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Conférence Locale à Bruxelles : quand la culture, vertu de critique sociale, interpelle la promotion de la santé.

Depuis 5 ans, le Centre local de Promotion de la Santé de Bruxelles développe de nombreux partenariats sur le terrain bruxellois. La notion de promotion de la santé est une notion difficile à s’approprier. Pour pallier à cette difficulté, la Ministre de la promotion de la santé en Communauté française, Nicole Maréchal, a proposé aux CLPS de la Communauté française d’impulser des Conférences Locales. Ces Conférences Locales poursuivent plusieurs objectifs dont celui de la réduction des inégalités sociales face à la santé. Pour le CLPS de Bruxelles, il est aussi une opportunité de faire se rencontrer les différents secteurs et associations extrêmement denses dans la région bruxelloise. Toutefois, il s’agit de rester modeste, le CLPS n’ a pas l’ambition de réunir tous les partenaires mais de travailler sur un axe fédérateur : l’approche culturelle en tant qu’expression artistique et parole citoyenne.

Travailler à Bruxelles signifie côtoyer la richesse d’initiatives de la vie associative, rencontrer sur un mode pluriel le foisonnement des coordinations et dès lors, s’interroger continuellement sur le lien qui pourrait faire cohésion et sur l’apport des missions d’un Centre Local de Promotion de la Santé dans cet ensemble d’intérêts parfois corporatistes. La promotion de la santé reste une notion difficile à intégrer et si elle n’est pas réduite à celle “d’éducation à la santé” dans l’esprit de beaucoup, elle comporte une forte connotation médicale. Les Conférences Locales viennent ainsi à point pour donner sens à la notion de promotion de la santé : sortir du champs réducteur de la santé pour en donner une vision plus créative et dynamique. En travaillant dans une approche de santé communautaire, les notions de participation, de décloisonnement et d’intersectorialité pourront être plus opérantes. Il s’agit de mettre à l’ouvrage ce concept de promotion de la santé. Mais comment et autour de quel axe fédérateur et rassembleur ?

Le CLPS de Bruxelles, par ces expériences antérieures, notamment le “Festival Drogues Pur Kultur” projet initié par l’asbl Projet Lama, a déjà eu l’occasion d’articuler la promotion de la santé avec la culture entant qu’expression artistique. La culture ne constitue-t-elle pas aussi un des déterminants de la santé ? La promotion de la santé n’est-ce pas aussi prendre en compte la subjectivité que revêt pour chacun la notion de “santé” ? Relevons la réflexion d’un groupe de jeunes qui avait monté une dynamique santé au sein de leur quartier :“la santé pour une personne, c’est un tout, c’est l’épanouissement du corps, la libération de la parole, la réussite de la vie relationnelle, et la dynamique d’insertion.” [1]

Une définition qui ouvre des perspectives et nous renvoie à des notions essentielles ayant aussi attrait à la vie en société. Cette conception de la santé pose la question de la place de chacun, de l’espace donné à l’expression, qu’elle soit de l’ordre de la parole ou non, des moyens et des formes pour l’encourager à émerger et à se construire. Cette conception nous renvoie aussi à la reconnaissance de cette parole, des liens sociaux, du plaisir d’être ensemble mais aussi d’agir ensemble. Peut-on alors explorer la piste qu’un projet et/ou une démarche d’ordre culturel constitue un levier à la construction d’une stratégie dynamique de promotion de la santé ?

La culture peut-elle permettre de dépasser “les discours” sur les inégalités sociales ?

Actuellement, on peut constater que le travail (emploi) ne joue plus le rôle de grand intégrateur. La notion et les représentations du travail comme unique mode de socialisation sont à considérer avec réserve. Se pose alors à l’individu, à chaque travailleur engagé dans l’action sociale (et peu importe comment on la nomme : promotion de la santé, culture, éducation permanente, enseignement) une série de questions. La plus récurrente : quelle place pour ceux qui vivent dans des conditions de fragilité sociale entraînant les maux les plus divers, en termes de santé, notamment ? En tant que professionnel de la santé, du social,... ne privilégierons-nous pas “un discours sur”, à propos des personnes plus fragilisées ? En les excluant de l’espace de parole, n’est-ce pas réduire ces personnes à des objets de réflexion, à des “usagers” de nos projets ?

Une question se pose : comment intégrer ces personnes dans un processus de réelle participation ? Par quel biais, respectueux de l’identité, faire émerger cette parole ? La santé communautaire apparaît comme une des approches pour susciter cette participation. C’est à la communauté qu’il appartient de définir ses besoins et de mener sa propre recherche pour identifier, proposer, construire des solutions. La santé communautaire ne peut s’inscrire que dans une dynamique de solidarité et de dialogue. Il s’agit également de créer un contexte où la rencontre de l’autre et l’ouverture seraient à voir, non pas comme un risque à prendre mais comme une véritable chance de régénérer des conceptions trop figées.

La création artistique comme dynamique d’action où le langage tient une place.

Entendons par langage tout moyen d’expression, création et donc, prise de position. L’approche culturelle serait un moyen facilitant l’accession de l’individu à son émancipation, concourrant à son bien-être et à sa qualité de vie. Elle permet de lui offrir une place et de tenir compte de ce qui est dit autrement. Peut-être est-ce là aussi le nouveau pari du débat démocratique.

De quelle participation s’agit-il ?

Que la culture soit un vecteur rassembleur qui fait lien est facilement compréhensible. La culture n’est pas une répétition de représentations, d’expériences uniquement soucieuses de divertissement. Nous souhaitons promouvoir une conception directement politique de la culture comme un espace d’échange, de convivialité, de prises de positions critiques. Nous sommes conscients des limites, des impasses, des dérives que peut engendrer cette approche. Soucieux de création d’espaces conviviaux, sources d’identité et de reconnaissance, il reste à ne pas verser du côté de la démagogie et à ne pas instrumentaliser la culture. Si la culture peut jouer un rôle crucial dans la revitalisation de certains quartiers, dans des projets d’intégration et d’émancipation sociale, restons vigilants pour qu’elle ne fasse pas office de diversion d’une vraie parole. Nicolas Frize, musicien, met en garde contre cette tentation “faire des raccourcis en cherchant à compenser l’absence de pratiques citoyennes par des pratiques artistiques en laissant croire que les pratiques citoyennes consistent en des pratiques artistiques” [2]

Le concept de participation lié aux pratiques communautaires n’est pas exempt d’ambiguïté, de questions complexes notamment par rapport au pouvoir. Dans quelle mesure les décideurs politiques et les professionnels sont prêts à ouvrir un espace de parole, de revendication, de partage de pouvoir ? Qu’est-ce que cela entraîne en terme de négociation, d’ “altération” quant à un projet initial déjà structuré et peut-être trop cadenassé ? Interrogeons-nous également sur la prégnance du discours “participatif” qu’on retrouve dans les secteurs les plus divers. Est-ce le nouveau masque qui cache les rapports de pouvoir ? La participation pose la question de la place de la population et du professionnel ; de la proximité entre les deux pouvant amener la confusion et empêchant une réelle implication des habitants et de leur parole. Bien des questions se posent encore, de quoi alimenter la réflexion du groupe de travail et vous en dire plus d’ici quelques numéros.

Bégonia Montilla, Patricia Thiébaut, Catherine Vegairginsky
CLPS de Bruxelles

Notes

[1] Pratiquer la santé communautaire, de l’intention à l’action, Institut Théophraste Renaudot, édit. Chronique Sociale, 2001, p 44

[2] N FRIZE : L’art, l’expression d’une citoyenneté dans Culture et Société, décembre 1996

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