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De la Chasse à la Vallée du Maelbeek

De ces lieux qui ont donné leur nom à deux quartiers d’Etterbeek, il ne subsiste plus grand chose. Seules quelques rues situées à proximité de la place Jourdan rappellent le tracé du ruisseau Maelbeek, le premier cours d’eau à avoir été voûté à Bruxelles. La Chasse, ancien hameau faisant partie du domaine royal et dévolu à la chasse, est surtout identifiée aujourd’hui comme un carrefour important autour duquel se sont installés plusieurs petits commerces. A l’image de ces magasins et boutiques qui ont connu des changements notables sur une vingtaine d’années, la population résidant aux alentours est, elle aussi, en train de changer. Cependant, une proportion non négligeable des habitants reste fragilisée, avec des répercussions sur de multiples aspects de la vie.

La partie d’Etterbeek coincée entre le carrefour de La Chasse, la place Saint-Antoine, l’avenue de la Couronne, la rue Gray et la chaussée de Wavre est faite de contrastes. De vieux immeubles, au charme discret, s’égrènent le long des artères qui pour beaucoup ont été réaménagées. Certaines rues étant parfois égayées par les plantes en pots ou les plantes grimpantes le long de certaines façades. Avec, ici et là, des jardins suspendus au-dessus des trottoirs relativement bien entretenus. Un joli tableau qui toutefois ne laisse rien transparaître de la précarité d’une grande partie des habitants. En réalité, cette partie d’Etterbeek a toujours concentré les couches de populations défavorisées. Pendant longtemps, ce fut essentiellement des autochtones issus du quart monde. Il y a une vingtaine d’années, ils ont été rejoints par plusieurs membres des communautés araméenne et chaldéenne qui fuyaient les persécutions dans leur pays d’origine [1]. Arrivés assez démunis en Belgique, plusieurs d’entre-eux se sont installés là où les loyers étaient relativement bas... D’abord à Saint-Josse-Ten-Noode [2], puis à Etterbeek. Ces communes hébergent actuellement les plus grandes communautés araméenne et chaldéenne de la capitale. Les prix des loyers expliquent également la présence des plusieurs familles marocaines et tunisiennes dans les quartiers de La Chasse, Saint-Antoine et Maelbeek.

Ces dernières années ont vu arriver de nouveaux venus originaires de l’Europe de l’Est, de l’Afrique subsaharienne, de l’Amérique du Sud ou de l’Asie. Un bel exemple de la diversité culturelle qui caractérise aujourd’hui ces quartiers est la rue Peter Benoît, une rue adjacente à la chaussée de Wavre. Pratiquement chaque immeuble de cette rue abrite une nationalité différente : des Polonais, des Bulgares, des Belges, des Marocains, des Syriens, etc. Parfois, au sein d’un même bâtiment, plusieurs nationalités cohabitent. Quelques étudiants ont également fait leur apparition suite à l’aménagement de quelques kots dans certaines maisons. La mixité culturelle se double à présent d’une mixité socio-économique avec l’arrivée des familles plus aisées qui commencent à s’installer là tout comme dans les rues environnantes. En effet, la rénovation des habitats dans ces quartiers, proches des institutions européennes, attirent des classes sociales plus aisées. Cependant, si la gentrification qui a débuté dans cette partie d’Etterbeek pousse de plus en plus de locataires à revenu modeste à aller s’installer dans d’autres communes, de nombreux habitants restent confrontés à toutes sortes de difficultés. Plusieurs associations sont actives dans cette partie d’Etterbeek dont la Maison de quartier Chambéry, Welcome Babbelkot, Samarcande et la Maison médicale du Maelbeek.

La Maison de quartier Chambéry

chasse1 bs55Située non loin du carrefour de La Chasse, cette association néerlandophone travaille dans le quartier depuis le début des années 1990. Ses services sont essentiellement orientés vers deux groupes cibles, très présents dans le quartier : les personnes âgées isolées et les familles immigrées précarisées, avec plusieurs actions à destination des jeunes. Toutes les activités sont proposées en néerlandais et en français.

