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Education : pour un partenariat entre parents et professionnels

Dans le n°37, nous entamions un dossier en deux parties sur la relation entre parents et professionnels dans l’éducation des enfants. Après avoir tracé les grandes lignes de l’évolution des valeurs, des représentations, des normes et des comportements en matière éducative depuis une trentaine d’années, nous avons pu voir à quel point la place de parent est devenue ambiguë, délicate et difficile à tenir. Mais celle des professionnels de la santé auprès de la petite enfance et celle des enseignants ne sont souvent pas moins inconfortables !... Suite dans le présent numéro, d’abord en poursuivant notre parcours à l’école, puis en évoquant diverses initiatives visant à informer et soutenir les parents en dehors du terrain scolaire.

Donnons d’abord la parole à une organisation représentative des parents dans le domaine scolaire. Hira Laci est Secrétaire générale de la Fédération des Associations de Parents de l’Enseignement Officiel. Avec le recul acquis par la FAPEO, qui fête ses 38 ans en juin 2005, elle retrace l’évolution de la participation des parents à l’école : « Dix à quinze ans après le début du mouvement parental, tout le monde se sentait concerné et les associations de parents se sont multipliées. Dans les établissements qui étaient preneurs, l’organisation de la relation école-famille s’est nettement améliorée. Les associations constituaient aussi un soutien pour les revendications que les écoles voulaient faire passer auprès des pouvoirs publics, que ce soit en termes de personnel, de qualité de l’environnement scolaire, etc. Les associations pouvaient également expliquer leurs droits aux parents... mais aussi montrer les limites à ceux d’entre eux qui mettaient uniquement en avant l’intérêt de leur propre enfant. »

Comment les choses ont-elles évolué ? « D’une certaine manière, tant qu’il y a eu de l’argent pour l’école, les parents se sont sentis utiles. La baisse de la participation est due à un sentiment d’inutilité. Le nombre d’associations a alors diminué ; la relation avec l’école est devenue plus malaisée ; de moins en moins nombreux étaient ceux qui “avaient le temps” – raison objective mais aussi prétexte –, tant chez les enseignants que chez les parents. Aujourd’hui on parle de l’école de la réussite, on prend des décrets pour réformer la médecine scolaire, pour instituer la participation des parents... Mais la participation ne se décrète pas, et elle ne peut pas être uniforme : il existe autant de types de parents que de types d’écoles. Ceci dit, le décret-mission sur la participation invite le milieu scolaire à s’ouvrir aux parents : il existe au moins quelque chose sur quoi ceux-ci peuvent s’appuyer pour prendre leur place. Mais l’espoir lié au décret est très vite retombé : deux réunions par an, pas toujours bien organisées, ne faisant pas toujours l’objet d’un compte rendu correctement diffusé, où le chef d’établissement est juge et partie (c’est lui qui préside) et où les parents présents en arrivent trop souvent à ne plus représenter qu’eux-mêmes, faute d’une relation assez claire avec leurs mandants. »

La FAPEO demande donc que tous les parents soient invités à une réunion dès le début de l’année, dans toutes les écoles, à tous les niveaux : « Pour leur expliquer comment l’année scolaire va être organisée, quand et où auront lieu les classes de neige ou les classes vertes, quels sont les objectifs d’apprentissage, ce que l’école attend des parents pour soutenir les enfants dans leur scolarité, ce que les parents peuvent, à leur tour, attendre de l’école, etc. Ce type d’initiative se met peu à peu en place mais reste marginal. Les réunions qui ont lieu après la remise des bulletins n’ont pas la même valeur, le même sens : les parents y viennent pour se faire féliciter – ou réprimander – des résultats de leur enfant ; beaucoup sont inquiets. Ou tout simplement ils ne viennent pas. Ce qui est surtout le cas de ceux qui ont eux-mêmes connu l’échec scolaire et craignent l’humiliation : une fois de plus, on va mettre le doigt sur “ce qui ne va pas chez eux”. Les parents ne sont pas démissionnaires, ils sont démunis face à l’évolution de l’institution scolaire. Il y a ceux qui savent et qui peuvent plus ou moins se débrouiller, et ceux quine savent, ne peuvent pas : peu de choses se font pour les familles dont la priorité est un toit et de la nourriture. Pour eux, l’école – comme la santé –, cela vient après. Et pourtant, il ne faut pas tomber dans les clichés. La Ville de Bruxelles nous a conviés aux assemblées générales dans des écoles “à discrimination positive” : les parents sont venus très nombreux ! On leur a demandé pourquoi : “parce que nous avons une place à prendre à l’école”... Nous n’avons pas les moyens permettant de les accompagner dans la compréhension du fonctionnement du système scolaire, mais la demande est bien là. »

