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Usage de tabac et de cannabis : quelle prévention avec les jeunes ?

Les professionnels se demandent souvent comment se positionner comme acteurs de prévention face à la consommation de tabac et de cannabis chez les jeunes qu'ils côtoient. Trois partenaires – le Service Prévention Tabac du FARES, Forest Quartiers Santé et Forest Contacts Drogues – ont développé un projet afin d'approfondir leur connaissance des représentations de ces jeunes, considérant que toute démarche préventive devrait tenir compte du vécu du public concerné et favoriser sa participation active.

Ce projet comprenait deux étapes. La première, clôturée en août 2006, a exploré les représentations des jeunes concernant l'influence des réglementations, l'image qu'ils avaient d'eux-mêmes en tant que consommateurs et leurs attentes en matière d'aide. L'analyse des données a permis d'établir certaines caractéristiques souhaitables pour des programmes adaptés à ce public. La deuxième étape, clôturée en mars dernier, a permis de compléter cette information. Les données ont été utilisées pour mettre en place des opérations de prévention par les pairs et pour analyser l'adéquation entre l'offre des services spécialisés et les besoins et demandes des jeunes rencontrés.

Les jeunes consommateurs de tabac et/ou de cannabis qui ont participé au projet sont, pour la plupart, issus des milieux fragilisés de la région bruxelloise. Plusieurs modes de recueil d'information ont été utilisés :

  • sept groupes de discussion se sont tenus (deux groupes de filles, cinq de garçons), réunissant 50 personnes âgées en moyenne de 18 ans ;
  • des questionnaires anonymes ont été distribués, auxquels ont répondu 46 jeunes gens (19,8 ans en moyenne) et 23 jeunes femmes (21,6 ans en moyenne) ;
  • treize jeunes ont participé comme jobistes à des opérations de prévention par les pairs (selon la méthodologie « boule de neige »), chacun d'entre eux contactant 10 adolescents ;
  • des interviews semi-directives ont été menées auprès de douze centres d'aide aux fumeurs et de tabacologues.

Ce travail ne prétend pas à la représentativité statistique ; privilégiant une approche qualitative, il vise à identifier certains aspects des représentations sociales concernant la consommation de tabac et de cannabis. Les thèmes abordés dans les groupes de discussion et les questionnaires étaient les suivants :

  • les motivations de la consommation initiale et actuelle ;
  • les avantages et les inconvénients liés à la consommation actuelle ;
  • l'image de soi en tant que fumeur, à ses propres yeux et aux yeux des autres ;
  • les réglementations et interdictions et leur influence sur la consommation ;
  • l'envie d'arrêter ou de modifier la consommation et la demande d'aide pour y arriver. Les résultats ont été analysés pour dégager les caractéristiques que devrait présenter un programme de prévention. En voici les conclusions principales.

Dans la communication,reconnaître les jeunes comme acteurs

Les jeunes revendiquent leur responsabilité et manifestent même une attitude de défi vis-à-vis des règles ou des jugements à propos de leur consommation. Ceci peut être considéré comme un atout plutôt que comme une résistance, et nous invite en tout cas à privilégier un style de communication qui ne reconnaît pas seulement les jeunes comme un public-cible récepteur d'informations, soumis au contrôle et aux interdictions, mais comme des sujets, des acteurs capables de prendre leurs responsabilités.

Prendre en compte le contexte socioculturel

Les réponses mettent en exergue le rôle, dans les consommations, de certains aspects du contexte social tels que le chômage. Pour prendre cela en compte, une stratégie de prévention pourrait être de mettre en place des groupes de parole et d'impliquer des partenaires de l'insertion socioprofessionnelle. L'idée étant de ne pas se focaliser sur les produits mais sur les conditions de vie et les manières de les améliorer, ainsi que sur certains facteurs culturels dont la stigmatisation liée à la classe sociale, aux types d'écoles et à l'origine « ethnique ».

Favoriser la participation des pairs

La participation des pairs ne se réduit pas à la transmission d'information par et pour les adolescents. D'autres pistes d'action, comme la mise en place de débats entre fumeurs et non-fumeurs, doivent être envisagées afin de dépasser le schéma sanctionnel lorsque l'interdiction de fumer dans les écoles est mise en application.

Aller au-delà de l'information sur les méfaits de la consommation

Même si une grande part des jeunes interrogés reconnaissent les méfaits du tabac et du cannabis, cette reconnaissance n'a pas influencé leur consommation. Par conséquent, il faut toujours garder à l'esprit que l'information est une condition nécessaire mais non suffisante de la prévention.

Proposer des objectifs souples

Environ la moitié des participants ne sont plus dans la situation de « fumeurs satisfaits », même si tous ne sont pas prêts à prendre la décision d'arrêter. Cela implique d'explorer des modes de prévention privilégiant des objectifs souples, afin d'encourager un processus de réflexion sans imposer prématurément l'objectif de l'arrêt.

Favoriser la participation de la famille

La famille apparaît comme l'agent le plus important de régulation sociale de la consommation. Ce constat devrait inciter les promoteurs des programmes de prévention à considérer le milieuf amilial comme incontournable.

Rendre plus visibles et accessibles les ressources et services d'aide

Les jeunes interrogés font état d'un manque d'information sur les ressources spécialisées et d'une certaine inaccessibilité de celles-ci. Une proportion importante d'entre eux a essayé d'arrêter de fumer sans aucune aide...et généralement sans succès. D'après les informations recueilles, il existe des services offerts au public consommateur en général, mais pas spécifiquement aux adolescents. Et les programmes restent axés sur la prise en charge médicale, les facteurs socioculturels n'étant pas pris en compte.

Renforcer le travail en réseau

Les jeunes n'ont pas recours aux services d'aide et de traitement en matière de tabagisme, qu'ils connaissent mal voire pas du tout. Par contre, ils se trouvent plus facilement en contact avec des professionnels relais travaillant dans le champ de la prévention (PSE, PMS, AMO...). On pourrait donc envisager de réduire l'écart entre l'offre et la demande d'aide via la mise en réseau de ces services et institutions.

Forest Quartiers Santé :
Nazira El Maoufik et Bruno Vankelegom
Forest Contacts Drogues :
Annabelle Carton
FARES, Service Prévention Tabac :
Joël Van Lierde e tHernando Rebolledo
Ce projet a été financé parle Service Santé de la COCOF

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