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Le CASG de l’Entr’Aide des Travailleuses

Comme on l’a expliqué dans cette même rubrique (n°26), les missions des Centres d’Action Sociale Globale (CASG) se situent aux niveaux individuel, collectif et communautaire. L’action communautaire recoupe souvent le champ de la santé, on va le voir à nouveau. Corinne Moulin et Florence Goens, assistantes sociales au CASG de l’Entr’Aide des Travailleuses (rue des Tanneurs) nous exposent deux projets menés en partenariat dans les Marolles.

Corinne Moulin : L’Entr’Aide des Travailleuses existe depuis 1926 et est bien implantée dans le quartier. Outre le service social, elle comprend un service médical, un service psychologique et un service de soins et d’aide à domicile. En plus, nous avons la chance d’accueillir dans nos locaux, depuis des années, des consultations de l’ONE (prénatale, nourrissons et 3-6 ans) ; les mamans qui viennent consulter peuvent donc s’adresser aux autres services. Le CASG existe depuis 1998, dans le cadre du décret de la COCOF. L’équipe comprend quatre assistantes sociales ; elle est coordonnée par Jacques Verstraeten, qui est aussi le directeur de l’Entr’Aide. Plusieurs projets d’action collective et communautaire, menés en partenariat, sont financés par le Contrat de quartier Tanneurs, qui en est à sa troisième année. Florence coordonne le projet “Promotion de la santé et de l’environnement” avec Delphine Louterman ; pour “Toile de jeux”, c’est moi qui suis la personne de référence avec Renée Vanliefland.

Qui fréquente le service social ?

Comme l’Entr’Aide des Travailleuses comprend de nombreux services, l’association reçoit tous les types de populations. Il y a des Belges, plutôt âgés, des personnes issues de l’immigration espagnole, portugaise, maghrébine ; pour les demandes de régularisation, des Africains sont venus chez nous, des Latino-Américains...En ce qui concerne spécifiquement le service social, 95% sont d’origine marocaine. Ils viennent voir l’assistant social pour les aider au niveau administratif : remplir les papiers, comprendre les formulaires... Il y a dans ce quartier trois grands ensembles de logements sociaux : la Querelle et les Brigittines, qui dépendent du Foyer Bruxellois, et Sorelo. Ce sont des familles à faible revenu, principalement des revenus de remplacement : beaucoup de gens sont sans travail.

Florence Goens : Nous travaillons surtout avec la population du bas des Marolles : entre la rue Blaes et l’avenue de Stalingrad. Les gens du haut des Marolles (entre la rue Blaes et le Palais de Justice) descendent peu dans le bas, et vice-versa. La zone de la rue Blaes et de la rue Haute est un peu le no man’s land ; c’est aussi la partie des Marolles que connaissent les touristes, autour du Vieux Marché. Dans le haut, du côté de la Samaritaine, on trouve encore une population d’anciens Marolliens, belges, quart-monde.

Corinne Moulin : La population du service social comprend aussi quelques anciens du quartier qui ont déménagé à Saint-Gilles, Anderlecht, mais continuent à venir. Certaines familles fréquentent le service social depuis deux, trois générations ! Notre public est constitué de parents, de jeunes adultes (18-25 ans) qui viennent pour une recherche d’emploi, les papiers du chômage, le mariage, le regroupement familial, les séparations... Les plus jeunes viennent rarement chez nous ; ils vont plutôt dans les maisons de jeunes du quartier.

Une enquête sur la santé et l’environnement

Florence Goens : Ce projet a d’abord été pensé en termes de citoyenneté, à partir d’un expérience de groupes de parole. Avec l’arrivée du Contrat de quartier, nous l’avons repensé en termes de promotion de la santé et de l’environnement – environnement au sens de logement, habitat, quartier. Nos partenaires dans ce projet sont la Maison médicale des Marolles, le Centre de Santé du Miroir, le CPAS de Bruxelles-Ville, Habitat & Rénovation et une association néerlandophone, Vrienden van ‘t Huizeke. Nous avons voulu commencer par un état des lieux, via une enquête auprès de la population du quartier, que nous avons élaborée avec l’aide de partenaires extérieurs, dont Marianne Prévost, de la Fédération des Maisons médicales. L’enquête a été menée de juin à octobre 2001. Comme nous voulions interroger tous les habitants, et pas seulement ceux qui fréquentent les associations, nous avons fait du porte à porte.

