-action et l'éducation par les pairs.

Jeunesses bruxelloises : entre diversité et précarité

En avril 2016, Brussels Studies publiait une note de synthèse consacrée à la jeunesse bruxelloise entre douze et vingt-cinq ans. Initiée par la Fondation Bernheim, en collaboration avec la Fondation Roi Baudouin, cette étude a examiné deux cents travaux émanant de diverses institutions : universités, fondations, services publics, associations...

Une série de constats sont partagés par les différents travaux analysés. Conséquence du boom démographique, la jeunesse représente une catégorie en forte croissance à Bruxelles (à raison de 15% de la population générale), avec tous les défis associés en termes d'infrastructure, d'emploi, d'éducation, et plus généralement de lutte contre les inégalités... Les études s'accordent sur la saturation des écoles bruxelloises, sur le déséquilibre des capacités d'accueil - certaines communes connaissant une pénurie de places, alors que d'autres ont jusqu'à deux fois plus de places que d'élèves - et sur les fortes inégalités dans l'enseignement, reflet de la dualisation sociale à l'œuvre à Bruxelles. Cette dualisation des conditions de vie de la jeunesse bruxelloise transparaît dans toute la littérature parcourue. Si de nombreux jeunes Bruxellois sont confrontés à diverses situations de précarité (emploi, logement, accès aux soins de santé...), tous ne sont pas égaux face à ce risque. A titre d'illustration, les phénomènes de stigmatisation de certains groupes de jeunes, propices à l'émergence d'un sentiment de rejet, engendrent de nouveaux besoins en matière de santé mentale, alors même que ces services sont peu accessibles à ces publics fragilisés. Deux jeunesses semblent cohabiter à Bruxelles sans se rencontrer ; la présence d'un cloisonnement social semble indéniable.

A côté de ces quelques éléments, de nombreuses thématiques sont mal connues, par exemple celles de la vie intime des jeunes, de leurs pratiques culturelles au travers de l'occupation de leur temps libre
ou de l'impact des nouvelles technologies dans leur quotidien. Les études sur les conduites à risques sont également lacunaires et peu quantifiées. Actuellement, beaucoup d'informations proviennent du milieu scolaire (et par extension des institutions) ce qui, au regard du malaise ressenti par un certain nombre de jeunes vis- à-vis de l'école, peut biaiser les résultats. Ce n'est probablement pas le cadre dans lequel la parole des jeunes est la plus libérée (voir ci-après l'interview de Bernard de Vos, Délégué général aux droits de l'enfant). Les auteurs recommandent donc de diversi er les sources de données.

Pour mieux mesurer l'impact du travail social sur la jeunesse bruxelloise, les auteurs préconisent aussi d'améliorer les collaborations entre chercheurs et acteurs de terrain. Ils relèvent que certaines thématiques telles que la vie affective ou la mobilité gagneraient à être abordées sous l'angle du genre. Enfin, les auteurs soulignent que les études existantes se concentrent sur la jeunesse bruxelloise en difficulté et n'abordent pratiquement pas les jeunes des écoles dites « moyennes », or ces jeunes bruxellois ne doivent pas être oubliés, particulièrement si l'on veut comprendre les mécanismes d'exclusion sociale et la reproduction des inégalités à Bruxelles.

Marie-Hélène Salah

Cette note de synthèse est disponible en ligne sur le site de Brussels Studies : http://brussels.revues.org/1339?lang=fr

"Nos futurs", les jeunes Bruxellois face à la précarité

En Région bruxelloise, un jeune sur trois subit la pauvreté. Face à cette réalité, com- ment le travail social peut-il se montrer inventif ?

Le 6 octobre dernier, à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre la pauvreté, le Forum bruxellois contre les inégalités a organisé la journée « Nos futurs » consacrée à la précarité des jeunes. Cet événement, élaboré sous la forme d'un Forum Ouvert, a réuni quatre cents professionnels issus des secteurs de l'action sociale, de l'aide à la jeunesse, de la santé mentale, de l'insertion professionnelle, ainsi que des chercheurs, des étudiants des écoles sociales, des parlementaires et des représentants des cabinets et des administrations.

Le Forum Ouvert est une méthode de structure de conférences qui repose sur l'implication des participants. Ceux-ci définissent eux-mêmes l'ordre du jour. Chaque personne dans le public a la possibilité d'initier un groupe de discussion sur un thème en rapport avec le sujet de la journée. Les participants forment ensuite des groupes de travail sur les sujets choisis. Chaque groupe de travail réalise son propre compte rendu.

Cette approche ascendante, dite bottom-up, et participative a permis aux nombreux professionnels présents à cette journée, de partager leurs expériences, leur expertise et leurs pratiques professionnelles. Les comptes rendus issus de ces discussions mettent en évidence toute la complexité des situations vécues par les jeunes Bruxellois et la difficulté pour les travailleurs sociaux d'y répondre.

