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Deux nouveaux « abris solidaires »

Les Petits Riens ont ouvert en décembre dernier deux habitats solidaires, formule alternative de logement pour personnes précédemment sans abri. Ces maisons, sises à Ixelles et Etterbeek, ont été acquises et rénovées par l’association ; elles viennent s’ajouter aux deux précédentes, qui se trouvent d’ailleurs dans les mêmes communes. L’inauguration a eu lieu en présence de Philippe Courard, Secrétaire d’Etat fédéral à l’Intégration sociale et à la Lutte contre la Pauvreté, et d’un représentant de Christophe Doulkeridis, Secrétaire d’Etat bruxellois au Logement, retenu au Parlement.

« On ne parle des sans-abri que lorsque le thermomètre descend sous zéro, mais c’est un problème 365 jours par an : notre maison d’accueil de la rue du Prévôt affichait complet en plein mois de juin. » Philippe De Keyser, président de l’ASBL, entamait ainsi la conférence de presse, le 18 décembre, en rappelant une évidence trop souvent oubliée : la problématique du « sans-abrisme » ne se réduit pas à la question de l’urgence de nuit en hiver. Aussi Les Petits Riens veulent-ils travailler à long terme, se définissant comme une association/entreprise d’économie sociale en lutte contre l’exclusion et la pauvreté. « Nous avons quitté l’ancienne culture des Petits Riens, qui faisait que certains sans-abri restaient de nombreuses années en maison d’accueil, a poursuivi M. De Keyser. Notre objectif est la réinsertion sociale, en travaillant au cas par cas pour aider chacun à se remettre en projet. »

Un entreprise d’économie sociale doit relever le défi de concilier ces deux exigences potentiellement contradictoires : la rentabilité économique et l’insertion sociale. Comment cela fonctionne-t-il ? D’abord la collecte : en région bruxelloise et périphérie, 600 boîtes disposées sur la voie publique reçoivent les vêtements, et le mobilier peut être déposé au magasin de la rue Américaine ou enlevé à domicile. Puis, au dépôt de Sint-Pieters-Leeuw (qui emploie non moins de 110 personnes), les vêtements sont triés selon leur état et les caractéristiques d’âge et de sexe ; la vente s’effectue dans 11 magasins à Bruxelles. Les bénéfices des ventes de vêtements et de meubles sont alors investis dans trois associations à but purement social : la maison d’accueil déjà citée, le centre d’accueil social Abbé Froidure et le service Un Toit à Soi.

Un Toit à Soi

Tiago Jadoul est le directeur de ce dernier : « La maison d’accueil compte une vingtaine d’assistants sociaux qui travaillent aussi en post-hébergement, ce qui leur permet d’assurer un suivi individuel sur plusieurs mois voire plusieurs années. Ils doivent se montrer très polyvalents parce qu’il faut aborder des questions aussi variées que le droit des étrangers, la santé physique et mentale, la toxicomanie, le surendettement... Pendant le séjour, qui dure en moyenne 7 mois, ils discutent avec chaque personne hébergée pour définir un projet, le modifiant au fur et à mesure, cherchant à préciser quel type de logement lui conviendrait. » Les possibilités sont en effet diverses, même si l’on sait par ailleurs à quel point l’offre de logement à prix raisonnable est réduite dans chaque type de marché : parc immobilier privé, agences immobilières sociales, logement social, appartements supervisés – et habitat solidaire.

L’habitat solidaire repose sur plusieurs principes. D’abord, le montant du loyer doit être modéré (ce qui paraît évident mais est devenu un luxe à Bruxelles aujourd’hui) : de 250 à 320 € pour une chambre meublée avec salle d’eau, charges comprises. Et accès aux communs : cuisine, pièces de séjour. Le maintien ou la restauration du lien social est un autre fondement du projet, tant il est dur de reprendre le dessus dans la solitude. Pour autant, insiste M. Jadoul, il ne s’agit pas d’une famille : « Dans chaque maison, ce sont quatre individus qui choisissent de vivre ensemble pendant un temps variable selon la personne. On signe donc quatre contrats de bail. Et c’est au groupe de décider ce qui se fait en commun. Il faut qu’ils se choisissent, qu’ils apprennent à vivre ensemble. » Un troisième principe est la durabilité du projet, pour enrayer la spirale de logements successifs et provisoires que connaissent trop de sans-abri : après un contrat d’occupation précaire d’un an, un bail de 9 ans est signé et peut être reconduit sans limite dans le temps.

Les freins légaux persistent

Reste un problème sur le plan juridique, que connaissent toutes les formes d’habitat groupé ou partagé [1] : parmi les occupants, ceux qui perçoivent des allocations sociales sont considérés par la loi comme cohabitants et non plus comme isolés, ce qui fait chuter le montant de leurs allocations. Cette aberration ne peut qu’entraver un type de projet qui contribue à répondre, même de façon modeste, non seulement à la crise du logement mais aussi à l’effilochage des solidarités sociales informelles – tout aussi vitales que la Solidarité Sociale instituée. En attendant une modification légale, les Communes qui accueillent ces projets se montrent généralement ouvertes à la négociation. Dans le cas qui nous occupe, les CPAS d’Ixelles et d’Etterbeek ont accepté de délivrer le revenu d’intégration « isolé » (726 € par mois) aux occupants des habitats solidaires.

Ce qui n’empêche pas Les Petits Riens de plaider pour une augmentation des minima sociaux, qui devraient atteindre un montant au moins égal au seuil de pauvreté (878 € par mois). Actuellement, à Bruxelles, un allocataire social doit consacrer plus de 50% de son maigre revenu à la location d’un simple studio... Du côté des pouvoirs publics, le représentant de M. Doulkeridis a reconnu que le logement de transit était peu représenté à Bruxelles et que la Région devrait disposer d’un cadre législatif pour le définir, comme on l’a fait en Wallonie. M. Courard, quant à lui, a annoncé son intention de constituer un label pour les habitats solidaires. Des déclarations que l’on espère de bon augure.

Notes

[1] Voir le dossier de Bruxelles Santé n° 48.

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