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"Ensemble pour la santé", une biennale de la Plate-forme d'Action Santé et Solidarité

« Ensemble pour la santé » est la première biennale nationale pour la santé et le mieux-être, qui s’est déroulée à Bruxelles le 1 et 2 décembre 2017. Organisé à l’initiative de la Plate-forme d’Action Santé et Solidarité (PASS), cet événement avait pour objectif principal de promouvoir les actions locales et participatives oeuvrant sur les déterminants sociaux de la santé.

 Aux origines

Tout démarre en juin 2015, avec une première note d’intention présentée à l'Assemblée Générale de la Plate-forme d’Action Santé et Solidarité (PASS). Quelques mois plus tôt, certains membres de la PASS avaient participé aux 8e Rencontres de l'Institut Renaudot à Paris. Cet événement français qui permet tous les deux ans de partager pratiques et réflexions en matière de santé communautaire fut une véritable source d’inspiration pour les organisateurs. Comme nous l’explique Denis Mannaerts, directeur de l’asbl Cultures et Santé et membre de l’équipe organisatrice de la biennale : «Une autre motivation a été le constat fait par les mutualités et nombre d’acteurs de la santé quant aux coûts sans cesse plus élevés des soins de santé et la nécessité de renforcer d’autres approches plus efficaces que les soins pour aborder la santé, c’est-à-dire se focaliser sur ce qui détermine la santé en amont du traitement des maladies et des invalidités. En Belgique, de nombreuses initiatives se développent dans ce domaine à une échelle locale et à travers des démarches participatives, nous trouvions important de les mettre en évidence.»

C’est ainsi qu’a émergé l’idée d’organiser en Belgique un événement où se retrouveraient des citoyens, des professionnels de différents secteurs et des élus autour des questions de santé et de bien-être.

Un réseau, au service de la création de liens et de rencontres autour de la santé. Grâce à un travail de réseautage, la PASS a pu réunir une quarantaine d’organisations bruxelloises, flamandes et wallonnes des secteurs de la santé, mais aussi des secteurs de la culture, de l’enseignement, de la mobilité, de l’alimentation, du logement, du travail, fédérées autour d’un objet commun : celui de promouvoir des actions et des politiques en faveur de la santé, novatrices et plus solidaires. Ensemble, elles ont choisi d’unir leurs compétences, leurs expériences, pour informer et sensibiliser, dans un premier temps, les professionnels et les citoyens sur les conséquences de certaines politiques néolibérales, sur la protection sociale et le service public des soins de santé. En a découlé ensuite une volonté profonde de faire découvrir des politiques de santé et de promotion du bien-être progressistes et solidaires, avec l’ambition de les voir se multiplier au fil des années.

Ce rassemblement se voulait représentatif des thèmes régulièrement rencontrés dans le domaine de la santé, tels que : la lutte contre les inégalités sociales de santé, la volonté de résister face au processus de privatisation et de marchandisation du secteur de la santé ou la santé comme droit pour tous.

Ainsi donc, l’objectif général de ce colloque était de promouvoir les actions locales et participatives travaillant sur les déterminants sociaux de la santé afin d’améliorer la santé des populations et de réduire les inégalités sociales de santé. Cet objectif s’accompagnait de six grandes volontés, dont celles de :

  • « Contribuer à la visibilité et la reconnaissance des actions locales par un plus large public et être un moment d’interpellation du politique pour à la fois montrer que des alternatives existent et fonctionnent, en vue d’obtenir son soutien.
  • Permettre l’échange de savoirs et d’expériences entre acteurs dans le but de renforcer les compétences et les actions.
  • Créer des liens solidaires entre acteurs, citoyens, professionnels et élus, provenant des différentes régions de la Belgique et de différents secteurs ».

