Question Santé       Facebook  Twitter  header vimeo
Inscription Newsletter  INSCRIPTION NEWSLETTERS  PRESSE

Le quartier Brabant

À cheval sur deux communes, Schaerbeek et Saint-Josse-ten-Noode, très densément peuplé, ce quartier limité par la gare du Nord, la place Liedts, la rue des Palais et le Jardin Botanique forme une sorte de triangle, sans buildings, avec des maisons unifamiliales souvent redécoupées en appartements comme dans d’autres quartiers populaires bruxellois. Il comprend de nombreuses nationalités et origines différentes, une population jeune, un taux de chômage élevé, un important réseau associatif, des commerces dont le loyer est un des plus élevés de Bruxelles, un poste de police de proximité inspiré du modèle japonais koban... Et bien sûr les fameuses vitrines.

brabant 1 bs 56Ce que l’on appelle aujourd’hui le quartier Brabant, du nom de la rue commerçante qui le traverse, naît dès avant l’indépendance de la Belgique avec deux initiatives urbanistiques : l’aménagement de la rue Royale et l’édification du Jardin Botanique (inauguré en 1829, il s’étendait alors sur plus de 6 hectares). La gare du Nord fut d’abord construite à hauteur de la place Rogier, en 1846. Les terrains alentour furent rapidement bâtis. Vers la fin du 19ème siècle, le quartier était presque complètement urbanisé. Au cours du demi-siècle suivant, la construction de la jonction Nord-Midi (achevée en 1952) modifia considérablement la physionomie du quartier mais aussi les liens de celui-ci avec la ville. La deuxième gare du Nord fut en effet construite derrière la place Rogier, les rails étant surélevés de 10 mètres : “La voie ferrée forma une importante ligne de fracture visuelle. Pour qui vivait dans le quartier, la vue se limitait à un accotement ou un mur orbe, tant les rails avaient été placés en hauteur. De plus, le quartier perdit son lien avec la gare. Le bâtiment principal se trouvait en effet de l’autre côté de la voie ferrée. Côté quartier, seules trois petites portes y donnaient accès. Et le quartier était pour terminer complètement coupé du centre ville par la présence des rails.” [1]

Au cours des années 1970, une autre initiative urbanistique poursuivit la destruction du quartier : le tristement célèbre projet Manhattan, qui concernait l’ouest de la gare mais eut des répercussions à l’est également, entraînant de la spéculation immobilière chez de nombreux propriétaires, qui laissèrent leurs biens se détériorer. Parallèlement, nombre de Bruxellois, voyant leur revenu s’élever au cours des “trente glorieuses”, quittèrent un environnement délabré et des maisons exiguës pour des endroits plus agréables et des logements plus confortables. Ces immeubles furent alors occupés par des travailleurs immigrés puis par leurs familles, venus d’Italie et de Grèce mais, plus encore, du Maroc et surtout de Turquie : ces deux dernières origines sont encore aujourd’hui les plus représentées. Mais les migrants furent bientôt touchés par la première crise économique ; ils étaient en première ligne pour les pertes d’emploi.

Le Dr Bernard Vercruysse est un des fondateurs de la Maison médicale du Nord, située rue des Palais, à hauteur de l’église Sainte-Marie. Il travaille dans le quartier depuis 1975. Nous lui avons demandé de décrire l’évolution qu’il a pu constater au fil du temps.

Pendant les vingt premières années, on a vu une dégradation globale : le quartier devenait de plus en plus triste, de plus en plus sale, de moins en moins sûr. Mais, depuis dix-quinze ans, il y a une remontée, que ce soit sur le plan du bâti, de l’ambiance ou de la sécurité. À quoi cela tient-il ? D’abord, avant le boom immobilier, une grande partie de la population (notamment d’origine turque) a acheté des immeubles qui étaient restés quasiment à l’abandon. Ils ont évidemment la volonté d’améliorer leur environnement. Beaucoup d’habitants diront qu’ils ont envie de partir, mais ils restent quand même ou ne vont pas loin : Helmet, Evere... Un autre facteur d’amélioration, ce sont évidemment les investissements des pouvoirs publics.

brabant 2 bs 56Aujourd’hui, trois de nos patients sur quatre sont belges... mais originaires de nombreux pays différents ! On ne voit presque plus de Belges d’origine, sinon quelques personnes âgées ou des jeunes à la recherche d’un logement pas trop cher. On compte aussi beaucoup d’étudiants, des retraités... Le climat est mélangé, cela reste très vivant. Je connais bien le quartier, et il n’y a aucun endroit où je me sente mal à l’aise. Bien sûr, il y a toute une petite délinquance très énervante. Je ne laisse jamais un objet de valeur dans ma voiture.

