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« Ma ville en jeu »

Le CASG de la Ligue des Familles vientd’éditer, en partenariat avec la Poste, Lire et Ecrire Bruxelles, Fortis Foundation Belgium et la COCOF, un jeu éducatif baptisé « Ma ville en jeu » et sous-titré « A la découverte des services d’une ville ». Ce projet a vu le jour dans le cadre d’un cours d’alphabétisation pour femmes à la Maison de quartier La Rosée, à Cureghem (Anderlecht). Nous avons rencontré Anne Segers, assistante sociale, qui a conçu et coordonné le projet.

D’où vient l’idée de ce jeu ? “Je débutais comme formatrice en alphabétisation et, comme je travaillais bénévolement dans une ludothèque, j’amenais des jeux et je les utilisais dans le cours. Les apprenantes accrochaient bien, et cela permettait de faire circuler la parole : chacun a sa place dans un jeu. Bien qu’il existe beaucoup d’outils ludiques, j’ai fini par me demander pourquoi nous ne fabriquerions pas notre propre jeu. Le thème de l’environnement urbain a été choisi parce qu’il correspondait à la fois à l’objectif de la formation et à la demande des femmes : pouvoir se débrouiller dans la vie de tous les jours. Que ce soit en matière de démarches administratives, de soins de santé, d’éducation des enfants, etc. Cet outil pouvait en outre être intéressant pour d’autres formateurs et animateurs. A ma connaissance, il n’existe d’ailleurs pas d’autre jeu partant des besoins et des ressources dans un environnement urbain.”

Ce qui a joué le rôle de catalyseur dans la concrétisation de cette idée est l’appel à projets lancé annuellement parle Fonds de la Poste pour l’alphabétisation. Un dossier a été introduit, et le projet a été accepté. Sa réalisation a compris plusieurs étapes. Les apprenantes ont commencé par identifier les services qu’elles pensaient contribuer au bien-être en ville. Cela a déjà été l’occasion pour elles de mieux connaître leur environnement, de découvrir des lieux qu’elles n’avaient jamais fréquentés : le Musée royal des Beaux-Arts, une ludothèque, un centre culturel, un centre de planning familial... Ensuite, elles ont cherché des formes graphiques (lettres, images...) dans des revues, et elles ont créé des dessins à l’encre de Chine et au pastel. Une composition de ces différents éléments adonné l’image de leur ville de tous les jours. Comme on le voit, l’élaboration de l’outil a fait l’objet d’un travail collectif, même si, une fois ces étapes parcourues, une graphiste professionnelle (Ana Teixeira) a pris le relais pour réaliser un prototype du jeu. La question était donc : comment faire en sorte que le groupe ne soit pas dépossédé de son travail ?...

Anne Segers : “Il faut d’abord dire que trois ans se sont écoulés depuis le moment où nous avons reçu le financement. Le groupe n’était plus le même. Par exemple, une seule des femmes qui avaient créé les dessins était encore là. Mais je tenais à la continuité. La maquette réalisée par la graphiste a été ramenée dans le groupe, pour voir si elles comprenaient bien le schéma proposé et si elles avaient des modifications à suggérer. Nous avons beaucoup travaillé la compréhension et la mémorisation du fonctionnement du jeu, car il était prévu qu’elles présentent elles-mêmes le jeu à l’extérieur. Cela devait rester un projet collectif malgré les modifications de la composition du groupe. En quelque sorte, le principe était : « on se passe le flambeau ». Pour la même raison, j’ai continué à les impliquer une fois que le processus est devenu technique : j’expliquais les démarches que je faisais, je disais pourquoi tel logo figurerait sur la boîte, etc.”

Comment se présente le jeu ?