Les participants ont relevé l'importance de concevoir des dispositifs permettant de prendre en compte le jeune dans sa globalité et dans son individualité, en tenant compte de ses attentes, ses besoins, ses difficultés et en s'appuyant sur ses compétences et ses ressources. Ils ont également insisté sur la participation des jeunes, non seulement dans l'élaboration des projets qui les concernent, mais également dans l'organisation des services qui les encadrent.

Pour les professionnels présents, construi- re avec le jeune une relation de qualité basée sur la confiance, l'attention et la bienveillance est fondamental. Ce temps consacré à l'accueil, l'écoute et l'accompagnement permet au jeune d'identifier lui-même ses besoins et aux professionnels de centrer ensuite leurs interventions sur les priorités définies par le jeune. Nombre de participants ont relevé comme obstacles aux bonnes pratiques, le manque de temps à consacrer à l'écoute des jeunes, la complexité du paysage institutionnel et le morcellement des services.

Enfin, l'évocation de la « colère » des jeunes est revenue fréquemment dans les discussions. Les participants ont reconnu dans cette colère une « voix qui porte fort », plutôt que l'expression d'une violence. Ils recommandent d'écouter le message de critique sociale, politique et institutionnelle porté par cette colère et la nécessaire remise en question des offres de services qu'elle exprime.

Le Forum projette de poursuivre les réflexions entamées lors de cette journée par une recherche-action de deux ans portant sur la manière dont les services sociaux font face à cette précarité bruxelloise qui touche les jeunes et leurs familles. Un projet à suivre de près !

Marie-Hélène Salah

Le compte-rendu des discussions de la journée « Nos futurs » est disponible sur le site Internet du Forum Bruxelles contre les inégalités : http://www.fblp.be/A-Bruxelles-un- jeune-sur-trois.html
Le dernier trimestriel du Forum bruxellois contre les inégalités est consacré à la jeunesse et aborde la journée « Nos futurs » : Cécile Van De Velde et Madeleine Guyot, Nos futurs : jeunesse, pressions et injonctions, Pauvérité, trimestriel du Forum Brux- elles contre les inégalités, n° 13.
Il est également disponible sur le site du Forum : http://www.fblp.be/Jeunesse-pres- sions-et-injonctions.html

Ils critiquent, donc ils sont

 Développer l'esprit critique des jeunes et leur confiance en soi relève presque de l'urgence. Bernard De Vos, délégué général aux droit de l'enfant, en est convaincu.

Pourquoi participez-vous à un colloque intitulé "L'ado, le décoder pour mieux le comprendre"1, qui axe sa partie académique sur la confiance en soi et sur l'esprit critique des jeunes ?

Bernard De Vos, délégué général aux droits de l'enfant : L'esprit critique est sans doute le point qui entre le plus dans la cible de l'institution que je représente. L'originalité de la Convention Internationale des Droits de l'Enfant2, par rapport aux textes qui l'ont précédée, c'est d'avoir reconnu le droit à l'expression (et à la participation). Mais, sans esprit critique, cela reste un vain mot. La société a beaucoup à retirer en donnant une place entière aux enfants, à écouter ce qu'ils nous disent sans se censurer et sans être bridés par l'esprit de réserve. On néglige, à tort, l'intérêt ou l'originalité du regard des jeunes sur les grandes questions politiques ou sociétales. Quant à la confiance en soi, il est évident qu'il s'agit d'une question très importante, pour autant que l'on veuille construire une société juste et pacifiée. Tout déficit de confiance en soi peut devenir problématique à l'échelle d'une société où nous avons, aussi, besoin de con ance mutuelle. De manière urgente.

Ces dernières années, a-t-on progressé sur ces points ?

Le chemin parcouru a été énorme : la parole des enfants est de mieux en mieux reçue. Mais il reste des bémols. Cette parole est encore souvent limitée à la sphère familiale. Une certaine rigidité subsiste du côté de l'école.

Quels leviers peuvent permettre de développer cet esprit critique ?

Dans notre système scolaire en difficulté, la création et la mise en place de certains cours indiquent une volonté de s'approprier une réflexion critique. Mais l'école est-elle le meilleur vecteur pour y parvenir ? C'est grâce aux acteurs des secteurs de l'éducation non formelle et informelle (les maisons de jeunes, les mouvements de jeunesse...), que l'esprit critique et la participation du jeune à la société ont le plus progressé ces dernières années. Le problème ? Le manque d'encouragement qui leur est accordé : aux 6 milliards dévorés par l'ogre scolaire (pourtant par ailleurs champion des inégalités), s'opposent les moins de 100 millions dévolus à toutes les autres politiques pour la jeunesse.

