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Depuis 2017, la Ligue des familles et l’asbl Convivial offrent aux Bruxellois la possibilité de devenir des voisins solidaires. Le but : favoriser la rencontre et l’entraide entre citoyens du cru et personnes réfugiées dans le cadre de duos calibrés, moyennant un processus minutieux pour mettre la relation sur les bons rails.

21 novembre 2019, en soirée, dans les locaux de la Ligue des familles à Ixelles. Une séance d’information a lieu pour présenter le projet « Voisins solidaires ». Treize personnes désireuses d’en savoir plus sur cette initiative sont présentes. Beaucoup de femmes, quinquagénaires et au-delà, un couple, des jeunes aussi écoutent attentivement les explications de Cécile Michel, chargée de projets à la Ligue des familles, et de Lionel Defraigne, responsable Sensibilisation auprès de l’asbl Convivial qui accompagne des personnes réfugiées dans leur installation en Belgique.

 

Genèse du projet

L’initiative « Voisins solidaires » prend racine dans le vaste élan de solidarité que la crise des migrants de 2015 a soulevé dans la population. Bénévolat dans le cadre du parc Maximilien, hébergement de migrants en transit et aide matérielle s’organisent à l’époque et se maintiennent, malgré certaines poursuites se voulant dissuasives. De leur côté, la Ligue des familles et Convivial imaginent un dispositif original qui s’appuie sur les spécificités des deux structures, à savoir un ancrage pour la Ligue auprès d’un public largement sensibilisé à cette question, et pour Convivial, la connaissance du public réfugié et de ses besoins, notamment sur le plan du contact humain.

Lionel Defraigne, asbl Convivial : « L’idée est de faciliter, d’encourager
les rencontres qui se nouent entre voisins d’un même quartier ».

Le projet lancé en 2017 repose sur la création de duos entre voisins bruxellois et personnes ayant obtenu le statut de réfugié. Leur nombre approche désormais la centaine (voir ci-dessous). Comme le souligne Lionel Defraigne, « l’idée est de faciliter, d’encourager les rencontres qui se nouent entre voisins d’un même quartier. Bien souvent, les personnes réfugiées sont isolées ou voient leurs relations essentiellement confinées au sein de leur communauté. Elles sont pourtant en demande de contacts, d’explications sur le fonctionnement de leur pays d’accueil et d’aide pour mieux en comprendre les ressorts. De leur côté, les personnes qui se portent volontaires voient dans cette initiative la possibilité d’apporter leur aide, leurs compétences, leur compagnie à des personnes qu’elles ne rencontreraient pas forcément sans l’entremise de ce projet. » 

Sélection et matching

Depuis plus de deux ans maintenant, les deux associations encadrent la création des duos de voisins citoyens et de voisins réfugiés, se basant sur un processus qui vise à bien identifier les attentes de chacun. Lors de la séance d’information, Cécile Michel et Lionel Defraigne explicitent les différentes étapes (réunion d’information, temps de réflexion, inscription à la journée de formation, formulation des desiderata des voisins solidaires, matching (ou appariement) des duos, première rencontre avec un référent, suivi et supervision). « Il s’agit de respecter au mieux les besoins et les envies de chacun, souligne Cécile Michel, pour qu’ensuite la relation puisse évoluer de manière libre et autonome, avec toute la souplesse requise pour que chacun trouve son compte dans ces échanges. Nous restons là en soutien mais en général, cela fonctionne sans assistance, comme une relation de voisinage spontanée. »

A la suite de la réunion d’information, pour ceux qui ont signalé leur intérêt, une journée de formation est organisée. Là encore la méthodologie est bien rôdée. Quatre moments ponctuent cette journée : le premier porte sur des explications sur le parcours du réfugié, son statut, l’origine et le rôle de la procédure d’asile. Ensuite il est question des particularités du public réfugié par rapport à l’exil, à des références culturelles différentes ou à la méconnaissance des langues du pays, voire de l’anglais... Des mises en situation, telles que la première rencontre entre voisins solidaires ou l’accompagnement dans une réunion avec la direction de l’école, permettent de voir comment les candidats voisins citoyens gèrent ces situations. Ces jeux de rôle permettent de faire le point sur les attitudes à préconiser et les points d’attention pour ne pas heurter ou ne pas précéder les besoins. Troisième moment : le tour de table concernant les attentes, les motivations, les appréhensions des voisins citoyens et enfin, la remise du formulaire d’inscription aux participants qui souhaitent s’engager dans le processus, reprenant les motivations, mais aussi des données techniques comme la maîtrise des langues, la composition de ménage ou encore l’adresse pour permettre le matching le plus proche du domicile.

