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Le vieillissement des personnes issues de l’immigration - Un enjeu pour les maisons de repos

Depuis plusieurs années, le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme organise, avec le Pacte territorial pour l’emploi en Région de Bruxelles-Capitale et la collaboration des fédérations d’employeurs concernés, des séminaires portant sur le management de la diversité dans différents secteurs de la vie économique bruxelloise.

Le 23 mai 2001, un séminaire adressé au secteur des maisons de repos pour personnes âgées et des maisons de repos et de soins, tant privées que publiques, lucratives que non-marchandes (“Le management de la diversité : un enjeu interculturel pour le secteur des maisons de repos”) fut organisé avec la collaboration de Femarbel.

La volonté d’aborder la double question de la diversité et de son management au sein du secteur des maisons de repos part du constat que la présence de populations issues de l’immigration en Belgique prend, à l’heure actuelle, un nouveau visage : les travailleurs immigrés deviennent des familles établies, les vagues d’immigration des générations, la première engendrant une deuxième, la deuxième une troisième, etc. Le provisoire devient durable et même définitif, la force de travail arrivée lors des grandes vagues d’immigration se transforme en force démographique [1].

Contrairement à ce que laisse croire l’idée du retour au pays d’origine, les immigrés vieillissent de plus en plus souvent dans la société vers laquelle ils ont émigré, en l’occurrence la nôtre, et leurs enfants fondent des familles qui s’éloignent petit à petit du modèle familial élargi traditionnel. Y. Lepage, chercheur à l’Université Libre de Bruxelles et professeur à la Haute-Ecole Paul-Henri Spaak, a longuement présenté ces évolutions démographiques et sociologiques aux participants du séminaire tout en cernant les facettes anthropologiques de l’immigration dans la Région bruxelloise.

Les immigrés vieillissent aussi et vieillissent ici, même si la Région de Bruxelles-Capitale reste, en Belgique, l’entité géographique où la population étrangère est la plus jeune alors que cette dernière vieillit nettement en Flandre et plus encore en Wallonie, l’âge moyen des personnes de nationalité étrangère se situant, au 1er janvier 1999, à 34, 1 ans en Région de Bruxelles-Capitale, 35,2 ans en Flandre et 40,8 ans en Wallonie [2].

Cette situation posera de plus en plus de questions à l’offre de services aux personnes âgées, particulièrement au secteur des maisons de repos, lorsque croîtra le nombre de personnes issues de l’immigration incapables de vivre seules en raison de leur âge avancé et qui ne seront pas — ou moins que ne l’exige la culture traditionnelle — prises en charge par leurs enfants [3], tant il est vrai que l’on observe globalement un renversement des solidarités intergénérationnelles qui se dirigent désormais moins des descendants vers les ascendants que des ascendants vers les descendants.

Comme l’écrit M. Leleu, “[...] le modèle de la ‘dette à payer’ à ses parents en échange de leurs efforts éducatifs semble bien dépassé [...]” et la réciprocité trouve de plus en plus souvent ses sources dans les affinités électives qui se tissent entre parents et enfants plutôt que dans les obligations dues aux liens du sang [4]. Y. Lepage expliquait lors du séminaire que, les personnes âgées issues de l’immigration participant de moins en moins au processus de production, leur poids décisionnel dans la famille chute. Les femmes de la première génération immigrée, celle qui vieillit parmi nous, étant en outre souvent confinées à la sphère domestique, l’absence de connaissance linguistique et institutionnelle des vieux immigrés laisse le champ libre aux jeunes générations, qui maîtrisent mieux que leurs parents la ou les langue(s) ainsi que les règles de la société d’accueil.

vieill bs 25Deux axes de réflexion furent privilégiés lors du séminaire : l’emploi et la formation ainsi que l’acceptation réciproque. Car l’un ne va pas sans l’autre. Conçoit-on une maison de repos, ou une maison de repos et de soins, accueillante pour les pensionnaires issus de l’immigration qui ne le soit pas aussi pour des membres du personnel de même origine ? Envisage-t-on un tel service aux personnes âgées qui, pratiquant la discrimination à l’embauche en fonction de la race, de l’origine ethnique ou de la nationalité, ne la pratiquerait pas aussi à l’égard de ses usagers ?

Ainsi, le secteur, son approche des ressources humaines et son management sont de plus en plus confrontés à la diversité culturelle des acteurs qui les composent ou les exercent : employeurs, travailleurs et résidents. La maison de repos, ou la maison de repos et de soins, doit, en tant que corps social, intégrer les nouveaux aspects démographiques et sociologiques de la Région bruxelloise, particulièrement sous l’angle de sa population issue de l’immigration, afin de les gérer au mieux des intérêts de ses composantes.

Ainsi en va-t-il de la gestion des relations de travail : comment faire travailler ensemble des personnes qui, outre les différences de profession, vivent des différences de culture ? N. Ndabu et A. Quittner, infirmières responsables en maison de repos, ainsi que P.Matthijs et A. Pauwels, gestionnaires de maisons de repos, ont insisté, chacun à sa façon, sur l’importance de l’écoute et du respect mutuel entre membres du personnel et responsables/gestionnaires ainsi que de la disponibilité à avoir envers les résidents.

Ainsi en va-t-il encore de la gestion des relations personnel-patients et patients-patients : comment développer la compréhension entre les uns et les autres ? M. Devos, responsable de la COBEFF, a fait part aux participants du séminaire de l’expérience de formation qualifiante qu’entreprend son association.

Ainsi en va-t-il enfin, dans une optique prospective, du développement d’une offre qui tienne compte de la diversité culturelle : comment répondre aux besoins culturels ou religieux des personnes issues de l’immigration vivant en maisons de repos ou en maisons de repos et de soins ? Comment soigner des patients qui n’entretiennent pas le même rapport au corps, à la maladie et aux thérapies que les patients belges ?

Telles sont quelques questions que le séminaire a abordées, modestement sans doute, afin de réfléchir, d’échanger et d’envisager ensemble les manières de transformer le défi de la diversité en réelles opportunités pour les usagers ainsi que de créer un environnement professionnel épanouissant pour les travailleurs et les gestionnaires des services aux personnes âgées. On peut en lire les résultats dans les Actes que le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme publie conjointement avec le Pacte territorial pour l’emploi en Région de Bruxelles-Capitale [5].

Ivan Dechamps
Collaborateur du Centre pour l’égalité des chances et
la lutte contre le racisme,
Secteur des politiques d’intégration
Octobre 2001

Notes

[1] Voy. le dossier “Les immigrés vieillissent aussi”, Agenda Interculturel, n°178, 1999 ainsi que M. Poulain et N. Perrin, “Aperçu démographique”, in : Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme, Un combat pour les droits. Rapport annuel 2000, Bruxelles, 2001, pp. 129 à 214. Ce rapport est disponible auprès du Service fédéral d’information (02/514.08.00) et peut être consulté sur le site du CECLR : http://www.antiracisme.be  .

[2] M. Poulain et N. Perrin, loc. cit., p. 176.

[3] Voy. A. Sayad, “Vieillir... dans l’immigration”, Migrations Santé, n°99-100, 1999, pp. 7 à 22.

[4] M. Leleu, Les nouveaux vieux. Portrait des personnes âgées de plus de 50 ans vivant dans la Région bruxelloise. Rapport final, Bruxelles, décembre 2000, p. 45, ronéoté.

[5] Ces Actes sont disponibles au CECLR en téléphonant au 02/233.07.83 ou en écrivant à l’adresse Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

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