Le pacte d'excellence pourrait-il aider l'école à rejoindre davantage le mouvement ?

Ses propositions me semblent trop tièdes... mais je me réjouirais déjà de les voir appliquées ! En particulier, le tronc commun devrait permettre à chacun de se développer, de faire naître ses ambitions, et éviter des orientations par dépit, avec l'impact qu'elles ont sur la confiance en soi et l'esprit critique...

Parmi les différents projets que vous développez, l'un d'entre eux vise la radicalisation et la violence, à travers un spectacle. De leur côté, que peuvent faire les professionnels confrontés à ces deux défis ?

Il s'agit d'ouvrir le plus d'espaces possibles de dialogue et, en particulier, de travailler la question de l'utilité sociale et du sens avec les jeunes. La figure emblématique du temps, c'est l'ennui : les jeunes doivent pouvoir s'ennuyer, mais sans que cela les conduise vers une difficulté à vivre. On peut leur montrer qu'il est possible d'occuper leur temps de manière constructive, et qu'ils ont une place parmi nous. A défaut, quand on est dans un parcours hors des clous, dans une vie peu investie et aux ambitions réduites, les perspectives proposées par la bande à Daech risquent d'être terriblement séduisantes...

Le méli-mélo de la déradicalisation

"Etre acteur du changement dans un monde radicalisé" : voilà le thème de l'atelier auquel une petite soixantaine de personnes avaient choisi de s'inscrire lors du collo- que "L’Ado, le décoder pour mieux l’accompagner"3. Vaste sujet...

jeunes bruxelloisPas facile d'aborder le thème de la radicalisation avec des professionnels tous confrontés au monde de l'enfance ou de la jeunesse, le tout dans un atelier d'une heure et demie. Pourtant, et avec le cadrage de Ségolène Malengreaux (UCL- RESO), les animateurs de l'ASBL Ras El Hanout4 ont mis en place un espace de paroles et de théâtre improvisé pour exprimer les doutes, les ressentis et les idées des adultes.

Bien sûr, face à un tel thème, les réactions - les émotions - fusent un peu en sens divers. D'un côté, les professionnels confrontés à des adolescents loin d'être toujours Charlie, et qui expriment parfois leur haine. "Ce sont des réactions de groupes. Lorsqu'on les invite à aller plus loin, les jeunes admettent qu'ils ne pensaient pas forcément ce qu'ils ont pu dire...", glisse une intervenante, estimant probablement, comme Bernard De Vos, le Délégué général aux droits de l'enfant, "qu'il faut arrêter l'injustice de les prendre au mot. Mais les prendre, eux, au sérieux".

Il n'empêche, les récits ou les anecdotes des adultes reflètent souvent leur stupéfaction, leurs incompréhensions, leurs inquiétudes aussi. Comme face à cette adolescente (non musulmane). "Pour rire", avec un ami, elle avait perturbé une commémoration organisée dans son école après les attentats de Bruxelles en jetant un sac au milieu de la foule et en criant "Hallahu Akbar"...

De l'autre côté, des récits évoquent aussi le constat de jeunes mal dans leur peau, "résignés", qui n'osent même plus rêver l'avenir, et/ou comme englués dans les représentations qui leur collent à la peau. Lors des deux ateliers, les saynètes imaginées par les participants ont nalement davantage évoqué le malaise ou les ignorances de professionnels parfois (trop) vite "mobilisés" face à une pseudo-radicalisation d'un jeune, et souvent démunis pour aborder les autres problématiques du vécu de ces adolescents.

Des pistes, pourtant, ont été dessinées. Elles incitent à ne pas laisser s'installer la peur et à ne pas éviter les questions taboues, qui séparent. A créer des espaces de paroles. A ne pas voir tous les jeunes comme un bloc à déradicaliser et à s'intéresser à eux en tant que personnes. Et puis, aussi, à utiliser la culture et le processus créatif. Comme en ont témoigné les animateurs de Ras El Ha- nout, "l'éducation par la culture est une arme de prévention du radicalisme. Elle apporte du recul, de l'espace pour dire, pour ré échir et pour construire".

Savez-vous parler le "pair" ?

L'éducation par les pairs est loin d'être une idée nouvelle : son origine remonte au XIXè siècle. Mais cela ne retire rien à sa pertinence ou à son actualité.
Le sociologue français Eric Le Grand nous explique pourquoi, en 5 raisons...

Raison n°1. Essayer autrement

En promotion de la santé, l'idée de faire appel à des pairs est d'autant plus intéressante que les jeunes jugent souvent les messages de prévention envoyés par les adultes "stigmatisants" ou bien... "nuls", rappelle le sociologue français Eric Le Grand. Vu sous cet angle, l'éducation par les pairs prend des allures d'alternative ou de complément aux stratégies d'éducation en santé traditionnelles.

