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Le projet "Riboutique"

 

Depuis plus de vingt ans, le quartier Ribaucourt à Molenbeek est le théâtre d’un important trafic de drogues dans l’espace public. La drogue se vend, s’achète, se consomme en rue, dans les parcs, les toilettes publiques ou les berges du canal.

Depuis 2007, la plateforme associative locale «Ribaupôle» regroupe des habitants, des associations, des acteurs locaux, la commune et la police locale pour travailler ensemble sur les aspects de convivialité, de sécurité et de cohésion sociale du quartier Ribaucourt-Yser. Les constats posés par la plateforme sont clairs : Ribaucourt-Yser est un quartier particulièrement précarisé avec un taux de chômage important, une très faible mobilité sociale, un état de santé et de bien-être des habitants dégradé.

assuetudes1 BXLS79Le quartier souffre d’un sentiment élevé d’insécurité. Le trafic et la consommation de drogues y génèrent violence et criminalité, et la répression est inefficace et inappropriée. En réponse à ces constats, le Projet Lama, la Mass et Transit asbl ont créé, avec le soutien du Fonds Fédéral de Luttes contre les Assuétudes, le projet Riboutique dans l’objectif de mieux cerner et de mieux répondre aux différents aspects de la problématique de la consommation de drogues dans le quartier. L’équipe Riboutique a travaillé en partenariat avec la Plateforme Ribaupôle, la Fedito Bruxelloise, la Coordination Locale Drogues Bruxelles (CLDB) et la Plate-forme des Coordinations Locales Drogues (PCLD).

Piloté par Transit asbl, le projet vise à améliorer la prise en charge des usagers consommateurs de substances psychoactives et à créer une dynamique avec les acteurs du secteur social, des soins spécialisés et de la réduction des risques autour de la santé des usagers et de leurs besoins. Il a aussi pour objectif de mener une réflexion sur les dispositifs innovants, comme les salles de consommation à moindres risques et leur pertinence face au phénomène de scène ouverte du rond-point Ribaucourt.


Durant les deux dernières décennies, le profil des usagers de drogues a évolué. D’abord issus principalement du quartier, l’origine des usagers s’est diversifiée. Aujourd’hui, ils proviennent des quatre coins de Bruxelles, voire même d’au-delà de la région.

Ce nouveau public est largement méconnu des services de proximité, il ne vient que pour acheter et/ ou consommer et n’a pas d’attache au quartier, ne l’habitant pas.

assuetude2 BXLS79Une partie importante des usagers vivent dans une grande précarité, parfois sans protection sociale ni accès aux soins et sont en situation de désaffiliation sociale. Leur état de santé est souvent très dégradé.

Ni les nombreux investissements sociaux et urbanistiques de la part des pouvoirs communaux ni la politique sécuritaire et répressive mise en place à partir de 2012 n’ont pu répondre efficacement aux problèmes de la vente et de l’usage de drogues à Ribaucourt. Au fil du temps, la tension entre usagers et riverains excédés n’a cessé de monter pour aboutir parfois à des violences entre les jeunes habitants du quartier et les consommateurs.

Le projet Riboutique a cherché à apporter des réponses concrètes aux problématiques rencontrées sur la scène ouverte de Ribaucourt, particulièrement sur l’aide et les soins de santé à offrir aux usagers de drogues par la mise en place d’un travail en réseau et d’une équipe de médiateurs de quartier pour le soin en assuétude. Dans cette optique, les porteurs du projet ont rencontré les membres de la Plateforme Ribaupôle (autorités communales, police locale, CLES, STIB, Jeugd en stad,...), des acteurs spécialisés en assuétude issus du bas-seuil et de la réduction des risques dont Modus Vivendi et Dune, les équipes de Diogènes, d’espace P, du L.A.I.R.R., du Comptoir de Charleroi, de la CLDB, de la PCLD, de la FEDITO, de Médecins du Monde et du Samusocial.

Evidemment, dans le cadre de cette recherche-action, l’équipe de Riboutique a aussi rencontré des usagers dans une démarche participative afin de recueillir leur opinion sur la situation. Il ressort de ces entretiens que le carrefour Ribaucourt est fréquenté par trois à quatre cents usagers en incluant les usagers « chalands » (qui ne viennent que pour acheter et repartent au plus vite) et ceux en traitement fréquentant Ribaucourt en vue d’acheter des produits illégaux. Une centaine d’usagers sont problématiques et en situation d’errance dans le quartier.

Il y a donc une double problématique à la consommation de drogue dans l’espace public à Ribaucourt : celle de la prise en charge des usagers de drogues du point de vue de la santé et de l’accompagnement social et celle du bien-être et de la santé des riverains. Pour y faire face, le projet Riboutique cherche à proposer des alternatives innovantes. Il préconise : la mise en place d’une «coordination locale d’aide et de soins en assuétude» permettant la prise en charge des usagers, tant sur le plan déontologique que thérapeutique; un inventaire des besoins et des ressources afin de mieux connaître les usagers et leurs besoins; une identification des acteurs locaux; la mise en place de dispositifs innovants répondant à la problématique des scènes ouvertes et de la consommation de rue comme les salles de consommation à moindres risques ; les services à bas seuil; l’accompagnement social et les dispositifs de réduction des risques.

Ces propositions permettraient de pacifier le quartier et de rendre aux habitants une qualité de vie qu’ils ont perdu; elles répondraient aussi aux besoins des usagers de plus en plus précarisés et isolés en améliorant l’accès aux soins et l’accompagnement social.

Le quartier Ribaucourt semble être à Bruxelles celui où l’ouverture d’une salle de consommation à moindres risques apporterait des réponses aux nombreux problèmes.

Marie-Hélène Salah

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