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Le CASG du Centre de Service Social de Bruxelles Sud-Est

Depuis 1998, à Bruxelles, les services sociaux dépendant de la CoCoF [1] sont rebaptisés Centres d’Action Sociale Globale (CASG). Un nouveau décret a reprécisé leurs missions et, tout récemment, une campagne de communication a été lancée dans le métro bruxellois : “Tout n’est pas rose ?... On ne vous forcera pas à sourire, maison vous aidera à réagir.” Nous avons rencontré deux membres de l’équipe du CASG du Centre de Service Social de Bruxelles Sud-Est, Caroline Vandermeersch, coordinatrice du centre, et Anne Scheuren, assistante sociale, responsable du Centre de documentation et de lecture... Un Centre de documentation ? Eh oui ! On parle toujours, en promotion de la santé, d’une conception large — physique mais aussi psychique et sociale — de la santé, et d’agir sur les déterminants de celle-ci. Parmi lesquels, la culture. En voici justement un exemple. Mais, d’abord, présentation.

Caroline Vandermeersch : Le CASG du Centre de Service Social de Bruxelles Sud-Est a la particularité d’avoir des antennes, au nombre de quatre, couvrant ainsi Ixelles et une partie d’Etterbeek. Le siège, rue de la Cuve (tout près de la place Flagey), offre une permanence de 20h/semaine, et chaque antenne agréée est ouverte 8h/semaine : une à la Porte de Namur (rue de l’Athénée, 26), une à la Chasse (avenue Pirmez, 47), une au quartier Boondael (avenue des Grenadiers, 48) et la dernière près de la place Brugmann (rue Joseph Stallaert, 6). Nous sommes des généralistes, mais certains CASG ont des particularités qu’ils ont développées au fil du temps. Pour réorienter, si nécessaire, les personnes qui s’adressent à nous, nous avons soit des conventions de collaboration avec d’autres services du quartier, soit des collaborations non conventionnelles, par exemple avec les divers services de la Commune, l’IMS, les centres PMS, les écoles, les logements sociaux, etc. Notre caractère généraliste nous amène à travailler largement en réseau.

Individuel, collectif et communautaire...

La brochure publiée par la CoCoF dans le cadre de la campagne “Tout n’est pas rose ?” précise que les CASG sont “de véritables services sociaux généralistes”. Ils sont ouverts à tous et offrent des services entièrement gratuits. Les travailleurs sociaux des CASG assurent un premier accueil, une analyse des besoins et de la situation de la personne, qu’ils peuvent orienter vers un service plus spécialisé ou accompagner dans ses démarches juridiques ou administratives. Ils peuvent aussi mettre en place un suivi adapté à sa demande. Mais, outre cette intervention individuelle, ils offrent des réponses collectives ou communautaires. “L’originalité des CASG, poursuit la brochure, est de développer avec les bénéficiaires des réponses collectives ou communautaires favorisant leur participation. Cette intervention vise à lutter contre l’isolement et les mécanismes d’exclusion sociale et culturelle de la population.”

Mais quelle est la distinction entre « collectif »et « communautaire » ?

C. V. : Le décret des CASG définit l’action collective et communautaire : “L’action collective vise à induire, à élaborer et à apporter aux bénéficiaires, en interaction avec leur milieu de vie, des réponses collectives à des problématiques individuelles, à restaurer des liens sociaux ainsi qu’une dynamique de solidarité et de prise de responsabilité entre les personnes. L’action sociale communautaire vise à induire, à élaborer, à initier et à développer, avec et pour les bénéficiaires, des réponses collectives à des problématiques collectives, des actions concrètes favorisant leur participation et cohabitation sociales et culturelles ainsi que la prévention et la lutte contre l’isolement et les mécanismes d’exclusion sociale et culturelle”.