Sur le plan de la santé, j’ai le sentiment d’une amélioration globale, mais c’est à nuancer. On voit beaucoup moins de « maladies de la misère » qu’auparavant : les maladies liées à l’insalubrité du logement comme la bronchite chronique, l’asthme, l’intoxication au CO. Par contre, on voit beaucoup plus de maladies psychosomatiques, de dépression, chez des gens qui ont du mal à se trouver une place dans la vie. Ils sont sortis d’une dynamique de survie et de lutte contre la maladie ; ils sont maintenant dans une recherche de qualité de vie, ils veulent une place gratifiante dans la société. Et ils doivent composer entre l’organisation socioculturelle bruxelloise et celle du pays d’origine. Les difficultés d’identité, de valorisation de son identité entraînent beaucoup de problèmes de santé difficiles à soigner.

L’accessibilité des soins s’est considérablement accrue, presque tout le monde y a accès via la mutuelle ou le CPAS. Mais la médecine de première ligne reste encore trop peu fréquentée, alors que les urgences des hôpitaux drainent une importante population, surtout celles de Saint-Etienne (aujourd’hui Saint-Jean, site Méridien). Pour inciter les gens à ne pas se rendre d’emblée aux urgences, il faudrait que le quartier compte suffisamment de médecins généralistes. On manque encore d’une médecine de première ligne suffisamment organisée, cohérente, accessible et visible.

Un quartier “chaud” ?

La gare du Nord semble être aujourd’hui le principal aimant pour la prostitution à Bruxelles (la lente désagrégation du quartier du Midi n’y a laissé que quelques prostituées). Si elle s’étend aussi à l’intérieur du pentagone, elle est concentrée dans le quartier Brabant : rue d’Aerschot et, plus haut, rue des Plantes, rue Linné et rue Verte. Fabian Drianne est travailleur social à Espace P, qui a ses locaux rue des Plantes : “La prostitution se pratique dans trois types de lieux : les carrées (des rez-de-chaussée loués, avec vitrine), les bars spécialisés de la rue d’Aerschot et les cafés dans ou devant lesquels se pratique le racolage. En vitrine, les femmes sont essentiellement belges et africaines, dans les bars elles viennent plutôt d’Europe de l’Est et, dans les cafés, on trouve des Africaines et des Sud-Américaines. La cohabitation se passe relativement bien parce qu’il y a une sorte de répartition : les femmes qui occupent les carrées ont un certain âge, tandis que rue d’Aerschot elles sont plus jeunes.”

Comment se passe la cohabitation entre habitants et prostituées ? “Je travaille ici depuis dix ans et je constate une évolution positive de part et d’autre. Le temps a fait son oeuvre chez les habitants ; ils se sont habitués à la situation et ils trouvent les mots pour en parler à leurs enfants. Mais nous avons aussi mis en place des dizaines de projets pour favoriser les contacts, dont certains étaient de grande envergure, comme Néons Nord au début des années 2000 : le thème de la prostitution était abordé à travers l’art, en associant des artistes, des habitants et des personnes prostituées. Je me rappelle que quelques femmes turques sont venues nous interpeller assez vivement. Mais elles ont pu rencontrer des prostituées et se rendre compte de leurs points communs en tant que femmes, les a-priori se sont fissurés (dans les deux sens, d’ailleurs). Le lendemain, elles apportaient des pâtisseries ! C’était très symbolique.”

Des projets de plus petite taille sont également menés. Une quinzaine de jeunes ont ainsi été impliqués dans un projet musical : “Ils ont pu rencontrer des personnes prostituées et se rendre compte que ce sont d’abord des êtres humains, tout comme eux. Je me souviens d’une femme qui leur avait dit : tu me traites de sale pute mais, toi, on ne t’a jamais traité de sale Arabe ? Pourtant tu n’es pas sale, eh bien moi non plus !... Au cours des ateliers d’écriture, les textes sont devenus de plus en plus nuancés et, au-delà de la question de la prostitution, ils parlaient de la vie dans le quartier. Un CD a été distribué, des concerts ont eu lieu. Les mentalités ont évolué. Un jeune m’a dit qu’il avait engueulé ses copains qui crachaient sur les vitrines.”

brabant 3 bs56A part ces projets, l’association profite de toutes les occasions pour rencontrer la population : les fêtes de quartier annuelles, le quartier fleuri, les petits-déjeuners partagés. “Notre but est que les uns et les autres se connaissent mieux. Ainsi, parmi nos derniers projets, la brochure Travail en vitrine vise à familiariser les prostituées avec le quartier tout en leur donnant des informations d’ordre juridique, médical, social, etc. Il s’agit d’apprendre à vivre ensemble. Nous avons notamment ouvert un cours d’auto-défense qui s’adresse à toutes les femmes du quartier, prostituées ou non. Tout ce qui favorise la rencontre et le dialogue fait baisser les tensions.”