Martine De Winter, coordinatrice du Centre de Services : « Un de nos principaux objectifs est de lutter contre l’isolement en travaillant notamment à l’amélioration des relations humaines par le biais de la solidarité. Nous offrons différents types de services et toute une série d’activités qui répondent aux besoins du quartier. Nous avons par exemple un restaurant social qui est un endroit idéal pour que les gens puissent se rencontrer. C’est également un lieu où ils peuvent avoir un repas sain, équilibré et pas trop cher. » Mais, le restaurant social ne se limite pas à cela comme l’explique Betty D’Haenens, la coordinatrice de la Maison de quartier Chambéry : « Le restaurant sert aussi de tremplin pour faire autre chose. C’est aussi par là que nous entendons les demandes et les besoins des personnes qui viennent ici. Nous avons déjà créé différents services par le biais du restaurant. Le public qui le fréquente est extrêmement varié : il y a des personnes âgées, des adultes et, parfois, ce sont des familles qui viennent manger avec leurs enfants. Au-delà, nous observons une mixité entre des personnes démunies et celles qui ne les sont pas. Beaucoup de personnes âgées qui ne sont pas précarisées fréquentent également le restaurant et une certaine solidarité est ainsi créée. »

Les personnes âgées ont accès à d’autres offres du Centre de Services : à la Pédicure, au Service courses, au Service de transport, au Sitgym, à des formations, à des excursions, à des activités culturelles, etc. Autre offre qui peut sembler un peu étonnante : la possibilité de prendre un bain dans les locaux de l’association. Cela tient au fait que de nombreuses habitations du quartier ne disposent toujours pas d’installations sanitaires correctes ou n’ont pas du tout de salle de bain. C’est le cas de certains logements sociaux – concentrés dans cette partie de la commune – qui n’ont pas encore été rénovés et de plusieurs appartements loués par des privés. Malheureusement, plusieurs personnes âgées logent encore dans ce type d’habitations.
La salle de bain de l’association est aussi à la disposition des personnes âgées qui, bien qu’ayant une salle de bain chez elles, ne savent plus prendre de bain seules à cause de problèmes de santé ou parce qu’elles ont peur de tomber.

Pour les enfants et les jeunes, l’association a mis sur pied différents ateliers, aussi bien durant l’année scolaire que pendant les vacances : des ateliers créatifs sont accessibles aux enfants de 6 à 12 ans tous les mercredis après-midi ; des camps de vacances sont régulièrement organisés ; des activités extra-scolaires sont prévues pour les ados à partir de 12 ans... Une école de devoirs est ouverte à tous les élèves du secondaire quatre jours par semaine. Les conditions socio-économiques précaires dans lesquelles vivent les familles de ces jeunes qui, pour la plupart, sont d’origine étrangère et, dans une moindre mesure, issus du quart monde, expliquent les difficultés auxquelles beaucoup sont confrontés. L’usage à domicile des langues du pays d’origine a souvent comme corollaire une mauvaise maîtrise du français ou du néerlandais qui est utilisé à l’école. Avec comme conséquences, de mauvaises notes et un taux d’échec relativement important. D’où les projets de stimulation de langue (essentiellement des jeux en néerlandais pour apprendre la langue) et de l’enseignement dans la langue maternelle des enfants initiés avec d’autres partenaires.

L’association dispose également d’un service qu’elle a appelé « Chato » et qui comporte les volets « Chato-rénove » et « Chato-dépanne », deux projets de formation par le travail. Leur objectif est double. D’une part, offrir une expérience de travail et une formation aux sans-emploi peu scolarisés en vue d’une transition vers le marché du travail et, d’autre part, contribuer à l’amélioration qualitative du logement. Le programme « Chato-dépanne » a été mis sur pied avec la collaboration du CPAS d’Etterbeek. « Chato-rénove » réalise différents travaux de rénovation pour les agences immobilières sociales, des sociétés de logements, des associations du secteur non-marchand établies sur la commune ou dans les communes limitrophes. « Chato-dépanne » effectue essentiellement des petits travaux chez les habitants défavorisés et personnes âgées du quartier.

Non loin de la Maison Chambéry, l’asbl Welcome Babbelkot vient d’intégrer ses nouveaux locaux situés sur l’avenue Eudore Pirmez qui traverse la place Saint-Antoine.

L’asbl Welcome Babbelkot

L’asbl Welcome Babbelkot - dont la traduction veut dire « Bienvenue au petit lieu où l’on parle » - est un projet qui a été initié voilà une vingtaine d’années par les Sœurs de l’Assomption qui vivent dans le quartier Saint-Antoine. L’association a été créée à la suite de quelques constats : des enfants traînaient dans la rue, plusieurs parents ne parlaient ni le français ni le néerlandais et, par conséquent, entretenaient peu de liens dans le quartier. D’où l’articulation des activités autour de deux axes principaux. Sœur Françoise Coppieters, la coordinatrice : « Nous avons un volet “Ecole de devoirs” et activités pour les enfants et un volet “Formation des femmes” avec des cours de français langue étrangère et des cours d’alphabétisation. C’est un projet de cohésion sociale qui encourage l’entraide entre habitants. De nombreux bénévoles, de tous âges et toutes cultures, nous apportent leur soutien pour organiser et animer ces différentes activités. »

