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Prévention du tabac et adolescence : y a-t-il un monde d'emploi ?

En partenariat avec l'ULB-PROMES et le FARES, le Centre Local de Promotion de la Santé (CLPS) de Bruxelles a organisé, en cette fin d'année 2006, quatre Tables rondes autour de la problématique du tabac chez les adolescents. Préparer cette rencontre, faire se rencontrer des professionnels travaillants avec les jeunes et susciter du débat... Un projet qui a bien sûr interrogé les participants mais aussi les partenaires de ce projet.

L'origine et la mise en place des Tables rondes

Le Service de Prévention Tabac du FARES s'attelle à développer de nouvelles pistes de prévention du tabagisme chez les jeunes et à inscrire cette démarche dans une perspective de promotion de la santé.

La concrétisation de ce projet est passée, dans un premier temps, par la construction d'un partenariat entre le FARES, le CLPS de Bruxelles, Infor-Drogues, Modus Vivendi, ULB-PROMES et Prospective Jeunesse, et, dans un second temps, par la réalisation avec les partenaires d'une recherche-action portant sur les représentations des acteurs de terrain et des adolescents à l'égard du tabac. Conjointement, dès octobre 2003, à l'instigation du FARES, des CLPS et des acteurs de terrain se sont rencontrés pour développer une démarche participative et activer un "maillage" de réseaux locaux. La réalisation des Tables rondes au niveau local participe à cette volonté d'activer des réseaux locaux.

Les premières Tables rondes se sont déroulées dans le Brabant wallon et dans la région de Verviers. Construites notamment sur base des résultats de la recherche-action et de l'expérience des participants, elles ont d'abord été l'occasion pour les acteurs locaux :

  • de "faire connaissance" : qui fait quoi, avec quelles missions ? versus quelles sont les ressources disponibles ?
  • de confronter leurs attentes, représentations et expériences à l'égard du tabagisme à l'adolescence et de sa prévention. Le tabac est-il une problématique prioritaire ? Connaissent-ils la perception des jeunes à l'égard du tabac ? Mènent-ils des actions de prévention du tabac ? Comment l'usage du tabac est-il vécu dans leur institution ? Etc.
  • de mettre en place des partenariats au niveau local et de proposer une approche transversale et intersectorielle d'accompagnement de projets.

Les Tables rondes bruxelloises

Le projet

Comme pour les autres Tables rondes, le projet bruxellois se veut le catalyseur d'une dynamique locale et de nouveaux modes d'appréhension de la prévention du tabac à l'adolescence. Pour instaurer cette dynamique, les partenaires organisateurs (FARES, CLPS de Bruxelles, ULB-PROMES) ont estimé nécessaire de connaître non seulement les attentes, les difficultés et les pratiques des intervenants locaux, mais aussi de les interroger dans leurs manières de concevoir et de mettre en œuvre leurs pratiques préventives (représentations, origine, objectifs, ressources, etc.) à l'égard du tabac à l'adolescence. Afin de susciter cette démarche réflexive, les Tables rondes bruxelloises ont été intitulées "Prévention du tabac et adolescence. Y a-t-il un mode d'emploi ?" Dans ce projet, l'objectif est de cerner les interrogations des acteurs locaux relatives à la prévention du tabac et d'intégrer celles-ci dans une approche globale de l'intervention. Pour favoriser cette perspective de globalisation, la prévention du tabac est rattachée à la problématique des assuétudes, en l'inscrivant dans le contexte législatif et social actuel, en l'associant à la période spécifique de l'adolescence et en l'incorporant dans la démarche de promotion de la santé. Il s'agit également, au terme de ces journées d'échanges entre professionnels, de faire émerger des pistes de travail pour améliorer les pratiques de prévention des intervenants. Ces journées sont une occasion d'enrichir la pratique du CLPS dans son rôle d'accompagnement méthodologique auprès des acteurs locaux confrontés à la problématique du tabac.

