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Cause café : un groupe de parole pour (ex-)usagers des soins de santé mentale

L'ASBL Psytoyens regroupe des associations d'usagers et ex-usagers des services de soins en santé mentale, à Bruxelles et en Wallonie. Son rôle est triple : soutenir toute initiative de type « par et pour les usagers » ; informer les usagers sur les plans administratif, juridique et pratique (via notamment une permanence téléphonique) ; rassembler des témoignages pour les représenter et défendre leur point de vue auprès des pouvoirs publics. Depuis l'an dernier, l'association a aussi repris sur Bruxelles un groupe de parole organisé naguère par l'ASBL Pasifou. Nous avons rencontré Mélanie Gerrebos, l'animatrice du groupe, et deux participantes de Cause Café, Viviane et Marianne.

La rencontre s'est passée au café La Régence, à Ixelles, là même où se tiennent les réunions du groupe, dans une salle à l'étage, le troisième samedi de chaque mois. Mélanie Gerrebos : « C'est déjà ici que le groupe se réunissait auparavant, et nous avons continué : l'endroit est convivial, d'accès facile par les transports en commun, et il est en dehors des murs des services psychiatriques, sans aucun côté médical. » Mélanie est assistante sociale, elle a été engagée par Psytoyens en août dernier pour animer le groupe de parole : « J'avais déjà animé des réunions, et je me suis lancée ! Mais on a en permanence un souci d'amélioration, on se remet beaucoup en question. »

Comment les participants apprennent-ils l'existence de Cause Café ? La publicité est faite par le bouche-à-oreille et les associations d'usagers. C'est ainsi que Viviane en a pris connaissance : « Quelqu'un m'en a parlé. Et puis une autre association, qui fêtait ses dix ans, a invité Psytoyens : j'ai reçu le petit dépliant et les thèmes proposés, et j'ai trouvé intéressant de rencontrer d'autres usagers et de connaître leurs avis sur ces thèmes. » Parmi ceux-ci (choisis par les participants) : gérer les crises, s'entraider entre usagers, parvenir au bien-être, le regard des autres sur la santé mentale, les aspects positifs d'une difficulté psychique, les services à domicile... Viviane : « J'aime communiquer, partager mon expérience et entendre aussi ce que les autres ont vécu, en positif comme en négatif. Quelqu'un vous dira ce qui lui fait du bien ou, au contraire, ce qui le met à mal. C'est une forme d'entraide : par exemple, à propos des crises d'angoisse, j'ai ressenti que d'autres personnes avaient vécu la même chose que moi. Chaque être est unique et vit sa souffrance comme son bien-être de façon propre, mais c'est bon de savoir qu'on n'est pas isolé, qu'on n'est pas seul à passer par là. »

Marianne apprécie l'accueil qui est réservé aux participants : « C'est un lieu de rencontre où l'on est accepté tel qu'on est. Ce qui fait du bien, c'est d'être accepté, de ne pas être jugé. Il y a aussi la motivation du groupe à s'en sortir ensemble : on se donne des pistes, des tuyaux. Mais le rôle de l'animatrice est très important, elle met un cadre qui sert de point de repère quand des choses difficiles à vivre sont difficiles à dire. »

Qu'en pense l'animatrice, justement ? « C'est surprenant de les entendre raconter ce qu'ils ont vécu, ce qu'ils vivent, de voir avec quelle facilité ils s'écoutent ! Ils ont des parcours très proches mais des expériences différentes. Je dois me lever plus tôt le samedi matin, prendre le train (j'habite Mons) mais, après la réunion, je suis toute guillerette ! Je suis vraiment contente d'animer ce groupe. »

Cause Café crée un espace spécifique pour « en » parler, d'autant plus nécessaire que, pour reprendre les termes de Viviane, on ne peut pas parler de souffrance psychique n'importe où, à n'importe qui. Marianne renchérit : « Beaucoup de clichés circulent sur la psychiatrie et la santé mentale. Quand on vient avec ce sujet-là, il est difficile de lui faire une place. Même si les gens ne sont pas malintentionnés, ils ne répondent pas comme on en aurait besoin. On a le sentiment que tout un travail serait à faire pour qu'ils comprennent ce qu'on vit. Les mots psychiatrie, psychologie, font peur même aux personnes qui auraient besoin de soins de santé mentale ; on en plaisante, on s'en moque parce que ça fait peur... »

Le groupe de parole peut avoir des effets positifs qui vont au-delà de la simple expression. Ainsi, Marianne a entamé une formation d'éducatrice : « J'ai réussi la première année. La deuxième, c'est plus difficile : c'est comme si j'étais au milieu de la rivière. C'est aussi une souffrance mais ce n'est pas la même : c'est dur mais c'est aussi gai à vivre, on se déploie, on grandit. Et, au dernier Cause Café, le groupe m'a donné de bonnes suggestions pour une animation que je dois faire pendant mon stage ! »

Changer le regard des autres sur la santé mentale ?

Chaque Cause Café fait l'objet d'une synthèse, diffusée d'abord aux membres de l'ASBL Psytoyens et que l'on retrouve ensuite sur www.psytoyens.be. Voici un extrait du compte rendu de la réunion du 28 juillet dernier, rédigé par Françoise Delchevalerie.

« Le regard d'autrui peut aussi refléter la peur. C'est une émotion très profonde, irrationnelle et souvent archaïque. Elle mène au rejet, voire au déni de citoyenneté de la personne souffrant de troubles de santé mentale. La première peur des autres est d'être atteints eux aussi des mêmes troubles : ils feront donc en sorte de clairement se démarquer de nous, ce qui est source de discrimination. Une peur secondaire est celle des éventuels dangers que nous pourrions représenter. Un membre du groupe relate une expérience vécue par beaucoup : avant de venir à notre secours, la société se préoccupe de notre entourage...

Le regard des autres peut aussi être porteur de reproches. Ce regard critique a des causes sociétales qui reflètent les valeurs prônées par notre culture récente : la pression de la norme, des critères d'excellence, le culte de la performance et, par dessus tout, l'idée qu'on est responsable de son état de santé comme d'un capital qu'on doit faire fructifier et non laisser péricliter !
Qui de nous n'a pas entendu c'est de ta faute, fais un effort, il n'y a qu'à..., tu devrais..., et autres petites phrases assassines qui équivalent à une condamnation pour faillite frauduleuse. Le mythe de la toute-puissance fait aussi des ravages : la société ne veut pas voir ce qu'elle ne peut pas vaincre : la souffrance, la pauvreté, la vieillesse, la mort. La peur des autres ainsi que
leurs reproches alourdissent considérablement la souffrance première que nous ressentons. »

Propos recueillis par Alain Cherbonnier

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