On l’a dit, si la relation entre la famille et l’école est difficile, c’est surtout que leurs rôles respectifs – et complémentaires – ne sont plus aussi bien définis que par le passé. La FAPEO a élaboré un document à ce propos, qui reflète le point de vue des parents mais n’a pas pu être discuté avec le monde de l’enseignement. « Mais cela pourrait changer, déclare Julie Fraiteur, animatrice-formatrice. Nous avons organisé en 2004-2005 douze séminaires sur la relation école-famille, où les rôles de chaque partie sont discutés et à l’issue desquels une synthèse des discussions sera publiée. Il faut tenir compte du point de vue des enseignants, qui manquent souvent de formation continue et qui peuvent être réfractaires à la participation des parents, la voir comme une intrusion dans leur travail, comme une évaluation. Alors qu’il s’agit de trouver des pistes d’action ensemble : nous n’avons pas de recette miracle, nous attendons aussi leurs idées. Notre but est qu’ils se rendent un peu plus disponibles et tolérants vis-à-vis des parents – et réciproquement ! C’est pourquoi nous organisons des conférences dans les Hautes Ecoles, pour valoriser les notions d’accueil et de communication, insister sur la nécessité d’adapter son discours à chacun, expliquer en quoi consistent les associations de parents et les conseils de participation, recentrer sur l’enfant la collaboration entre l’école et la famille. »

Hira Laci : Il est clair que tous les parents ne seront pas touchés par les séminaires. Mais nous avons sollicité les Pouvoirs Organisateurs pour que des parents aussi bien que des enseignants y participent. Lorsque nous organisons quelque chose à l’attention des enseignants, nous faisons toujours en sorte que l’animateur soit accompagné d’un enseignant. Mais, pour ces séminaires, nous avons opté pour la plus grande mixité. Et, prochainement, nous organiserons un congrès auquel seront associées toutes les parties prenantes, y compris le monde politique. Nous y présenterons un memento comprenant une série de fiches qui aborderont les questions régulièrement amenées par les parents. Il s’agit de rassembler les informations que ceux-ci doivent absolument maîtriser pour pouvoir suivre la scolarité de leurs enfants. Nous souhaitons aussi proposer un module de formation mis au point avec des experts et des représentants du monde de l’enseignement. Mais, pour éviter que seule une minorité d’enseignants soit touchée, il faudrait que l’Institut de Formation Continue prenne le relais. Et cela ne peut se faire que s’il existe une volonté politique... Une des difficultés rencontrées par la FAPEO est que nous n’avons pas d’interlocuteur clair et unique dans le monde de l’enseignement : le Ministre compétent au niveau de la Communauté française n’est le pouvoir organisateur que d’une partie des établissements scolaires ; il y a le CPEONS (Conseil des Pouvoirs organisateurs de l’Enseignement Officiel Neutre Subventionné), le Conseil de l’Enseignement des Villes et Communes... Plusieurs interlocuteurs, et qui ne sont pas toujours sur la même longueur d’ondes.

