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Le quartier de l’église royale Sainte-Marie

Animé. Dynamique. Tels sont les premiers mots qui viennent à l’esprit lorsque l’on doit décrire le quartier qui entoure l’église royale Sainte-Marie située place de la Reine à Schaerbeek. Un monument emblématique qui se dresse tel un gardien veillant jalousement sur ce quartier considéré comme une des portes d’entrée de cette commune du Nord-Est de Bruxelles. Longtemps appelé « quartier des Princes » à cause des nobles et riches bourgeois qui s’y étaient installés, le coin est aujourd’hui surnommé « la petite Anatolie », petit clin d’œil à la communauté turque qui y vit et qui y travaille. Majoritaire pendant longtemps, celle-ci est depuis peu rejointe par d’autres communautés, accentuant par-là le caractère multiculturel du quartier.

ste marie 1 bs 52« La petite Anatolie » est avant tout un quartier d’habitations où de nombreuses familles d’origine turque ont élu domicile à la suite des accords conclus entre la Belgique et la Turquie il y a quelques dizaines d’années. Essentiellement parce que les loyers y étaient alors plus accessibles pour les petits revenus, comme dans d’autres coins de la capitale où le bâti est assez vieux et souvent en moins bon état. Quelques familles marocaines sont égale-ment venues s’y installer. A côté des habitations, on trouve plusieurs petits commerces tenus par les membres des deux communautés. La chaussée de Haecht, véritable vitrine commerciale du quartier, présente une succession de boucheries hallal, de boulangeries, d’épiceries, de magasins de fruits et légumes, de marchands de pide (pizzas et pittas turques), de bijouteries, de salons de coiffure et d’agences de voyage, qui font la joie de nombreux habitants ravis de trouver là l’essentiel des produits de consommation et un accès aisé à divers services.

ste marie 2 bs52Depuis quelques années, la physionomie de cette partie de la commune schaerbeekoise est en train de changer à bien des égards. Ainsi voit-on s’installer petit à petit des Bulgares, notamment des turcophones de Bulgarie, des Roumains, des Polonais, des Subsahariens, des Sud-Américains... Peut-être une nouvelle page est-elle en train de s’écrire dans ce quartier où de riches bourgeois, au 19e siècle, ont précédé des immigrés italiens, espagnols, grecs, etc. Pour les nouveaux arrivants, le niveau relativement bas des loyers reste un élément déterminant. De jeunes belges reviennent aussi habiter un quartier que leurs aînés avaient délaissé au profit de logements situés à la périphérie ou dans d’autres parties de la capitale. En partie à cause des prix, mais aussi parce qu’ils sont séduits par l’environnement multiculturel et la proximité de lieux comme les Halles de Schaerbeek ou le Centre culturel schaerbeekois. L’installation de quelques grandes écoles flamandes incite également beaucoup d’étudiants à louer un kot aux alentours.

Cette mixité des populations est à l’image du quartier. Les habitations jouxtent les commerces, les lycées et athénées sont à quelques pas des hautes écoles, les associations à côté de quelques administrations établies là, comme celle de la COCOF, rue des Palais.

ste marie 3 bs 52Un petit monde qui, aux dires de ceux qui le fréquentent, vit de façon assez harmonieuse même si les difficultés ne manquent pas. Un long chemin a déjà été parcouru, le quartier actuel n’a plus rien à voir avec celui d’il y a vingt ans, complètement délaissé. La population majoritairement d’origine immigrée, socio-économiquement fragilisée, qui y habitait n’intéressait guère les autorités communales de l’époque. Nuran Çicekçiler, psychologue au Groupe Santé Josaphat, centre de planning familial : « Paradoxalement, la politique de Roger Nols [1] et consorts a revitalisé une vie associative dans ce quartier. Beaucoup d’associations se sont retrouvées dans la Coordination sociale ou autour de partenariats de quartier, par exemple autour de projets relatifs à l’enseignement. De fait, il existe un tissu associatif très riche à Schaerbeek. Parallèlement à cela, depuis les années 90, la Politique fédérale des grandes villes, les Contrats de quartiers et de sécurité améliorent la qualité de vie des habitants : des aménagements visibles ont été réalisés. Du temps de Roger Nols, on avait l’impression que les écoles du coin étaient abandonnées, tout comme le quartier lui-même. La Maison communale de Schaerbeek a vraiment bien évolué depuis, et les politiques ont investi le quartier. »

