Question Santé       Facebook  Twitter  header vimeo
Inscription Newsletter  INSCRIPTION NEWSLETTERS  PRESSE

Les petits ruisseaux font les grandes rivières

A première vue, rien ne distingue l’histoire de l’asbl Le Jardin Ensoleillé de celle d’autres associations de quartier. Mais un examen plus attentif montre une démarche originale à plus d’un titre. Le Jardin Ensoleillé est né du souhait d’une dizaine de femmes, issues en majorité de l’immigration maghrébine et habitant Molenbeek, de créer un lieu où elles pourraient se rencontrer, discuter et échanger. Fatima Bouaza est la déléguée à la gestion journalière : « Un groupe de mamans qui n’avaient pas d’occupation professionnelle est à l’initiative du projet. Le but était simplement de créer un lieu de rencontre, nous avons commencé comme association de fait en 2003. Plusieurs autres mamans ont rejoint le groupe peu de temps après. »

Comme celles-ci venaient avec leurs enfants, il a fallu aussi constituer un groupe pour eux : « Très rapidement, nous avons été confrontées à plusieurs types de demandes comme la création d’une école de devoirs, l’organisation d’activités extrascolaires, et nous avons décidé d’y répondre. Mais les activités se développaient tellement vite – et tellement bien – que nous avons dû réfléchir à d’autres modes de financement : jusque-là, nous fonctionnions sans aide ni subside, notre budget provenait essentiellement de dons et des bénéfices d’une petite fête mensuelle, il nous permettait tout juste de payer le loyer. En 2005, nous avons constitué une ASBL. » A partir de cette date, deux axes d’action vont être développés.

Les Bambis, les Scoubidous et les Etoiles [1]

ruisseaux bs 57Le premier axe, orienté vers les enfants, se décline en activités didactiques (école de devoirs et soutien scolaire) et extrascolaires. L’école de devoirs est accessible le lundi, le mardi et le jeudi de 15h30 à 17h30. « Le mercredi après-midi, nous faisons de la remédiation scolaire. Là, les élèves en difficulté sont pris en charge par deux mamans, institutrices de formation. Le français et les maths sont les deux matières qui semblent poser le plus de difficultés. » Parallèlement, Le Jardin Ensoleillé propose, du lundi au samedi, des jeux éducatifs et pédagogiques, des activités d’expression et de créativité, des activités sportives, des ateliers de chant et de percussion, etc. Les activités proposées durant les vacances scolaires relèvent des mêmes créneaux mais les enfants bénéficient alors d’un peu plus de temps. Les sorties ludiques et les activités de découverte viennent compléter l’offre. L’ensemble des activités est accessible à tous les enfants de 4 à 16 ans habitant Molenbeek.

Petit clin d’oeil à la grande communauté nord-africaine qui vit dans cette commune : l’association propose des cours de langue et de culture arabes le samedi et le dimanche matin. Fatima Bouaza : « Les cours du Week-end matin ont été demandés par plusieurs mamans qui, pendant les vacances dans le pays d’origine, constataient que leurs enfants avaient beaucoup de difficulté à communiquer avec leurs grands-parents et les autres membres de la famille. Elles étaient aussi animées par le désir de transmettre cet héritage culturel à leurs enfants, parce qu’elles n’en avaient pas le temps, qu’elles-mêmes ne l’avaient pas reçu ou qu’elles ne parlaient pas arabe avec leur conjoint : actuellement, dans de nombreuses familles, c’est surtout la langue française qui est utilisée ».

Des mamans à l’Ecole du Cirque

Parmi les activités proposées aux femmes, une séance d’information mensuelle, sous forme de discussion ou de rencontre-débat avec une personne-ressource, est organisée autour d’un petit-déjeuner. Les thèmes abordés sont choisis par les mamans : par exemple, qu’est-ce qu’un(e) psychologue ? Que fait un centre PMS ?... L’association travaille beaucoup avec des professionnels à propos des problèmes conjugaux ou familiaux. Ces rencontres sont très prisées, comme l’explique la responsable de l’association : « Elles sont prévues pour durer deux heures, mais très souvent elles vont au-delà. Tout dépend un peu de l’émotion qui se dégage. Ces séances prennent beaucoup de temps mais l’ambiance y est très conviviale ».

L’association organise également des cours d’alphabétisation. Grâce à un partenariat avec l’Ecole du Cirque de Bruxelles, un atelier de cirque-théâtre est venu enrichir le programme des cours. Réservé aux apprenantes qui ont bien progressé, cet atelier est surtout pour elles une occasion de s’exprimer, notamment à travers leur corps puisqu’elles sont amenées, par exemple, à faire du trapèze. Fatima Bouaza : « C’est beaucoup plus spontané et agréable que d’être assis dans une classe : les cours traditionnels ne sont pas du tout faciles pour des personnes qui n’ont jamais été à l’école, ou très peu. Les femmes qui fréquentent nos cours sont principalement des primo-arrivantes, venues en Belgique il y a déjà longtemps ou plus récemment par mariage. L’apprentissage via l’Ecole du Cirque passe beaucoup mieux, il y a plus d’enthousiasme, c’est plus gai... Elles arrivent plus facilement à s’exprimer, à maîtriser leurs sentiments : c’est un tout, ce n’est pas juste un cours d’alphabétisation. » Partant de ce qu’elles ont appris, les femmes montent un petit spectacle qu’elles présentent le jour de la fête multiculturelle qui se tient généralement le dernier week-end de mai. A cette occasion, pour que les uns et les autres puissent se connaître, les mamans sont invitées à apporter des plats de leur pays d’origine, et tous les participants encouragés à revêtir les habits traditionnels.