Mais, à l’école, la question des relations plus ou moins complémentaires, plus ou moins conflictuelles entre parents et professionnels ne se pose pas qu’aux enseignants : elle concerne également les professionnels de la santé – infirmières, psychologues, médecins, travailleurs sociaux des Services PSE (ex-IMS) et des Centres PMS.

Santé à l’école : PMS et PSE

Josette Samray est Inspectrice des CPMS de Bruxelles, du Brabant wallon et de la Province de Liège. Pour elle aussi, quand les parents sont vus comme démissionnaires, c’est très souvent qu’ils ont été démissionnés : « Il existe une idée reçue selon laquelle il serait plus efficace de ne travailler qu’avec les élèves ; peut-être cela tient-il au fait que les élèves sont là, présents, contrairement aux parents, ou qu’il est plus facile de s’adresser à un enfant qu’à un adulte. A mon sens, c’est une erreur. D’abord, les parents sont les premiers éducateurs ; ensuite, il faut prendre en compte le système familial si on veut parvenir à un résultat durable. Une autre idée bancale, que l’on trouve par exemple en matière d’éducation à une alimentation équilibrée, c’est que “les enfants vont expliquer à leurs parents”. En faisant cela, on inverse les rôles, on place l’enfant en position d’éduquer ses parents ! De plus, ce n’est pas réaliste : dans certaines familles, l’enfant doit assumer seul la préparation de son petit déjeuner (parfois les parents se lèvent plus tard que lui). »

educ bs 38Quels sont les facteurs qui entrent en jeu pour disqualifier les parents ? « Depuis de nombreuses années, on a entendu trop de messages recommandant le laisser-faire en matière d’éducation et/ou culpabilisant les parents (par exemple, la relation mère-enfant “cause” de l’autisme ou de l’homosexualité). D’autres messages, plus implicites, sont liés à l’impact de l’affaire Dutroux et des affaires de pédophilie : certains parents comme certains éducateurs en sont venus à craindre de cajoler les enfants ! Et c’est malheureusement toujours vrai aujourd’hui... Ils n’osent plus être spontanés, ne savent plus ce qu’ils peuvent ou non faire avec leurs enfants. Et puis, n’oublions pas les parents qui sont déprimés, au bout du rouleau, quelles qu’en soient les raisons. Il y a beaucoup de familles mono-parentales qui ne disposent que d’un faible revenu. Il y a les familles du quart-monde, les primo-arrivants et les gens sans ressources... Il est trop facile de dire “ils négligent leurs enfants”. Ils sont submergés par une suite d’urgences ! Ce qui compte d’abord c’est de trouver un toit et de se nourrir. » [1]

Le lien entre le Centre PMS et les familles est conditionné par un cadre légal, fixé par arrêté royal. Les missions des CPMS sont de veiller au développement physique, psychique et environnemental de l’élève, d’aider à son adaptation scolaire et de l’orienter dans ses études. A cela s’ajoutent le décret du Gouvernement de la Communauté française sur la maltraitance ainsi que des circulaires ministérielles portant sur des matières aussi diverses que l’absentéisme, les primo-arrivants, la violence ou le racket. Enfin, les CPMS de la Communauté française sont également chargés des missions de promotion de la santé à l’école, prises en charge par les Services PSE dans les autres réseaux. Le CPMS est censé mettre en place des changements au niveau éducatif mais non assurer un suivi psychothérapique ; il collabore pour cela avec des services extérieurs. Son intervention repose sur le volontariat des familles ; il ne dispose donc d’aucun moyen de pression sur celles-ci (sauf en matière de maltraitance*). Il peut proposer une guidance à un enfant, sauf si les parents de celui-ci manifestent leur refus par écrit. La demande motivant une guidance provient le plus souvent de l’école (conseil de classe, enseignant...). Mais, lorsque le CPMS assure une présence sur place (ce qui est pratiquement toujours le cas lorsque l’école compte plus de 1.000 élèves), la demande peut aussi provenir de l’enfant lui-même. Les demandes émanant des parents s’expriment davantage sur invitation que spontanément. Enfin, l’anamnèse médicale et sociale effectuée par le CPMS peut amener celui-ci à prendre l’initiative.