Deux autres groupes, numériquement importants, fréquentent le quartier. D’abord les milliers de navetteurs qui le traversent quotidiennement... mais y font parfois aussi un petit séjour : selon Fabian Drianne, certaines prostituées se calquent sur les horaires de bureau parce qu’elles ont une clientèle de navetteurs. Elles commencent tôt et finissent en fin d’après-midi ! Enfin, il faut citer les étudiants car plusieurs écoles d’enseignement supérieur sont situées dans le quartier, notamment l’ISFSC (rue de la Poste) et Sint-Lukas (rue des Palais), mais aussi à proximité, comme les Facultés universitaires Saint-Louis (boulevard du Jardin Botanique). Le quartier Brabant concentre ainsi une grande densité de population et de multiples fonctions sur un espace réduit.

Travail communautaire

Si vous descendez la rue Dupont en direction de la gare du Nord mais que vous n’êtes pas un navetteur, vous pouvez vous arrêter au n° 58. Une maison qui ne se distingue guère des immeubles environnants. Mais passez la porte et vous découvrirez une véritable pépinière. Le Partenariat de quartier / Wijkpartenariaat chapeaute non moins de quatre projets : Bricolo assure de petits travaux chez des personnes du quartier ; Ratatouille travaille avec les enfants inscrits dans l’enseignement de la Communauté flamande afin de stimuler l’apprentissage du néerlandais ; De Schakel se veut “une association où les pauvres prennent la parole” ; et Haute Ecole Quartier encourage contacts et échanges entre les étudiants et les habitants.

La maison abrite aussi l’antenne locale de Samenlevingsopbouw Brussel, où travaille Geraldine Bruyneel : “Nous n’avons pas de liens formels avec le Partenariat de quartier mais plutôt des collaborations concrètes, comme par exemple sur la santé mentale avec De Schakel. Mais le coeur de notre action est le travail communautaire sur l’environnement physique et social. C’est un quartier populaire typique de grande ville, comme il y en bien d’autres, mais c’est aussi un de ceux où le chômage est le plus élevé, surtout chez les jeunes (et 30% des habitants ont moins de 18 ans). Toute une population est présente depuis longtemps, notamment d’origine turque et marocaine, mais on compte aussi de nouveaux arrivants, dont des sans-papiers ; il y a beaucoup de va-et-vient. Toute cette diversité représente une richesse mais il ne faut pas nier les tensions. Ce qui est remarquable et paradoxal, c’est qu’il y a une grande solidarité et une envie de contacts. Et nombre d’associations se soucient du quartier au-delà de leur mission spécifique. Les pouvoirs publics investissent eux aussi un quartier qui, il faut le rappeler, est resté à l’abandon pendant une vingtaine d’années. Les choses pourraient dérailler mais il y a une sorte d’équilibre.”

Les efforts des pouvoirs publics se sont notamment manifestés par les Contrats de quartier [2]. Et il était grand temps car, pendant l’ère Nols, le quartier a été laissé à l’abandon : “Le Contrat Brabant-Verte (2000-2004) a montré une dynamique nouvelle, qui se marque aussi chez les habitants : la confiance dans les pouvoirs publics a été restaurée, ce qui était bien nécessaire. De leur côté, les associations ont appris à se connaître, à travailler ensemble et, depuis 2004, elles continuent à se réunir, que ce soit autour d’un projet ou simplement pour partager leurs préoccupations. Sur le plan matériel, le Contrat de quartier a contribué à rénover l’espace public : des rues et des trottoirs ont été refaits, des bancs publics ont été placés rue de Quatrecht, un parc a été créé entre la rue Verte et la rue des Palais, et un piétonnier rue Allard, en bas de la rue Dupont...”

Une participation pas si facile

Mais il n’est pas toujours facile d’associer les habitants au processus : “Pour nombre d’entre eux, la CLDI [3] est trop lourde et va trop vite, même si Renovas, l’asbl para-communale qui gère les Contrats de quartier à Schaerbeek, a mis sur pied un groupe de travail ouvert à tous. Et puis, cela prend beaucoup de temps et on n’évite pas les problèmes. Le parc est un bon exemple : il a fallu sept années pour que le projet aboutisse. Les habitants ont été consultés dès 2000 et ils ont pu exprimer leurs souhaits. Aujourd’hui c’est un endroit entretenu et surveillé mais, juste au moment où il allait s’ouvrir, les crédits ont manqué : le risque était grand de voir tout le travail de participation s’effondrer. Les associations ont alors fait entendre leur voix et les autorités communales ont manifesté leur souci d’écouter et de réfléchir ensemble.”