Quelques chiffres

Actuellement, 93 duos de voisins solidaires sont en activité. Avec les personnes inscrites aux dernières séances d’information et parmi elles, celles qui se sont inscrites à la journée de formation du 18 janvier dernier, ainsi que la vingtaine de candidats au matching encore en attente d’un apparentement avec un voisin réfugié, ce sont quelque trente nouveaux duos susceptibles de se former en 2020. Sur l’ensemble des duos formés jusqu’ici, certains n’ont pas tenu, faute de temps des uns et des autres, en raison d’un déménagement ou encore d’un accordage non fructueux : pour les années 2017 et 2018, c’est un peu moins de 50% des duos créés qui ne se sont pas prolongés, ce qui a contrario donne plus de 50% de relations satisfaisantes. Un chiffre que les deux associations qualifient de succès, pour ce type d’initiatives.

De la richesse des rencontres 

Lors de la séance d’information du 21 novembre dernier, Louis était présent pour raconter la rencontre de sa famille avec un couple syrien et leurs six enfants. « C’est une de mes deux filles qui nous avait parlé de cette initiative et on s’est engagé dans cette relation de voisinage, qui nous convenait mieux que l’hébergement auquel on avait songé un temps. On s’est fixés comme rendez-vous le samedi matin, mais cela reste souple: on pratique le français, on apporte une aide pour les devoirs, pour certaines démarches administratives ou l’explication d’une facture, d’un document. Mais on ne se transforme pas pour autant en assistants sociaux : on va au parc, au cinéma. Cet été on a assisté au passage du Tour de France. On n’a pas beaucoup parlé de leur venue en Belgique, sauf quand on a été à la mer l’an dernier : un des jeunes garçons a évoqué la traversée périlleuse sur un petit zodiac pour arriver jusqu’en Europe. En revanche, ils évoquent souvent leur souhait d’être acceptés, de réussir à l’école, de se rendre utiles, bref de vivre comme tout le monde. »

Mélanie, réfugiée syrienne : « Dominique, c’est un peu comme ma mère dans ce pays.
Depuis qu’elle est là, il y a de la tendresse dans ma vie. »

Autre duo touchant et atypique, celui formé par Dominique et Mélanie, présenté dans une vidéo réalisée dans le cadre du projet. Mélanie est transexuelle, également originaire de Syrie et ne parle que l’arabe, langue que Dominique ne maîtrise pas. Qu’à cela ne tienne, Google traduction supplée. Dans la vidéo, Mélanie exprime ce que lui apporte cette relation : « Depuis que j’ai rencontré Dominique, il y a clairement quelque chose qui a changé dans ma vie : il y a dans ce pays quelqu’un avec moi qui n’est pas arabe. Dominique, c’est un peu comme ma mère dans ce pays. Depuis qu’elle est là, il y a de la tendresse dans ma vie et il n’y a pas assez de mots pour décrire ses qualités. »

Les voisins solidaires ne deviennent pas forcément des amis, ne passent pas nécessairement leurs vacances ensemble, mais ils se rencontrent régulièrement, échangent sur leurs cultures respectives, partagent des repas ou des loisirs communs. La relation est à inventer au gré des envies et des besoins. Le but est de permettre aux voisins réfugiés de se sentir épaulés dans leur nouvelle vie, dans l’apprentissage de la langue, la lecture d’un courrier, la compréhension d’une démarche administrative ou simplement pour rompre l’isolement et vivre un moment de convivialité partagée. Comme le relève si bien Anne, voisine citoyenne, à propos de cette initiative, « Le fait de ne pas connaître l’autre engendre la peur. Quand on apprend à se connaître, on voit les choses autrement : il faudrait encourager ce type de rencontres, cela aiderait forcément à lutter contre le rejet et le racisme. »

31 idées pour aider les migrants

Le Ciré (pour Coordination et Initiatives pour Réfugiés et Etrangers) se penche depuis plus de 60 ans sur la question des demandeurs d’asile, des réfugiés et des étrangers avec ou sans titre de séjour. Il œuvre pour le renforcement des droits des étrangers, du droit d’asile et veille au fait que les politiques menées soient conformes aux principes de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Sur la page d’accueil du Ciré et sous le ashtag #Aujourd’huiJeMeBouge, on trouve 31 idées pour aider les migrants en Belgique. De Wecanhelp.be, site qui centralise des offres de citoyens, à Voisins solidaires en passant par d’autres initiatives pour créer des liens comme Singa (https://www.singa-belgium.org/) et bien d’autres gestes comme des dons, l’offre d’hébergement…, l’association donne des pistes pour exprimer sa solidarité envers les personnes exilées. 

Pour prendre connaissance de ces 31 idées : https://www.cire.be/comment-aider-les-migrants-en-belgique-voici-31-idees-concretes/

Nathalie Cobbaut


Pour en savoir plus sur le projet : www.voisinssolidaires.be
Pour se proposer comme voisin citoyen : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
Pour en apprendre davantage sur la réalité de ces duos solidaires :

https://www.youtube.com/watch?v=HnktR5II7gM et https://www.youtube.com/watch?v=eQGgj3oAybQ&t=227s

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