* Le décret exige que le CPMS intervienne pour que la maltraitance s’interrompe. Ce qui peut éventuellement déboucher sur une dénonciation aux autorités judiciaires, même si cette issue n’est pas la plus fréquente, loin de là.

Josette Samray invite les travailleurs médico-psychosociaux à prendre du recul : « Ils ont un travail à faire par rapport à leurs représentations, leurs valeurs et leurs normes, qui sont souvent celles qui dominent dans notre société : il faut être actif, dynamique, réussir, posséder un tas de choses... Naguère, un enfant de parents divorcés était considéré comme « atypique ». Aujourd’hui, c’est un enfant vivant avec ses parents mariés qui pourrait être qualifié ainsi ! Un exemple de conflit de normes et de représentations : on s’aperçoit qu’une petite fille prend anormalement du ventre ; on finit par comprendre qu’elle vient à l’école avec un sac de bonbons pour tout casse-croûte parce que, pour ses parents qui ont peu d’argent, c’est valorisant de lui acheter des bonbons, ça coûte plus cher qu’une tartine ! Il faut penser à des choses comme cela. En fait, c’est de choc culturel qu’il s’agit... [2] J’insiste fortement pour que les équipes travaillent avec les familles. Même si l’enfant est majeur, il vit toujours chez ses parents, et ceux-ci doivent être impliqués si un problème de santé sérieux se présente. Bien sûr, le milieu scolaire et le milieu familial s’ignorent trop souvent, sont imperméables ou indifférents l’un à l’autre. Dans certaines écoles, les parents sont les bienvenus, ils se sentent accueillis. Mais ce n’est pas le cas partout. Les associations de parents siègent au conseil de participation, mais elles ne sont pas forcément représentatives de l’ensemble des familles. Il y a des portes à ouvrir... »

Au Centre de Santé d’Ixelles, Martine Van Der Stukken renchérit : « Il faut saisir toutes les occasions d’entrer en contact, individuellement, concrètement, même à propos de petites choses. Par exemple, si on dépiste une pédiculose, il faut prendre son téléphone, prévenir les parents, chercher à installer la confiance pour qu’ils se rendent compte que nous sommes là pour les aider. Une meilleure connaissance des différentes cultures est un autre facteur important. Nous avons pris plusieurs initiatives pour créer plus d’ouverture de part et d’autre : une exposition (“D’ici et d’ailleurs”), des rencontres à thèmes, par exemple sur le sommeil ou sur la question des limites. Nous collaborons avec le Centre de Guidance pour enfants et l’ASBL Episode, qui travaille sur l’accrochage scolaire. Nous organisons aussi des goûters à l’occasion de la Fête des Mères, de la Fête de Noël, par exemple. Ce sont des occasions d’échanges entre parents et avec l’équipe. Dans deux écoles, il y a une réunion hebdomadaire, “le café des mamans” : c’est un moment de détente, un moment privilégié qui va leur permettre d’apprivoiser un peu l’école et d’y entrer plus facilement. »

educ 2 bs 38Les relations avec les familles varient selon qu’il s’agit du pré-gardiennat ou de l’école : « L’infirmière scolaire a vraiment un rôle de plaque tournante, d’interface entre l’école et les familles. Le médecin et l’infirmière du Service PSE doivent assurer le dépistage et le suivi des vaccinations et, plus largement, veiller au développement et au bien-être des enfants ; l’infirmière prend aussi en charge le suivi social des familles. Nous devons donc donner des conseils, des explications, des avis, éventuellement orienter les parents – ce qui nous amène à rechercher une relation de confiance avec eux. En pré-gardiennat, c’est encore plus évident : l’infirmière est présente presque tous les jours, elle a un contact quasi-quotidien avec les parents. L’accueil est une notion très importante pour nous : il faut aller vers les parents qui poussent notre porte, créer le contact pour qu’ils se sentent accueillis. Ils sont par exemple toujours invités à la visite médicale, et ceux qui y viennent entrent dans le cabinet médical avec leur enfant. »