Le travail individuel met en évidence une série de problèmes auxquels on peut apporter des réponses individuelles mais aussi collectives : par exemple, avec le passage à l’euro, nous avons créé un groupe à l’intention des personnes désireuses de mieux comprendre la nouvelle monnaie et de s’y familiariser. Un exemple de travail communautaire est un autre groupe que nous avons organisé et appelé L’école, l’enfant et vous. Au moment du nouveau décret sur l’enseignement, les parents étaient sollicités pour faire partie des conseils de participation de l’école, mais ils ne savaient pas du tout de quoi il s’agissait. En partenariat avec Vie Féminine, nous avons rassemblé un groupe de femmes pour expliquer ce décret, ses implications concrètes et le rôle qu’elles pouvaient y prendre. Certaines femmes de ce groupe se sont mobilisées, elles ont pris part aux conseils de participation de l’école de leurs enfants. Voilà la différence avec le travail collectif : cela débouche sur une action — sur leur vie, sur leur environnement... L’action communautaire est un travail à long terme. Nous avons affaire à des personnes qui n’ont pas de quoi manger tous les jours, qui ont des problèmes de logement, etc. : les besoins de base ne sont pas couverts. Elles ont donc beaucoup de mal à penser à autre chose. La confiance met longtemps à s’installer. Les priorités sont ailleurs... Ainsi, leur insertion dans leur quartier semble une approche plus dynamisante, même si la mobilisation reste lente.

Anne Scheuren : Nous participons au projet accès à l’énergie, qui veut se développer en projet d’action communautaire. Cela fait près de trois ans que nous y travaillons, mais avec la complexité et les diverses modifications des ordonnances, rien n’est simple. Des choses se mettent en place, par exemple la préparation de plaquettes pour expliquer à l’usager le circuit d’une facture de gaz ou d’électricité (rappel, mise en demeure,...). Pour aboutir à une action communautaire, il faut tout un processus...

C.V. : Toute une série de notions très pratiques ne sont pas ou peu connues par les personnes : qu’est-ce qu’un compteur ? Où se trouve-t-il ? Combien vaut un kW/h ? Quelle consommation représente une douche ?... Il faut passer par une série d’étapes avant de s’approprier l’accès à l’énergie, comprendre le système afin de pouvoir l’utiliser de façon responsable... Nous faisons aussi beaucoup d’information sur l’accès aux droits fondamentaux, sur les ressources sanitaires, sociales, économiques, culturelles, l’éducation permanente... Nous touchons un peu à tous les domaines. Certains usagers viennent simplement chercher un renseignement mais sont tout à fait autonomes pour entreprendre les démarches ; d’autres ont besoin d’un accompagnement : par exemple, ils ne peuvent pas aller seuls au Palais de Justice demander un avocat pro deo, que ce soit à cause d’un problème de langue ou parce qu’ils ne savent pas s’orienter dans Bruxelles ; il ne s’agit pas toujours d’une raison financière.

Une population mouvante

Comment se caractérise la population que touchent le centre et ses antennes ?

A. S. : Elle varie beaucoup selon les quartiers. Ici, près des Etangs d’Ixelles, c’est une population à forte densité d’immigrés, notamment portugais. Sur le plan économique, il y a beaucoup de minimexés, de chômeurs, de gens dont le revenu dépend de l’INAMI. En dix ans, la population a beaucoup changé. Il y avait davantage de pensionnés, les habitants étaient relativement plus aisés. Un certain nombre de “personnes déplacées” sont arrivées à Ixelles : d’ex-Yougoslavie mais aussi d’Afrique — en raison sans doute de la proximité du quartier de Matongé. On voit d’ailleurs que Matongé s’étend de la Porte de Namur vers la place Flagey.

