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A travers l’expérience d’un service d’écoute téléphonique : la maltraitance des personnes âgées

Même si, ces dernières années, notre société a pris conscience de l’importance de la maltraitance des enfants ainsi que des violences conjugales, elle semble encore ignorer la maltraitance de nos aînés : souvent plus fragiles physiquement et mentalement, souvent plus dépendants, ils sont d’autant plus vulnérables vis-à-vis de leur entourage, familial ou professionnel.

La notion de maltraitance des personnes âgées est assez large. Dans un premier temps, des études [1] en ont approché la réalité : entre 5 et 20% des personnes de plus de 60 ans seraient concernées, la majorité des victimes étant des personnes d’environ 80 ans en situation de fragilité psychique ou physique. Ces études ont également montré la diversité des formes de maltraitance qui sont souvent associées : elles vont des violences psychologiques aux abus financiers en passant par les négligences et les sévices physiques.

Dans la plupart des cas, les auteurs de maltraitance sont des proches de la personne âgée : conjoints, enfants, voisins, amis, connaissances... La fatigue, le stress, l’usure du proche dans les soins et la prise en charge de la personne âgée peuvent l’amener à devenir maltraitant. Des conflits anciens resurgissant à l’occasion de cette prise en charge constituent un autre facteur de risque. En institution aussi, il arrive que des personnes âgées soient maltraitées, que ce soit par négligence (comme le manque d’assistance lors des repas, des résidents laissés trop longtemps dans une certaine position...), maltraitance psychologique (manque de respect pour la personne comme le tutoiement abusif, le manque de douceur dans les soins...), physique (gifles, bousculades, coups...) ou encore abus financier et de biens.

Quel que soit le lieu de maltraitance, la difficulté est de percer la chape de silence. Silence de la personne maltraitée, silence de l’entourage et silence du personnel soignant. En effet, si la victime accepte parfois d’en parler, bien souvent elle ne souhaite pas que “cela aille plus loin”, par gêne, par fatalisme, par peur des représailles ou par souhait de protéger l’abuseur.

Où trouver de l’aide ?

Face à une situation de maltraitance, que l’on en soit victime ou témoin, il ne faut pas rester seul. Parler ouvertement de ce qui fait souffrir ou d’un comportement déplaisant est la première démarche indispensable pour (r)établir un dialogue. Si nécessaire, on peut s’adresser à des centres d’écoute téléphoniques tels que le service Alma Wallonie-Bruxelles. Ce centre spécialisé dans l’écoute de la maltraitance des personnes âgées a pour missions d’écouter, informer, soutenir et orienter les personnes âgées, leur famille ainsi que les professionnels confrontés à la réalité de la maltraitance, que celle-ci se produise en institution ou à domicile. Concrètement, le service, composé d’écoutants professionnels, est destiné à toute personne, qu’elle soit victime, “auteur” de faits de maltraitance, ou encore proche de la victime ou professionnel. Il garantit l’anonymat et la confidentialité.

En outre, ce service a le souci de développer :

  • un travail interdisciplinaire tant dans l’écoute que dans le développement du réseau sur lequel il s’appuie ;
  • un travail de collaboration et de partenariat avec tous les services impliqués dans la prise en charge des personnes âgées à domicile et en institution ;
  • un travail de sensibilisation et de formation des professionnels à une approche de la maltraitance tout en ouvrant la réflexion sur la bientraitance.

Comment aborder la maltraitance

Tout témoignage de maltraitance appelle à la prudence, car il n’est pas aisé de trouver le chemin de l’objectivation des faits. Tant au domicile qu’en institution, des dynamiques complexes sont à l’œuvre dans les déclarations, les scénarios de violence. Ainsi, la naissance de ce phénomène est difficile à déterminer mais il est rare qu’il apparaisse du jour au lendemain ; il prend vie dans l’histoire ou la relation qui “relie” ou “délie” les protagonistes. Cela nécessite une lecture globale tenant compte de tous les éléments présents dans la situation : les liens familiaux, l’histoire familiale, le vécu de chacun, la santé physique et psychique (les maladies, les troubles, les dépendances), les enjeux de la situation (affectifs, relationnels, sociaux, financiers...), le type de maltraitance, les protagonistes.

