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Les soins et l’aide à domicile

Le vieillissement de la population : inquiétant ?”, titre Le Ligueur du 15 mai dernier. C’est une question que l’on se pose depuis longtemps déjà, que ce soit en termes économiques (comment payer les pensions ?), culturels (la “révolution grise” en Allemagne) ou médico-sociaux. C’est bien entendu à ce dernier point de vue que nous nous attacherons ici, à propos des personnes les plus âgées. Celles-ci, si elles peuvent rester autonomes — l’autonomie étant “la capacité de se gouverner selon ses propres lois” — sont souvent peu ou prou dépendantes [1], c’est-à-dire ont du mal à effectuer toutes les activités de la vie quotidienne. Dans la mesure où la grande majorité de ces personnes restent vivre chez elles le plus longtemps possible, nous parlerons de l’aide et des soins à domicile.

Un bref détour historique permet de voir que le maintien à domicile des personnes âgées n’est pas une conception récente mais qu’elle a pris aujourd’hui une tournure particulière. Tant que le mode de vie traditionnel n’était pas remis en question (c’est-à-dire jusqu’à la révolution industrielle), la question ne se posait même pas : la personne âgée restait dans sa famille — à moins d’être indigente, auquel cas c’est l’hôpital (au sens ancien du terme : voir notre dossier dans le n°24) qui l’accueillait. Malgré les bouleversements sociaux, culturels et économiques qui surviennent au XVIIIe siècle, “la famille reste ancrée dans la tradition, même si celle-ci est parfois lourde à porter, et la personne âgée a sa place. Au XIXe et au début du XXe siècles, de nombreux auteurs montrent que cette place était naturelle par fonction, mais qu’elle ne correspondait pas à un réel désir humain. (...) Toutefois, cette personne âgée à domicile gênait peu la société dans la mesure où la place qui lui était accordée (ou reconnue) relevait d’une prise en charge par des acteurs ayant, dans leur fonction, cette attribution. C’est la femme du foyer qui s’occupait d’elle, alors que l’homme allait « au travail », à l’extérieur” [2].

Les changements qui vont intervenir au XIXe et surtout au XXe siècle sont conditionnés, bien évidemment, parle facteur démographique (allongement de l’espérance de vie) : les personnes âgées sont de plus en plus nombreuses. Mais d’autres facteurs interviennent. D’abord, l’intervention croissante de l’Etat. Ainsi, en France, dès 1851 est votée une loi définissant la pratique de l’aide sociale aux personnes âgées et plaçant l’hospice au centre du processus de la prise en charge (accueil des vieux mais aussi des infirmes et des incurables : l’hospice reprend donc l’ancienne fonction de l’hôpital, qui de son côté se médicalise). Toujours en France, on décide en 1905 de “verser une allocation à tous les nécessiteux, c’est-à-dire les incapables atteints par une limite d’âge” ; et en 1910 apparaissent les pensions de retraite ouvrières et paysannes. Celles-ci sont cependant très faibles. Un autre facteur intervient probablement : les représentations collectives. L’hospice a toujours eu une image assez désastreuse (en gros, celle d’un mouroir).

soins bs 26Les maisons de repos (MR) et les maisons de repos et de soins (MRS) d’aujourd’hui n’ont certes pas une réputation pareille, quoiqu’il y ait sans doute encore beaucoup d’améliorations à apporter : “En Belgique, le secteur des maisons de repos est très structuré, avec de grandes unités de vie et une population dont la moyenne d’âge est de 85 ans : on peut vraiment parler de quatrième âge plutôt que de troisième âge. Dans ces grosses structures, des personnes aussi âgées passent rapidement du statut de sujet à celui d’objet, il faut bien le dire.” [3] Quoi qu’il en soit, les intéressés souhaitent rester chez eux le plus longtemps possible : “De nombreuses études ont montré que la personne âgée souhaite par dessus tout maintenir son autonomie et son identité. En conséquence, elle redoute tout ce qui risque de la désapproprier d’elle-même.