C.V. : Historiquement, l’antenne du quartier de la Chasse rencontrait une population dite du quart-monde. Aujourd’hui, elle compte une importante population d’une grande diversité culturelle, qui varie d’ailleurs selon les périodes : actuellement, nous retrouvons un certain nombre de personnes venant des pays de l’Est, d’Arménie, de Géorgie, ainsi que de Russie, d’Albanie, de Turquie, de Yougoslavie... Lorsqu’il y a une situation de guerre dans un pays, on le voit rapidement. Je suis surprise de la rapidité de ces mouvements de population, qui interviennent parfois dans les semaines qui suivent un événement international. Le CPAS d’Ixelles est un de ceux où le nombre de candidats réfugiés politiques a été le plus élevé : plus de 2.000 demandes d’aide, ceci avant l’entrée en vigueur de la loi qui détermine la répartition des candidats réfugiés politiques dans toutes les communes de Belgique...

casg bs 26Dans le quartier de la Porte de Namur, il y a pas mal d’hommes isolés, qui vivent dans des chambres meublées, mal entretenues, parfois à la limite du taudis, étroites, avec juste un lit, une table et une chaise. Ce sont souvent des Belges, la cinquantaine ou la soixantaine. Ils restent seuls dans leur chambre, sans raison de se lever le matin, sans rien à faire, sans même la télévision. Dans les activités que nous organisons, comme les repas chauds, certains d’entre eux nous aident volontiers parce que cela leur donne une raison de se lever et une certaine revalorisation. Ils arrivent à retrouver un rythme de vie, ils reprennent confiance en eux. Parfois cela débouche sur des activités dans d’autres asbl, où certains retrouvent un emploi.

L’augmentation des loyers a été un élément influent dans la vie des habitants. Vers 1990, le boom immobilier a causé un problème terrible : dans le budget de la population qui s’adresse à notre centre, la part consacrée au loyer est énorme. On a beau dire qu’il ne faut pas y consacrer plus d’un tiers de ses revenus : ici c’est facilement deux tiers. Le loyer minimum pour une famille, c’est 396 à 421 €. Pour avoir un appartement correct, un isolé doit payer 347 €. Une chambre, sans douche, sans cuisine, c’est 297 €. Pour un revenu de 545 €... Et il faut encore compter le gaz, l’électricité et l’eau. Même un isolé arrive vite à 100 € de charges.

Le Centre de documentation et de lecture

Les caractéristiques de la population du quartier des étangs (Place Flagey) expliquent aussi le choix du Centre de documentation.
A. S. : Le Centre de documentation et de lecture a été créé en 1994 ; il a fallu près d’un an pour le lancer. Nous avons commencé par une analyse du quartier. Il y a une forte densité d’enfants, et on est à proximité de plusieurs écoles. Les problèmes socio-culturels sont fréquents, beaucoup d’adultes maîtrisent mal le français, beaucoup d’enfants ont des difficultés scolaires. Les conditions de vie des familles ne sont pas faciles et la scolarité n’est pas forcément une priorité. D’autres soucis priment : le loyer, les soins de santé, la nourriture. L’espace de vie est très restreint : à la maison, il n’y a pas de place pour la lecture. Et pas de moyens financiers non plus pour acheter des livres ou même pour faire des recherches documentaires.

A partir de là, et après des recherches dans la commune et ailleurs pour voir ce qu’il y avait moyen de créer pour ce type d’action, après avoir discuté avec les parents, fait de petites enquêtes dans les écoles, je suis arrivée à la conclusion qu’un centre de documentation et de lecture pouvait être une aide efficace pour ces enfants. En 1994, les diverses antennes ont commencé à faire des recherches pour trouver des intervenants. Nous tenons à ce qu’il y ait chaque fois quatre ou cinq adultes pour s’occuper des enfants : ceux-ci ne savent pas toujours bien clairement ce qu’ils doivent chercher, donc il y a déjà un travail à ce niveau-là. Et puis, ils ne savent pas comment s’y prendre : les personnes sont là pour les soutenir, faire la recherche avec eux, les motiver, leur apprendre à travailler. Les assistants sociaux du CASG ont trouvé ces intervenants dans les différents quartiers de la commune. Outre l’accueil des enfants le mercredi après-midi, les personnes bénévoles s’occupent le vendredi après-midi de tout ce qui est dépouillement de la documentation, découpage, classement. Et c’est un gros travail ! Outre la documentation, il y a la bibliothèque : les enfants peuvent emprunter des livres ou lire sur place. Là aussi, une bénévole fait la lecture aux enfants ; parfois ils se mettent en petits groupes et elle les fait lire tour à tour. A côté de cela, beaucoup d’enfants ont des problèmes de maîtrise du français, particulièrement dans certaines écoles où les dernières vagues d’immigration sont regroupées. Certains enseignants proposent aux enfants de venir au centre pour être aidés au niveau de la lecture. A travers le jeu, l’image, des activités de lecture sont mises en place le mercredi.