« Expertise, débat, action »

Voilà à travers ces trois mots comment s’articulaient les activités proposées par la Plate-forme en décembre dernier. Plus de 200 participants se sont rencontrés sur les deux jours au centre culturel De Markten à Bruxelles, animés par le Collectiv-a et Periferia, deux associations rôdées aux méthodologies de l’intelligence collective. La PASS désirait ainsi offrir la possibilité aux acteurs de différents horizons de partager leurs savoirs et savoir-faire et de croiser expériences professionnelles et citoyennes.

Ensemble santeCet objectif aura-t-il été atteint ? Oui, selon Denis Mannaerts : « Il y a eu une véritable diversité de profils et de personnes et une dynamique s’est vraiment créée.» Myriam Suetens, du Vereniging van Wijkgezondheidscentra, a, elle aussi, relevé cette mixité quant au public présent : outre des professionnels, il y avait des patients, des groupes de résidents présents dans les différentes activités autour de la santé et cela était d’ailleurs une plus-value lors des échanges.

De plus, lors des sessions interactives, Frieda Raes et Hilde Diels, respectivement bénévole et chargée de projet promotion à la santé au sein du Medikuregem, ont pu échanger avec d’autres participants sur un sujet qu’elles avaient choisi d’aborder et qui associait différents thèmes tels que l’environnement, la mobilité, la pollution. Grâce à cette mixité de participants autour de la table, ces dernières ont réellement pu identifier de nouveaux axes de réflexion pour leur projet. 

Non seulement cet objectif a été atteint, mais a en plus réellement permis aux participants désireux d’insuffler un nouveau regard à leur projet.

L’ancrage local à l’honneur

Comme le souligne Denis Mannaerts, « Il y a de nombreux citoyens et associations qui s’engagent dans des actions en faveur de la santé. Celles-ci ne sont peut-être pas assez mises en évidence, surtout politiquement. On constate un soutien philosophique de ces actions mais souvent sur base de financements ponctuels ou au travers d’appels à projets. » Cet événement a donc été l’occasion d’apporter plus de visibilité aux initiatives locales qui proposent des projets innovants et participatifs, comme par exemple celui du centre médical de Cureghem (Medikuregem), qui est venu présenter son initiative : un compost de quartier. Au départ, nous explique Hilde Diel : « On l’a créé il y a moins d’un an avec le voisinage autour du centre. Ce thème est issu d’un projet un peu plus vaste qui concernait la propreté du quartier. C’était une initiative avec plusieurs partenaires : des associations de quartier, des habitants et le service propreté de la commune. » Ce projet est ainsi le résultat de plusieurs rencontres sous forme de « café-débats » entre les habitants du quartier et les associations de quartier. La problématique de la propreté du quartier était récurrente. « Il y avait beaucoup de voeux liés à la propreté. On formule souvent des voeux, notamment à la nouvelle année, puis on attend… Mais il faut agir, les voeux ne se réalisent pas en restant inactif face aux problématiques qui nous touchent. », complète Frieda Raes. Ce compost a été créé à un endroit qui était de plus en plus négligé. Les voisins ont vraiment souhaité prendre ce coin en main, l’ont embelli et, depuis, ils s’organisent entre eux pour faire des permanences afin de garder cet endroit propre.

C’est avec enthousiasme que l’équipe du Medikuregem nous apprend que ce projet se pérennise, grâce notamment à son emplacement. Et pour cause, ce compost se situe au milieu de nombreux appartements qui ont une vision directe sur lui. Le contrôle social a vigoureusement opéré, et ce, pour le bien-être collectif de cette partie du quartier. Au travers de ce projet, Frieda Raes et Hilde Diels ont mis l’accent sur les principaux débouchés positifs dans le quartier : un mouvement solidaire et bienveillant, une meilleure communication entre les riverains et des habitants fiers de leur quartier. Cette initiative locale aura permis de créer ou recréer du lien dans cette parcelle de quartier qui, au fil des années, n’avait plus laissé beaucoup de place au « nous ».

Véritablement ensemble ?

