Question Santé       Facebook  Twitter  header vimeo
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La question a très vite surgi dans l’espace public et, avec elle, des propositions concernant le monde qui allait suivre le Covid-19. Quelques semaines seulement après le début du confinement, l’Institut wallon de l’évaluation, de la prospective et de la statistique (IWEPS) publiait une note de veille prospective présentant quatre scénarios pour l’après-crise.

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La majorité des prises de position qui se sont efforcées d’imaginer l’après ont tourné autour des scripts suivants : la transformation, le retour à la normale, la résilience ou l’effondrement. Pour les tenants de la transformation, la crise sanitaire et, plus particulièrement, le confinement sont une occasion de remettre en question un modèle qu’ils estiment en bout de course. Selon eux, la pandémie a agi comme « un révélateur » et un retour à la normale n’est ni souhaitable ni envisageable. Comment vouloir perpétuer un système responsable de la destruction de l’environnement et de l’accélération du réchauffement climatique ? Ou d’un modèle de gouvernance où bon nombre d’Etats se sont désinvestis de leurs misions de service public, au risque de détériorer la santé de leurs citoyens ?...

C’est bien « le capitalisme qui nous sauvera » quand le monde sortira de la pandémie…

Mark Cubanmilliardaire américain

Le retour à la normale paraît inévitable pour d’autres observateurs qui doutent que la pandémie de Covid-19 puisse pousser les Etats à changer leur manière de faire. Parmi les partisans de la seconde hypothèse, on retrouve sans surprise de nombreux acteurs économiques et financiers. « Dès aujourd’hui, beaucoup d’entre eux manifestent leur pleine confiance dans la capacité du capitalisme à surmonter les crises qui le remettent périodiquement en cause. Témoin parmi d’autres de cet état d’esprit, l’entrepreneur milliardaire Mark Cuban qui affirme ainsi que c’est bien "le capitalisme qui nous sauvera" quand le monde sortira de la pandémie… »[1]

Pour d’autres observateurs encore, la crise a permis d’apprendre et devrait vraisemblablement conduire vers « une résilience accrue des systèmes de gouvernance nationaux et internationaux soumis à rude épreuve »[2]. Ainsi le principe de précaution qui avait tendance à être délaissé depuis les années 2010, devrait faire son retour en politique… Enfin, le quatrième scénario, soutenu par un nombre marginal de personnes, est celui d’un effondrement inévitable « de la civilisation industrielle dont la plupart des indicateurs ont irréversiblement dépassé les seuils d’alerte »[3]. Et la crise a alimenté une imagination catastrophiste déjà bien préparée par les signes d’accélération du changement climatique. L’effondrement est à craindre à tous les niveaux : économique, social, technologique, etc.

 

Quelle interprétation donner à ces scénarios ?

Présenter les futurs possibles, tel est l’objectif de la note de veille prospective de l’IWEPS, avec quelques données pour les alimenter. D’entrée de jeu, le lecteur est prévenu, il ne s’agit nullement d’un exercice de prévision ou de futurologie. Pour Frédéric Claisse, l’auteur, l’intérêt de ces scénarios est qu’ils sont « aussi et peut-être surtout, des représentations privilégiées du futur : si elles ont une valeur pour le monde d’après, c’est en nous donnant une idée de la manière dont le débat public pourrait se structurer dans les mois à venir ». L’auteur invite également à s’abstenir de connoter positivement ou négativement les scénarios qui, par ailleurs, ne s’excluent pas mutuellement.

Dans les mois à venir ce qui sera prépondérant, c’est une réinterprétation de ce qu’on a vécu…

Deux mois après le début du Covid-10, un scénario de l’après-crise se dégage-t-il plus que d’autres ? Pas vraiment, selon Frédéric Claisse : « Je crois que dans les mois à venir ce qui sera prépondérant, c’est une réinterprétation de ce qu’on a vécu… Vraisemblablement si la tendance continue, s’il n’y a pas vraiment une deuxième vague de la crise sanitaire. Car on entend déjà des gens dire, ici et là, qu’on en a trop fait, que le confinement n’était pas nécessaire, etc. En réalité, il l’était. Si nous nous en sommes plutôt bien sortis, c’est parce que des mesures exceptionnelles ont été prises ».

Dans ce contexte, on peut craindre que le désir de transformation de la société exprimé par beaucoup soit compromis. Pour le prospectiviste de l’IWEPS, il est difficile de dire si les scénarios de changement seront ou non relégués aux oubliettes : « Ce sont des scénarios qui sont aussi attachés à des familles politiques et idéologiques (…) Le désir de changement sera toujours présent et il y aura toujours des groupes pour l’appuyer. Mais il sera peut-être difficile de tenir le même discours que pendant la crise. A ce moment-là, il y avait cette idée que la crise était aussi une occasion pour s’en servir. A présent, ce discours sera peut-être plus difficile à entendre… ».

Les scénarios mis en exergue dans la note de veille prospective de l’IWEPS sont finalement là aussi pour inviter au débat public sur ces questions, en réalité sur le monde que nous voulons demain. Pour Frédéric Claisse, les projections auront quand même donné un goût pour le futur qui, espère-t-il, va perdurer. Suffisamment en tout cas pour réfléchir à des processus à plus long terme et, des situations plus graves encore que la crise du Covid-19. Le changement climatique fait partie des défis à relever dès à présent.

  Anoutcha Lualaba Lekede

La note de veille prospective de l’IWEPS est disponible : https://www.iweps.be/wp-content/uploads/2020/04/NVPO02.pdf

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[1] CLAISSE Frédéric, Covid-19 : quatre scénarios pour l’après-crise, « Les Nouvelles des Possibles – Notes de veille prospective de l’IWEPS » (N° 2), IWEPS, avril 2020.
[2] Ibidem.
[3] Ibidem.

 

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