Comprendre les causes d’un comportement violent ne signifie pas accepter l’abus commis. Cependant, il est important d’éviter le piège du jugement qui condamne et réduit la situation à une lecture linéaire “abuseur-abusé”. En effet, nous avons tous notre propre sensibilité, nos faiblesses et nos forces et, un jour ou l’autre, nous pouvons devenir maltraitants. En outre, la maltraitance est une souffrance “qui cherche à se dire et n’a pas trouvé d’autre manière de s’exprimer ou de se faire entendre” : l’auteur d’abus est lui-même en difficulté et a besoin d’aide et de soutien. La maltraitance, du fait de sa dimension subjective, n’est pas facile à approcher mais, quels que soient sa réalité ou son degré de gravité, il importe d’entendre que la personne souffre réellement et que le seuil de tolérance de chacun est différent.

Un regard sur les situations rencontrées

Pour chaque situation de maltraitance, un dossier est ouvert par l’écoutant. Depuis la naissance du service en 1999, 607 dossiers ont été créés. Un tiers (33%) des appelants sont des personnes âgées se plaignant de maltraitance ; les 67% restants se répartissent entre les professionnels (23%) et les familles et proches de personnes âgées (44%). Souvent associées, les maltraitances les plus fréquentes sont les maltraitances psychologiques (37%), financières (28%), les négligences (17%) et les sévices physiques (9%). Suivent, plus marginaux, les abus médicaux et les maltraitances sociales (comme le placement forcé).

Dans plus de la moitié des situations traitées par le service Alma Wallonie-Bruxelles, la maltraitance est le fait de l’entourage familial. Dans la sphère familiale, les principaux auteurs sont des fils (35%), des filles (22%) et des conjoints (21%).

De la maltraitance à la bientraitance

Aborder la réalité de la maltraitance n’a de sens que si on peut mettre en œuvre ce qu’on a découvert, par exemple au travers d’actions de prévention. S’engager dans la voie de la bientraitance fait partie de ce cheminement. Bien traiter, c’est accepter la personne âgée dans sa position sur l’échiquier social, lui reconnaître non seulement ses droits, ses émotions et le droit d’en parler, mais aussi ses besoins et sa compétence à les déterminer. Il s’agit aussi de lui reconnaître sa capacité à gérer sa vie.

Parler de bientraitance n’est pas un simple euphémisme. Il s’agit d’approcher de façon positive la personne âgée, de vivre les relations, les attitudes, les comportements avec un regard qui la reconnaît comme être humain à part entière, avec ses besoins, ses désirs, son histoire... Il s’agit d’aller au-delà des gestes techniques pour rendre aux soins leur dimension humaine [2]. Au-delà d’une relation fonctionnelle, la bientraitance conduit à s’interroger à propos de ce que l’on peut apporter à autrui, en tant que personne en lien avec lui et/ou entant que professionnel.

Pour l’équipe Alma Wallonie-Bruxelles
Bernadette Taeymans

ALMA WALLONIE-BRUXELLES
(Allô Maltraitance Personnes Agées)
Permanence téléphonique tous les jours ouvrables de 9 à 16h sauf le mercredi : 081 420 150.

Notes

[1] Anneleen Vandenberk, Sybille Opdebeeck et Frans Lamertijn, La violence et les sentiments d’insécurité chez les personnes âgées. Prévalence et conséquences, KUL, 1998 ; Marie-Thérèse Casman et Valérie Lenoir, Vieillir en maison de repos : quiétude ou inquiétude ?, ULg, 1998.

[2] Le 1er décembre 2001, pour fêter son dixième anniversaire, l’asbl Permanence Soins à Domicile organisait un colloque sur le thème “Domicile et bientraitance”. Les actes de ce colloque sont disponibles auprès de l’asbl PSD moyennant le versement de 6,50 €au compte 786-5689576-25 de PSD, avenue Dr G. Thérasse 1, 5530 Yvoir, avec la mention “actes du colloque 01.12.01”.

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