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Santé et environnement dans les Marolles

Au début de l'année 2000, les associations du bas des Marolles sont informées qu'un Contrat de quartier va démarrer dans le quartier Tanneurs (du nom de la rue qui le traverse de part en part, du boulevard du Midi à la place de la Chapelle).

Le volet « cohésion sociale » de ce Contrat pourrait permettre de financer un projet concernant le lie entre santé et environnement. Ce lien est particulièrement fort dans ce vieux quartier, dégradé par endroits, où vit une population modeste voire pauvre, pour moitié d'origine immigrée (ancienne ou récente) et où les logements, privés ou publics – on y compte plusieurs cités de logement social – sont souvent surpeuplés et vétustes ou même insalubres. Un partenariat se crée, sous l'égide du Centre d'action sociale globale de l'Entr'Aide des Travailleuses (aujourd'hui Entr'Aide des Marolles), avec le Centre de santé du Miroir, la Maison médicale des Marolles, Habitat & Rénovation, les Amis de la Petite Maison et l'antenne Blaes du CPAS de la Ville de Bruxelles. Le groupe Santé et Environnement est né.

Une enquête de terrain avec questionnaire semi-directif est menée de juillet à octobre 2001, réunissant le joli total de 121 réponses. Il apparaît que beaucoup d'habitants apprécient leur quartier pour sa convivialité, la proximité du centre ville, l'accessibilité des commerces. Mais ils jugent aussi leur environnement malpropre. Côté logement, si la grande majorité des personnes interrogées apprécient les relations de voisinage, la moitié se plaignent du bruit (un classique à Bruxelles !), 30% rencontrent des problèmes d'humidité, et les hôtes indésirables ne sont pas rares : cafards (46%) et même souris (23%).

S'appuyant sur ce diagnostic, les partenaires mènent diverses actions visant à améliorer la relation entre les habitants et leur environnement. Deux opérations propreté sont menées dans le quartier, avec un succès mitigé, non sur le plan de la participation, mais sur celui de l'efficacité à moyen terme. Des promenades vertes et des marches un brin plus « sportives » sont organisées afin de faire découvrir les espaces verts de Bruxelles à des personnes qui, parfois, ne sortent pas du périmètre de quelques rues familières. Promenades et marches se poursuivent d'ailleurs aujourd'hui, et il était question en 2006 d'un projet, « La ville racontée aux habitants par des habitants », qui est encore dans les tiroirs pour le moment. Voilà pour l'environnement extérieur. En ce qui concerne l'environnement intérieur, la première action est menée dès 2001 : il s'agit de « la Maison des dangers », un module d'animation qui combine des objets usuels et des trompe-l'œil qui permettent de reconstituer des pièces d'habitation. L'objectif est d'amener parents et enfants à repérer les différents risques d'accidents, à adopter des mesures de prévention et à connaître les premiers soins. Bien que centré sur les accidents domestiques, ce module devait permettre d'aborder également la question de l'insalubrité. Mais il est vite apparu difficile de parler de ce type de problème en groupe et hors du domicile. Il fallait adopter une autre stratégie : pourquoi les travailleurs médico-sociaux ne sortiraient-ils pas de leurs locaux et de leurs permanences ?...

Des formations sont dès lors organisées à l'intention des professionnels pour qu'ils sachent quels conseils prodiguer en matière de salubrité lors d'une visite à domicile. Avec l'aide de l'association Habitat Santé sont abordés l'humidité et les moisissures, le monoxyde de carbone, le plomb, les acariens et les cafards. Parallèlement,le groupe Santé et Environnement se met à la recherche d'outils et de supports pour rendre plus concrètes les informations données. Les premiers instruments sont collectés : thermohygromètre, compteur de consommation d'électricité, détecteur d'humidité, ampoules économiques, plaquettes anti-cafards. Quant aux supports écrits, ils ne manquent pas mais, à quelques exceptions près, les textes sont trop longs et le vocabulaire trop compliqué : accessibles à la classe moyenne, ces documents ne conviennent pas à une population dont la lecture n'est pas le mode d'information habituel et qui maîtrise mal voire ne maîtrise pas du tout le français écrit.

Coïncidence : Question Santé – sollicitée entre-temps pour une aide méthodologique en matière de communication – vient de mener de son côté une recherche par groupes focalisés (focus groups) pour répondre à la question suivante : serait-il pertinent de remettre sur le métier les « fiches santé », qui ont connu de beaux jours dans les années 1980-90, mais cette fois à l'intention d'un public plus populaire ? La réponse donnée par les groupes est sans équivoque : cette population est avant tout demandeuse d'un dialogue, d'un échange d'informations avec les professionnels, et le seul support qui puisse être utile devrait être basé sur l'image et non sur le texte. Le choix est donc clair. Le hic, c'est que des photos ou des dessins originaux, cela coûte cher ! En tout état de cause, il faudra se limiter. Après analyse, la priorité est accordée à la lutte contre les cafards et à la prévention des problèmes de santé causés ou aggravés par l'humidité et les moisissures (allergies, asthme). S'y ajoutent deux autres questions cruciales pour des familles dont le revenu est souvent faible : les économies d'énergie – gaz et électricité. L'usage excessif de combustible peut d'ailleurs être lié aux deux premiers problèmes (logements surchauffés > condensation excessive> humidité).

Au bout de six mois de recherches, un financement est réuni. Le travail de création peut commencer, sur base de messages brefs et concrets que le dessinateur (Frédéric Thiry) doit, à la limite, moins « illustrer » que « remplacer » : idéalement, en effet, le dessin devrait pouvoir se passer du texte, celui-ci n'apportant que précisions ou nuances. Fin 2004, la série de quatre brochures est éditée. Elle prend place dans une valisette, au sein d'un "kit gestion du logement", à côté d'autres brochures, des instruments réunis et d'un dossier technique destiné au travailleur social. En 2005, trois séances d'information ont lieu pour présenter ce kit aux autres associations du quartier, aux autres Centres d'action sociale globale et à des associations concernées par la question du logement dans d'autres communes bruxelloises. La valisette peut être empruntée (ou reconstituée : il n'y pas de copyright sur l'idée !), les brochures sont vendues à 0,50 €/pièce afin d'éviter une diffusion gratuite non accompagnée et de financer une éventuelle réimpression.

marolles bs 47
Les lecteurs et lectrices intéressés par le projet et/ou les brochures peuvent contacter
Delphine Louterman
à l'Entr'Aide des Marolles,
169 rue des Tanneurs à 1000 Bruxelles
(02 510 01 80 ou Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.).

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