Le travail communautaire repose notamment sur une analyse de la situation et sur le réseau associatif local. Un collectif s’est constitué, baptisé Quartier Brabant bouge ! / Brabantwijk beweegt ! Il réunit Samenlevingsopbouw Brussel, la Maison médicale du Nord, Espace P, Pléiade Nord et Limiet Limite, et bénéficie de l’appui du LOGO Brussel et de Bruxelles Ville-Région en Santé. La méthode classique du diagnostic en marchant n’ayant pas attiré beaucoup d’habitants, on s’est tourné vers un portrait de santé du quartier : “Nous avons interviewé 47 professionnels et 75 habitants. Julien Piérart, de l’Unité d’Anthropologie sociale de l’UCL, et Isabelle Doucet, une doctorante de l’Ecole d’Architecture de Sint-Lukas, ont apporté leur collaboration. Le rapport qui en a résulté désigne des priorités sur lesquelles ont été basées les actions ultérieures. Comme ce genre de texte n’est pas lisible pour tout le monde, nous avons réalisé un film donnant la parole à des habitants [4]. Nous avons aussi fait du porte à porte pour vérifier si les plaintes que nous avions recueillies étaient bien représentatives de la majorité, et avoir une vision du problème plus nuancée et plus concrète. De manière générale, nous avons assuré un feedback vers les habitants mais aussi vers les professionnels, notamment les médecins, vers les pouvoirs publics, la police, etc."

Quelles sont les principales conclusions pratiques de ce travail ? Du point de vue des habitants, les pipis et le bruit nocturnes viennent en tête des plaintes. “Ce qui est particulier au quartier, ce sont les nuisances autour de la rue d’Aerschot : les mictions sauvages et le bruit, particulièrement les voitures qui tournent dans le quartier avec la musique à fond. Le bruit a fait l’objet de plaintes répétées sans que les habitants perçoivent de changement, et il fallait un constat objectif pour sensibiliser les autorités. Nous avons obtenu la collaboration de l’IBGE pendant toute une semaine pour mesurer les niveaux de bruit, et un enregistreur a été placé pendant 24 heures, fenêtres fermées, pour mieux connaître les sources de bruit : devant les klaxons et les cris, ce sont clairement les voitures-discothèques qui se distinguent.”

Du point de vue de la santé publique, les “mictions sauvages” peuvent faire sourire ; il n’en reste pas moins qu’une forte odeur d’urine imprégnant en permanence votre environnement immédiat vous empoisonne la vie. “Il existe quelques urinoirs publics mais, malgré les efforts quotidiens des ouvriers communaux, ils sont sales et sous-utilisés. Il faut sensibiliser en permanence le public car le turn-over est permanent. Nous utilisons différents moyens : de grandes affiches Ceci n’est pas un urinoir, des signes par terre en direction des vespasiennes, des plaques indicatrices à la gare du Nord, des cartes dans les night shops et les cafés, des affichettes dans les bars de la rue d’Aerschot... On a également imaginé des trucs plus rigolos : de faux fils électriques dénudés, des surfaces qui font rejaillir l’urine ! Mais on doit aussi essayer que la question reste à l’agenda politique : il faut un contrôle et un mobilier plus adapté. Nous avons d’ailleurs pris contact avec deux entreprises hollandaises, qui sont venues visiter le quartier et ont proposé des plans très concrets et précis, avec les avantages et inconvénients de chaque formule. Cela a été relayé vers la Commune."

Vers une “santé communautaire” ?

Il y a donc encore du pain sur la planche. Laissons le dernier mot à Bernard Vercruysse : “Dans le quartier il y a beaucoup de liens entre les habitants : les gens se parlent, s’entraident, ils peuvent compter sur le soutien de leur famille, de leur communauté, du voisinage... Il y a même des soutiens inter-communautaires. Je ne suis pas du tout pessimiste sur le plan des liens interpersonnels. Le problème se situe plutôt au niveau de l’identité collective : je ne retrouve pas vraiment chez les habitants ce sentiment d’être content et fier d’habiter son quartier. Par exemple, quand nous avons rénové la maison ici, beaucoup étaient étonnés qu’on fasse du beau pour eux. Or c’est en arrivant à ce sentiment de fierté collective qu’ils auront envie d’améliorer leur environnement et qu’ils lutteront pour cela. On arrivera alors à de la santé communautaire au sens le plus large.”

