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L’éveil aux sciences en milieu extrascolaire

L’image d’Albert Einstein tirant la langue ou de longues formules mathématiques ou physiques abscons sont les représentations récurrentes qu’ont la plupart des gens et des enfants des sciences. Des matières qui, pour beaucoup, peuvent sembler rébarbatives et expliquer une certaine désaffection pour les sciences. Différentes initiatives ont été mises en place ces dernières années pour combler le fossé entre la communauté scientifique et la population. C’est dans ce contexte que La Scientothèque asbl a été créée en 2001 et qu’elle propose des activités d’éveil scientifique à des jeunes issus de milieux défavorisés.

Le logo de l’association, un clown en équilibre précaire sur le toit du monde, sous le regard légèrement ébahi d’une lune munie d’un nez rouge, donne l’esprit dans lequel l’association travaille : favoriser l’accès des jeunes aux sciences, mais d’une manière qui soit à la fois plus dynamique et ludique. Concrètement, en les encourageant à pratiquer eux-mêmes des expériences. C’est la méthode de la pédagogie active qui permet d’accéder au savoir par le savoir-faire. Sont donc privilégiées les activités où les jeunes peuvent observer, s’interroger, construire un problème et se lancer dans des expérimentations pour tenter de le résoudre.

L’objectif de la Scientothèque est non seulement de sensibiliser aux sciences, mais aussi d’aider les enfants à construire leur estime de soi. Ceux-ci ont entre 7 à 12 ans et viennent pour la plupart de milieux précarisés. Beaucoup sont confrontés à de multiples difficultés au niveau scolaire : concentration dans certaines écoles défavorisées, appropriation difficile des savoirs par rapport aux élèves issus de milieux plus aisés, etc. Des problèmes d’inégalité qui expliquent les taux d’échecs plus importants et l’orientation vers certaines filières et secteurs professionnels. Ces difficultés expliquent également que de nombreux enfants manquent de confiance en leurs capacités. Patricia Corieri, coordinatrice : « Les sciences constituent un point de départ. Nous sommes attachés au fait que les enfants apprennent des choses avec nous. Mais, seulement, nous voulons que les sciences servent à prendre plaisir aux savoirs et surtout à valoriser l’enfant. »

Les ateliers d’éveil aux sciences sont principalement organisés dans les écoles de devoir ou dans le cadre d’activités extrascolaires. Dans les écoles de devoir parce que ces structures locales jouent un rôle important pour renforcer le niveau scolaire des enfants. L’objectif étant bien sûr de leur donner les mêmes chances que les autres élèves et, surtout, de leur permettre d’améliorer leurs résultats. Des partenariats ont ainsi été conclus avec différentes écoles de devoirs à Anderlecht, Forest, Etterbeek, Laeken et Saint-Josse.

Sciences et environnement

Les thèmes des activités [1] font toujours l’objet d’un choix mûrement réfléchi auquel sont associés les jeunes sauf quand les animateurs ne peuvent faire autrement. La seule contrainte : toujours établir un lien entre la science et l’environnement des enfants. La proximité de la centrale électrique de Drogenbos pour les enfants qui vivaient à Anderlecht et à Forest a ainsi justifié le choix du thème « électricité ». Les ateliers organisés autour de ce sujet ont permis aux enfants de réfléchir, de discuter et de mener différentes expériences (allumer une ampoule, construire des petits circuits, fabriquer un dynamo, etc.). Ils ont aussi élaboré une valise pédagogique qu’ils peuvent utiliser dans leurs écoles ou dans les manifestations comme les fêtes de quartier. Un thème qui rencontre aussi beaucoup de succès, c’est le corps humain. L’objectif poursuivi est la connaissance de soi au travers de la découverte du corps et de son fonctionnement (prise du pouls, exploration des systèmes sanguin et respiratoire...). Les enfants ont ainsi construit un squelette humain.

Des stages d’éveil sont organisés durant les congés scolaires. Les stages durent cinq jours et alternent expériences, bricolages et visites de lieux illustrant les principes expérimentés. Leur spécificité est qu’ils sont multiculturels : les enfants viennent pour partie des milieux défavorisés et pour partie des milieux qui ne le sont pas. Nicola Grillenzoni animateur : « Nous nous rendons compte que le choix de travailler sur des phénomènes naturels et observables permet d’éliminer complètement les difficultés d’ordre culturel comme la langue ou des traditions différentes. » Au programme des stages qui se sont déroulés les années précédentes : l’eau, l’air et le son. Cette année, ce sont les insectes, notamment les fourmis qui étaient à l’honneur.

Des savoirs mis en avant

Chaque fois que cela est possible, les parents sont invités à venir voir les réalisations de leurs enfants. À charge pour les apprentis scientifiques de leur fournir toutes les explications nécessaires. Parents et enfants en tirent généralement beaucoup de fierté.

Chaque année, les enfants prennent part à différentes manifestations. La première année, ils ont participé à une conférence de jeunes qui s’est tenue à l’ULB et où ils ont tenu le rôle de scientifiques. Malgré le trac et les petits couacs, les enfants se sont très vite pris au jeu et ont parfaitement rempli leurs rôles de conférenciers. Pour les éditions suivantes, ils ont participé à des événements comme « Expo-Sciences » ou le « Printemps des Sciences » où ils ont présenté leurs différents travaux, co-animés des ateliers, etc.

Pour les animateurs, ce volet du projet contribue à aider les enfants à se valoriser et à reprendre confiance en leurs capacités. Rajae Serrokh, animatrice : « Parfois, certains enfants ont une attitude de refus, ne veulent pas vraiment participer. Mais cela ne dure pas car très vite ils commencent à pendre des initiatives, à parler, à se rendre compte qu’ils sont pris en compte... Nous avons aussi eu des enfants qui étaient difficiles et qui ont complètement changé comme cet enfant que nous avons eu l’année passée, c’était impressionnant à voir. » Essentiellement parce que la relation à l’apprentissage est autre et qu’aucun enfant n’est en situation d’échec. Le projet « Sciences Ouverture » qui a démarré en début d’année vise les enfants placés dans diverses institutions [2]. Au niveau de l’asbl, on parle d’une sorte de processus de remédiation. Mais pour Mohamed Chaara, animateur et concepteur du projet qui est lui-même passé par ce type de structures : « Il s’agit aussi de donner une bouffée d’air à ces jeunes qui, parfois, sont tellement désespérés qu’ils en arrivent à avoir des comportements destructeurs. Personnellement, je m’en suis sorti parce que j’ai eu la chance de rencontrer des personnes qui m’ont ouvert à d’autres réalités. Des personnes qui m’ont donné à voir et à établir d’autres types de relations entre un adulte et un enfant, entre personnes ayant le pouvoir et celles n’en ayant pas.

Pour plus d’informations,
la Scientothèque asbl :
Bâtiment NO, 4e étage ULB,
Campus de la Plaine CP 238,
Boulevard du Triomphe
1050 Bruxelles
Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
www.lascientotheque.be

Notes

[1] Certaines activités se déroulent à l’ULB où l’asbl a ses locaux au sein du laboratoire de didactique des sciences. Elle bénéficie ainsi de la proximité de scientifiques comme le professeur Pasquale Nardone et de leurs installations comme le musée Experimentarium.

[2] Comme les maisons d’accueil, les Services d’Aide à la Jeunesse (SAJ), les Services de Protection Judiciaire (SPJ), les centres pour demandeurs d’asile, etc

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