Le contrat de quartier Lehon-Kessels

ste marie 4 bs 52Le Contrat de quartier Lehon-Kessels [2] s’étend sur la période 2006-2009. Son objectif ? Revitaliser et rendre plus convivial le quartier. Cela passe par la création ou la rénovation de logements, la réfection de l’espace public, la création de nouveaux espaces verts et la mise en place d’actions de cohésion sociale. A Schaerbeek, la gestion de l’ensemble des Contrats de quartier a été confiée à une asbl para-communale, Renovas asbl, qui a ouvert une permanence rue Royale Sainte-Marie. Laurent Michiels, chef de projet : « C’est un lieu où les gens peuvent directement venir poser toutes les questions sur les opérations du Contrat de quartier et sur notre travail. Mais cela fait également de nous une sorte de « service avancé » de l’administration communale. Quand nous ne pouvons pas répondre à certaines demandes des habitants, nous les réorientons vers les services de la Commune. »

L’antenne délivre aussi de précieux renseignements sur certains types d’aide. Gulçan Bozdag, animatrice : « Les gens ne sont pas toujours au courant de ce qui existe ou ne disposent pas d’informations correctes : par exemple, ils peuvent croire que le cadastre augmente lorsqu’on procède à la rénovation ou au nettoyage de sa façade. Une de nos missions consiste donc à leur fournir les bons renseignements. Et là, le bouche-à-oreille fonctionne plutôt bien puisque beaucoup de personnes viennent se renseigner et procèdent par après au nettoyage ou à la rénovation de leur façade. »

L’implication des habitants, petits et grands, est un autre aspect important. Au début du projet, plusieurs écoles du quartier ont été contactées, et des animations de sensibilisation ont été organisées avec celles qui étaient intéressées. Un concours de dessins a par exemple permis à l’antenne de Renovas d’adopter son logo, à la plus grande fierté de l’élève gagnant. Au niveau des adultes, plusieurs réunions et groupes de travail ont été mis en place autour de thématiques propres au projet : l’espace public, le logement, la mobilité, la propreté. Cette dernière est pointée du doigt. Au nombre des reproches : le ramassage des immondices – mal fait, selon les habitants – et le manque de civilité ou la saleté générale de l’espace public. Maïté Burnotte, chargée de l’information et de la participation : « La propreté est un grand problème dans le quartier et cela dérange très fort les habitants. Nous avons spécialement mis en place un groupe qui réfléchit aux problèmes occasionnés et aux solutions que l’on pourrait y apporter. Nous travaillons avec le service concerné de la Commune et Bruxelles-Propreté... ». Le groupe de travail a édité à cette occasion, en novembre 2007, un Livre blanc « propreté des habitants du quartier Lehon-Kessels – Schaerbeek » à l’attention de Bruxelles-Propreté.

Dans le cadre du volet cohésion sociale, notons l’organisation annuelle d’un banquet de rue à la demande des habitants. Ce jour-là, la circulation automobile est interdite et les habitants sont invités à apporter un plat cuisiné à partager avec leurs voisins. Moment de convivialité qui permet aussi de faire plus ample connaissance. L’antenne, qui s’est fortement impliquée dans l’organisation au début, la délègue au fur et à mesure aux habitants. Maïté Burnotte : « Il y a certains projets que nous amenons et d’autres qui résultent de demandes d’habitants. Ou des problèmes qui sont évidents et sur lesquels nous voulons travailler ensemble. Notre démarche n’est pas de venir avec un projet tout fait que nous proposons pendant quatre ans, mais plutôt de soutenir les initiatives que les habitants ont envie de mettre en place, notamment de façon durable ».

Enfin, signalons la construction d’une salle de sport, un petit geste à destination des nombreux jeunes que compte le quartier.