La maison de repos apparaît comme une solution ultime que l’on essaie d’éviter.” [4] Aussi pourrait-on penser que tout ce qui permet le maintien à domicile des personnes âgées est positif en soi. Geneviève Favrot-Laurens [5] relativise cette conception : il ne faut pas seulement voir dans le maintien à domicile un « plus » en termes de qualité de vie pour la personne âgée. Car d’autres motivations qu’humanistes sont à l’œuvre : “Au cours des années 1980, pressés par le coût croissant des soins à une population âgée en augmentation, les pouvoirs publics redécouvrent le potentiel de travail bénévole que représentent les familles dont l’activité soignante était jusqu’alors occultée. On rappelle alors que chacun préfère vieillir chez soi, on vante les vertus curatives du cadre familier et l’on met en avant la solidarité envers ses proches.”

L’aide apportée par la famille

Dès lors, poursuit cet auteur, “l’offre de services professionnels se définit comme « une aide aux aidants », faisant de la famille le pivot de l’aide et lui laissant la charge de la majeure partie du travail domestique, de la surveillance continue du malade et d’une partie des soins. Certaines familles trouvent dans l’aide offerte, si minime soit-elle, l’occasion souhaitée de prendre en charge une activité qu’elles jugeaient jusqu’alors incompatible avec leurs autres activités. D’autres ne font le pas que pressées par la contrainte morale, car l’offre de services renforce le sentiment de culpabilité lié à « l’abandon » d’un parent ou d’un conjoint.”

Remarquons aussi que lorsqu’on dit « la famille », il s’agit en fait essentiellement des femmes : “La prise en charge de cette activité, dans des conditions souvent contraignantes et douloureuses pour les proches, utilise le plus souvent la disponibilité d’une femme, plus rarement celle d’un homme à la retraite ou au chômage. (...) La compétence en termes de soins corporels et de tâches ménagères, implicitement reconnue à toutes les femmes en raison de leur sexe, leur permet difficilement d’éviter la réalisation effective des soins. Pour éviter les tâches qu’elles jugent rebutantes ou trop douloureuses, elles doivent mettre en avant des arguments socialement acceptables, tels que leur pénibilité physique ou leur difficulté technique. « L’incompétence » masculine, symétrique de la compétence des femmes et quasiment toujours mise en avant dans cette génération par les hommes concernés comme par leur entourage, facilite par contre l’accès à une aide professionnelle.”

Quoi qu’il en soit, l’aide apportée aux personnes âgées à domicile est donc encore largement le fait de la famille. “La solidarité intrafamiliale ne paraît en voie de disparition que si, ainsi que le rappelle A. Pitrou, l’on se réfère à une famille mythique.” [6] L’image du vieillard abandonné à lui-même est, statistiquement parlant, inexacte. Dans le rapport d’une recherche commanditée par la COCOM, portant sur les conditions de vie de la population âgée à Bruxelles, les auteurs [7], citant une étude de la CEE (1993), constatent “qu’en Belgique, 81,3% des personnes âgées voient quelqu’un de leur famille au moins une fois par semaine, et pour plus d’un tiers cette visite est quotidienne. Dans les pays où l’organisation sociale est la plus poussée (Danemark, Pays-Bas, Royaume-Uni) ces pourcentages sont beaucoup plus faibles. Par contre, dans les pays méditerranéens, le pourcentage de contacts quotidiens se situe entre 60 et 70%. Cette substitution au niveau du réseau social est significative et laisse déjà entrevoir la place que la famille occupe en Belgique dans le maintien à domicile de la personne âgée. (...)”

“Parmi les Bruxellois ayant 75 ans et plus (environ 80.000 en 1991), quelque 13% vivent en MRS, MR ou séniorie, et 87% à leur domicile (soit environ 70.000). (...) La plupart des personnes âgées de 75 ans et plus vivent seules à domicile (59%). Vivre avec son conjoint à cet âge n’est donné qu’à une personne sur trois : 69% des hommes et 15% des femmes. La cohabitation avec un enfant est très rare. Elle n’est le lot que de 7,3% des 75+ (...). Cette solution est d’ailleurs rarement souhaitée. Les solidarités sociales s’organisent prioritairement à partir des liens familiaux. Les 3/4 des personnes ont au moins un enfant en vie. (...) Les relations se nouent selon le modèle « intimité à distance » : 80% des parents ont un de leurs enfants qui habite à moins d’une demi-heure de chez eux, et à peu près autant reçoivent de leurs enfants au moins une visite hebdomadaire (44% une visite quotidienne). Cependant 57% des parents ne pensent pas pouvoir être accueillis par un de leurs enfants en cas de maladie, et ce sentiment est d’autant plus fréquent que l’état de santé de la personne est déficient.”

