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Les salles de consommation à moindres risques

Lorsqu’on aborde la question des salles de consommation à moindres risques (SCMR), bien vite les critiques fusent : incitation à la toxicomanie, protection des consommateurs de drogues, tolérance zéro, etc. Qu’en est-il exactement ? Et qu’est-ce réellement qu’une SCMR ? Dans cet article, nous allons tenter d’y voir plus clair, de démêler le vrai du faux. Nous remercions l’équipe de Transit asbl pour les nombreuses informations qu’elle nous a communiquées.

Au début des années 80, en réaction à l’augmentation de la consommation de drogues, particulièrement celle se pratiquant par injection, et aux risques sanitaires qu’elle entraîne dont la transmission de maladies infectieuses (hépatite, sida), une nouvelle approche de santé publique se met en place : la politique de Réduction des Risques. Les programmes de Réduction des Risques (RdR) visent à prévenir ou, au pire, à limiter chez les usagers les risques liés à la consommation de drogues : traitement de substitution, information et prévention sur le terrain (milieu festif, quartier de prostitution, prison...), échange de seringues, etc.

 Ces pratiques, bien que régulièrement controversées, ont depuis longtemps démontré leur efficacité.

Pourtant le maillage des programmes de RdR comporte encore des lacunes. Certains publics, parmi les plus fragiles, restent difficiles à toucher. C’est là qu’interviennent les salles de consommation à moindre risque. Les SCMR n’ont pas pour vocation de remplacer les services existants mais bien de les compléter.
Elles s’inscrivent dans une démarche de Réduction des Risques qui elle-même s’ancre dans la promotion de la santé.

Qu’est-ce qu’une SCMR ?

Les salles de consommation à moindres risques sont des lieux sécurisés, réglementés et médicalisés qui offrent la possibilité aux usagers de drogues de consommer dans des conditions d’hygiène optimale et dans un environnement de « non-jugement », sous la supervision d’une équipe de professionnels de santé formés. Elles viennent compléter l’offre de services destinés aux usagers de drogues et répondent à des besoins individuels et collectifs liés à l’usage des substances psychoactives, non rencontrés dans les autres institutions.
Ces lieux ont été conçus pour améliorer la santé des usagers et mettre fin aux scènes ouvertes, c’est-à-dire aux pratiques de consommation de drogues dans l’espace public (parcs, cages d’escaliers, parkings, toilettes publiques, gares, rues étroites, bâtiments abandonnés, entrées d’immeuble, métro...). Les SCMR poursuivent deux objectifs majeurs, l’un de santé publique et l’autre de sécurité publique : résoudre certains problèmes sociaux et sanitaires du public consommateur de drogues et diminuer les nuisances pour les habitants, riverains des lieux publics de consommation.

Les usagers des scènes ouvertes sont majoritairement un public précarisé et socialement marginalisé qu’il est difficile de rencontrer. Ils échappent bien souvent aux services d’aide et de soins. Ces usagers courent des risques médicaux importants spécifiquement liés à la consommation par voie intraveineuse dans des lieux publics, car celle-ci accroît également les risques de contamination et de transmission de maladies infectieuses (hépatites, VIH,...). Ils cumulent souvent plusieurs problèmes de santé et ont des besoins importants en termes d’accès aux soins qui ne sont pas rencontrés par les services médicaux et sociaux classiques.

Cette consommation de drogues en rue est aussi une vraie nuisance pour les habitants qui y sont confrontés.

La consommation en rue entraîne des problèmes d’hygiène et des risques pour la santé liés à l’abandon de déchets et de matériel de consommation dans des espaces accessibles à tous. Elle génère aussi du deal en rue, l’errance dans le quartier des consommateurs en attente de pouvoir acheter des stupéfiants, une augmentation de la criminalité, des tensions entre les consommateurs et les habitants... Une scène ouverte dégrade nettement la qualité de vie et le bien-être des habitants du quartier où elle s’est créée.
Les SCMR visent à entrer en contact avec ces usagers de drogues fortement précarisés, à améliorer leur état de santé, leur accès aux soins et aux services socio-sanitaires et à réduire les pratiques à risque liées à l’usage de drogues. Elles ont aussi comme but de diminuer les nuisances associées à l'usage de drogues dans les lieux publics dont sont victimes les habitants. Enfin, à plus long terme, elles réduisent les dépenses des services de santé liées à la consommation de drogues et les coûts sociaux de la sécurisation et de l’entretien des espaces publics utilisés comme lieu de vente et de consommation.