Cent vingt-et-un questionnaires ont été remplis, selon la méthode de l’entretien semi-directif. Les gens ont été interrogés sur leur logement, leurs relations avec le propriétaire, le nettoyage et l’entretien, la sécurité, etc. Nous voulions aussi savoir s’ils faisaient le lien entre leur santé et leur logement. Le travail de dépouillement et d’analyse a été dirigé par Christine Gilles, infirmière en santé communautaire au Miroir, qui suivait une licence en santé publique. Dans le cadre de son mémoire, elle a réalisé une évaluation à mi-parcours, relevant les points forts et les points faibles du projet et analysant le fonctionnement du Contrat de quartier lui-même. C’est un outil qui permet un regard critique “de l’intérieur” sur notre projet et sur l’ensemble du système dans lequel il prend place. Les deux gros problèmes qui ressortent sont le sentiment d’insécurité et le manque de propreté. Nous allons essayer de travailler par rapport à cela, en sachant très bien que ce sont des problèmes multifactoriels. Nettoyer, par exemple, n’est pas suffisant ; il y a toute une dimension de citoyenneté qui joue.

La “maison des dangers”

Nous avons aussi travaillé parallèlement à l’enquête, qui a pris beaucoup de temps. Suite à une fête de quartier, nous avons créé la “maison des dangers” sur le thème des accidents domestiques. C’est un module composé de huit trompe-l’oeil prises de courant...) que les problèmes de monoxyde de carbone, d’humidité, etc.

Ces animations ont eu un certain succès. Nous avons maintenant le projet d’installer la maison dans un local pendant plusieurs semaines, afin de permettre aux associations qui en font la demande de venir avec un groupe. Des groupes déjà constitués nous permettront de travailler plus en profondeur. Nous y aborderons aussi des thèmes comme les premiers soins et la pharmacie, d’une part, les cafards, l’humidité et le CO, d’autre part.

Nous avons d’autres projets, comme une mini-formation pour travailleurs de terrain sur les problèmes qu’ils pourraient identifier en se rendant à domicile (humidité, CO, etc.). Qu’est-ce que les travailleurs sociaux, qui ne sont ni techniciens, ni architectes, ni ingénieurs, peuvent donner comme conseils aux locataires ? Des choses très pratiques : aérer, installer du chauffage, nettoyer les taches d’humidité... Car il y a beaucoup à faire ; certes, les défauts structurels sont réels, mais il ne faut pas nier que certains problèmes sont liés à la mauvaise gestion des lieux par les locataires. Même si on n’arrive pas à éliminer l’humidité, on peut améliorer ses conditions de vie. Ce projet serait mené en collaboration avec M. Laurent Van Hasselt, de l’asbl Habitat Santé.

Journée Propreté dans les Marolles

entraide bs 28Des habitants ont voulu organiser une Journée Propreté dans le quartier, qui est excessivement sale. Nous les avons fortement soutenus en prenant en charge toute la gestion du projet. Un des aspects importants de cette journée réside dans la collaboration entre les habitants, l’associatif et la Ville de Bruxelles. La Ville nous a prêté cinq machines, sans compter tout le matériel (balais, gants, poubelles, etc.), et sept agents d’entretien nous ont soutenus. La journée a commencé par un petit déjeuner très convivial, offert par le Centre de contact de la Ville, réunissant les habitants, les associations et les membres de Bruxelles Propreté. Après le nettoyage des rues, à midi, le CPAS de Bruxelles a offert un apéritif et les jeunes du quartier ont organisé un barbecue. Ensuite nous avons fait des animations pour les enfants sur le thème de la propreté. Un château gonflable a été offert par le Foyer bruxellois, le bus de Bruxelles Propreté était présent, l’IBGE tenait un stand “achetez malin”, Habitat & Rénovation a organisé une opération “balcons fleuris” et le groupe “Santé Environnement” a présenté son enquête.

