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Les effets du confinement liés à la crise du Covid 19 sont multiples et s’ils ont des répercussions sur des pans entiers de l’économie, ils touchent également les particuliers. Avec le coronavirus, toute une série de catégories de personnes sont impactées sur le plan financier. Et cela vaut pour les plus démunis, en ce compris ceux qui bénéficient d’allocations de remplacement dont les montants n’ont pourtant pas varié avec la crise.

Le 18 mars dernier, la Belgique entrait en confinement. Des mesures sont prises pour suspendre les cours à tous les niveaux d’enseignement, on demande instamment aux personnes de rester chez elles. Dans les secteurs d’activités où c’est envisageable, le télétravail est préconisé. Là où ce n’est pas possible, les règles de distanciation sociale doivent être appliquées. On parle de secteurs « essentiels » sans que la notion ne soit clairement définie et mise en œuvre. A l’inverse, des secteurs dits cruciaux sont maintenus et priés de fonctionner, comme le secteur alimentaire, la sécurité, les transports, la collecte des déchets, les médias… et évidemment la santé. Les autres commerces sont fermés, l’activité économique, culturelle est réduite, voire à l’arrêt.

Des mesures d’aide tous azimuts

Difficile de ne pas imaginer les conséquences financières pour un nombre très important de citoyens belges et également bruxellois. Toute une série de mesures ont été prises, afin de permettre l’accès à des revenus de remplacement pour ceux dont les revenus ne sont plus garantis : chômage temporaire pour les salariés dont les entreprises ont suspendu leurs activités, droit passerelle pour les indépendants, primes pour les commerçants qui ont dû fermer leurs portes… Que ce soit au fédéral ou dans les régions, les dispositifs de soutien financier se mettent en place.

Bien conscients que ces aides ne couvriront qu’une partie des pertes financières, d’autres mesures sont prises pour empêcher les expulsions de logement, les coupures de gaz, d’électricité, d’eau, les poursuites pour le recouvrement d’arriérés de paiement antérieurs et liés au coronavirus, les saisies et les ventes publiques. Autres mesures, cette fois, fiscales : le report de la perception de l’IPP, du précompte immobilier, de la TVA... En matière de crédits, une possibilité de report sans frais des échéances hypothécaires a été balisée par le Fédéral en accord avec le secteur bancaire. Pour ce qui est des crédits à la consommation, rien de tel : donc, a priori, les mensualités pour le paiement de la voiture, du frigo ou d’autres emprunts sont à honorer. En cas de difficultés, il est recommandé de contacter son établissement bancaire pour signaler les retards de paiement et trouver un arrangement. Concernant les loyers, aucune suspension n’est prévue. Là encore, ce ne sera que si un accord peut être trouvé avec le propriétaire qu’une suspension du loyer pourra être envisagée.

Une task force bruxelloise 

Au-delà des mesures prises par le Fédéral et celles des Régions, le ministre Alain Maron, ministre bruxellois des Affaires sociales et de la Santé que nous avons pu joindre, met l’accent sur « la nécessité de continuer à appréhender au mieux ce qui se passe sur le terrain, en aidant les secteurs les plus touchés d’abord, comme celui des maisons de repos, très gravement impacté par cette crise Covid, mais aussi celui des aides à domicile, du sans-abrisme ou encore de la toxicomanie. Une Task force a été mise en place pour répondre aux urgences sociales, mais également pour observer la situation et anticiper les problèmes à venir. En matière de surendettement des particuliers, les services de médiation de dettes gèrent les dossiers et les personnes prises en charge jusque-là, mais il va certainement y avoir des demandes qui vont affluer dans quelques semaines, quelques mois. Nous avions déjà pris la décision en date du 23 mars dernier d’augmenter la subvention allouée aux services de médiation de dettes COCOF (c’était d’ailleurs une volonté antérieure à la crise du coronavirus) et nous nous apprêtions à discuter d’une mesure similaire pour les services COCOM. La situation actuelle chamboule un peu tout cela, mais il faudra tenir à l’œil ces services qui risquent d’être sollicités davantage dans les mois à venir, alors qu’ils étaient déjà pas mal saturés. Il s’agira aussi d’analyser les besoins de la population pour répondre de la manière la plus ciblée possible. Tous les Bruxellois n’auront pas été touchés de la même manière en termes de revenus : il faudra adapter l’aide à leur apporter, en fonction des situations. » Pour le ministre Maron, l’aide régionale devra être réfléchie en articulation avec celles déjà octroyées par le Fédéral et venir combler des manques avec des mesures complémentaires.

Répondre à l’urgence sociale, concrètement

Si, déjà pour toute une série de personnes dont la situation juridique, économique et sociale était établie, les problèmes financiers se font ressentir, c’est sans parler de tous ceux qui connaissent des conditions de travail, de séjour ou d’existence nettement plus souterraines.