Les difficultés rencontrées par les jeunes qui fréquentent l’école de devoirs sont similaires à celles relevées à Chambéry. Mais la coordinatrice en pointe une autre : « L’étroitesse des logements par rapport à la taille des familles est une des grandes difficultés que nous relevons dans le quartier. Dans de telles conditions, il est extrêmement difficile pour les enfants de bien faire leurs devoirs à la maison. » La majorité des enfants vivent en effet dans des grandes familles. Il n’est pas rare de trouver là des maisons où vivent trois, voire quatre familles du même clan. C’est le cas de nombreuses familles araméennes et chaldéennes où les grands-parents, les parents avec cinq ou six enfants, les tantes et les oncles partagent le même toit.

Un autre axe de travail important pour l’association est l’éducation à la paix. Françoise Coppieters : « Des tensions entre chrétiens et musulmans sont parfois observées au niveau de notre public. Cela s’explique par le fait qu’une partie importante de celui-ci est constitué de chrétiens réfugiés qui ont quitté leur pays d’origine à cause des persécutions dont ils faisaient l’objet. Il y a un travail continuel d’éducation à la paix que nous faisons à travers l’ensemble de nos actions. Depuis des années, nous avons choisi de favoriser la cohabitation des différentes cultures en travaillant l’ouverture à l’autre. Cela marche puisque nous avons noté de réels progrès à ce niveau. »

L’asbl Samarcande

Située à quelques centaines de mètres du Welcome Babbelkot, Samarcande s’est installée sur la rue de Theux, dans le bas du quartier Saint-Antoine. Samarcande est un service d’Aide aux jeunes en Milieu Ouvert (AMO) qui officie dans le quartier Saint-Antoine depuis 1991. Sa mission : l’aide préventive au bénéfice des jeunes dans leur milieu de vie et dans leurs rapports avec l’environnement social. L’aide préventive comporte l’aide individuelle, l’aide communautaire et l’aide collective. La première s’adresse aux jeunes en difficulté - ou en voie de l’être – qui en font la demande. Dans le cadre de l’aide communautaire, qui vise à améliorer l’environnement social des jeunes, Samarcande travaille surtout à partir des constats de terrain. Auxquels il faut ajouter ceux qui sont faits avec les jeunes ou encore ceux qui viennent de la plate-forme de réflexion à laquelle participent plusieurs associations locales... Plusieurs projets ont été élaborés dans le cadre de l’aide collective. Ils peuvent être regroupés en trois grandes familles : les projets d’expression, les projets citoyens et les projets sportifs.

Avec le projet expression, Samarcande veut surtout favoriser la prise de parole des jeunes, créer et soutenir les lieux de diffusion de celle-ci. L’association estime en effet que beaucoup ont des choses à dire, et une grande volonté de s’exprimer sans toutefois disposer des outils et moyens nécessaires. C’est pourquoi, entre autres moyens d’expression, l’association a développé l’utilisation de la radio. Cela se traduit par la réalisation d’émissions radio baptisées « Samarc’ondes ». Démarrées en 2003, elles donnent aux jeunes la possibilité de s’exprimer en direct dans des émissions, soit collectives, soit individuelles. Madeleine Guyot, directrice de Samarcande : « Dans l’émission collective, c’est un groupe de jeunes, réuni autour d’un animateur, qui choisit le thème de l’émission et la réalise. Dans l’émission individuelle, les jeunes ont l’occasion de parler pendant une heure sur les sujets qui les interpellent. » Le projet poursuit également d’autres objectifs comme celui de relayer la parole des jeunes vers la société civile et les politiques. Madeleine Guyot : « Nous partons du principe que les jeunes ne sont pas forcément entendus par la société civile et les décideurs. Nous avons choisi de donner une image positive des jeunes. C’est un peu pour aller à contre-courant de l’ambiance actuelle qui tend à criminaliser les jeunes et leurs comportements. »

Les projets citoyens sont constitués de services à la collectivité et d’expériences de solidarité. Une des plus belles initiatives à laquelle les jeunes de Samarcande participent est « L’Opération thermos », menée avec d’autres partenaires. Une partie du projet consiste à aller distribuer des repas chauds à la gare centrale. L’opération se déroule durant les mois de novembre à avril et rencontre un vif succès auprès des jeunes. La possibilité de pouvoir aider d’autres personnes qui, parfois, se trouvent dans des situations bien plus difficiles que celles qu’ils connaissent a des effets positifs sur eux : cette action renforce non seulement leur sentiment d’être utiles à la société mais aussi leur estime de soi.

