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Genre et promotion de la santé : un peu, beaucoup ou pas du tout ?

Le genre est-il un déterminant social de la santé prioritaire ? Ne cherchez pas la réponse car l’OMS y a répondu : le genre est bien un déterminant des inégalités en santé, aussi bien à lui tout seul qu’en association avec la condition économique, l’âge, l’appartenance ethnique, le handicap, l’orientation sexuelle, etc. En inscrivant l’objectif transversal de réduction des inégalités de santé basées sur le genre dans le Plan bruxellois de promotion de la santé, le gouvernement francophone bruxellois le reconnaît tout aussi explicitement.

Depuis 2018, l’asbl Femmes et Santé est reconnue en tant que réseau chargé de mettre en oeuvre l’objectif transversal du plan et d’aider les acteurs du secteur promotion santé à l’intégrer dans leurs programmes et projets.

Le décret bruxellois de promotion de la santé définit le réseau comme une forme organisée d’action collective sur la base d’une démarche volontaire de coopération, unissant des acteurs, des organismes piliers, des relais et d’autres associations, dans des relations non hiérarchiques.

Une des premières initiatives de Femmes et Santé dans le cadre de ce réseau a été d’aller à la rencontre des professionnels du secteur et de réaliser une photographie des pratiques. Sur la trentaine de projets financés, 16 personnes-associations ont pris le temps de répondre aux trois questions suivantes : tiennent-elles ou pas compte de l’approche genre dans leurs pratiques ? Par leurs actions, pensent-elles participer à déconstruire ou à renforcer les stéréotypes liés au genre ? Et quelles seraient leurs attentes en matière de genre et promotion de la santé ? Ces rencontres ont débouché sur un certain nombre de constats. Il apparaît ainsi que les femmes et leurs spécificités sont un questionnement plus ancien que l’approche genre mais la question est de plus en plus au centre des préoccupations. L’objectif transversal visé dans le plan bruxellois permet d'améliorer la visibilité, de valoriser ou de mettre un mot sur des réflexions et pratiques qui existent déjà. Mais, en même temps, cette question n’est pas encore articulée au sein des associations. Souvent, une ou deux personnes s’en préoccupent et interpellent le reste de l’équipe. Cela va un peu à l’encontre de l’idée qui veut intégrer le genre de manière transversale. Les discussions révèlent également qu’il existe un manque d’espace ou de temps institutionnel pour penser ces questions, lié entre autres à un manque de compréhension. Ainsi que le confiait une travailleuse : « Je suis la seule à porter cette question et quand je partirai je ne sais pas si quelqu’un va continuer ce cours, car il n’y a pas d’intérêt. Les personnes ne le voient pas, ne le comprennent pas et ne savent pas comment faire (…) ».

Bien d’autres interrogations ont été soulevées : tous comprennent-ils ce que veut dire ce mot à la mode ? Dans le cas contraire, s’autorisent-ils à poser des questions ? Si le genre est un concept imposé par les politiques aux associations (voeu pieu), par une institution à ses travailleurs (comme une sorte de label), par un·e travailleur·euse au reste de l’équipe, il peut être difficile de se l’approprier. Des travailleurs ont aussi fait remarquer que face à un concept complexe qui peut dire ou ne rien dire du tout et engendrer une diversité de pratiques, on ne sait pas si celles-ci vont finalement déconstruire les stéréotypes ou les renforcer…

Cette première consultation en promotion santé montre que le genre ajoute de la complexité aux pratiques et que cette complexité est aussi liée à la réflexion : « On cherche à déconstruire les stéréotypes, mais on se rend compte qu’on est toutes et tous à différents moments, soulignait une autre professionnelle. Comment articuler le concept de genre avec ce que je suis ? Comment je l’aborde avec les groupes ? Comment être attentive ?... »

Quant à la question « Le genre est-il un déterminant social de santé prioritaire ? », il apparaît clairement que dans la hiérarchisation des problématiques, le genre arrive en dernière position. Finalement, la lutte des classes ou la lutte liée au racisme seraient toujours plus importantes que la lutte contre le patriarcat. Pour le réseau, le travail à abattre est donc énorme. Et ceci permet de relever un autre point qui est ressorti des entretiens : plutôt que de soutenir un réseau pour avancer sur cet objectif transversal, la création d’un service support dévolu à cette problématique ne constituerait-elle pas un bien meilleur outil ? Ne dit-on pas qu’il faut se donner les moyens de son ambition ? 

Femmes et Santé est une association féministe de promotion de la santé qui a fêté ses dix ans l’année dernière. A travers ses actions et réflexions, elle interroge la médicalisation des cycles de vie des femmes et l’impact du genre sur leur santé. Elle promeut notamment l’auto-santé comme outil d’émancipation : elle veut en effet encourager les femmes à s’approprier une information indépendante et à croire en leurs compétences et connaissances dans le but de prendre leur santé en main. Avant le réseau bruxellois « Femmes, genre et promotion de la santé » dont elle a aujourd’hui la charge – parallèlement à un réseau wallon –, Femmes et Santé a coordonné la Plateforme pour Promouvoir la Santé des Femmes (PPSF) lancée dès le démarrage de ses activités. L’objectif de cette initiative était alors de répondre au besoin de mettre en place un espace de réflexions et d’échanges autour de la santé des femmes. Les réseaux bruxellois et wallons qu’elle pilote actuellement sont issus de la plateforme.

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