Des associations au service de la population

stemarie 5 bs 52Une multitude d’associations offrent différents services à la population. Pour celle-ci, les difficultés sont souvent les mêmes que dans d’autres secteurs de Bruxelles où l’on retrouve une forte concentration de personnes d’origine étrangère : des conditions de vie précaires dues au manque de moyens financiers, une maîtrise insuffisante des langues du pays d’accueil, une ignorance des mécanismes de fonctionnement dudit pays, etc. C’est moins le cas aujourd’hui pour les communautés turque et marocaine, établies depuis longtemps en Belgique, mais c’est toujours une réalité pour beaucoup de nouveaux migrants. Le premier objectif de la plupart des associations est donc d’améliorer la qualité de vie des habitants. Leur champ d’intervention est vaste. Plusieurs sont là depuis de nombreuses années, à l’instar du Groupe Santé Josaphat et de la Maison Médicale du Nord. Malgré les améliorations apportées dans le quartier, l’état de santé des habitants reste préoccupant, comme l’indique Bernard Vercruysse, médecin généraliste à la maison médicale depuis le début des années 70 : « Plus le niveau socio-économique est bas, plus la santé est mauvaise. L’accès aux soins de santé est aussi plus difficile parce qu’on n’utilise pas toujours les bonnes filières au bon moment. Cela n’a rien à voir avec la nationalité des gens : il s’agit essentiellement d’un problème socio-économique. Les revenus des gens sont vraiment très bas et cela se répercute sur leur état de santé parce qu’ils ne fréquentent pas de spécialistes, qu’ils ne vont plus dans les services d’urgence des hôpitaux, etc. C’est beaucoup moins un problème culturel qu’un problème économique. »

Les consultations médicales constituent la porte d’entrée principale des services qu’offrent les deux associations. Mais celles-ci organisent également des consultations psychologiques, sociales et juridiques. Nuran Çicekçiler : « Il y a un accueil « tout venant » au planning. Celui qui le désire peut venir voir s’il trouve une réponse ici, sinon nous le réorientons vers d’autres centres. Pour nous, il est important que les gens puissent utiliser cet espace comme un lieu de proximité et que nous fassions des relais. Une autre mission importante du planning, c’est la prévention, comme les programmes autour de la vie affective et sexuelle que nous proposons aux écoles et aux associations. Notre équipe est pluridisciplinaire et nous pouvons accueillir les gens en turc, en arabe, en grec, en espagnol, en anglais... Une autre de nos spécificités est que nous essayons vraiment de partir de l’individuel pour aller vers des actions plus collectives, c’est-à-dire essayer de donner des réponses plus politiques ou plus collectives aux problèmes individuels. Car souvent ce sont des choses qui se répètent. Nous essayons donc d’être des partenaires de projets qui amènent des solutions aux problèmes rencontrés. » Le centre de planning a ainsi participé à la création d’une maison d’accueil pour femmes dans le quartier [3].

Dans le même esprit, la Maison Médicale du Nord, en partenariat avec d’autres associations locales, travaille sur le projet Biloba [4] qui cible les personnes âgées. En effet, beaucoup de migrants arrivent à des âges avancés [5]. L’objectif poursuivi est double : d’une part, intervenir avant que les problèmes de santé ne conduisent à des placements inopinés en institutions – des épisodes souvent très mal vécus – et, d’autre part, aider les familles qui sont souvent désemparées devant la vieillesse. Dans les familles turques, par exemple, où souvent plusieurs générations cohabitent, beaucoup de personnes âgées occupent seules un étage d’immeuble, comme sur la rue du Brabant. Elles se sentent un peu isolées malgré la présence de leur famille aux autres étages. Et les aidants proches ne savent pas toujours comment nourrir ou « manipuler » la personne âgée dépendante.