Les habitants ont apprécié cette journée, mais l’impact au niveau de la propreté est très limité dans le temps et il est difficile d’évaluer le degré de sensibilisation des gens. Par contre, il semblerait que, pendant les vacances, il y ait eu beaucoup moins de problème avec les jeunes. Et le comité “Vivre à la Querelle”, qui s’est reconstitué en septembre 2002, a l’intention de réitérer l’expérience en 2003.

Et le projet “Toile de jeux” ?

Corinne Moulin : Au départ, il y a le projet de l’ONE, “Si on jouait”. A partir de là, nous avons eu l’idée de montrer aux parents le plaisir du jeu et d’amener une discussion sur le choix des jeux et sur leur aspect éducatif. C’est, à mon avis, un excellent outil de prévention par rapport aux limites et à la relation parents-enfants. Je trouvais intéressant de commencer très tôt, avec les tout petits et les mamans. C’est un support intéressant pour amener les parents à dire des choses avec leurs enfants et sur leurs enfants. Par ce projet, nous essayons notamment d’apporter une alternative à la TV, qui est souvent branchée en permanence.

Nous travaillons en partenariat avec la Maison médicale des Marolles et le Centre de santé du Miroir. Nous avons constitué notre propre malle de jeux grâce aux subsides du Contrat de quartier Tanneurs. Nous allons jouer à domicile chez les familles intéressées par cette approche. Par ailleurs, tous les mercredis de 14 à 16h, un espace de jeux est proposé à la Maison médicale des Marolles. Nous faisons également des animations dans la salle d’attente des trois partenaires et de la consultation de nourrissons de l’ONE. Et nous allons bientôt visiter une ludothèque avec les mères et les informer des magasins d’occasion.

entraide 2 bs 28Nous sommes deux pour faire l’animation, l’une joue avec les mamans, l’autre s’occupe des enfants, et quand la maman a apprivoisé le jeu, elle joue avec ses enfants. On voit ce que le jeu met en place comme compétences, la mémoire par exemple – et aussi, surtout, le plaisir de jouer ! Il est important que les parents se rendent compte que même les tout petits ont déjà des compétences : quand maman parle ou chante, bébé la suit du regard. Dans le même esprit, nous avons organisé deux sorties avec les mamans, dans une ferme et à la mer. Ce sont des lieux qu’elles ont choisis elles-mêmes. A la ferme, il y avait des poneys. Les enfants sont montés dessus, mais les mamans aussi ! Ce qui était chouette, c’était le sourire des enfants voyant leur mère s’amuser.

Nous recevons des feedbacks de ces animations. Des mamans nous disent : “après la séance de jeu, mon enfant a bien dormi la nuit” (beaucoup d’enfants ont des problèmes de sommeil) ou “ils étaient plus calmes le soir”. Il en ressort des questionnements sur la relation parents-enfants, sur l’éducation en général ; c’est pourquoi nous allons développer un groupe de parole. Nous allons aussi essayer de sensibiliser les pères. Quand on retourne dans une famille, on voit parfois qu’il y a maintenant un petit vélo, une poupée ou un jeu d’occasion. Les parents se rendent compte que l’enfant est calme et concentré quand il joue à quelque chose, et qu’il s’amuse. En plus, quand nous faisons jouer les mamans, les enfants sont ravis de les voir rire, être dans le plaisir. Un autre élément important, c’est qu’une fois qu’on a fini de jouer, on lit un livre ! Pour l’intérêt même du ivre, pour le plaisir d’entendre des histoires, mais aussi pour la familiarisation avec le français, qui représente souvent une grosse difficulté dans les familles. Au début, les petits prennent le livre pour le mordre ; au bout de trois séances, ils commencent à regarder. Ils vont entrer à l’école maternelle, et ils ont déjà un petit acquis. En soi, c’est peu de choses, mais cela ouvre des perspectives, leur curiosité est stimulée.

Propos recueillis par Alain Cherbonnier

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