chasse2 bs 55Enfin, dans le cadre des activités sportives, l’accent est mis sur l’organisation de projets collectifs de type sport-aventures (escalades, club de plongée...). Le but est de responsabiliser les jeunes via la gestion solidaire d’un sport. Co-organisé avec le Welcome babbelkot, le mini-foot, autre activité très appréciée des jeunes, répond aussi à la nécessité de s’ouvrir sur le monde extérieur.

La Maison médicale du Maelbeek

Des quatre associations, celle-ci est la plus ancienne puisqu’elle a démarré ses activités en 1976, dans le bas d’Etterbeek, avec le désir d’être au service des plus démunis. Autrefois, la majorité des patients étaient surtout issus du quart monde, avec aussi un nombre important de petits commerçants pensionnés ayant de petits revenus. Aujourd’hui, on compte pas moins de 113 nationalités parmi les patients. Beaucoup sont encore dans des conditions socio-économiques difficiles. Chantal Hoornaert, un des six médecins généralistes de la maison médicale, parle de précarités différentes pour les habitants des environs. Celle des nouveaux migrants est différente de celle de leurs prédécesseurs. Leurs précarités se différencient également de celle des familles du quart monde, de celle des mères seules, etc.

La maison médicale mène actuellement plusieurs projets de santé communautaire qui trouvent aussi leur origine dans les besoins des patients et des habitants. Elle a ainsi développé un « Espace Parents-petits enfants » où des parents peuvent venir avec leur enfant jusque 4 ans, un peu sur le principe de la Maison Verte créée par Françoise Dolto. Fabienne De Grox, travailleuse en santé communautaire : « A présent, c’est une maman qui a repris la gestion de cet espace. C’est aussi cet aspect qui est important dans la santé communautaire : partir des besoins des gens, essayer qu’ils soient acteurs dans les projets en leur laissant une certaine autonomie pour après les laisser continuer seuls. » Le « Réseau d’entraide » est un autre projet que la maison médicale a mis sur pied pour encadrer les petits services que s’échangeaient les habitants. C’est un service qui a bien fonctionné autrefois. Aujourd’hui, comme l’explique Fabienne De Grox, « les bénévoles qui s’étaient inscrits pour aider d’autres personnes ont commencé à vieillir et ont aussi émis le désir de se rencontrer. Depuis trois ans, nous organisons des “Après midi convivial” pour qu’ils puissent se rencontrer et s’adonner à différentes activités comme des jeux de société... Bien que le réseau existe toujours, il est vrai qu’il s’essouffle un peu et qu’il change aussi. Les services d’entraide continuent, même s’ils ne passent plus toujours par la maison médicale. » Des activités communes sont organisées par « l’Espace Parents-petits enfants » et le « Réseau d’entraide » pour favoriser les relations intergénérationnelles.

La maison médicale organise aussi des activités pour sensibiliser son public à toutes sortes de problématiques : l’empreinte écologique (acheter local), la pratique d’une activité physique ou sportive, l’alimentation. Elle est particulièrement attentive à la question de l’alimentation. Le Dr Chantal Hoornaert : « Nous voulons essayer de sensibiliser par tous les moyens et partout, que cela soit dans la salle d’attente ou dans les projets que nous réalisons avec d’autres associations. Notre objectif pour les cinq prochaines années est d’être repérés comme ceux qui parlent de l’alimentation. » Ce choix est motivé d’une part par l’intérêt des patients et des habitants, et d’autre part par le nombre important de problèmes de surpoids et d’obésité observés tant chez les adultes que chez les enfants. Des recettes équilibrées – avec des fruits et légumes de saison – et pas chères sont ainsi mises à la disposition des patients dans la salle d’attente. Plusieurs activités sont organisées autour du même thème : des cours de cuisine (avec utilisation des plantes aromatiques), la participation au « Banquet Malibran » [3], etc.

Il faut encore citer les projets menés en partenariat avec d’autres associations comme les jardins collectifs. Dans le cadre du jardin collectif de la commune d’Etterbeek, la maison médicale qui est responsable de la partie « compost » apprend, par exemple, à ceux qui le souhaitent à faire du compost. Autre projet : les « Après-midi ballade » organisées avec la collaboration du Gracq, l’association qui sensibilise à l’utilisation du vélo comme moyen de déplacement au quotidien. Si la plupart des projets sont orientés vers les besoins des habitants, d’autres mettent cependant l’accent sur le « bien vivre » ensemble.