Les aspects positifs existent donc bel et bien. Il est clair, cependant, que les équipes PSE rencontrent plus souvent des parents dont les enfants sont confrontés à des problèmes. Quelles sont les principales difficultés qui se présentent ? « En pré-gardiennat, le principal problème qui peut surgir est lié au rôle médico-socialdes infirmières : elles sont tenues de fixer la contribution financière des parents, sur base des revenus de ceux-ci et de barèmes de la Communauté française, qui sont revus chaque année. Elles doivent donc demander toute une série de documents concernant les revenus familiaux ; le montant de la contribution est parfois contesté... Il est très difficile de porter en même temps les deux casquettes : d’une part, vous essayez de montrer que vous pouvez aider les gens ; de l’autre, ils ont l’impression de dépendre de vous financièrement. Et, auparavant, c’était pire : les infirmières devaient percevoir elles-mêmes l’argent ! Nous avons heureusement pu trouver un système pour contourner cette difficulté. »

Mais le moment le plus délicat, c’est lorsque l’équipe médicale met en évidence un problème de développement chez un enfant : « C’est très dur pour les parents. Le message passe très mal, au point que la personne qui le délivre est souvent “brûlée” par la suite : les parents se sentent mis en cause, refusent de regarder le problème en face, cherchent un responsable à l’extérieur de la famille : école, enseignant... Il faut souvent plusieurs entrevues, tout un cheminement pour qu’ils acceptent de reconnaître la situation et admettent qu’ils ont besoin d’aide. »

Un troisième obstacle reste lié au dépistage de la pédiculose : « Il faut expliquer les raisons d’un éventuel évincement, du délai qui doit s’écouler avant le retour de l’enfant à l’école. Ça ne passe pas facilement. D’autres obstacles sont la maîtrise de la langue, notamment écrite mais parfois orale également ; nous essayons d’obtenir des documents traduits, parfois nous faisons appel à un interprète, via Cultures & Santé. Les multiples documents et questionnaires, le langage administratif, tout cela n’est pas très accessible. Les conclusions de l’examen médical peuvent être difficiles à comprendre, et les parents ne perçoivent pas toujours l’importance que cela peut représenter pour la santé de leur enfant. Ils ne cernent pas toujours très bien les missions mêmes du Service PSE, son rôle préventif et non pas curatif, le pourquoi des obligations légales, etc. L’infirmière doit prendre contact avec eux, prendre du temps pour tout leur expliquer, les encourager à consulter si nécessaire... Il y a aussi des obstacles plus pratiques, liés aux heures d’ouverture du service. Et un nombre non négligeable de parents hésitent à franchir notre seuil : c’est quand même un service de santé, c’est un peu l’inconnu, ils peuvent être impressionnés par le statut médical... C’est la même chose avec le seuil de l’école, d’ailleurs, qui représente les études, l’instruction, pour des parents qui ont parfois un douloureux vécu d’échec scolaire. »

