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Le Fourquet à Berchem-Sainte-Agathe

Berchem-Sainte-Agathe, petite commune de la Région bruxelloise, ne compte que quelque 20.000 habitants. Son côté “village” fait sa différence mais aussi sa position géographique : Berchem-Sainte-Agathe est la dernière commune avant la mer du Nord ! “Il n’y a pas si longtemps, on y venait en villégiature car on y sentait déjà le bon air de la mer” nous déclare Nadège Albaret, animatrice et directrice du Centre culturel Le Fourquet. Et c’est vrai que lorsqu’on s’y rend, le dépaysement est total. L’impression d’avoir quitté la ville est bien réelle car ce centre culturel se situe sur le site de l’ancienne brasserie de Berchem dans un lieu particulièrement vert et arboré. Pour faire le portrait d’un centre particulièrement tourné vers l’éducation permanente, nous avons donné la parole à ses animatrices : Nadège Albaret et Ariane Hanin.

berchem bs 38Pour décrire le Fourquet, nous ne pouvons pas faire abstraction de son histoire. C’est dans un climat politique bon enfant et en disposant d’une réelle autonomie que nous avons pu imaginer, créer et fonder le centre dans l’esprit du texte créateur : démocratie et participation du peuple. C’est en effet une assemblée ouverte des Berchemoises et Berchemois qui a déterminé les objectifs d’un projet qui deviendrait un “vrai” Centre culturel. L’assemblée générale constitutive eut lieu le 20 octobre 1997 et le premier engagement de l’animatrice directrice en 1999.

Ce principe d’assemblée ouverte avec les gens, souvent mais pas toujours organisés en associations, qui élaborent, discutent, évaluent et lancent la plupart des projets de “leur” Centre culturel reste aujourd’hui encore essentiel. A cela, il faut encore ajouter certaines caractéristiques propres à la commune : verte, avec une forte densité associative, une majorité de maisons unifamiliales, peu de diversité culturelle, quelques petites PME... bref, avec les forces et les faiblesses d’une commune de périphérie urbaine.

Education permanente – Formation –Information : trois spécificités du Centre

L’axe le plus développé du Fourquet est celui de l’éducation permanente. Au-delà des traditionnelles formations et séances-débats-animations-conférences, cet axe se décline principalement selon deux formes :

  • un Réseau d’échange de savoirs, qui a donné lui-même naissance à un grand nombre d’autres clubs (café-tricot, club de lecture, cinq tables de conversation, club de promenade,...) ;
  • des projets participatifs.

Deux exemples, “Art citoyen, rêvons notre commune” et “La fabuleuse histoire du dragon et du petit peuple de Berchem” résument en quelques objectifs notre volonté : réunir un maximum de personnes, associations, institutions autour d’un projet défini dans le temps, qui allie le volet artistique (le public est mis en relation avec des artistes professionnels) et la réflexion (l’animation est confiée à des personnes aguerries à ce type de projet). Le travail, essentiellement collectif, puise idéalement ses racines dans la parole et la réalité des participants mais, dans tous les cas, des espaces, des temps sont organisés afin de prendre conscience du sens du projet dans lequel ils sont impliqués et pour les amener à se positionner différemment dans l’espace public et par rapport à certaines thématiques de la société.

En 2004, c’est la concrétisation du projet “La fabuleuse histoire du dragon et du petit peuple de Berchem” qui marque le plus la vie de notre centre culturel. Il s’agissait de créer un événement culturel, populaire, festif, de grande dimension, qui réunirait un maximum de Berchemois (associations et particuliers) et qui mêlerait création artistique et action citoyenne. L’événement s’est articulé autour de trois représentations du “Dragon” d’Evguéni Schwartz, spectacle phare de la compagnie Arsenic, élu par la presse meilleur spectacle de l’année lors de la remise des prix du théâtre 2002. Ces représentations ont impliqué plus de 180 Berchemois et ce sont plus de 350 personnes qui ont été concernées dans le processus de construction du projet. Cet événement était destiné à la plus large population possible pour toucher et réunir dans une ambiance festive tous les âges et toutes les classes sociales. Durant un long week-end (vendredi soir, samedi et dimanche), les trois journées ont conservé la même base d’animation. Plus de 750 spectateurs y ont assisté. La promotion très large de l’événement a touché en priorité le public de la région bruxelloise.
Trois aspects importants caractérisaient notre démarche :