C’est l’état de dépendance qui conditionne le recours à l’aide et aux soins professionnels : “Pour les AIVQ“ [8], la plupart (77%) des 75+ nécessitent une aide au moins légère. Mais de 11 à 15,5% ont besoin d’une aide importante. Cette aide est fournie aux 4/5 environ par des proches pour les repas, les courses, l’aide administrative et le chauffage.” Par contre, “le maintien à domicile de personnes ayant besoin d’aide pour plusieurs AVQ [9] est relativement rare (...). Il est quasi inexistant sans la présence d’un conjoint ou l’intervention d’un aidant proche.”

L’aide et les soins professionnels

En principe, l’aide et les soins à domicile concernent tout qui se voit, un jour, confronté à faire appel à l’extérieur pour recevoir des soins (para)médicaux, ou une aide lui permettant de rester à domicile. “Les soins de première ligne s’adressent à l’ensemble de la communauté en vue d’assurer à chacun l’accès aux soins et l’aide requise dans un environnement de qualité. Le retour ou le maintien à domicile devient ainsi une préoccupation majeure requérant une collaboration étroite entre les diverses instances de pouvoir, les institutions responsables de service et les professionnels.” [10]

En fait, il en va quelque peu différemment. Car l’aide et les soins à domicile, en raison de subventions trop faibles de la part des Régions, sont subordonnés au degré d’autonomie, au revenu et au nombre d’enfants à charge des demandeurs. C’est une assistante sociale (le plus souvent celle du CPAS) qui, après introduction de la demande, se rend à domicile pour évaluer la situation. Pratiquement, les prix des soins infirmiers à domicile (délivrés sur prescription médicale uniquement) sont fixés par l’INAMI. Ils sont partiellement remboursés par la mutuelle. Les prix des services d’aide à domicile, quant à eux, ont été fixés par arrêté ministériel. Ils varient entre 0,59 et 7,44 € l’heure en Région bruxelloise. Des réductions pour l’aide à domicile peuvent être obtenues en fonction de l’appartenance à telle ou telle mutuelle ou de la jouissance ou non d’une assurance libre complémentaire.

Autre réalité : “60% des activités des services infirmiers à domicile sont consacrés aux aînés” [11] Et, comme le souligne, le Conseil bruxellois de Coordination socio-politique dans son rapport sur le vieillissement [12], “la demande en matière de soins et service à domicile est exponentielle. Le mouvement ne fera que s’accentuer en raison de plusieurs facteurs : le nombre croissant de personnes âgées, le nombre croissant de celles-ci qui veulent rester le plus longtemps possible à leur domicile et la réduction des durées d’hospitalisation.” Selon l’étude menée par l’Ecole de Santé publique de l’UCL, précédemment citée [13], “le taux de bénéficiaires âgés parmi les affiliés augmente pour les trois Régions. Pourtant, l’évolution diffère, particulièrement entre la Flandre et la Wallonie : les personnes âgées de moins de 85 ans sont proportionnellement plus nombreuses en Wallonie qu’en Flandre à bénéficier de SAD [14]. La différence n’est pas négligeable surtout entre 40 et 79 ans où il y a environ deux fois plus de bénéficiaires de SAD en Wallonie qu’en Flandre. Après 85 ans la tendance s’inverse, on assiste à une inflexion de la courbe du taux de bénéficiaires par affiliés wallons, tandis que l’autre courbe poursuit sa progression. L’écart s’inverse ; parmi les plus de 85 ans, la proportion de bénéficiaires de SAD est la plus élevée en Flandre.”