Des initiatives extrascolaires

Restons à Ixelles pour entamer un survol de diverses initiatives entreprises, cette fois, hors du terrain scolaire, mais s’adressant toujours aux parents. Nous les présentons bien entendu à titre d’exemples et sans prétendre faire le tour de ce qui pourrait être entrepris en la matière. Nous avons rencontré Lena Dado, responsable du Service Jeunesse et Famille à la Commune d’Ixelles. Les ressources d’activités extrascolaires sur le territoire de la commune sont loin d’être négligeables. Pour les faire mieux connaître, une brochure reprenant toutes les activités destinées aux enfants de deux ans et demi à douze ans a été éditée, et un site Internet est en construction. Par ailleurs, des actions visant directement les parents ont déjà été conduites, avec un réel succès : « Pour les conférences-débats des Midis de la Famille, au théâtre Mercelis, les thèmes sont choisis pour ne pas attirer que des professionnels. L’enjeu est en effet le soutien à la parentalité, surtout autour de deux moments cruciaux : la naissance et l’adolescence. Quatre conférences ont ainsi été proposées en 2003-2004, et cinq en 2004-2005, réunissant chaque fois 80 à 100 participants, parmi lesquels beaucoup d’employés communaux (qui, en tant que parents, ne manquent pas d’interpeller leur hiérarchie ! ) et de professionnels de la petite enfance : crèches, consultations ONE. L’organisation des Midis de la Famille repose sur un partenariat avec l’Ecole des Parents et des Educateurs, la Fondation Françoise Dolto, la Ligue des Familles et le Centre de Prévention du Suicide. Sont ainsi intervenus, ces derniers mois, Philippe Béague (Fondation Dolto), Anne-Marie Dieu (Ligue des Familles), Jean-Yves Hayez (pédopsychiatre, UCL), Béatrix Lekeux (Centre de Prévention du Suicide) et Christine Vanderborght (service de santé mentale Le Méridien). Le délicat sujet du suicide a remporté beaucoup d’intérêt et même suscité des questions très personnelles. »

En août 2004, une Fête des Familles s’est tenue à la “Petite Suisse” ; c’était un forum destiné à mettre en contact les parents et les associations extra scolaires. Stands, démonstrations : l’enjeu était surtout informatif. Un gros succès, puisque 2.500 personnes se sont déplacées l’après-midi. Un nouveau forum est déjà programmé pour le 28 août prochain. Mais avant cela, le dimanche 5 juin, aura eu lieu la Journée des Parentalités. Plusieurs activités sont prévues. Un atelier ludothèque s’adressera au public de tout âge. Des ateliers viseront les parents des 0-6 ans et leurs enfants : massage du bébé, éveil musical, sommeil... Au-delà de l’aspect occupationnel de ces activités, il s’agit de mettre l’accent sur le pourquoi et le comment des pratiques extrascolaires. Les adolescents se verront proposer, heure par heure, une série de thèmes sur lesquels échanger, avec Bettina Abramowicz (psychologue, Aimer à l’ULB), Bernard Demuysère (EPE), Béatrix Lekeux...

En parallèle, des projections de vidéos auront lieu : « Il s’agit de films de 3 à 4’, réalisés par des jeunes sur des thèmes choisis par eux, avec l’aide et l’encadrement du Centre Vidéo de Bruxelles. Ces réalisations, qui ont déjà été montrées, notamment au Centre culturel Jacques Franck, cassent l’image de l’ado qui glande, fume des joints et n’a pas de projet. Ils montrent que les jeunes réfléchissent, se penchent sur le passé, ont des rêves et des passions. Ces jeunes ont joué ce qu’ils avaient envie de communiquer ; c’est leur monde intérieur qui se révèle. Des projections qui pourront donner lieu à des échanges avec les parents présents. Enfin, un DVD a été coproduit avec la Fondation Dolto, toujours dans l’idée de soutenir les parents et non de les abreuver de recettes et de conseils tout faits. Réalisé par Dominique Volckrik, le film se centre sur la période qui suit la naissance et offre des témoignages de parents en veillant à montrer toutes les gammes de la parentalité : mère célibataire, famille “recomposée”, couple “mixte”, très jeunes parents... Il sera projeté en boucle le 5 juin sous la tente de la Fondation. »