  • l’implication de la population berchemoise dans la dynamique du spectacle et la création avec elle d’un événement phare tant au point de vue de ses objectifs que de sa réalisation, tant dans ses aspects artistiques que citoyens ;
  • l’engagement et la réflexion citoyenne. Le parcours a été jalonné par trois moments de réflexion autour de la pièce et de ses thématiques. Tous les participants, acteurs, musiciens mais aussi couturières et constructeurs y ont été invités : une séance de réflexion sur le sens de la pièce, sur le thème de la propagande avec Anne Morelli [1] et sur les choix scénographiques du metteur en scène et de la scénographe par rapport à la thématique de l’ouvrage. Nous voulions que l’inscription dans cette aventure se construise sur base de ce qui, depuis le début du travail de la compagnie Arsenic sur le Dragon, a motivé le choix de cette pièce : défendre un espace de réflexion sur l’action citoyenne et inciter à un réinvestissement actif du domaine civique des populations ;
  • la fédération et l’amplification des forces vives de l’entité de Berchem. Les portes de ce projet ont été ouvertes à tout un chacun afin qu’il s’implique concrètement dans l’élaboration de la fête et de son animation. Une très large campagne de recrutement a été menée lors des événements populaires berchemois.

Une grande soirée “souvenir” fut organisée en octobre 2004 afin de remercier la compagnie Arsenic, les membres du groupe de pilotage et les différents responsables d’ateliers et de montrer deux réalisations “souvenir de l’événement”. Le premier est un montage “photos-paroles” sous forme de DVD de l’évaluation du projet. Le second est un film souvenir réalisé par un ancien reporter de la télévision albanaise qui a suivi, caméra au poing, la construction de ce projet. La sortie officielle de ce film aura lieu au deuxième trimestre 2005.

Proximité et ouverture

Le Centre culturel est le centre de tout qui s’y engage. Les relations sont pointées comme essentielles. Dans les faits quotidiens, chacun investit les lieux de façon presque affective et on peut y côtoyer régulièrement des gens qui “passent” pour dire bonjour, viennent voir s’il n’y a pas un petit coup de main à donner, viennent rediscuter au matin de règles à revoir selon les constats faits la veille au soir. Le Centre est devenu pour de plus en plus de personnes un espace où il leur plaît de venir pour tout et pour rien entre les activités formelles organisées. Les animatrices sont attendues comme accueillantes, écoutantes, soutenantes à l’égard de leurs petits et grands projets et elles se consacrent à ce rôle implicitement attribué par les gens. Des groupes de professionnels de services ou d’administrations voisines se plaisent à se réunir dans ces locaux même quand les leurs sont disponibles. De fil en aiguille, le Centre devient ainsi avec eux une space de rencontre et d’invention de coopérations nouvelles.

Un thème chaque année

Nous essayons de proposer une thématique par an afin d’orienter, de susciter et de fédérer de manière pertinente un certain nombre de nos activités et celles de nos 60 associations membres. Cette année, ce thème sera le 175ème anniversaire de la Belgique.

Maillage en réseaux durables et contractualisations

Au fur et à mesure de son implantation sur le territoire de Berchem, le Centre est devenu un partenaire quasi incontournable dans tous les projets sociaux et culturels. De par sa présence dans de nombreux comités, il est le garant d’un maillage entre tous les pôles culturels, sociaux et associatifs communaux. L’équipe d’animation et le conseil culturel suscitent, au-delà de la simple coordination, une coopération entre ces différents partenaires de façon telle que toute collaboration dépasse la simple juxtaposition d’activités et d’objectifs pour apporter une réelle construction commune et une plus value pour tous. Cette volonté, cet état d’esprit, difficile à faire entendre au début face aux multiples sollicitations et collaborations autour de projets tout ficelés, est désormais devenue chose connue, intégrée et partagée. Aujourd’hui, les associations mas aussi les enseignants, lecteurs de la bibliothèque, parents, travailleurs sociaux s’appuient sur le Centre lorsqu’il s’agit d’innover, de mettre en place un projet d’envergure différente de leurs habitudes. Chaque projet est ensuite rapidement contractualisé et inscrit la définition des objectifs, tâches, rôles et effets concrets attendus, les moyens humains et financiers sont clairement définis et les retombées financières ou autres sont transparentes et débattues à égalité entre les partenaires. Cette opérationnalisation éprouvée par nombre de partenaires permet aujourd’hui l’engagement et la confiance de chacun dans le Centre et dans les autres partenaires.