Il se compose de cartes « services » représentant les ressources de la ville et les rues où elles sont situées ; de cartes « objets » représentant les besoins de tous les jours (de la nourriture à l’électricité, en passant par les timbres ou les poubelles) ; de cartes « questions » portant sur les informations que l’on doit maîtriser pour « vivre sa ville » ; d’un dé et de quelques pions de couleurs. Les cartes « objets » et « questions » sont empilées, face cachée. Les joueurs composent ensemble une configuration de la ville (comme un puzzle, mais sans modèle), les rues devant communiquer entre elles. Une carte « objet » est alors retournée : le but est de trouver le ou les lieux correspondant à l’image. Chaque joueur se déplace à l’aide du dé, comme dans un jeu de l’oie. Le joueur qui arrive à l’endroit recherché tire une carte « question » et essaie de trouver la réponse, la question n’étant pas forcément liée au lieu où il se trouve.

Il s’agit en fait d’un véritable outil d’éducation permanente : le processus est aussi important que le résultat. Anne Segers : “Acquérir des connaissances sur les ressources de la ville n’est pas le seul objectif. Le jeu est aussi un déclencheur de la communication entre les membres du groupe. Les gens ont tant de choses à dire concernant la vie en ville, ils ont des expériences à relater, ils peuvent échanger des informations, découvrir des compétences. Un exemple : une des femmes se demandait dans quel sac-poubelle (bleu, jaune, vert...) il fallait mettre les lames de rasoir usagées. Une autre a pris son GSM et a directement appelé Bruxelles-Propreté. Pour moi, la boucle est bouclée quand la communication s’installe, quand il y a échange de savoirs. Une telle ne s’en sort peut-être pas très bien avec le jeu mais, suite à une expérience personnelle, elle a des choses à dire sur les contrats de bail.”

Le jeu a été testé tant auprès d’adultes (souvent socialement défavorisés) que d’enfants (3e et 4e primaires) et de professionnels de l’animation. “Les réactions ont été très positives. Une des femmes disait : « mais on pourrait faire ça nous-mêmes ! »... En fait, on dispose maintenant d’un objet qui est la fois un produit fini et un outil souple, adaptable, perfectible. L’enjeu est que les animateurs, les éducateurs, etc., se l’approprient. Et aussi les parents : le jeu est l’occasion de mettre en présence plusieurs générations, pour prendre simplement un peu de bon temps ensemble, en laissant une place à chacun.Cela se concrétise par exemple lorsque les mamans prennent le temps de jouer avec leurs enfants, parce qu’elles sont capables de le faire et qu’elles en voient l’intérêt et le plaisir. Il est important que les enfants et même les adultes scolarisés se rendent compte des aptitudes et des potentialités de nos apprenantes. C’est aussi une manière de casser le stéréotype de la « femme soumise et inculte d’origine étrangère », une occasion pour elles de se manifester en dehors du cadre traditionnel et d’être valorisées.”

Un (en)jeu : s’approprier l’outil

Pour encourager les adultes à s’approprier le jeu, des variantes sont proposées : « un tour en ville », formule simplifiée qui permet aux personnes peu habituées à ce type de jeu de se familiariser avec le maniement des cartes, des pions et du dé ; « une journée en ville », dont le but est de réaliser une série de démarches sans dépasser le budget alloué au départ (15 €). Des prolongements éducatifs ou ludiques sont également suggérés :

un atelier d’écriture à partir des noms des rues ;loto ou memory avec les cartes « services » et « objets » ;identifier les logos ;apprendre à s’orienter, à utiliser un plan, un bottin de téléphone ;effectuer des recherches pour mieux se débrouiller en ville, collecter des informations pratiques sur les différents services (heures d’ouverture, conditions d’accès, tarifs, programmes...) ;apprendre à formuler des questions, à préparer une démarche en groupe.

Le public cible de ce jeu est vaste, et les relais potentiellement concernés sont nombreux : formateurs en alphabétisation, instituteurs de 3e et 4e primaires, ludothèques, membres et bénévoles de la Ligue des Familles, associations d’éducation permanente... et bien sûr les autres CASG bruxellois. Le coût de l’objet est modeste : 20 €. Les amateurs sont invités à contacter Anne Segers au 02/505.58.00 ou à envoyer un e-mail à Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser..

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