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Dialoguer avec le grand public

2001, Année de la Santé Mentale est une campagne de sensibilisation destinée au grand public.  Elle est le projet de cinq Ligues et Fondations qui se consacrent à promouvoir la santé mentale en Belgique.


La campagne débute au mois de mars et se prolongera jusqu’en octobre. Au travers de celle-ci, les cinq associations proposent de nouer un très large dialogue au sein de la société civile et de transformer certaines des représentations toutes faites qui fleurissent communément sur les sujets complexes, parfois délicats, de la santé et de la maladie mentales.

A l’échelon local, régional et national, des activités seront organisées, elles seront autant de points de rencontre entre le grand public, les usagers, leur entourage et les professionnels.

D’emblée, cette campagne pose deux problèmes. Ils sont intéressants à commenter.
Tout d’abord,... les opérations de sensibilisation sont-elles utiles ? La question n’est pas simple car s’y loge toute la difficulté de l’évaluation de leur efficacité.

Une campagne qui aurait la prétention de convaincre tout le monde a peu de chances d’aboutir au résultat escompté.  Les a priori, les méconnaissances ne se réduisent pas seulement par des messages généraux ou généreux. Si c’était le cas, il y a longtemps que la xénophobie ne ferait plus recette ! Il est des opinions irréductibles qui se renforcent, précisément, sur les arguments qui visent à les contrer.

Faisons plutôt l’hypothèse d’une campagne raisonnable ? Raisonnable,... il y a dans ce mot la perspective de raisonner ensemble, de penser, dediscuter entre les uns, appelons-les les spécialistes,
usagers et professionnels, et les autres, les curieux de savoir, d’échange et de rencontre avec ce qui est différent. Ceux-là sont le premier public-cible de 2001 Année de la Santé Mentale. Leur expérience personnelle en fera les meilleurs ambassadeurs du  projet de l’Année, car ils ont une proximité avec d’autres personnes qu’en dépit de leur bonne volonté, les initiateurs ne toucheraient jamais.

Une campagne est utile lorsqu’elle échappe à ses promoteurs et se propage de loin en loin par le jeu du bouche à oreille. Le second problème est celui de la circonspection des professionnels à l’égard de la campagne. Globalement, ils ont assez bien adopté l’initiative et ses objectifs, mais ils restent relativement réservés, voire prudents, dans leurs engagements concrets. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, cette attitude est plutôt rassurante car elle reflète une double préoccupation de leur part. Jusqu’ici, la communication vers le grand public a peu fait partie de leurs habitudes, et ils ne sont pas convaincus de l’utilité de s’y consacrer désormais par des démonstrations de visibilité tous azimuts. On connaît les risques de l’“entreprise communicationnelle” quand elle se passionne plus pour les formes que pour les contenus. Une culture de la communication se construit pas à pas ; dans le domaine exigeant de la santé mentale, plus encore qu’ailleurs ! Elle se fait moyennant de nombreux feed-back avec le public et réclame de constants réajustements. Ce travail prendra des années. Par ailleurs, ils redoutent les dangers de la vulgarisation. Ils n’ont pas tort. Les associations fondatrices n’ont pas caché leur intention, louable évidemment, que la campagne concoure à la déstigmatisation de la maladie mentale et lutte contre es formes d’exclusion dont souffrent dans le lieN social ceux qu’on appelle les malades mentaux,... un projet qui mérite le qualificatif de politique.

Cependant, le mieux est l’ennemi du bien ! Si la déstigmatisation consiste en une démarche philanthropique de rapatriement de la maladie mentale dans le rang des maladies communes, on sera passé complètement à côté du véritable enjeu de cette opération de sensibilisation. Le risque de la campagne est de banaliser notre regard sur ce qui est hautement spécifique dans le destin d’un individu. Le pire pour un schizophrène, prenons cet exemple, serait d’être éconduit de la place à laquelle il s’assigne, au terme d’une propagande qui voudrait pour son bien qu’il soit considéré comme n’importe qui,... ce qui justement lui est si difficile. Dès lors, de quoi s’agit-il ? La santé mentale ne se décline pas de la même façon pour chacun. Qu’elle soit souhaitable pour tout le monde est une chose, les conditions sur lesquelles elle repose, en est une autre. Définir la santé physique est bien plus facile. Par exemple, un corps à 36.5° de température est un signe de bonne santé pour tous les humains. Les humains, par contre, sont doués du langage, une particularité qui leur permet d’exprimer l’infinie variété des éléments qui contribuent au maintien de leur bien-être, de leur plénitude, de leur autonomie,... autant de termes qui traduisent imparfaitement ce qu’est la santé mentale. Bien entendu, elle est plus que cela puisqu’elle est inscrite au coeur même d’un processus, jamais achevé. 

La santé comme la maladie mentale relève d’une expérience personnelle, toujours subjective. On ne peut en rendre compte qu’en acceptant la logique du cas par cas, aucune description ne convenant vraiment pour tout le monde. A cet endroit, le témoignage des professionnels est précieux. Il s’appuie sur les rencontres singulières faites dans leur pratique. Les récits des patients et des usagers leur enseignent la complexité de l’équilibre et du déséquilibre psychiques. Ils ont la faculté de transmettre ce savoir tiré de la clinique. Dans cette perspective, ils ont la possibilité et la responsabilité de faire de 2001 Année de la Santé Mentale une campagne qui met en évidence la spécificité de chaque individu, dans les choix et les différences qui lui sont utiles pour vivre, aussi étranges puissent ils parfois nous paraître. La prévention, comme chacun sait, est difficile à définir, plus encore en santé mentale qu’ailleurs. Toutefois, nous pouvons poser qu’il s’agit, entre autres choses, de prévenir l’autre de ce que l’on a appris, de ce que l’on a tiré de l’expérience. La campagne est, pour les intervenants de ce secteur spécialisé, l’occasion de le faire. Comme telle, on pourra affirmer qu’elle est préventive auprès du grand public.

Eric Messens
Directeur de la Ligue Bruxelloise
Francophone pour la Santé Mentale

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