Question Santé       Facebook  Twitter  header vimeo
Inscription Newsletter  INSCRIPTION NEWSLETTERS  PRESSE

Débat n° 80

Notre rubrique « Débats » donne la parole aux groupes politiques démocratiques.

Abrumet et les données médicales électroniques

L’un des objectifs de cette législature dans le domaine de la santé consiste à promouvoir les applications e-santé (ou “eHealth”) par le biais de l’Association bruxelloise de télématique médicale, mieux connue sous le nom d’Abrumet. Cette dernière a vocation à développer les échanges d’informations médicales et réunit les hôpitaux bruxellois avec les associations de médecine générale.
Au fédéral, la “plate-forme eHealth” relie tous les réseaux de santé belges en connectant les bases de données décentralisées et traite notamment les informations relatives au consentement des patients. Mentionnons un objectif important du gouvernement fédéral en la matière: mettre sur pied un dossier patient électronique généralisé pour 2019.
Récemment au Parlement bruxellois, j’interrogeais le Ministre Didier Gosuin, compétent pour l’e-santé en Région bruxelloise, sur les campagnes d’information et de sensibilisation nécessaires à l’utilisation "éclairée" des services eHealth et sur la sécurisation des données médicales per- sonnelles. Qu’en est-il ?
Premièrement, il apparaît que le Ministre a récemment conclu un accord avec l’Inami afin de cumuler les efforts financiers en vue de créer une campagne d’information et de formation des prestataires de soins, avec comme priorité les médecins généralistes.
Ensuite, concernant la sécurisation des données médicales, il semblerait que la conception même du système d’e-santé en Belgique soit une mesure de protection ! En effet, non seulement les données sont stockées par l’institution qui les produit, mais en outre elles sont mises à la disposition des prestataires par un système de reconnaissance et de mise en relation de ces derniers avec la donnée décentralisée. De la sorte, la captation de données nécessiterait de pirater plusieurs serveurs répondant à des logiques techniques différentes. Et ce n’est là qu’un aspect de la stratégie de sécurité...
Enfin, il a été prévu dans les normes hospitalières l'obligation d'avoir un plan stratégique sur la sécurité de l'information.

Michel Colson, 
Député FDF au Parlement Bruxellois, 
Chef de groupe pour la Cocof .

L'environnement, c'est la santé !

Le 20 octobre dernier, un « collectif d'acteurs de la santé » publiait une lettre ouverte rappelant que la pollution de l'air faisait plus de 600 victimes chaque année à Bruxelles et demandant aux autorités régionales d'amender leur projet de plan Air-Climat-Énergie afin d'y inclure des objectifs ambitieux et précis en matière de lutte contre les polluants atmosphériques, notamment les particules fines.
Un peu plus tôt cette année, c'est la prestigieuse revue médicale The Lancet qui tirait la sonnette d'alarme : «Les effets du changement climatique sont déjà perceptibles aujourd'hui et les projections pour l'avenir représentent un risque potentiellement catastrophique d'une ampleur inacceptable pour la santé humaine.»
La multiplication des épisodes de sécheresse ou des inondations, la propagation des maladies transmises par des vecteurs comme les moustiques, l'augmentation des pathologies mentales (stress post-traumatique suite aux événements climatiques extrêmes) étaient notamment pointées du doigt.
C'est dire si, plus que jamais, la lutte contre toutes les sources de pollution et le changement climatique est un devoir de premier ordre pour les autorités publiques, entre autres bruxelloises, en vue de garantir la santé publique. Or, si les politiques mises en œuvre par les écologistes dans les deux précédents gouvernements ont, par exemple, permis de faire baisser la consommation énergétique de 25 % en dix ans à Bruxelles, il reste encore énormément de progrès à accomplir, notamment en matière de mobilité, d'isolation du bâti ou de diminution et réutilisation des « déchets ».
Il importe donc que les autorités de la Région prennent le dossier à bras-le-corps, de manière globale et transversale, en développant des actions dans l'ensemble des compétences : l'environnement bien sûr, la santé également, mais aussi le logement, la mobilité, l'aménagement du territoire, la cohésion sociale... L'ensemble des départements ministériels ont un rôle à jouer. La conférence de Paris sur le climat (COP21) doit être l'occasion de cette prise de conscience. Car pour nous, écologistes, il n'est pas possible d'imaginer une population en bonne santé dans un environnement pollué.

Evelyne Huytebroeck, 
Députée bruxelloise Ecolo.

Double Diagnostic à Bruxelles: l'heure est aux négociations.