Diffusion et créativité

Au niveau diffusion, nous réunissons une fois par an les Berchemois pour l’évaluation de la saison et nous collectons différentes suggestions qui, avec celles des conseillers culturels, “prospecteurs de spectacles”, nous permettent depuis 2 ans de proposer une formule “abonnement” de 6 spectacles pour un public de 100 personnes dans une ancienne église. Les genres sont diversifiés. Les “Vendredis du Fourquet” proposent des soirées de différents types : spectacles de danse, théâtre, musique, jazz, humour, chanson (en collaboration avec quatre associations membres : l’ARC, l’APAM, la Crécelle et la Poursuite). Au niveau de l’expression et de la créativité, nous avons institué le principe des ateliers récréatifs réguliers. Tous les mois, deux demi-journées sont organisées (une pour les enfants, l’autre pour les adultes) avec pour objectif de les initier à une technique artistique particulière. C’est ainsi que la patine sur bois, l’art de la table, le feng shui, la magie ou encore une promenade guidée sur “l’art déco” dans la commune ont été proposés aux adultes. Les enfants s’initiaient quant à eux au chant, à la création de masques, à la peinture ou encore au trampoline. Lorsque ces ateliers rencontrent un succès suffisant, nous les proposons en “cycle long” et d’autres sessions voient ainsi le jour : patchwork, art floral, self défense, échecs, ... Nous essayons de varier au maximum les différentes techniques proposées. La demande est grande mais, malheureusement, force est de constater que nous sommes à l’étroit dans nos locaux et que nous ne pouvons assurer avec deux animatrices des activités durant les périodes scolaires sauf si celles-ci sont prises en charge de manière autonome par des “vacataires”. De manière ponctuelle, lors d’événements particuliers (kermesses locales, Fête de la Villa Pirsoul, Fête de la Communauté française, Journées du Patrimoine, Fureur de lire, printemps des centres culturels), afin d’animer de manière originale un après-midi, nous organisons des ateliers spécifiques en lien avec le thème abordé.

Démocratie culturelle : au-delà de la participation dans les instances

La démocratie culturelle va bien au-delà de la participation des Berchemois, structurés ou non dans des associations, dans les différentes instances imposées par le décret. Ils participent à la définition et la mise en place de la définition de leur centre culturel par plusieurs moyens et méthodes :

  • réunions régulières et préparées en ce sens ;
  • prise en compte réelle de leur volonté dans les limites de nos moyens et énergies et en accord avec le projet global du centre ;
  • sollicitation d’une participation active dans certains projets petits ou grands comme “La fabuleuse histoire du Dragon” dans lequel chacun des volets de réalisation était pensé et opérationnalisé avec eux, mais aussi comme la création d’un site Internet pensé, créé et géré par un groupe de personnes suite à une formation organisée par le Centre.

Et l’avenir ?

De manière générale, nous poursuivrons les multiples participations du Centre aux événements locaux,régionaux et communautaires dans la mesure de nos moyens et suivant l’optique du conseil culturel, pour autant que cela ait du sens par rapport à notre projet culturel et que cela implique la participation des associations et/ou institutions locales. Nos objectifs visent à :

  • renforcer la visibilité du centre par la concrétisation de pistes concrètes mais également en affirmant la singularité de ses méthodes de travail et de son projet global dans le paysage culturel communal, régional et communautaire ;
  • consolider le socle commun d’activités proposées par les centres culturels au niveau de l’aide-service, l’expression et la créativité, la diffusion et l’éducation permanente ;
  • lancer un cycle d’initiation aux arts contemporains qui s’appuierait sur l’idée de développer différentes activités ;
  • une exposition annuelle, collective, autour d’un thème (ouverture/découverte) ;
  • un club “Alice aux pays des œuvres”, club d’échange et de discussion autour d’une œuvre (perception et sensibilité intuitive propre) ;
  • des performances ou des rencontres avec des artistes au travail (contact immédiat) ;
  • conduire des projets participatifs nouveaux, alliant réflexion et création artistique et qui correspondent aux objectifs décrits au point précédent. Nous poursuivrons ainsi notre volonté de décloisonner les associations, de renforcer le lien social, de permettre au public de s’exprimer, de redécouvrir sa créativité et d’acquérir de nouveaux outils. Toute cette démarche, collective, sera encadrée à la fois par des artistes mais également par des animateurs et traitera systématiquement d’un enjeu sociétal particulier.

Notes

[1] Historienne, chargée de cours à l’ULB

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