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Tout le monde s’appelle Martine... ou comment l’expression artistique décline la participation

Cette représentation théâtrale s’est déroulée au Théâtre les Tanneurs durant une semaine du mois de novembre. Une aventure artistique et humaine où 18 comédiens amateurs se sont essayés au théâtre pour produire une création collective encadrée par la Cie Théâtre ... à suivre. Histoire d’un processus passionnant où la promotion de la santé n’a pas à rougir de s’être pointée. Un membre de l’équipe du CLPS s’y est joint au même titre que les autres participants. Vécu des coulisses...

Quand l’expression artistique interpelle la promotion de la santé

Il y a de cela quelques numéros, nous avions expliqué le projet du Centre Local de Promotion de la Santé de Bruxelles, dans le cadre des Conférences Locales, d’approfondir le lien entre l’expression artistique et la promotion de la santé. A ce sujet, nous avions émis plusieurs hypothèses et notamment souligné l’urgence d’ouvrir des espaces, créer des moyens pour que la parole de certains, citoyens inaudibles car enferrés dans un certain mal être, puisse trouver des lieux, des moyens de s’exprimer. Afin de se remobiliser, plus confiants en leur capacité à entrer en relation et à communiquer. Nous parions sur l’expression artistique car elle représente, à notre sens, une des expressions les plus intimes de notre liberté et, par l’émotion qu’elle suscite, se pose en force fédératrice, reconstructive des liens humains.

Dans le cadre d’un groupe de pilotage pour ces Conférences Locales, le Théâtre les Tanneurs approche le CLPS par rapport à un nouveau projet de création collective avec des habitants du quartier des Marolles. Il souhaite que nous puissions apporter un regard extérieur à la dimension participative de ce projet. Finalement, un membre de l’équipe s’y investit plus directement et y participe au même titre que les autres comédiens amateurs.

Un espace de création et d’échanges

Le théâtre les Tanneurs vit ce paradoxe : être situé au cœur des Marolles, quartier à forte densité de populations socialement et culturellement défavorisées et se positionner comme théâtre de création contemporaine dont la programmation ne concède rien à la facilité. De ce paradoxe, le Théâtre les Tanneurs opte pour la mise en œuvre d’une philosophie basée sur l’ouverture à la population la plus large, et notamment aux publics culturellement défavorisés, et ainsi vise l’intégration à son environnement. Animations dans le quartier autour des spectacles de la programmation, créations collectives des habitants encadrés par des professionnels ; autant d’initiatives qui misent sur une véritable ouverture et une accessibilité du lieu, du théâtre et de l’expression artistique.

Pour l’année 2004, comme pour le grand bal des Marolles, le Théâtre les Tanneurs relance des ateliers de théâtre, soutenu par le CPAS de Bruxelles, afin de déboucher au mois de novembre sur un spectacle. Pour recruter les participants, le théâtre s’appuie sur des structures associatives et institutionnelles existant dans le quartier, colle des affiches aux endroits stratégiques, insère une annonce dans le journal de quartier. Les membres de la Compagnie Théâtre...à suivre ont même arpenté les cafés du coin, histoire de causer autrement du théâtre.

Le 10 janvier 2004 se déroule la première rencontre. Le groupe est large : 35 personnes. Très jeunes (10 ans) et plus âgés ; je ne me souviens pas si Guillaume, notre vétéran de 80 ans, était là lors de cette première rencontre. L’ensemble en tout cas dégage une forte hétérogènité : des nationalités différentes, des expérimentés, des vrais novices, des très causants, des plus timides... Je me rappelle aussi Juanna qui a déjà participé à des ateliers du CREAHM et qui a poursuivi avec nous jusqu’à la fin... Elle se dit très timide. Elle qu’on n’a pu jamais faire taire même dans les moments de trac intense... Georges, notre perfectionniste de service, peut vous le confirmer. Patricia Balleti, la coordinatrice du projet de quartier au sein des Tanneurs, présente le projet. A ses côtés, l’équipe artistique de la Cie Théâtre ...à suivre : Luc Fonteyn metteur en scène, Nathalie Rjewsky et Muriel Clairembourg : comédiennes. De samedi matin en samedi matin, nous nous retrouvons. Nous travaillons l’improvisation, la voix, le mouvement ; apprivoisons l’espace mais aussi chacune des personnes. Curieux apprentissage où nous allons intégrer les prénoms par des jeux, fixer les visages et les corps par des mouvements, de longs arrêts pour que s’inscrive en chacun une parcelle de l’autre.

