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Bien vieillir à domicile ?

 Quel lien y a-t-il entre Bruxelles et les Asturies (sinon les éventuelles vacances que les habitants de la première région prendraient dans la seconde) ? C'est tout simplement que le lieu choisi par les Ministres Huytebroeck et Smet pour le colloque « Bien vieillir à Bruxelles », ce mardi 9 mai, était la Maison des Asturies, qui occupe les anciens locaux, rénovés, de l'imprimerie du journal Le Peuple, rue Saint-Laurent. Des locaux originaux mais dont le choix s'est révélé assez peu propice : en regard de l'espace, l'accueil était organisé en dépit du bon sens, provoquant des bouchons, d'où un retard d'une demi-heure à l'ouverture du colloque ; on avait accepté un nombre d'inscriptions deux fois supérieur à ce que la salle pouvait tolérer, provoquant un entassement des participants (qui, en outre, faute d'estrade, ne pouvaient voir les orateurs) ; et, en raison de travaux qui se déroulaient juste à côté, le bruit d'un marteau piqueur se faisait entendre de manière presque permanente... Bref.

Evelyne Huytebroeck commence par quelques chiffres : en 2050, un Belge sur quatre aura plus de 65 ans. Aujourd'hui, à Bruxelles, 160.000 personnes ont cet âge. Parmi elles, plus de 50.000 sont d'origine étrangère, ce qui ouvre une nouvelle problématique (laquelle sera abordée lors d'un prochain colloque, le 19 juillet). La Ministre met en exergue plusieurs principes pour la politique des personnes âgées, desquels ressortent surtout ceux-ci : les seniors doivent être considérés comme des citoyens à part entière, comme les acteurs de leur projet de vie ; et, pour leur permettre d'exercer leur choix, une palette d'offres doit leur être proposée. Son collègue Pascal Smet rappelle, quant à lui, que la solitude est une réalité pour bon nombre de Bruxellois – et pas seulement parmi les personnes âgées. Par conséquent, les divers systèmes d'accueil devraient viser à optimiser la solidarité et l'appartenance de tous à cette ville et à la société. Ce qui n'empêche pas le Ministre de souligner qu'en cette matière comme dans d'autres, définir une politique cohérente se révèle toujours plus complexe à Bruxelles : « chacun est compétent mais personne n'est responsable », dira-t-il, citant le Gouvernement fédéral, la COCOM, la COCOF, la VGC, les dix-neuf Echevinats des Affaires sociales et autant de CPAS... Plusieurs aspects de la condition des personnes âgées en ville ont ensuite été abordés lors de cette journée,notamment l'habitat groupé de type Abbeyfield, l'hospitalisation et ses suites (lesquelles restent catastrophiques sur le plan financier pour nombre de patients, rappela Tony Stevaert, du CHU Saint-Pierre) ou la vie en institution, sur laquelle Robert Devilers, de l'Association Belge des Cantous, nous présenta de sympathiques perspectives architecturales... mais en Wallonie : faute de place, on imagine mal à Bruxelles ces espaces ouverts tant sur l'intérieur que sur l'extérieur. Nous nous attarderons dans ces quelques paragraphes sur le maintien à domicile, tant on sait que le souhait des personnes âgées est de rester chez elles le plus longtemps possible. Ce qui implique évidemment qu'elles puissent « se payer » un chez-soi, postulat qui ne va absolument pas de soi aujourd'hui à Bruxelles.

Les limites du maintien à domicile

Dans le titre de l'exposé de Catherine Ballant, l'affirmation fait d'ailleurs place au doute : « Bien vieillir à domicile : bien sûr ! Bien sûr ? »... La directrice de Soins chez Soi met l'accent sur les limites au maintien à domicile dans de bonnes conditions. D'abord du côté du réseau des personnes âgées : la présence du réseau professionnel est bien réelle mais celui-ci comporte aussi des manques ; le suivi médical est souvent insuffisant, par absence de médecin de famille ou parce que la personne « zappe » d'un médecin traitant à l'autre ; les gardes-malades sont financièrement inaccessibles en dehors d'interventions ponctuelles. Quant au réseau informel (voisinage, amis), il est souvent défaillant : qui va promener le chien deux fois par jour, sortir les poubelles, fermer les volets... ?