Améliorer le bien vivre ensemble

chasse3 bs55Des tensions sont apparues peu après la fin des travaux de rénovation de la place Saint-Antoine entrepris par la Région en 2006. Madeleine Guyot : « Ce projet avait été une véritable réussite puisque la place était devenue un lieu très convivial avec l’installation de nombreux bancs, des parterres redessinés, etc. Cependant, très vite des tensions se sont manifestées entre les habitants qui ont vu leur place changer et les nouvelles populations qui investissaient la place. Des lettres de plaintes ont été adressées au bourgmestre et la commune a rapidement réagi en enlevant un banc sur deux. Or, le nombre de bancs installés est justement un des moyens qu’utilise la Région pour favoriser la convivialité. En effet, des bancs ont pour vocation d’accueillir des gens, des personnes qui sont susceptibles de se parler, un peu comme à la place Flagey. Mais, apparemment, cela n’a pas toujours été perçu ainsi par certains habitants de Saint-Antoine. » Les plaintes ont surtout trait à la présence de nombreux jeunes. Ils s’y retrouvent en groupes et y passent de longues heures, souvent même jusque tard dans la nuit.

C’est dans ce contexte qu’est né le « Projet Saint-Antoine », à l’initiative de plusieurs associations de quartier, dont Welcome Babbelkot, Chambéry et Samarcande, démarche soutenue par le Programme Cohésion Sociale de l’administration communale. Un processus d’écoute et de dialogue avec les différents acteurs [4] de la place Saint-Antoine a ainsi été mené aux mois de mai et juin 2008. Ce premier travail a déjà permis de noter un progrès dans les relations entre jeunes et habitants. Plutôt que se plaindre auprès des autorités communales ou d’avoir recours à la police, le dialogue semble être un bon outil pour régler les petites nuisances comme le bruit. Madeleine Guyot : « Nous voulons à présent préparer une action qui aurait pour but de démystifier les différentes petites tensions ou nuisances en les traitant de manière humoristique. Lors du processus d’écoute et de dialogue, nous avons récolté de nombreuses anecdotes, ce serait peut-être un point de départ. Nous travaillons également à la mise en place d’un débat sur l’espace public car, au niveau associatif, nous souhaitons qu’une réflexion approfondie soit menée sur ce sujet. Si le projet se déroule bien, il pourrait être considéré comme une première expérience d’action sociale sur un espace public à Etterbeek, susceptible d’être renouvelée ailleurs. »

Au nombre des efforts qui sont faits dans les quartiers de La Chasse, Saint-Antoine et Maelbeek pour améliorer la qualité de vie des habitants, les associations rencontrées soulignent l’apport du Programme Cohésion Sociale d’Etterbeek dans plusieurs pro-jets [5]. Outre la gestion locale des subsides destinés aux activités de cohésion sociale, le service communal apporte aussi son soutien au réseau associatif etterbeekois de diverses manières. En mettant en place par exemple des plate-formes de réflexion en fonction des demandes émanant du terrain. Ou alors en relayant certaines demandes auprès de plate-formes existantes. On peut citer à titre d’exemple la plate-forme qui se penche sur les écoles de devoirs et la plate-forme « Citoyenneté en solidariteit » qui conduit actuellement toute une réflexion sur la manière de travailler la cohésion sociale dans l’espace public (cfr. Projet Saint-Antoine).

Notes

[1] Populations originaires du Moyen-Orient, plus exactement de la région à cheval sur la Turquie, la Syrie, l’Irak et l’Iran.

[2] Voir « En direct de » consacré au quartier européen, Bruxelles Santé n° 50.

[3] Manifestation festive organisée par « Bouillon Malibran » (un projet citoyen de quartier durable conçu dans le cadre des programmes d’actions Durabl’XL) qui travaille sur le thème de l’alimentation durable tout en favorisant les rencontres multiculturelles autour des repas partagés.

[4] Des habitants et usagers de la place, des commerçants, des jeunes et adolescents, des stewards urbains et des policiers. Le processus d’écoute et de dialogue a bénéficié de l’appui méthodologique de deux chercheurs du Centre d’études sociologiques des Facultés Universitaires Saint-Louis, Abraham Franssen et Brice Charpentier.

[5] Voir « En direct de... Boncelles-Rollin, à Etterbeek », Bruxelles Santé n°44.

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