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Depuis quelques années, l’outil BelRAI a été mis à la disposition de tous les prestataires de soins. L’objectif annoncé : fournir un instrument uniforme d’évaluation des personnes vulnérables. Mais le secteur est-il suffisamment informé des implications d’un tel instrument ?

C’est avec cette question de la pertinence de l’instrument BelRAI que la Ligue Bruxelloise Francophone de Santé mentale a entamé son cycle « Santé numérique ». Lors de la conférence qui s’est tenue le 16 janvier dernier, Cédric Detienne, chercheur auprès de l’Unité de psychologie clinique et différentielle de l’ULB, a tenté de décrire ce que recouvre cet outil BelRAI, lequel semble une réalité très peu palpable, voire inconnue, dans le milieu soignant francophone, alors qu’il est présenté dans les derniers Plans e-Santé comme un outil de référence. Il s’est dit inquiet à la découverte de cette nouvelle manière d’évaluer des patients et de son application dans le champ de la santé mentale.

De quoi parle-t-on ?

Sur le site www.belrai.org, on décrit cet outil comme un instrument permettant l’évaluation des besoins psychiques, cognitifs, psychologiques et sociaux d’une personne. On précise également qu’en l’utilisant, « les prestataires de soins peuvent recueillir des données d’une manière standardisée et structurée pouvant ensuite servir à élaborer un plan de soins de haute qualité pour tous ceux qui ont besoin de soins (complexes) ». Les informations recueillies sont enregistrées par les professionnels de soins dans la base de données BelRAI.

Cédric Detienne resitue cet outil dans un contexte international : « Il s’agit d’une version adaptée du logiciel InterRAI (RAI pour Resident Assessment Instrument ou instrument d’évaluation des résidents). Fin des années 80, à la suite de scandales sanitaires dans des maisons de repos, le Congrès américain décide de soutenir la création d’un outil d’évaluation sur l’autonomie des personnes âgées. » Ses concepteurs ont intégré toute une série d’évaluations quantitatives et de tests existants ayant débouché sur 350 à 400 items pour ce module précis, sous forme de questions auxquelles le soignant doit répondre en s’appuyant sur un entretien de la personne concernée, mais aussi de ses proches. Ensuite, après avoir introduit toutes ces données, l’outil fournit une analyse de ces items, sur la base d’algorithmes qui effectuent des calculs concernant le fonctionnement de la personne, les risques pour sa santé, ses forces et ses faiblesses.

Ces algorithmes indiquent des points d’attention qui sont mis en exergue, produit des guides d’analyse par domaine d’intervention et émet des recommandations sensées permettre d’établir un plan de soins de qualité. Mais comme le soulève Cédric Detienne, « il est interpellant que les concepteurs de cet outil InterRAI et l’équipe de recherche de la KUL qui l’a adapté pour la Belgique ne mettent jamais l’accent sur la vision cognitivo-comportementaliste de la clinique qui sous-tend cet outil. Peut-on ainsi baser son plan de soins sur un rapport de 15 pages standardisé, soit-disant neutre et préconisant des guidelines élaborées par des algorithmes dont on ne sait rien ? Quand on fait l’exercice d’aller rechercher les références bibliographiques, on est confronté à des sources qui préconisent majoritairement des réponses comportementalistes. Est-ce bien le choix des soignants aujourd’hui ? »

Quelles conséquences ?

Outre la lourdeur de l’outil (400 questions, trois jours d’observation du patient) et la question de la récolte de données sensibles, on peut en effet s’interroger sur la pertinence du modèle clinique qui sous-tend cet instrument, d’autant que l’objectif semble être d’élargir son utilisation à d’autres champs d’action.

En Flandre ainsi qu’en Communauté germanophone, un certain nombre d’acteurs autour des personnes âgées dépendantes se sont emparés du BelRAI pour des diagnostics, mais également les autorités pour déterminer le financement des institutions dont elles dépendent car l’outil donne également des indications sur le coût d’un patient en fonction de son profil. L’octroi de l’assurance-santé en Flandre (et sans doute bientôt de l’assurance-autonomie en Wallonie) se base quant à elle sur une version light de BelRAI, le BelRAI-screener qui ne comprend que trente questions. Le plan e-santé 2019-2021 parle d’élargir son utilisation dans le secteur des maisons médicales, dans les prisons ou encore aux enfants avec un screener BelRAI adapté[1]. A terme la Flandre souhaite utiliser le BelRAI comme instrument d’évaluation de tous les secteurs de la protection sociale flamande.

Et Bruxelles dans tout ça ? Les précédents ministres Gosuin, Van Hengel, pour la COCOM, et la ministre Fremault, pour la COCOF, avaient signé le protocole d’accord pour ce plan e-santé, mais l’utilisation du BelRAI par les soignants semble soulever bien des questions.

Nathalie Cobbaut


Les prochaines conférences du cycle « Santé numérique » organisé par la LBSM se tiendront en matinée les 12 mars et 8 mai prochains. Elles porteront sur le Big data et le traitement des données santé (12/03) et sur la résistance à l’algocratie (08/05). Pour plus d’informations : https://www.lbfsm.be/spip.php?article437

[1] Plan e-Santé 2019-2021, Protocole d’accord, 28 janvier 2019, p. 193

 

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