Contexte du vieillissement au niveau démographique

“En Belgique, l’espérance de vie ne fait qu’augmenter (en 1999, elle était de 81,4 ans pour les femmes, 74,9 pour les hommes) ; à l’échelle du siècle, nous avons gagné 30 ans. Aujourd’hui, la proportion des personnes âgées (65 ans et plus) est de 17,39% ; à Bruxelles-Capitale, elle est de 20,81%. En 1995, il y avait à Bruxelles-Capitale, 72.090 personnes âgées de plus de 75 ans (7,6%) et en 2000, elles étaient 78.892 (8,3%) alors que la tranche d’âge entre 0 et 14 ans représentait 17,5% en 1995 et plus que 15,4%en 2000. Aujourd’hui, Bruxelles-Capitale a la population la plus vieille ; demain, elle sera la plus jeune mais elle ne le devra qu’à la présence massive de jeunes étrangers, la population de nationalité belge de la capitale restant de loin la plus vieille.” [15] Sources INS in Rapport du groupe de travail sur le vieillissement, CBCS, juin-novembre 2001, pp.4-5. Comme le souligne l’Observatoire de la Santé de la Région de Bruxelles-Capitale, on constate pourtant que, “par comparaison avec les autres régions, les services offerts aux personnes âgées à Bruxelles sont surtout orientés vers l’aide en institution avec une offre moins importante d’aide à domicile (...). La comparaison de l’offre en soins à domicile et soins en institution (MR et MRS) entre les 3 régions montre une offre beaucoup plus faible de soins infirmiers à domicile et surtout d’aide aux familles et aux personnes âgées à Bruxelles (...).” [16] (Voir graphique ci-après). Soins et aide à domicile ne recouvrent (théoriquement) pas les mêmes services. On entend par « soins à domicile » l’ensemble des prestations (actes techniques et aide à la vie journalière) effectuées par le personnel infirmier à domicile, et par « aide », l’aide sociale et domestique que peuvent apporter les assistantes sociales, aides familiales, aides ménagères, gardes à domicile, etc. Ces deux secteurs d’activités ont été amenés au cours des ans à se développer et se spécialiser de manière relativement autonome. “La communautarisation des compétences autrefois nationales a transféré aux Communautés des matières personnalisables et donc le volet social et familial alors que les soins de santé relèvent du fédéral.” [17]

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Les soins infirmiers à domicile (SAD) [18]

Le financement des SAD est donc assuré par l’NAMI. Jusqu’en 1991, le remboursement des soins infirmiers à domicile s’effectuait uniquement à l’acte. A partir de cette date, se met en place un nouveau système prévoyant l’attribution d’un forfait-soins journaliers aux personnes se trouvant en situation de dépendance. La dépendance est établie à partir des scores obtenus en utilisant une grille d’évaluation appelée échelle de Katz, basée sur le besoin d’aide dans les activités de la vie journalière. Elle est constituée de six critères d’évaluation physique (se laver, s’habiller et se déshabiller, se déplacer, aller aux toilettes, être continent, manger et boire) et de deux critères d’évaluation psychique (orientation dans le temps et dans l’espace). Pour chacun des critères physiques, quatre scores sont possibles, pour les critères psychiques, cinq. Selon la combinaison des scores, la personne est classée dans une catégorie de dépendance déterminée.

Le système d’évaluation est loin de répondre aux attentes qui ont présidé à sa conception. Il aurait même tendance à générer des effets contradictoires. L’échelle de Katz donne lieu à des divergences d’interprétation, attribution du forfait dès qu’un seul acte est effectué, non adéquation des remboursements pour des prestations en égard à l’assistance apportée à des patients lourds. Cette situation préoccupante a été dénoncée par le Ministre Frank Vandenbroucke en mars 2001. Selon le Ministre, si le secteur se caractérise par une croissance des dépenses, cette croissance ne peut être imputée uniquement à l’augmentation du vieillissement de la population mais également à la diminution de la durée moyenne de séjour à l’hôpital, au développement de l’hospitalisation de jour, à l’augmentation des soins palliatifs à domicile et enfin à l’augmentation de prise en charge à domicile de patients atteints d’affections chroniques. Une réforme de la nomenclature s’impose donc. Elle devrait répondre aux principes directeurs suivants :

  • assurer le maintien des personnes âgées dans leur cadre de vie ;
  • opérer une distinction entre les soins de courte durée et les soins chroniques, les soins simples et les soins complexes, les soins techniques et les soins de soutien éducatif, de façon à pouvoir structurer les demandes des patients pris en charge à domicile, et donc distinguer les soins aux personnes dépendantes en vue de les maintenir dans leur cadre de vie, la surveillance médicale après hospitalisation, les soins palliatifs et les prestations techniques ponctuelles sur prescription médicale ;
  • prendre en compte le diagnostic infirmier et la nature de l’affection ;
  • se fonder sur le degré d’autonomie du patient et les besoins en soins infirmiers ;
  • établir les conditions organisationnelles pour certains types de soins (permanence, volume de soins, etc.) ;
  • encourager la collaboration multidisciplinaire.