Les demi-journées : notre mode d'emploi

La richesse des échanges dans les Tables rondes est suscitée par la dimension plurisectorielle des participants (scolaire, communal, santé mentale, assuétudes, etc.) et par l'utilisation de divers outils et applications (campagnes de prévention, résultats d'enquête, application d'une grille d'analyse, exercice de simulation d'une demande, etc.). Un recueil d'informations, via un travail d'observation, est réalisé lors des différentes rencontres afin, d'une part, d'évaluer et de réorienter le processus en cours et, d'autre part, de présenter le résultat de l'analyse des échanges. L'animation est assurée conjointement par le CLPS de Bruxelles et le FARES, et l'observation par l'ULB-PROMES.

Le programme proposé aux participants comprend quatre demi-journées.
1. Analyse des campagnes de prévention à destination des jeunes
Le tabac est abordé à partir de trois campagnes types de prévention destinées aux jeunes : les intervenants peuvent s'interroger sur les valeurs et enjeux de ces campagnes, mais aussi sur leurs différents positionnements en tant qu'acteurs de prévention. L'analyse porte également sur les effets et les applicationspossibles de ces campagnes dans leurs pratiques professionnelles.
2. Point de vue des jeunes et des intervenants
Deux enquêtes qualitatives, portant sur les témoignages de jeunes et d'acteurs de terrain à l'égard du tabac sont présentées aux participants : ceux-ci peuvent confronter leurs positionnements par rapport aux discours de jeunes et s'interroger sur la possibilité d'intégrer les paroles des jeunes dans leurs pratiques de terrain.
3. Pistes de travail et perspectives
Cette troisième étape est consacrée à un exercice d'application autour de la simulation d'une demande d'intervention. Elle permet aux participants de prendre un temps de réflexion à l'égard d'une méthode de travail pour construire un projet de prévention tabac auprès d'un public jeune.
4. Synthèse
La dernière rencontre est consacrée à l'évaluation des résultats, sur base de l'analyse réalisée à partir de l'observation des journées précédentes, et à la sélection d'une piste de travail à retravailler collectivement. Le résumé de cette journée de synthèse est présenté ci-dessous.

Les échanges dans les Tables rondes bruxelloises

Les attentes des participants

La première rencontre a permis la mise à jour de deux pôles d'attentes : un pôle d'attentes pragmatiques et un pôle d'attentes réflexives. Les attentes de type pragmatique sont directement orientées vers la construction d'actions de prévention du tabac ("élaborer des animations dans les écoles", "disposer d'outils applicables dans la pratique", etc.). Les attentes de type réflexif sont centrées sur le questionnement des actions actuelles de prévention du tabac pour en développer de nouvelles ("confronter ses représentations aux représentations des acteurs de 1ère ligne", "est-il possible de développer des actions de réduction des risques ?", etc).

Ces deux pôles se combinent plus ou moins fortement chez les divers participants et nous renvoient à une conception de la prévention conciliant engagement et distanciation, réflexion et action. La richesse de cet entrelacs de la pratique et de l'analyse se retrouve particulièrement au sein des échanges organisés dans les Tables rondes, même si le pôle analytique a primé sur le pôle pragmatique.

La perception de l'adolescence et du tabac à l'adolescence

Un double sentiment coexiste chez les participants avec, d'un côté, une sensation de connaissance de l'adolescence relative à des caractéristiques qui se répètent entre les générations récentes d'adolescents (prise de risque, absence de projection dans le futur, recherche d'identification sociale, etc.) et, d'un autre côté, une impression de méconnaissance des caractéristiques culturelles (valeurs, goûts, besoins, codes vestimentaires, vocabulaire utilisé, etc.) des adolescents actuels.

A côté de cette dialectique connaissance/méconnaissance, la diversité d'être adolescent (aspect socio-économique, ethnique, sexe, fragilité psychique, etc.) interroge les participants ; d'autant que cet aspect apparaît déterminant dans les besoins et le sens donné à la consommation de cigarettes. Plus spécifiquement, deux catégories d'adolescents émergent principalement dans les discours.