Fonctionnement et services des SCMR

Les fonctionnement et services des SCMR varient d’un pays à l’autre. On peut globalement retenir plusieurs critères des différentes expériences menées. Les SCMR doivent idéalement être ouvertes à des heures favorisant la fréquentation du public visé. L’accès peut en être restreint à certains groupes déterminés : par exemple après inscription préalable, sur présentation d’une pièce d’identité, en fonc- tion du lieu d’habitation ou du nombre de places disponibles. Les usagers mineurs et occasionnels en sont exclus. Les usagers ne peuvent pas se présenter dans un état d'imprégnation avancée, ni dealer ou avoir de comportement violent et doivent respecter un règlement d’ordre intérieur et des mesures d’hygiène et de sécurité.

Les SCMR peuvent être supervisées par des équipes multidisciplinaires dont la composition varie en fonction des services proposés et des objectifs de santé et psycho-sociaux recherchés : médecins, psychologues, infirmiers, éducateurs, assistants sociaux, et parfois d'anciens usagers. Cette équipe assure l’encadrement et l’accompagnement des usagers, elle est formée pour répondre à des situations d’urgence sanitaire.

Différents services peuvent être proposés dans les SCMR : distribution de matériel stérile d'injection - ou répondant à d’autres modes de consommation - permettant la prise de drogues dans les meilleures conditions d’hygiène possibles, échange de seringues, distribution de préservatifs, service de santé de base et premiers secours, conseils médicaux, accompagnement médico-psycho-social, relais vers les services adaptés pour les usagers qui souhaitent un traitement médical de leur addiction. Une SCMR peut aussi offrir des services d’aide à la personne, pour les plus précarisés ou ceux en situation de sans-abrisme, comme des repas, des boissons, des douches, des machines à laver...

L’accueil des usagers est l’élément clé des SCMR. Une SCMR doit donc comporter un espace d’attente où sont vérifiées les conditions d’accessibilité des usagers, un espace de consommation supervisé, un lieu de repos, un local de soins équipé pour faire face aux risques d’overdose où des conseils individuels psycho-sociaux ou d’orientation peuvent aussi être dispensés et une zone consacrée aux autres services comme les repas ou les douches le cas échéant.

L’efficacité des SCMR au regard des projets menés à l’étranger

Les SCMR ne sont pas un concept récent. La première SCMR a été ouverte en Suisse en 1986, il y a donc presque trente ans. Quelques années plus tard, l’Allemagne et les Pays-Bas ouvraient les leurs. Puis, à partir du début des années 2000, de nombreuses villes mettent en place des dispositifs équivalents : Sydney en Australie, Vancouver au Canada, Barcelone, Madrid et Bilbao en Espagne, au Luxembourg et en Norvège. En 2012, le Danemark autori- se les SCMR et en 2013, c’est au tour de la France. Aujourd’hui, une centaine de ces salles existent dans le monde.

La création de SCMR dans divers pays a donné lieu à de nombreuses études. Leur impact a été analysé dans des villes aussi différentes que Sydney ou Barcelone. Il ressort de ces études que la majorité des usagers des SCMR sont des hommes de plus de trente ans, consommateurs de longue durée, souvent sans emploi, parfois sans-abris, en forte désaffiliation sociale, précarisés et éloignés des structures de soins. On y rencontre très peu de femmes et pas de mineurs.


Du point de vue de la santé, les différentes études réalisées ont constaté une nette amélioration des pratiques de consommation à risques et, forcément, des conditions d’hygiène lors de la prise de drogues. Aucune overdose n’a été recensée dans une SCMR. Les SCMR apparaissent aussi comme un moyen important d’entrer en contact avec un public fortement précarisé parfois sans couverture sociale et de l’orienter vers un parcours de soins. Elles augmentent donc l’accès aux soins de santé des usagers les plus fragilisés.

Lorsqu’elles sont implantées à proximité d’une scène ouverte, les SCMR diminuent notablement la consommation en rue et donc les nuisances qui l’accompagnent (usagers s’injectant dans les lieux publics, seringues usagées, ordures sur les lieux d’injection...). Les SCMR semblent n’avoir aucune incidence sur la consommation de drogue, ni augmentation, ni diminution. Elles n’ont pas d’impact sur la criminalité mais pourraient favoriser le deal autour de la SCMR surtout si celui-ci était déjà présent avant son installation et que le nombre de places disponibles dans la SCMR est inférieur aux nombres d’usagers, ce qui entraîne un temps d’attente des usagers aux alentours de la SCMR.

D’après les recherches réalisées, la majorité des usagers qui fréquentent les SCMR ont exprimé leur satisfaction à ne plus consommer en rue, à avoir accès à un lieu sécurisé et à bénéficier de bonnes conditions d’hygiène. L’accès à des conseils psycho-médico-sociaux et à des soins de base est aussi apprécié ainsi que la présence d’un personnel formé et compétent. Enfin, les SCMR sont perçues par le public cible comme des lieux de rencontre, elles participent à rompre l’isolement social des usagers les plus fragilisés.