Les orientations énoncées ci-dessus, alliées à la réflexion permanente des différents acteurs, ont donné lieu à l’élaboration d’un nouvel arrêté royal fixant les normes d’agrément des prestations à domicile et distinguant plusieurs niveaux de pratique : la pratique en solo, en association, en cabinet de groupe ou la formule des Services Intégrés à Domicile (SID). L’ arrêté royal devrait porter ses effets dans le courant de cette année.

L’aide à domicile [19]

Dès le début des années 80, la Flandre a adopté une politique volontariste de développement de l’aide à domicile. Le développement de services classiques est ainsi encouragé tout autant que celui de nouveaux services susceptibles de compléter l’offre existante et de renforcer la capacité de prise en charge par les familles elles-mêmes. En Wallonie, le secteur des maisons de repos a d’abord été privilégié en vue de répondre aux besoins des personnes les plus dépendantes. L’aide à domicile visant le public plus large des familles s’impose peu à peu à l’attention du politique depuis le milieu des années 90.

En Région flamande comme dans la partie francophone du pays, un système de contingentement est instauré. Celui-ci fixe un nombre maximal d’heures subventionnées pour l’ensemble des prestataires, eux-mêmes regroupés en fédérations de services. L’arrêté de l’Exécutif de la Communauté française du 16 décembre 1988 pose les jalons de l’organisation des services d’aide aux familles dans la partie francophone du pays.

soins 2 bs 26En Région de Bruxelles-Capitale, la COCOF organise l’agrément des services d’aide aux familles et aux personnes âgées par son arrêté du 22 mars 1995, poursuivi notamment par les décrets des 18 et 27 mai 1999 et plus récemment par l’arrêté du 27 avril 2000. L’arrêté de 1995 précise la mission de ces services : “mettre temporairement à domicile et sans distinction d’opinion politique, philosophique ou religieuse, des aides familiaux, seniors ou ménagers à la disposition des catégories de personnes (personnes isolées, âgées, handicapées, malades et des familles en difficulté) qui en expriment la demande. Par priorité, l’aide doit être accordée à ceux qui en ont le plus besoin et qui sont les plus démunis sur le plan financier, de la santé physique ou psychique ainsi que sur le plan social.” A Bruxelles, sept services d’aides familiales [20] sont ainsi subventionnés par la COCOF.

Quant à l’aide à domicile proprement dite, il existe trop peu de données permettant de cerner le recours aux aides familiales, gardes malades et paramédicaux. Dans une étude récente (1999-2000), les Mutualités socialistes se sont basées sur l’activité des aides familiales de trois centrales de services à domicile et en ont dégagé que les trois quarts des bénéficiaires avaient 65 ans et plus. Par ordre décroissant, le recours aux aides familiales est le plus important pour les personnes âgées, les personnes en difficulté économique, les personnes handicapées et les personnes avec des problèmes de santé. L’accompagnement n’est pas le seul fait des aides familiales mais est relayé par un ensemble de professionnels dont l’activité manque encore de réels outils de mesure pour l’instant.

En Région de Bruxelles-Capitale, les moyens affectés au secteur des aides familiales sont en forte augmentation ces dernières années : 75% entre 1995 et 2000. Toutefois, les moyens sont encore jugés largement insuffisants par rapport aux besoins.

L’aide à domicile, concrètement... [21]

Aide familiale/senior : “L’AF ainsi que l’aide senior sont des professionnels à caractère polyvalent. L’aide familiale ou senior assiste et seconde les bénéficiaires dans la réalisation des tâches de la vie quotidienne. Elle prévient notamment des dangers qui menacent le bénéficiaire et ses collègues et collabore avec tous les acteurs médico-sociaux entourant le bénéficiaire” (extrait du statut de l’AF).

Aide ménagère : “L’AM est une personne travaillant en équipe au sein d’un service social, dont la mission est essentiellement de seconder la personne qui éprouve des difficultés physiques, sociales et/ou psychologiques dans le nettoyage de son habitation. L’AM a également un rôle social : elle rend compte à l’assistante sociale de l’évolution de la demande et des besoins de l’usager, ainsi que de son vécu. C’est une personne discrète, ayant le souci du secret professionnel” (extrait de la charte de déontologie des AM de Bruxelles-Assistance).