  • D'un côté, les adolescents fragilisés, chez lesquels le besoin de reconnaissance et d'affection constitue un préalable à la réalisation d'un travail de prévention. Ils incarnent un public à la fois plus fortement confronté au tabagisme et moins ciblé par les campagnes de prévention. La cigarette joue chez eux un rôle plus prépondérant de régulateur d'un quotidien plus anxiogène (stress scolaire, difficultés familiales, etc).
  • De l'autre côté, les adolescents ne présentant pas de problèmes particuliers. Chez eux, le lien à l'intervenant est davantage basé sur l'expertise scientifique et ils se révèlent plus sensibles aux actions de prévention. Le tabac est davantage associé à la notion de plaisir et de curiosité.

Concernant la gestion tabagique, les discussions basées, entre autres, sur la présentation de discours d'adolescents extraits des deux enquêtes qualitatives précitées se sont davantage focalisées sur les attentes de jeunes issus d'un public fragilisé. Ces jeunes se caractérisent par trois attitudes principales envers leur consommation tabagique : l'absence d'envie d'arrêter ; l'arrêt envisagé avec un sentiment d'incapacité d'arrêter ; l'arrêt envisagé à condition d'"être mieux dans sa peau". Plus précisément, l'arrêt tabagique est d'abord considéré par les adolescents comme relevant de la volonté personnelle, et les aides professionnelles sont d'une part considérées comme jugeantes et moralisatrices, d'autre part perçues comme inefficaces et inaccessibles.

Au niveau de l'environnement, l'influence des adolescents entre eux, le caractère parfois ambivalent du rapport famille/tabagisme lorsque ce dernier symbolise un rapport affectif et relationnel avec un parent fumeur, le milieu scolaire lorsqu'il est producteur d'anxiété, sont autant d'éléments ressentis par les participants comme déterminant la question du tabac chez les jeunes. Plus particulièrement, l'interdiction de fumer dans les écoles est perçue généralement comme un frein au dialogue et à l'instauration d'une relation de confiance avec les jeunes à l'égard du tabac ; comme une mesure occultant le bien-être des jeunes fumeurs, d'autant qu'aucune aide n'a été proposée ; comme un facteur contrariant l'élaboration d'une prévention efficace construite sur le long terme. A un niveau sociétal, les participants des Tables rondes s'interrogent de manière récurrente sur le rapport de force inégal entre les agents de prévention d'une part, les stratégies des cigarettiers d'autre part.

L'approche du tabac à l'adolescence

Derrière l'adolescence conçue comme un processus de répétition et de régénérescence, les acteurs présents aux Tables rondes considèrent que c'est la légitimité de l'intervention qui est en jeu via, entre autres, le risque de construire des actions "ringardes" et en décalage avec la réalité adolescente. Une action centrée exclusivement sur les maladies liées au tabagisme symbolise ce décalage ; notamment par rapport à la bonne santé physique des adolescents fumeurs et non-fumeurs. Ce processus nous interroge également sur la nécessité de mettre en place des moyens pour effacer cette méconnaissance de l'adolescence.

Derrière la question des inégalités des jeunes à l'égard de l'usage du tabac, ce qui est prépondérant dans les discussions, c'est non seulement la question de la concordance entre actions de prévention et public ciblé, mais également celle de l'intervention sur un public hétérogène tel que rencontré dans des classes des premières années du secondaire.