A la suite de ces observations, une maison (± 1800 m²) a été acquise pour devenir un centre de santé communautaire, avec deux visées : apporter un soutien aux familles et aux personnes âgées (lieu de réunions, restaurant social) et soutenir la réflexion des professionnels de la santé. Bernard Vercruysse : « Nous voulons quelque chose qui soit ouvert à tous, quelle que soit la nationalité, la culture ou la religion. Et, éventuellement, ouvert à plusieurs générations. » La structure devrait aussi offrir une partie hébergement comprenant quinze à dix-sept logements. « Pas une maison de repos, insiste le médecin, mais un lieu où l’hébergement est imaginé pour des personnes ayant besoin de soins ou moins valides, dans le cadre d’un logement privatif et non d’un logement communautaire, mais avec des espaces communs. » L’essentiel étant que cet hébergement ne soit pas ressenti comme stigmatisant.

Favoriser le bien-être des enfants

Non loin du planning et de la maison médicale se trouve l’Atelier des Petits Pas, une association qui cible les enfants de 5 à 14 ans. L’asbl a été créée en 1995 par Ayse Eryoruk, qui habite le quartier depuis trente-quatre ans et qui, au début de la décennie 90, avait été interpellée par la situation des enfants. « Ils étaient confinés, explique-t-elle, dans de petites maisons, dans de petites rues, dans des quartiers surpeuplés, avec un trafic très dense, d’où l’interdiction de sortir. » Son idée : créer une ludothèque pour que les enfants puissent jouer à l’intérieur. Mais, très vite, la ludothèque s’est muée en un « atelier jeux », auquel sont venus s’ajouter des ateliers créatifs (bricolage) et d’autres activités mises en place pour répondre aux besoins des enfants et aux demandes des parents. C’est d’ailleurs à la demande de ceux-ci que l’asbl organise une école des devoirs qui accueille les enfants trois fois par semaine, l’après-midi du mercredi étant réservé à la remédiation scolaire.

L’association accueille aussi des enfants à besoins spécifiques et des enfants avec handicap. Ayse Eryoruk : « C’est pour apprendre à vivre ensemble. Nous avons un quota d’accueil au niveau de nos antennes. Les autres enfants se montrent gentils et favorisent même l’intégration des enfants à besoins spécifiques. Quant à ces derniers, ils se trouvent dans un environnement différent de ceux où on les place généralement : ici, ils sont avec d’autres enfants et cela leur permet de se développer autrement. Les expériences que nous avons sont très positives. »

L’Atelier des Petits Pas compte actuellement trois antennes – Marne, Stephenson et Elisabeth – et s’occupe quotidiennement d’une centaine d’enfants. L’encadrement est assuré par une équipe pluridisciplinaire : éducateurs spécialisés, ergothérapeutes, psychologue, psychomotricienne... Cette année, des ateliers d’expression en lecture et de développement d’expression orale ont été mis en place. Les difficultés de compréhension et d’expression orale et écrite sont, en effet, souvent à l’origine du décrochage scolaire.

Pour Ayse Eryoruk, qui déplore l’absence d’une académie dans les alentours, le plus important est de favori-ser l’accès à la culture et à l’éducation. « Cela peut prendre la forme d’un éveil à la musique, à la créativité, etc. Il faut développer des lieux où les enfants peuvent avoir accès à tout cela. L’impact que nous avons sur les enfants est tellement positif que cela mérite d’être poursuivi dans d’autres lieux. De plus, cela ne demande pas tellement de moyens. Je trouve que c’est une qualité de vie pour le quartier et pour les enfants. » C’est pourquoi l’ouverture d’une nouvelle bibliothèque communale, en face de l’église, lui donne espoir. En tout cas, le quartier est en train d’écrire une nouvelle page de son histoire...

Anoutcha Lualaba

Notes

[1] Bourgmestre de Schaerbeek de 1970 à 1989, il a mené une politique extrémiste, en particulier à l’encontre des immigrés.

[2] Le périmètre de ce Contrat de quartier est circonscrit par la rue des Palais, la place Liedts, la rue Vandeweyer, la rue de la Poste, la rue Hancart, l’avenue Louis Bertrand, la rue des Coteaux, les avenue et rue Rogier.

[3] La Maison Rue Verte (voir Bruxelles Santé n° 25).

[4] Tiré du nom de l’arbre Ginkgo biloba, dont la longévité est importante.

[5] Voir le dossier de Bruxelles Santé n° 49.

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