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Le Dries à Watermael-Boitsfort

Des animations santé ? Ce n’est pas très nouveau, penserez-vous peut-être. D’accord, mais il n’est pas nécessaire d’innover à tout prix, et la simplicité se révèle souvent payante. Car tout dépend de la façon dont un projet est pensé et réalisé – en l’occurence, axé sur des gens bien réels et sur leurs préoccupations concrètes, plutôt que sur des besoins prédéfinis. Nous avons rencontré Marie-Françoise Cartier, infirmière sociale aux consultations ONE de la rue du Roitel et et de la rue des Archiducs, et Marie Piret, assistante sociale et coordinatrice de la Maison de Quartier du Dries.

Marie Piret : La Maison de Quartier a commencé en 1996-97, mais elle a essuyé un échec et on l’a fermée. En octobre 1999, après avoir repensé le projet, on a rouvert les portes. La Maison de Quartier se situe parmi les logements sociaux de Watermael-Boitsfort, dans le quartier du Dries [1]. Les logements sociaux visaient à mêler la population active et les chômeurs, minimexés, pensionnés, etc., mais ce but est de moins en moins atteint, et la majorité des habitants du quartier sont en décrochage par rapport à la vie active.

La société de logement social, Ville et Forêt, a constaté le peu de solidarité qui existait entre les gens : ils discutent un peu sur le pas de la porte ou chez le boulanger mais, quand ça va mal, c’est chacun chez soi, chacun pour soi. Sauf dans la communauté africaine qui se développe depuis deux-trois ans, où il y a beaucoup de liens et de solidarité. Mais c’est l’exception. D’où l’idée de la Maison de Quartier : ouvrir aux habitants un lieu chaleureux, amical, neutre, et leur proposer différentes activités, pour qu’ils puissent se rencontrer, que des liens se restaurent entre les cultures et les générations. Il y a une halte-garderie, une chorale, un club de jeux, des formations à l’informatique, le Club des Petits Débrouillards (initiation aux sciences), une table de conversation... et des animations santé. Nous avons de nombreux partenaires : le Planning Familial, la Mission Locale d’Etterbeek, la Maison des Jeunes, le CPAS, l’ONE, les services sociaux de la Commune... Et le Planning Familial de Watermael-Boitsfort a lancé l’idée d’un groupe de parole pour des mamans, parce que beaucoup sont seules avec de jeunes enfants ou des adolescents, et elles ont de nombreuses questions sans réponse.

On a commencé par des permanences, mais personne n’est venu ; puis on a fait des journées à thème, et il n’y avait toujours pas grand monde. Je me suis alors demandé comment faire pour que les gens viennent, pour que cela corresponde vraiment aux besoins du quartier. J’en ai parlé avec Marie-Françoise, et on est parti de ce qui se passait dans ses consultations, des questions que les mamans amenaient.

On a choisi la jalousie, un sujet qui avait déjà été abordé aux Archiducs. On a fait de la publicité auprès des mamans de la halte-garderie, et ça a très bien marché ! Tout le monde a pris la parole, ne serait-ce que pour dire deux-trois mots. Beaucoup d’enfants avaient des frères et soeurs, ou bien leur maman était enceinte, ou venait d’accoucher. C’était un sujet qui tombait à pic.

Comment ont démarré les animations santé ?

Marie-Françoise Cartier : Il y avait dans les logements sociaux de Watermael-Boitsfort des structures qui s’adressaient aux enfants de 6 à 12 et de 12 à 18 ans, il y avait aussi une Maison de Jeunes, il y avait la halte-garderie pour les tout petits, mais il n’y avait rien pour les enfants de 3 à 6 ans. C’est dans ce contexte que j’ai proposé de faire à leur intention, ne fût-ce qu’une fois par mois, des animations d’éducation à la santé, en se basant sur les thèmes qui ressortaient des consultations. Au début nous amenions les thèmes, mais maintenant c’est eux qui demandent, par exemple, le brossage des dents.

Les haltes-garderies

Elles offrent un service principalement destiné aux parents qui font face à un besoin imprévu ou irrégulier d’accueil de leur enfant. Mais, bien souvent, elles accueillent aussi voire surtout les enfants dont les parents ressentent le besoin de souffler... sans qu’aucune justification ne leur soit demandée. La halte-garderie de la Maison de Quartier du Dries est agréée par l’ONE pour accueillir huit enfants de 3 mois à 3 ans. Elle est ouverte les lundis et vendredis de 8h30 à 12h00. Une priorité est accordée aux habitants de la commune.