Le sport fait également partie des activités : jogging, natation et fitness. C’est un volet important pour l’association : « Nous travaillons beaucoup sur les aspects psychologiques, sur l’estime de soi. Nous souhaitons aider les femmes qui viennent ici à se sentir bien dans leur peau. Apprendre à s’exprimer, à mettre des mots sur les émotions, c’est une chose. Mais se sentir bien dans son corps est tout aussi important. »

Une association qui porte bien son nom

Lancée il y a 7 ans par dix mamans, l’association voit aujourd’hui défiler chaque semaine entre ses murs quelque 250 personnes : usagers, professionnels et bénévoles. Le soutien de la COCOF lui a permis de quitter le local étroit qu’elle louait dans le quartier Duchesse pour emménager dans des locaux plus spacieux du quartier Maritime [2]. La mixité culturelle commence aussi à se refléter dans le public du Jardin Ensoleillé. Si ses actions sont prioritairement orientées vers la population du quartier, l’association accueille tous les habitants de Molenbeek, voire des communes voisines comme Laeken et Koekelberg. Mais, depuis peu, elle est aussi victime de son succès puisqu’elle doit refuser des inscriptions aux activités extra-scolaires. Un refus qui n’est pas toujours bien accepté par les parents.

D’autres projets tentent de répondre aux besoins du quartier, comme la soirée mensuelle Papas à l’honneur. Ces soirs-là, ce sont les papas qui s’oc- cupent des enfants pour les différentes activités et les jeux, pendant que les mamans peuvent souffler autour d’une tasse de café. Fatima Bouaza : « L’objectif est d’essayer de resserrer des liens qui sont parfois trop superficiels avec les pères. Certes, ils sont présents à la maison, mais ils sont souvent tellement occupés qu’ils n’ont pas le temps de jouer avec leurs enfants. Au cours de ces soirées, nous essayons qu’ils sortent de leur rôle d’éducateur. Mais ce que nous observons ici se vérifie ailleurs : jouer avec ses enfants se perd un peu dans toutes les cultures. » Et, dans les familles où les parents sont séparés ou divorcés – une situation en recrudescence dans le quartier –, ces soirées font partie des rares moments où les pères peuvent être avec leurs enfants.

Le 1er octobre dernier, Le Jardin Ensoleillé a ouvert une halte-garderie qui peut accueillir 12 enfants de 3 mois à 3 ans. Un vieux projet qui s’est révélé difficile à monter, mais que l’association est satisfaite d’avoir mené jusqu’au bout : « La halte-garderie devrait pouvoir aider de nombreuses mamans à s’investir au niveau citoyen et professionnel. Plusieurs d’entre elles sont à la recherche d’une formation ou d’un emploi, mais elles ne peuvent pas vraiment s’y consacrer parce qu’elles ne connaissent pas toujours une personne à qui confier leur bébé. La halte-garderie devrait aussi permettre à quelques-unes de souffler un peu, d’avoir du temps pour elles : c’est un aspect important du bien-être de la femme. »

Parti de presque rien, Le Jardin Ensoleillé est devenu un acteur incontournable du quartier Maritime. Au-delà de cette présence, l’association témoigne surtout de la volonté et de la persévérance des femmes qui ont porté le projet et qui, aujourd’hui encore, en constituent les piliers : « Il faut soutenir les mamans qui animent Le Jardin Ensoleillé car elles sont vraiment extraordinaires. Qu’elles soient initiatrices du projet, bénéficiaires ou bénévoles, elles s’investissent complètement. Elles sont toujours prêtes à rendre service, à aider lors des sorties, à cuisiner les plats à vendre lors des fêtes, à anticiper des travaux de décorations pour les fêtes chez elles, etc. Elles s’investissent pour que toutes les activités se déroulent bien. Elles font tout ce qui est en leur pouvoir pour améliorer le quotidien de leurs enfants. C’est pourquoi l’association tient depuis de nombreuses années. Leur engagement doit être salué parce qu’il subsiste beaucoup de contraintes culturelles : autour d’elles, ce n’est pas toujours bien compris ou c’est mal perçu. La plupart doivent surmonter tous ces obstacles et, en cela, je les trouve tout simplement magnifiques. »

Pour plus d’informations :
Le Jardin Ensoleillé,
rue Picard, 182
1080 Bruxelles.
Tél. : 02 420 90 99
Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
http://www.lejardinensoleille.wifeo.com

Notes

[1] Les enfants sont réunis par tranches d’âges : Bambis (4 à 6 ans), Scoubidous (6 à 8 ans), Etoiles (9 à 12 ans).

[2] Voir Bruxelles Santé n° 37, pp. 2-7.

Partager