Qui demande une aide familiale ? “Suite à une étude statistique des échantillons pris dans la population des bénéficiaires, il s’est avéré qu’il s’agissait majoritairement d’une population âgée, isolée avec des déficiences évidentes au niveau de l’état de santé physique (handicap moteur, thrombose, cécité, surdité, sida, cancer, maladie de Parkinson, de Huntington, diabète...) et psychologique (instabilité, confusion, dépression, solitude, toxicomanies, pertes de mémoire...). Il faut en outre préciser que la population plus jeune bénéficiant du services des AF et des AM présente également des problèmes de santé importants justifiant ainsi l’aide de ces services.”

Les AF et les AM “n’ont généralement que peu de connaissances au niveau de la symptomatologie de pathologies précises et surtout au niveau des attitudes et comportements à adopter dans certaines situations leur permettant ainsi de pouvoir se protéger psychologiquement”. Une recherche sur la pénibilité du travail chez les AF a par ailleurs fait ressortir les difficultés suivantes :

  • sur le plan relationnel, mauvais accueil, instrumentalisation (« bonne à tout faire »), non respect du travail, agressivité verbale (propos injurieux ou racistes). Ce manque de respect entraîne dévalorisation et démotivation ;
  • sentiment d’impuissance face à la souffrance, au placement, à la fin de vie ;
  • difficulté à mettre des barrières entre vie professionnelle et vie privée.

Des difficultés assez semblables sont vécues par les AM, qui soulignent en plus le manque de matériel et de produits (d’où des lombalgies et autres douleurs)...et la présence encombrante d’animaux domestiques !

La coordination des soins etservices à domicile [22]

Le 19 juin 1989, le décret de la Communauté française organisant l’agrément et le subventionnement des centres de coordination de soins et de services à domicile est voté, dans le souci de développer des soins globaux, intégrés et continus. Alliant soins et aide dispensés au domicile du patient, les centres de coordination de soins et services à domicile, agréés par les autorités compétentes, instituent la coordination des services suivants. Les services principaux comprennent :

  • l’aide aux actes de la vie journalière par un service agréé comme un service d’aide aux familles et aux personnes âgées ;
  • les soins infirmiers à domicile ;
  • la distribution de repas à domicile.

Quant aux services complémentaires, il s’agit de l’accompagnement social par un service agréé, la kinésithérapie, la logopédie, l’ergothérapie, la podologie, la biotélévigilance, le soutien psychologique, les soins dentaires et la coiffure. Un service de garde peut également être adjoint aux services complémentaires.

La dispensation des services peut être assurée par des professionnels employés par le service de coordination ou, par délégation, à des prestataires compétents.

En Région de Bruxelles-Capitale, la législation a été complétée en 1999 par l’organisation des services de soins palliatifs et continués. Les centres de coordination sont actuellement au nombre de sept à Bruxelles : cinq subventionnés par la COCOF [23] et deux néérlandophones sous l’autorité de la COCOM.

Conclusion

Pour conclure, il faut replacer la problématique de l’aide et des soins à domicile par rapport à celle, plus large, du vieillissement de nos populations dans le contexte politico-économique actuel. A savoir : de l’Etat-providence vers une privatisation croissante des services et assurances de tous ordres, et d’une finalité de répartition plus équitable des revenus vers la diminution du chômage comme but en soi (pour faire bref, le triomphe du modèle nord-américain). Dans les années 1990, écrit Geneviève Favrot-Laurens [24], “face aux problèmes d’emploi, l’insistance n’est plus mise sur la production familiale de soins mais sur la création d’emplois peu qualifiés. Pouvoirs publics et offreurs de services s’intéressent à ces « gisements » d’emplois que sont les « besoins » des familles. (...) L’incitation des jeunes retraités, plus fortunés en moyenne que leurs aînés, à investir dans la prise en charge future de leurs soins par l’assurance-prévoyance tend à créer pour demain un marché pré-financé de services payants. Les efforts antérieurs de reconnaissance de la qualification des aides ménagères ou des assistantes maternelles ont buté sur le coût financier de cette reconnaissance ; le développement des emplois de proximité tend de nouveau à dévaloriser ces emplois en gommant la nécessité revendiquée parles professionnels d’un apprentissage spécifique. Tout converge pour maintenir les « services à la personne » dans un statut d’emplois peu qualifiés et précaires, directement gérés et rémunérés par les familles.”