M. P. : Le partenariat avec l’ONE se manifeste notamment par le prêt de matériel (magnétoscope, projecteur) et d’outils didactiques (cassette vidéo, jeux). Pour l’hygiène dentaire, Marie-Françoise a interpellé les firmes pharmaceutiques et obtenu des brosses à dents et du dentifrice. Les enfants repartent toujours avec quelque chose, pour qu’il y ait un relais par rapport aux parents. Sur le thème de la sécurité, il y avait un petit dépliant. Pour l’alimentation, les enfants ont reçu des céréales, des jus de fruits, des légumes... Et nous demandons aux parents de venir les chercher, pour pouvoir expliquer ce qui s’est passé.

M.-F. C. : Je pars vraiment des questions que les mamans se posent — un enfant qui ne veut pas manger, par exemple — ou de ce que j’observe : les parents qui ne regardent pas beaucoup ce que font leurs enfants, qui les laissent faire un peu ce qu’ils veulent... J’en discute avec Marie, et on choisit le thème, puis on essaie de trouver une formule qui soit attractive pour les enfants. C’est toujours basé sur le jeu, qui est le mode d’apprentissage privilégié de cette tranche d’âge... Je fais un peu de publicité sur les animations dans mes consultations, Marie en parle aux enfants qu’elle rencontre dans le quartier, et c’est confirmé par une invitation écrite qui permet d’impliquer les parents. En plus, pour un enfant, c’est chouette de pouvoir montrer qu’il est invité !... L’animation proprement dite commence par un petit film ou un autre support, puis on en parle avec eux : “A quoi cela vous a-t-il fait penser ? Qu’est-ce que vous avez retenu ?” Et on recadre, on rappelle les éléments qu’ils n’ont pas retenus, on repasse la vidéo. Puis c’est la phase active et ludique. Par exemple, pour l’alimentation, on avait une table avec divers aliments et on a joué à colin-maillard : “Qu’est-ce que c’est ? Tu reconnais ?...”, etc. Ou encore, à partir des différents groupes alimentaires, on leur demande ce qu’ils mangent à la maison – sans dévaloriser les types de repas pris en famille, d’autant que les cultures alimentaires sont variées. On peut aussi utiliser des cartes représentant divers aliments et demander aux enfants de reconstituer un menu tel qu’ils en voient chez eux. Autre idée de jeu, pour le lavage des mains cette fois : l’ONE m’avait prêté un appareil avec un néon, et j’ai demandé à la pharmacie de me préparer un savon fluorescent. Après s’être lavé les mains, les enfants ont vraiment pu se rendre compte des endroits où le savon n’était pas passé ! Et bien sûr, quand leurs parents sont arrivés, ils leur ont demandé de faire le test !!... Le principe, c’est vraiment de faire passer un message par le jeu.

M. P. : Et de faire un jeu, un amusement, de ce qui pourrait être une contrainte.

M.-F. C. : Ces animations créent aussi une tout autre relation avec les enfants qui reviennent en consultation : ils se jettent dans nos bras, ils rient avec nous. Et les mamans parlent des animations : “il paraît que vous avez dit que...”, etc. Donc on a un retour. Et les enfants du quartier attendent ces animations, ils demandent “quand est-ce qu’on pourra revenir ?”...

Quels sont vos projets ?

M.-F. C. : Nous allons revenir sur l’alimentation. Avec les mamans, il s’agit moins du contenu de l’assiette que des enfants qui refusent de manger : on ne sait pas toujours comment réagir ! Nous avons pris contact avec la Médiathèque pour trouver un support audio-visuel qui nous convienne... Avec les enfants, l’alimentation sera abordée sous une forme moins “théorique”, si l’on peut dire, qu’il y a trois-quatre mois : cette fois, on va préparer un petit repas, ou un potage... A plus long terme et à plus large échelle, il y a ces modules de l’ONE, sur la sécurité, “Mon corps, ma maison”, qui demandent un local de grande dimension où le matériel pourrait rester plus d’une journée. Bien sûr, d’autres consultations ONE de Watermael-Boitsfort seraient alors impliquées.

Notes
[1] Ce quartier se trouve au sud de la gare de Watermael (non loin de la place Keym). Il comprend la rue de l’Elan, la rue Louis Ernotte et le Dries proprement dit.

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