Raison n°2. C'est du vécu

Lorsque les professionnels constatent que leurs outils ou leurs projets ne rencontrent pas l'effet espéré, cette pratique peut s'avérer attractive pour faire passer les messages d'éducation en santé au départ du vécu des jeunes. De plus, l'éducation par les pairs permet d'adapter certains messages à des réalités mal perçues ou mal comprises par les professionnels. "Par la mobilisation de jeunes pairs-éducateurs, elle sert aussi de sas pour faire remonter des difficultés rencontrées sur le terrain, par exemple en raison des représentations liées à certains sujets de santé, ou bien à repérer des problématiques", précise le Pr Le Grand.

Raison n°3. Tout le monde tombe les masques

Pour autant que l'engagement des jeunes soit considéré comme un bienfait pour la société, l'éducation par les pairs présente un réel intérêt. Encore faut-il jouer le jeu, et donc être conscient de la dérive possible consistant à utiliser des jeunes comme "alibi" ou comme de simples "pairs-oquets", en étant très/trop directifs à leur égard. Pour rappel, dans ce type de projets, le principe n'est pas de reproduire les préjugés des adultes. Ni de mimer un "groupe d'entraide" en santé. Aux Etats-Unis, certains projets ont fait appel à des pairs... chefs de gang.

Raison n°4. Faire confiance, sinon rien

L'éducation par les pairs repose sur un principe inaliénable : la participation des jeunes comme processus, et non comme moyen. Plus fondamentalement, elle permet de sortir d'une représentation négative de la jeunesse, jugée "dangereuse" ou "à contrôler", pour aller vers une conception de la jeunesse considérée comme une "ressource", avec de nombreuses compétences.

Raison n°5. Et ça marche. Enfin, sans doute...

"L'objectif d'un projet d'éducation par les pairs, c'est l'éducation, pas forcément le résultat, d'ailleurs difficile à évaluer, prévient le Pr Le Grand. En réalité, comme le montre la littérature, les premiers bénéficiaires d'un tel dispositif... ce sont les pairs eux-mêmes." Ce bénéfice repose en partie sur une amélioration de l'estime de soi, de la connaissance des structures sanitaires et sociales, sur une modification des comportements de santé, ou, encore, sur le "capital social" acquis. Et pour les adultes ? Lors d'une évaluation de projets d'éducation par les pairs menés en Bretagne, "le point saillant a consisté en un changement de regard sur les jeunes. En fait, l'impact d'un projet d'éducation par les pairs est souvent ailleurs que là où le projet était censé être porté. Mais il existe", soutient le Pr Legrand5.

Les clés de la réussite
"En pratique, les objectifs d'un projet d'éducation par les pairs doivent être précisés clairement, ainsi que les rôles et les liens respectifs, rappelle le Pr Eric Le Grand. Les adultes ne peuvent se contenter d'un : 'On va leur faire confiance'. Les projets, souvent très chronophages et grevés d'incertitudes, doivent être pensés, accompagnés, cadrés, avant et tout au long du processus. Les pairs ont (souvent) besoin de formations et (toujours) de soutien. Il importe également de veiller à maintenir leur motivation. Pour eux, l'enthousiasme repose souvent sur le plaisir de se retrouver ou le désir de se faire de nouveaux potes... plutôt que sur le projet en lui-même." Par ailleurs, on constate que les jeunes limitent dans le temps leur durée d'engagement en tant que pairs : en général, ils arrêtent peu après une première année d'implication. Ce point ne constitue pas forcément une faiblesse, pour autant que l'on cherche, plutôt que des "pairs experts", des experts du vécu porteurs d'un discours commun aux autres jeunes... Néanmoins, cette réalité implique d'anticiper le turn over et de penser au passage de relais.

1. Journée d'information et de débats pour les professionnels, organisée par les Mutualités chrétiennes, le 31 janvier 2017, à Bruxelles.

2. Site du Délégué général aux droits de l'enfant en Fédération Wallonie-Bruxelles http://www.dgde.cfwb.be

3. Le 31/1/2017, organisé par les Mutualités chrétiennes.

4. Pour plus de renseignements : www.ras-el-hanout.be

5. Le Pr Eric Le Grand, sociologue, professeur a lié à l'Ecole des hautes études en santé publique de Rennes (France) et consultant en Promotion de la santé, a animé à Bruxelles une matinée d'échanges entre professionnels et donné ensuite une conférence consacrée à l'approche par les pairs. Cette journée était organisée par Question Santé, Education Santé et le Fares (1/12/2016).

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