Qui sont ces intervenants ?

Il y a beaucoup de « mamys », mais cela va quand même de 35 à 88 ans ! Souvent, elles cherchent une activité pour se sentir utiles, entrer en contact avec les jeunes du quartier. Finalement des liens extrêmement positifs se créent entre elles : cela devient un groupe d’amies qui se retrouvent. Le projet s’est ainsi élargi aux adultes et au quartier. L’aspect intergénérationnel est déjà très enrichissant, mais l’aspect interculturel joue aussi. Car les bénévoles elles-mêmes sont de différentes nationalités, et parfois le contact passe de manière différente avec des enfants d’origine étrangère. Et puis, celles qui vivent dans le quartier rencontrent les enfants dans la rue, l’enfant se sent valorisé quand il peut raconter ce qu’il a fait à l’école. Le lien se crée au centre mais se répercute dans le quartier.

casg 2bs 26C.V. : Ces bénévoles représentent aussi la mémoire, l’histoire du quartier ; les enfants adorent les entendre évoquer ce savoir qu’elles ont de par leur âge. La plus âgée a 88 ans, c’est elle qui fait la lecture aux enfants, et c’est comme une grand-mère pour eux, qui sont parfois déracinés, qui ne voient plus leur propre grand-mère... Nous avons remarqué aussi que les barrières culturelles entre les enfants et les intervenants tombaient. Quand on ne connaît pas les autres, on a beaucoup de préjugés, d’images toutes faites, d’inquiétudes même. Or nous avons entendu des échanges entres les enfants et les adultes : “Ça, chez moi, on le fait comme ceci...Ah ! chez moi, on le fait comme ça.” Quelque chose naît de cela, on sent que les comportements agressifs sont remplacés par des liens beaucoup plus positifs et créateurs de solidarité dans le quartier.

A.S. : Oui, maintenant le lien s’est créé : les enfants se connaissent, ils connaissent l’école de l’autre, ils se retrouvent dans le quartier. C’est un projet assez dynamisant, rien qu’au niveau relationnel entre les enfants, mais aussi au niveau de l’objectif de base, qui était d’éviter le décrochage scolaire, de revaloriser l’enfant par rapport à soi, par rapport à l’adulte, à ses parents.

Et en pratique ?

A.S. : Le Centre de documentation et de lecture se situe au n°28 de la chaussée de Boondael. Il est ouvert tous les mercredis de 14 à 17h. Les enseignants peuvent emmener leur classe visiter le centre ; il suffit de me contacter pour prendre rendez-vous au 02/648.50.01. Il y a un local pour la bibliothèque, un pour la recherche documentaire, et la grande salle comprend une série de caisses à thèmes, où les enfants peuvent trouver l’image ou le texte qu’ils recherchent. S’ils doivent faire une élocution, ils peuvent la préparer sur place avec l’aide des intervenants. Et certains documents peuvent être photocopiés.

Propos recuellis par F. Kinna et A. Cherbonnier

Notes

[1] Plus particulièrement sous la tutelle du Ministre chargé de l’Action sociale, Alain Hutchinson.

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