Un processus participatif garant d’une vraie place, d’une juste parole

Quelle analyse, encore un peu à chaud, peut en tirer le CLPS en terme de processus ?

Le résultat de ce travail, un spectacle théâtral dans toute sa splendeur, a connu un accueil très chaleureux mais, pour le CLPS, l’intérêt reste de comprendre les enjeux de la participation dans une démarche artistique et de les vivre auprès des intéressés. Il faut reconnaître que le processus en a découragé plus d’un. Il prend du temps, demande à chacun de s’investir et de se délester de l’envie d’être pris totalement en charge. Tous, nous avons été en recherche. L’équipe artistique en première ligne.

Nous avons exploré l’espace de la scène mais aussi cherché ce qui pouvait faire lien entre nous. Que voulions nous dire ? Partager des rêves, des angoisses, jouer du merveilleux, se moquer, oublier. Tout a été jeté : l’un chante du Daho à capella, l’autre aime à s’étendre sur la richesse de l’univers, de la nature et des folklores, celui-ci vient avec des poèmes, une autre avec un rêve. Que faire de toutes ces disparités et ces désirs d’exprimer sa singularité ? Comment arriver à une parole collective et fédératrice ? Trouver une place pour chacun tout en gardant le singulier et en respectant toutes les différences ? Et puis une autre : « quand j’étais petite, je m’identifiais à Martine dans “le petit rat de l’opéra” ». De ce souvenir, très vite naissent des échanges entre les participants. Tous nous avons un avis sur Martine (livres illustrés pour enfants des années 60). Ou, en d’autres mots, chacun se fait une représentation, en fonction de son vécu, de l’univers de Martine. Nous avons trouvé le point “rassembleur”. A partir de cet intérêt collectif, des ateliers d’écriture - animés par la dramaturge Laurence Kahn - ont été mis en place. Et, à partir de ces écrits, ces prises de position “moi je”, Laurence Kahn travaille à reconstituer un puzzle remodelant certaines pièces en s’inspirant des impros afin de tisser le texte du spectacle. Chacun apportant sa pièce personnelle pour constituer cette œuvre collective. Nous construisons ce que nous voulions dire de ce monde de Martine, trop lisse, si loin de notre réalité. Sans jouer dans la caricature, en apportant notre parole unique. Le texte appris, il faut trouver, avec l’aide précieuse des comédiens, le ton, la voix, la forme... un vrai travail pour surmonter ses résistances personnelles. Dix-huit comédiens sur une scène, c’est aussi arriver à un filage fluide : que d’heures passées à s’arrêter, chercher, recommencer pour être au plus précis, au plus vrai de ce que nous avons à faire entendre et sentir.

Ce processus est lent, ponctué de plaisir, de fous rires comme de moments plus douloureux : dire juste n’est pas facile ; il faut explorer ce qu’on a trop longtemps passé sous silence par peur et pudeur.Travailler ensemble en groupe, c’est aussi vivre des tensions, dépasser des comportements ou sentiments d’exclusion que certains adoptent en guise de protection. Travailler en groupe, c’est aussi être surpris de voir que le courant passe entre des êtres parfois tellement différents et qu’ensemble on peut être proche le temps d’un travail. Le temps d’un spectacle. Ou plus encore pour certains. Et qu’on peut prendre de l’énergie à reprendre la route parce “qu’on croyait qu’on était tout seul mais qu’en fait on est tout plein à être tout seul”...

Le spectacle “Tout le monde s’appelle Martine”, fruit de ce travail collectif, est un des résultats de ce projet global. Mais d’autres résultats, effets personnels et collectifs sont engendrés tout au long d’un tel processus. Etre acteur sur scène c’est aussi une façon de se remobiliser pour être davantage acteur de sa vie et de sa santé.

Patricia Thiébaut

Avec : David Alpen, Victor Burton, Georges Charuel, Geneviève Danlois, Mickael Diakite, Marie et Nela Djangani, Tracy Engo, Jean-Louis Froment, Guillaume Francqx, Ingrid Lapiere, Laszlo Mechler, Vanderlan Marques, Catherine Martin, Gemma Mattiussi, Valérie Muller Kurz, Juanna Pollefait, Patricia Thiébaut, Renilda et Vanessa Van Diest.
La scénographie est assurée par Christine Flasschoen, assistée de Samuel Dronet.
Sans oublier l’équipe technique des Tanneurs : Sébastien Courtoy, Marc Defrise, Christophe Lagneaux,Thomas Hermignies
Et le soutien de Béatrice Van Leuven.

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