Des limites existent également du côté des aidants proches. Ce sont principalement les enfants : sont-ils présents, affectivement mais aussi géographiquement ? Sont-ils disposés à aider leurs parents ? Si oui, le travail des femmes – qui restent les principales aidantes –, le vieillissement des enfants eux-mêmes (moindre résistance à la fatigue, etc.) représentent aussi des freins. Et l'effet de miroir n'est pas à négliger : le vieillissement de nos parents nous renvoie le reflet de notre propre vieillissement. Par ailleurs, les aidants proches sont peu soutenus, voire pas du tout, d'où un effet d'usure particulièrement lourd en cas de maladie chronique de leurs parents. Enfin, la prise en charge par les enfants n'est pas toujours positive : on peut penser au décalage entre l'acceptation par le malade d'une issue fatale (cancer en phase terminale, p. ex.) et le refus de celle-ci par l'aidant qui n'est pas encore capable de faire son deuil. Mais aussi, plus simplement, aux jeux réciproques de pouvoir/dépendance qui peuvent pervertir la relation d'aide.

L'environnement entraîne un troisième type de limites, selon que l'on se situe en milieu urbain, suburbain ou rural, selon les caractéristiques du logement (taille de celui-ci, étage ou rez-de-chaussée, escaliers ou ascenseur, adaptabilité à la sécurité de la personne âgée...). Mais, outre ces contraintes objectives, il est des limites subjectives qui peuvent constituer autant d'obstacles difficiles voire impossibles à surmonter : déménager vers un logement plus adéquat se heurte au manque d'énergie voire, tout simplement, au manque de désir ; adapter l'organisation du logement à la réduction des capacités de mobilité (p. ex. installer le lit dans la pièce de séjour) entre en conflit avec les valeurs, les représentations sociales et l'image de soi de la personne âgée.

Les limites financières ont déjà été évoquées ; elles pèsent d'un grand poids. La baisse des revenus peut être considérable lorsque survient la pension, et la dépendance financière (par rapport aux enfants, par rapport au CPAS en cas de revenu de remplacement) est souvent mal acceptée. Enfin, et ce ne sont pas toujours les moindres, des limites existent du côté des personnes âgées elles-mêmes : dépression, sentiment d'insécurité, déni du vieillissement et/ou de la maladie, exigences excessives (voire tyrannie) vis-à-vis des aidants professionnels, qualité et/ou quantité insuffisante d'informations sur les ressources d'aide.

L'offre de services à domicile

A ce propos, en ce qui concerne le rapport entre l'offre et la demande de services, l'Observatoire de la Santé et du Social de la Région de Bruxelles-Capitale développe actuellement deux outils en collaboration avec des équipes universitaires. Le premier est une cartographie de la situation socio-sanitaire des Bruxellois ; dans la mesure du possible, les mêmes cartes seront réalisées spécifiquement pour les personnes âgées. Le deuxième outil, réalisé en partenariat avec le Centre de Documentation et de Coordination Sociale (CDCS) et les Administrations de la COCOF, de la VGC et de la COCOM, comprendra un inventaire de l'offre de services socio-sanitaires permettant le maintien des personnes âgées à domicile. Cet inventaire se fera, non sur base de l'identité institutionnelle de ces services (privés ou publics, subsidiés par tel ou tel niveau de pouvoir), mais en partant des demandes et des besoins potentiels du public concerné. C'est seulement dans un deuxième temps qu'une ventilation des ressources disponibles pourra être effectuée en fonction des pouvoirs subsidiants.

Le CDCS s'attachera tout d'abord à un inventaire cartographié de l'offre de première ligne correspondant aux besoins de base ; chaque carte correspondra à un besoin spécifique des personnes âgées. Ensuite, il s'agira de tenter d'obtenir une image de la « couverture » des seniors par ces services ; cette analyse doit permettre d'identifier les zones de la Région bruxelloise où certains besoins des personnes âgées ne sont pas rencontrés.

Pour plus de renseignements sur le premier atlas :
Truus Roesems,
02 552 01 57 ou Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
Et sur le second :
Catherine Giet ou Corinne Malchair,
02 511 0800 ou Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

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