Derrière la problématique de la gestion et de la cessation tabagique, ce sont au fond les questions de l'image de soi (estime de soi, sentiment de capacité personnelle, etc.), de l'emprise sur le quotidien et le devenir (capacité à se projeter dans l'avenir, aptitude à surmonter ses problèmes, etc.), de l'adaptation des aides proposées (rapport plus égalitaire, relation de confiance, etc.) qui sont au centre des échanges. Derrière les pratiques des cigarettiers, c'est la nécessité d'informer les jeunes de la manipulation opérée par ces derniers qui est le cœur des discussions. Plus spécifiquement, les actions de prévention trouvent un écho favorable chez les participants lorsqu'elles favorisent les échanges et interactions avecl es adolescents, sont centrées sur la notion d'autonomie de l'adolescent et présentent un caractère innovant. A contrario, elles sont dévalorisées lorsqu'elles stigmatisent le fumeur et dramatisent le tabac, nes'adressent qu'à un type limité de jeunes, n'abordent qu'un aspect partiel de la problématique (exemples : absence de propositions d'aide, approche exclusivement médicale).

La réflexion sur l'action et les pistes d'action

Les discours des participants relatifs aux actions de prévention mettent en évidence la nécessité de réfléchir l'action, et notamment l'origine de l'action, son éthique, son contexte, sa finalité (arrêt du tabac, réduction des risques, bien-être des jeunes, autonomie des jeunes, etc.), la place donnée aux jeunes dans la construction de l'action (projet de prévention participatif, besoins recueillis auprès du public cible, besoins définis par l'expertise scientifique, etc.), l'adéquation entre l'utilisation d'outils et les objectifs de l'action, l'adéquation entre le temps imparti et le temps nécessaire à la mise en place de l'action, les ressources humaines mobilisables (jeunes, parents, enseignants, réseaux locaux disponibles, etc.), les ressources matérielles disponibles, l'évaluation des actions (évaluation des résultats, évaluation des freins et leviers du processus d'action, recherche d'actions réussies, etc).

Au-delà de la réflexion sur l'action, des pistes d'action sont été envisagées dans les échanges entre participants, parmi lesquelles :
1. L'inscription de la "problématique tabac" dans une approche plus globale (transversale) du développement des adolescents(le projet de vie, l'insertion socioprofessionnelle, l'autonomie, la dépendance, les aptitudes à dépasser un problème, etc.) considérée plus adéquate pour un public d'adolescents hétérogène parce que travaillant sur ce qui est commun aux adolescents plutôt que sur ce qui les distingue.
2. L'appréhension globale de la "problématique tabac" en menant parallèlement des actions sur différents déterminants du tabagisme (les pairs et les familles, les stratégies de l'industrie du tabac, la mise en place d'activités de substitution à la cigarette, la gestion du stress, etc.) et/ou en menant des actions transversales dans le milieu de vie (problématique "tabac" abordée dans les différents cours, création d'un réseau entre les différents intervenants, etc.).
3. L'inscription de la "problématique tabac" dans le développement d'une relation égalitaire entre les intervenants et les adolescents, considérée comme un préalable à un travail mené avec les jeunes, comme un moyen de réaliser une intervention basée sur la demande et la participation des adolescents concernant la problématique du tabac, et comme plus adéquate pour répondre à la problématique d'un public fragilisé.

La suite des Tables rondes bruxelloises

Sur base des trois premières Tables rondes, quatre propositions de travail ont été présentées aux participants :
1. La collecte et l'utilisation des données comme outil d'analyse et d'évaluation ;
2. La création d'un réseau comme outil de participation et d'intervention intersectorielles ;
3. L'appréhension de la thématique tabac/assuétudes de manière transversale ;
4. La question du tabac sous l'angle de la "dénormalisation" de l'industrie du tabac.

C'est la troisième proposition qui a été retenue par les participants. Une deuxième étape des Tables rondes bruxelloises sera envisagée pour l'année 2007-2008. Pour continuer à être en lien avec les objectifs fixés parle FARES, l'étape du maillage en réseau devrait se mettre en place en incluant de nouveaux partenaires. Pour cette seconde phase, le secteur de la prévention des assuétudes de Bruxelles sera contacté.

Damien Favresse (ULB-PROMES)
Begoña Montilla (CLPS de Bruxelles)
Caroline Rasson (FARES)

 

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