A quand une SCMR en Belgique ?

Pour peu qu’elles soient implantées à proximité de lieux de consommation, les SCMR atteignent le public cible visé et remplissent leur double objectif de diminuer notablement la consommation de drogues dans l’espace public et d’améliorer la prise en charge sanitaire et sociale des usagers. Les craintes généralement opposées à la création d’une SCMR ne résistent pas à l’étude des nombreux projets menés sur toute la planète. Les SCMR n’augmentent ni ne normalisent la consommation de drogues. Elles n’incitent pas non plus à l’initiation de nouveaux consommateurs et ne freinent certainement pas le recours aux soins des usagers. Au pire peut-on leur reprocher de ne pas diminuer le deal aux alentours de leur implantation. Enfin, les SCMR ne contraignent pas les médecins participant au projet à rompre le Serment d’Hippocrate comme certaines critiques l’ont affirmé. Au contraire, pour paraphraser ledit serment, elles favorisent la santé des patients, soulagent leur souffrance et œuvrent pour des soins de santé accessibles à tous.*Pourtant, alors que tous nos voisins européens en ont déjà mises en place, aucune SCMR ne semble à l’ordre du jour en Belgique. A quand, enfin, un projet pilote chez nous aussi ?

Serment d’Hippocrate sur le site Inter- net de l’Ordre des médecins de Belgique : https://ordomedic.be/fr/l-ordre/serment-%28belgique%29/

Marie-Hélène Salah

Transit asbl

C’est en 1995, dans le cadre du contrat de sécurité et avec le soutien des autorités fédérales, régionales et communales, que naît à Bruxelles le Centre Transit. Transit est un centre d’accueil et d’hébergement de crise à bas seuil pour usagers de drogues. Il propose un accueil de jour et des possibilités d’hébergement de courte durée. Il dispose d’une capacité de vingt lits. Unique en Belgique, Transit offre aux usagers provenant de tout le pays un accueil de première ligne, sans conditions, 24 heures sur 24 et sept jours sur sept. Il s’adresse aux usagers les plus précarisés et socialement marginalisés dont la situation complexe – mélange de problématiques sociale, économique, médicale et judiciaire – ferme l’accès aux structures d’aide classiques.

Le centre se veut un endroit où poser ses valises, souffler, se reposer et envisager la suite du parcours vers la réinsertion sociale et l’accès au logement : un lieu de transit.

Au fil des années, Transit a développé d’autres projets et collaborations : un comptoir d’échange de seringues avec le L.A.I.R.R. (Lieu d’Accueil, d’Information et de Réduction des Risques), l’implantation de Récupérateurs Extérieurs de Seringues Usagées (RESU) sur le territoire de la Région bruxelloise, la création de la Coordination Locale Drogues Bruxelles avec la Coordination Drogues de Saint-Gilles, l’aménagement de huit studios individuels en collaboration avec le CPAS de Bruxelles Ville, des visites aux détenus dans le cadre de leur prise en charge lors de leurs libérations conditionnelles...

Pour plus d’informations :

- La Plate-forme de Réduction des Risques est une initiative de plusieurs acteurs issus de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Elle milite en faveur d'une politique de Réduction des Risques en matière de consommation de drogues en Fé- dération Wallonie-Bruxelles (Belgique). Sur son site sont disponibles de nombreux documents sur la question des salles de consommation à moindres risques .

A signaler particulièrement : un dossier très documenté : François Baufays, Salles de consommation à moindres ris- ques (SCMR) : une tentative de réponse pragmatique à un phénomène multi-factoriel, Dossier d’information, Décembre 2012, FEDITO asbl

Plate-forme de Réduction des Risques
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Téléphone (FEDITO BXL asbl) : +32 (0)2 514 12 60
Site Internet : http://reductiondesrisques.be

- La Fédération Bruxelloise des Institutions pour Toxicomanes (FEDITO BXL) fédère 25 institutions actives dans l'information, la prévention, la réduction des risques, les soins et l'accompagnement relatifs aux consommations de substances psychoactives et aux addictions. Elle a mis en ligne un dossier sur les salles de consommation à moindres risques ainsi que des documents et actualités.
FEDITO BXL asbl
Rue du Président, 55
1050 Bruxelles (BELGIQUE)
Tél. : +32 (0)2 514 12 60
Fax : +32 (0)2 513 81 44
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Site Internet : http://www.feditobxl.be

- Transit asbl, Centre d’accueil et d’hébergement pour usagers de drogues
Rue Stephenson, 96
1000 Bruxelles
Tel : +32 (0)2 215.89.90
Fax : +32 (0)2 215.60.10
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Site Internet : http://users.skynet.be/transitnet

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