La situation est connue depuis plusieurs années, les personnes connaissant un « Double Diagnostic » (handicap mental + pathologie mentale) et traversant des périodes de crise aiguë ne peuvent pas bénéficier à Bruxelles d'une offre hospitalière adaptée à leurs besoins. Au grand dam de leurs familles qui doivent se tourner soit vers la Flandre (Bierbeek) soit vers la Wallonie (Manage) afin de trouver l'accueil psychiatrique adapté à la situation de leur enfant.
Cette situation a mobilisé l'attention politique en faisant voter à l'unanimité en 2014 une résolution au Sénat qui demande au gouvernement fédéral de faire l'état des besoins en la matière et de prévoir, entre autre, un accueil hospitalier à Bruxelles. Le sujet s'est ensuite retrouvé tant dans l'accord de majorité fédéral que régional bruxellois. Bingo ! La ministre fédérale des affaires sociales et de la santé, Maggie De Block, vient de libérer une enveloppe de 4,14 M°€ à destination des hôpitaux. Afin qu'ils puissent engager du personnel spécialisé pour assurer l'encadrement thérapeutique nécessaire. C'est un premier pas. Décisif. Et je le salue.
Ceci étant, l'accord de majorité fédéral spécifiait qu' « En collaboration avec les entités fédérées concernées, l'offre en soins de santé mentale pour les enfants, les jeunes et les patients avec double diagnostic sera adaptée aux besoins ». La notion de collaboration avec les entités fédérées est donc bien présente dans la volonté du fédéral. Il convient de reprendre la balle au bond et d'entamer au plus vite les négociations afin de traduire cet engagement budgétaire de manière opérationnelle et, surtout, d'aboutir à la création d'une unité hospitalière DD dans la Région de Bruxelles Capitale. Tout comme l'obtention d'une lettre K (norme d'encadrement hospitalier).
Maintenant que les budgets sont sur la table, de nombreuses familles bruxelloises attendent les résultats de ces négociations avec impatience. C'est un euphémisme !

André du Bus,
Député bruxellois (cdH).

Troubles de la santé : les indépendants et entrepreneurs ne sont pas épargnés

La santé des entrepreneurs n'est pas toujours prise en compte. Pourtant, une récente étude effectuée auprès des commerçants bruxellois par l’ULB, a mis en évidence l'impact du travail sur la santé. Il en résulte que les entrepreneurs seraient plus touchés que d'autres catégories de personnes par des troubles de la santé mentale comme l'hyperactivité, la dépression, la prise de substances ou l'anxiété.
Gestion du stress, dépression, burn-out, sont les conséquences de cet état des lieux, et les travailleurs indépendants ne sont pas épargnés. Il est vrai que pour cette catégorie professionnelle, la santé n’est pas la priorité, reléguée derrière d’autres préoccupations liées à la gestion quotidienne d’une entreprise, les démarches administratives, le suivi quotidien, les relations avec les clients etc., sans compter l’inévitable « Je n’ai pas le temps d’être malade ! »
S’ajoute à cette situation un constat alarmant pour la Belgique : notre pays est un grand consommateur d'antidépresseurs. En 2013, l'Institut national d’assurance maladie-invalidité (Inami) indiquait que le nombre de doses journalières de ces médicaments avait augmenté de 12% en l'espace de cinq ans. Avec 70 doses par 1.000 habitants et par jour, notre pays se situe 25% au-dessus de la moyenne des 56 pays de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).
Des initiatives ont été prises au niveau de la COCOF, pour développer et renforcer la sensibilisation des entrepreneurs : 65.000 euros ont été accordé au projet « 7 Jours Santé », qui a pour but de fournir des pistes aux indépendants, afin qu’ils mènent une vie plus favorable pour leur bien-être. Il convient de poursuivre dans cette voie, et de continuer à informer cette catégorie professionnelle de la nécessité de prendre soin de sa santé.

Gaëtan Van Goidsenhoven, 
Député bruxellois MR, 
Chef de Groupe MR au Parlement francophone. 

La Sherwoodisation à l’étude

Le non-emploi s’accompagne d’une perte de lien social intense. Cette désaffiliation peut aller plus ou moins loin. Revenons un instant sur les effets engendrés par les réformes successives du système de chômage. Premier constat : le nombre d’individus exclus ou suspendus du bénéfice des allocations de chômage n’a cessé d’augmenter ces derniers mois. La logique voudrait que cette perte de revenu dirige la plus grande partie de ces personnes vers les CPAS. Deuxième constat : un nombre croissant de ces individus "disparaissent" purement et simplement du système d’assistance publique : les CPAS bruxellois s’inquiètent de ne recevoir qu’un tiers environ des personnes exclues.
Selon le psychologue Bernard Van Asbrouck, on assiste à un phénomène large de désaffiliation qu’il qualifie de "Sherwoodisation". Ce mot réfère à la célèbre forêt de Robin des Bois, qui abrite les pauvres accablés par la politique répressive du sheriff et organisant un état dans la forêt. Ce phénomène se renforce dans toutes les grandes villes belges et en particulier en Région bruxelloise.
Si certaines personnes font appel à la solidarité intrafamiliale ou communautaire, pour les autres, la « débrouille » fait loi, quitte à sortir du cadre de la légalité, en travaillant au noir, par exemple. C’est que plusieurs études ont démontré que le fait d’émarger au CPAS est perçu de manière plus stigmatisante que le fait de travailler au noir...
Notre groupe parlementaire s’est particulièrement intéressé à cette question, pointant que les données existantes sont trop rares. Nous avons été entendus: l’Observatoire de la Santé et du Social a été chargé par le gouvernement de dédier son dossier thématique annuel au non-recours aux droits sociaux. Ceci devrait nous donner des chiffres et une étude descriptive permettant d’appréhender fi- nement ce problème !

Catherine Moureaux,
Présidente du Groupe PS au Parlement francophone bruxellois,
Députée bruxelloise et au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Partager