Ce pronostic peut sembler excessivement sombre, ou trop propre à la situation française. Pourtant, certains parallèles s’imposent. Dans l’éditorial du numéro du Ligueur cité au début de ce dossier, Philippe Andrianne rappelle “que le système de garde-malade à domicile en Wallonie n’a pu être financé actuellement que via un programme de résorption du chômage (dit de transition professionnelle — le PTP) dont l’instabilité est inscrite dans ce concept même de transition. Et saviez-vous que le nombre d’heures prestées par les ALE en Région wallonne est le même que celui des aides familiales : 5 millions d’heures.” Ce qui est à craindre, c’est que les citoyens soient « moins égaux »devant l’aide et les soins à domicile (comme d’ailleurs devant l’ensemble de notre système de solidarité sociale). La Flandre, en instaurant seule l’assurance autonomie obligatoire, a déjà franchi un pas dans ce sens. “A la veille de ce 1er mai 2002, poursuit le Secrétaire général adjoint de la Ligue des Familles, le gouvernement annonce une assurance autonomie, mais pas pour tous puisqu’elle ne touchera que 60% des plus de 65 ans frappés d’un handicap. En Flandre, elle se cumulera au système précité. Faut-il voir dans cette évolution la réponse aux projections financières difficiles de l’assurance flamande ? La nécessité d’initiatives wallonne et bruxelloise en complément n’en est que plus criante pour l’égalité devant la dépendance.”

Dossier réuni par F. Kinna et A. Cherbonnier

Notes

[1] Cette distinction entre dépendance et perte d’autonomie est utilement soulignée par X. Leroy et I. Neyrinck, Solidarités sociales et santé des aînés. Tome 1 : Les aînés vivant à domicile. Rapport final, Bruxelles, Centre Interdisciplinaire sur le Vieillissement, Ecole de Santé Publique, UCL, février 1994, p. 9.

[2] Richard Vercauteren et Nathalie Bibin, Un projet de vie pour le maintien à domicile des personnes âgées, Ed. Erès,1998, pp. 15-16.

[3] Santé mentale et vieillissement, Bruxelles Santé spécial 2001, p. 29.

[4] X. Leroy, I. Neyrinck, op. cit., pp. 6-7.

[5] Solidarité intrafamiliale, responsabilité et réalisation des soins, Prévenir n°35, 1998, pp. 171-176.

[6] G. Favrot-Laurens, op. cit.

[7] X. Leroy, I. Neyrinck, op. cit.

[8] Activités instrumentales de la vie quotidienne” : se préparer un repas, se chauffer, utiliser le téléphone, faire ses courses, laver son linge, entretenir son domicile, gérer ses biens, utiliser des moyens de transport, prendre ses médicaments...

[9] “Actes de la vie quotidienne” : se nourrir, se mouvoir du lit à la chaise, être continent, utiliser les toilettes, s’habiller, se laver.

[10] “Manpower Planning” dans le secteur de la Santé et du Bien-être, II. Le personnel infirmier et soignant, Chapitre 3 Analyse de la demande, Analyse croisée des secteurs et professions, Fonds Social Fédéral - Objectif 4, Rapport intermédiaire, 22 mars 2002, Ecole de Santé Publique, Université catholique de Louvain, p.39

[11] Ibidem.

[12] Rapport du groupe de travail sur le vieillissement, CBCS, juin-novembre 2001.

[13] Ibidem, note 1, pp. 48-54.

[14] Soins à domicile.

[15] Sources INS in Rapport du groupe de travail sur le vieillissement, CBCS, juin-novembre 2001, pp.4-5.

[16] Tableau de bord de la Santé. Région de Bruxelles-Capitale. 2001, Observatoire de la Santé de Bruxelles-Capitale/Commission communautaire commune, 2001,p. 79.

[17] “Manpower Planning” , op. cit., pp. 40-43.

[18] Ibidem.

[19] “Manpower Planning” , op. cit., pp. 40-46.

[20] Centre de Formation et de Services d’Aide à Domicile ; Cefor, Centre Familial de Bruxelles, Aide Familiale Région bruxelloise ; Maison de la Famille de Saint-Josse, Vivre chez Soi, Service d’aide aux Familles (de Schaerbeek et de Koekelberg).

[21] Extraits d’un article de Cécile Bouillon, Contact n°84,2000, pp. 9-11.

[22] “Manpower Planning”, op. cit., p.47.

[23] Bruxelles-Assistance-IIIème Millénaire ; Centre de Coordination de Soins et Services à Domicile Indépendants asbl COSEDI ; Centrale de Service à Domicile de Bruxelles asbl CSD ; Soins à Domicile asbl ; Soins chez Soi.

[24] Op. cit.

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