En effet, des milliers de personnes qui, jusqu’ici travaillaient au noir, survivaient grâce à l’aide alimentaire et autres sytèmes D, se retrouvent du jour au lendemain sans aucune ressource. C’est le constat que Céline Nieuwenhuys, secrétaire générale de la Fédération des services sociaux et membre du groupe d’experts désignés pour préparer la sortie du confinement, nous livre : « Ce sont des dizaines de milliers de personnes qui vont ainsi se retrouver dans une précarité sévère : tous ceux dont les revenus relèvent de l’économie souterraine, que l’on sait exister, mais que la société préfère occulter, trinquent et il va bien falloir en tenir compte. Les mesures que l’on met en place aujourd’hui concerne la vitrine de la société, mais les travailleurs au noir de l’horeca, de la construction, les prostituées, les mendiants, les sans-abri… ne rentrent pas dans les cases. »

Pour cette responsable de fédération qui rassemble les services sociaux associatifs de B

ruxelles et de Wallonie, il est urgentissime de réagir pour aider ces personnes « car c’est de faim qu’elles vont souffrir très bientôt, si ce n’est pas déjà le cas. A cet égard, le secteur de l’aide alimentaire est complètement désorganisé depuis le début de la crise. Il était déjà sous pression face aux demandes d’aide émanant non seulement des personnes très précarisées, mais aussi d’une frange de plus en plus large de la population, comme les personnes émargeant au CPAS, des étudiants, des travailleurs à très bas revenus… Aujourd’hui, le nombre de demandes est démultiplié alors que le secteur, en grande partie basé sur le volontariat, la collecte d’invendus et qui n’est ni reconnu, ni financé, est complètement désorganisé. Et ce ne sont pas les 286.000 euros accordés par le ministre Ducarme qui vont changer la donne. Il faut imaginer un système de chèques alimentaires (comme c’est le cas en France, depuis le 7 avril - NDLR) qui permettrait d’aller se fournir en magasin et non de faire la file devant les points de distribution de colis alimentaires. »

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Céline Nieuwenhuys met également en avant le numéro d’urgence sociale, le 0800 35 243, accessible pour toute personne résidant en Région bruxelloise et nécessitant une aide sociale urgente (alimentation, logement, dettes, chômage, situation professionnelle ou familiale ou isolement) : « Nous avons organisé ce numéro d’appel avec les services sociaux généralistes, qui répondent aux appels, décryptent la première demande et réorientent vers un opérateur de terrain susceptible de venir en aide à la personne en difficulté. Des centaines d’appels arrivent depuis sa mise en service, ce qui démontre bien et les besoins et la détresse des personnes impactées par cette crise sans précédent. »

La médiation de dettes sur le terrain

Quant aux services de médiation de dettes, ils restent en activité, même si les travailleurs sociaux sont appelés à effectuer leur travail à distance. Les permanences physiques ont en effet été remplacées par des permanences téléphoniques , des entretiens par téléphone et par mail en fonction des besoins des personnes. Comme l’explique Jan Willems, responsable du service de médiation de dettes du CPAS de Bruxelles-ville, « Les onze antennes sociales décentralisées du CPAS restent ouvertes afin d’accueillir les personnes en difficulté sociale. Il est donc possible de faire la demande d’un revenu d’intégration ou d’une aide sociale dans ces antennes situées dans les différents quartiers. Les services centralisés comme le service de médiation de dettes sont fermés au public, mais continuent de traiter les dossiers par le biais du travail à distance. Ce n’est pas évident, vu les moyens et les outils limités, mais aussi le fait qu’il est parfois difficile de joindre les personnes ou d’échanger avec elles par téléphone ou par le biais des mails qui ne sont pas forcément le mode de communication le plus aisé avec ce public. Nous sommes surtout là pour rassurer, expliquer les mesures d’aide existantes, les moratoires sur les ventes publiques, les saisies de salaire, les coupures d’énergie et d’eau. Même si un nombre important des personnes suivies en médiation de dettes vivent avec un RIS, ce que je crains, c’est la perte de revenus liés à des activités au noir : cela risque de déstabiliser des budgets déjà en tension. »

Par ailleurs, un monitoring des demandes est effectué pour essayer d’anticiper ce qui risque d’arriver dans les jours et les semaines à venir auprès des services du CPAS. Des cellules « Loyers » ou «  Indépendants » sont également constituées afin de se préparer aux demandes de personnes ayant des dettes locatives ou encore de la part d’indépendants frappés par l’arrêt de leurs activités. « Il va falloir jongler avec des réglementations que l’on ne connaît pas forcément, opérer des arbitrages entre des dettes, plus ou moins urgentes. On se prépare, autant que faire se peut, à prendre en charge le flux des dossiers à venir. »

Nathalie Cobbaut

Avec le coronavirus, toute une série de catégories de personnes sont impactées sur le plan financier. Et cela vaut pour les plus démunis, en ce compris ceux qui bénéficient d’allocations de remplacement dont les montants n’ont pourtant pas varié avec la crise.

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