D’autres initiatives s’adressent aux familles, d’autres lieux s’ouvrent à elles, comme les espaces de rencontre entre parents et jeunes enfants [3]. La Fondation Françoise Dolto – toujours elle – organise notamment des conférences tant à l’intention des parents que des professionnels. Philippe Béague : « Nous en faisons 40 à 50 par an, avec une moyenne de 60 personnes par conférence : parfois 100, parfois 20. Ce n’est donc pas négligeable mais, évidemment, les participants sont déjà dans une prise de conscience. Ils arrivent avec une réflexion, des questions. Ils acceptent de se déplacer le soir. Ce ne sont pas n’importe quels parents, et ce sont pas toujours ceux que l’on voudrait le plus rencontrer ! Mais nous espérons que cela fera tache d’huile. Nous demandons aux organisateurs d’essayer de mélanger les publics, d’informer tous les services qui touchent à la petite enfance de près ou de loin. »

educ 3 bs 38D’autres propositions sont faites aux parents [4] : groupe de rencontre, groupe de parole autour des questions qui les interpellent : la drogue, le divorce, l’adolescence... « Ces groupes se tiennent à l’initiative des services AMO, des centres de planning familial, etc. Quant à l’Espace Parentalité, à la Fondation Françoise Dolto, il s’agit d’une initiative de prévention qui permet à des parents, accompagnés ou non de l’enfant, de rencontrer individuellement une psychanalyste. Ce n’est pas un travail thérapeutique au sens classique du terme, puisqu’il n’y a pas de prise en charge dans la durée. C’est un temps d’arrêt – trois rencontres au maximum – pour clarifier les choses lorsque les parents sont face à une difficulté d’éducation. Bien souvent, une seule rencontre suffit pour aider le parent à reprendre sa place d’adulte, d’éducateur face à son enfant. Il s’agit parfois simplement de l’aider à trouver les mots pour préparer l’enfant à entrer en crèche ou lui annoncer la séparation du couple. Bien sûr, si la situation est plus complexe, les parents sont soutenus dans une démarche réellement thérapeutique, qui se fera ailleurs. »

La Fondation a créé l’ASBL Re-Sources-Enfances dans un but complémentaire : « Il s’agit d’aider les professionnels de première ligne à oser intégrer une véritable relation d’écoute des parents – sans pour autant devenir psychologue ou assistant social – au sein de leur profession. Mais la notion de soutien à la parentalité n’est pas encore au menu des programmes de formation de base ; nous ne pouvons l’initier que dans le cadre de la formation continuée. Cependant les attitudes commencent à changer. La Ministre de la Santé, Catherine Fonck, nous a demandé de préparer avec elle un décret sur le soutien de la parentalité. Il faut des moyens pour soutenir les lieux de type Maison Verte et tous les lieux où les parents peuvent trouver un appui, y compris les lignes téléphoniques de type Télé-Parents. Et il faut aussi des moyens pour la formation continuée des professionnels. Il faut d’abord aider les adultes. Le pilier familial vacille et les parents sont pleins de culpabilité ; le pilier scolaire est lui aussi dans la tourmente ; et les professionnels de la petite enfance sont eux-mêmes souvent dépassés. L’alliance éducative, cela signifie “simplement” que parents et professionnels aient des moments de réflexion ensemble. Il s’agit d’aider les gens à penser, non de les incriminer. »

Propos recueillis par A. Cherbonnier et F. Kinna

Notes

[1] Voir le dossier de Bruxelles Santé n°36.

[2] A cet égard, on ne saurait trop recommander la lecture de l’ouvrage d’Anne Vega, Soignants/Soignés. Pour une approche anthropologique des soins infirmiers, Bruxelles, De Boeck, 2001.

[3] Voir la brochure Des lieux de rencontre jeunes enfants et parents, COCOF, 2e éd., 2000-2001.

[4] Voir par exemple “Parendados”, initiative prise au Centre de planning familial Aimer à l’ULB (Bruxelles Santé n°37, pp. 18-19).

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