La Maison Biloba

Le Gingko Biloba, un arbre vieux de plus de 250 millions d’années, est la première plante qui a repoussé sur le site d’Hiroshima... Quel symbole pour ce projet qui combine un habitat groupé pour personnes âgées et des activités ouvertes sur le quartier ! Le projet a été lancé par la Maison médicale du Nord à partir d’un constat : la vie des personnes âgées, surtout celles d’origine turque et marocaine, devenait difficile entre une famille qui voulait les prendre en charge, mais ne savait pas trop comment faire, et des structures d’aide et d’hébergement parfois mal adaptées. Mais le projet s’adresse à toute la population âgée de ce quartier essentiellement multiculturel.

Pour le concrétiser, la Maison médicale s’est associée avec deux autres asbl : EVA, qui travaille dans le quartier depuis une quinzaine d’années dans le domaine de la réinsertion sociale, et Aksent, qui offre des services à domicile. Cela a donné la société coopérative à finalité sociale E.MM.A, sur base des initiales de chaque partenaire. Martine de Gerlache est, avec Linda Struelens, une des chevilles ouvrières du projet : « Si tout se passe bien, à la fin 2011, nous aurons créé dans la maison 15 logements sociaux : de petits appartements de 45 à 60 m2 avec living, kitchenette, chambre et salle de bain. Ces logements sont destinés à des personnes âgées isolées, précarisées et de santé fragile. Huit d’entre eux sont conçus pour des personnes ayant un handicap physique. Il y aura aussi à l’étage un espace communautaire pour les habitants, distinct de l’espace du rez-de-chaussée qui est ouvert sur le quartier. »

L’immeuble date du milieu du 19ème siècle : « Jusqu’aux années 1960, il abritait un atelier de verrerie (ce qui nous a valu une visite de l’IBGE pour vérifier qu’il n’y avait pas de plomb ou de mercure dans le sol). Petit à petit, les propriétaires ont ajouté les maisons d’un étage qui entourent la cour arrière et qui abritaient encore des locataires dans les années 1980-90. Ensuite, c’est devenu du logement précaire, à la sauvette. L’ensemble constitue de beaux espaces sur 2000 m2. Nous l’avons acheté en janvier dernier grâce à l’argent investi par E.MM.A et à un prêt de la banque Triodos. Si nous parvenons à obtenir des financements suffisants, la banque est disposée à avancer un prêt d’investissement à hauteur de 700.000 eu. Cet emprunt couvrirait environ un tiers du montant nécessaire à la rénovation de l’immeuble, les deux autres tiers devant être couverts par des investissements privés et publics. Nous nous adressons à la COCOF, à la VGC (l’ambition étant d’en faire un projet bicommunautaire), aux Ministres du Logement, des Affaires sociales, de la Politique des Grandes Villes... La Région de Bruxelles-Capitale manifeste aussi un certain intérêt. En mars 2010, nous devrions être fixés en ce qui concerne tant le financement que le permis de bâtir, dont la demande a été introduite en octobre. »

brabant 4 bs 56En attendant, dès le mois de mai dernier, la maison s’est ouverte aux personnes âgées vivant chez elles, deux jours par semaine : « Le mercredi midi, un repas collectif est proposé pour 3eu./personne ; ce sont des femmes du quartier qui font la cuisine. Et deux journées hebdomadaires supplémentaires sont en projet avec le CPAS. L’idée est de créer un réseau de soutien pour favoriser une qualité de vie et permettre à ces personnes de rester chez elles le plus longtemps possible. En outre, un lundi matin sur deux, un groupe de parole permet à des femmes d’âges divers d’évoquer les relations interculturelles, la mixité hommes/femmes, la vie ici en Belgique... »

 

Propos recueillis par Alain Cherbonnier

Notes

[1] Extrait du Portrait de santé édité en septembre 2008 par Samenlevingsopbouw Brussel vzw (téléchargeable sur http://brabantwijkbouge.be).

[2] Non moins de sept en dix ans (1997-2008), dont quatre entourent la place Liedts.

[3] Commission locale de développement intégré : c’est un organe consultatif du Contrat de quartier, où les habitants peuvent prendre la parole.

[4] Avec l’aide d’un habitant, réalisateur, monteur et producteur. Ce film a été projeté aux habitants et distribué aux associations du quartier. Il a également fait l’objet d’une publicité dans les cafés.

Partager