Ce colloque « Ensemble pour la santé » se voulait rassembleur. Rassembleur d’acteurs professionnels, de citoyens qui ne se connaissaient pas ou peu, mais qui réfléchissaient et travaillaient déjà dans le même sens à quelques kilomètres les uns des autres. Pour Hilde Diels, Medikuregem, « Le mérite de cette biennale est de nous avoir ouvert les yeux. On fait la même chose que nos voisins mais on ne prend pas assez le temps de se découvrir. On a donc l’impression d’être parfois seul à travailler certaines causes alors que pas du tout ! Cette rencontre a vraiment ouvert une porte, c’est une richesse de pouvoir travailler dans un tel contexte et c’est motivant de savoir que l’on est loin d’être seul finalement. »

Nous ne pouvons toutefois faire l’économie d’une réflexion quant à la question de la visibilisation des projets et initiatives locales. Selon Denis Mannaerts, l’une des volontés des organisateurs était de mettre en évidence la pertinence de ces actions afin de les soutenir de manière plus structurelle, avec l’idée d’engendrer un changement culturel derrière. Le message à faire passer, d’abord aux pouvoirs locaux et ensuite aux autres niveaux de pouvoir est que, pour créer la santé, il est nécessaire de partir des besoins et des ressources des citoyens. De plus, l’objectif de mobilisation des politiques n’aura malheureusement pas abouti dans le cadre de cette première biennale. Denis Mannaerts est très réaliste quant à la situation : « On n’a pas totalement atteint l’objectif de faire venir des élus. Faire des liens avec eux demandera plus de temps. C’est un objectif à long terme. Mais la biennale ne s’arrête pas aux deux journées qui ont eu lieu en décembre. Maintenant, le but est de valoriser les idées et les échanges qui s’y sont produits pour en faire quelque chose de plus politique, notamment dans la perspective des élections. C’est vraiment le travail qui va se profiler dès cette année. » Autre point d’accrochage, le manque de financements. Ce problème récurrent se fait ressentir auprès de tous les professionnels du secteur, qui ont indubitablement l’impression de devoir « choisir » certaines actions ou méthodes de travail en fonction du budget disponible. Outre le manque de visibilité, la question de l’isolement est également soulevée dans le secteur de la promotion de la santé, notamment par Myriam Suetens, du Wijkgezondheidscentra, et Frieda Raes et Hilde Diels, du Medikuregem. La sensation d’être « seul » à travailler certaines problématiques était présente, de part et d’autre, avant de venir rencontrer cette multitude d’acteurs et de citoyens dans le cadre de la biennale. Ce colloque aura permis de constater que, « de l’autre côté », aussi, des professionnels et des citoyens travaillent dans le même sens.

« De l’autre côté »

Terme idéal pour évoquer la mouvance entre différents univers, « de l’autre côté » fait référence aux langues, entre francophones et néerlandophones, aux niveaux de ressources et aux types d’expertise en présence, aucun public n’aura été oublié pour ce colloque.

La PASS affiche une ambition fédérale et est de ce fait bilingue. C’est pourquoi, durant cette biennale, un large dispositif a été mis en place afin d’inclure les publics issus d’horizons différents. « Outre l’idée de territoire, il y avait également l’idée d’inclure d’autres personnes, notamment les personnes sourdes. Des traductions en langue des signes avaient donc lieu, c’était vraiment un des points forts de cette rencontre », selon Denis Mannaerts. Cette volonté d’assurer l’accessibilité à tous a été ressentie positivement du côté des participants, pour Frieda Raes : « Tout était super bien organisé, ils avaient prévu tout le dispositif nécessaire : des étudiants en école de traduction venaient dans tous les groupes pour aider à la communication, par exemple. C’était vraiment très bien. Au niveau de l’animation, tout était aussi fait pour permettre à tout le monde de participer, cela était vraiment très bien organisé. » Myriam Suetens relève également la pertinence du travail fourni par le Collectiv-a. Sur le plan du multilinguisme, l’un des objectifs de cette rencontre, la satisfaction est au rendez-vous. En plus d’offrir à tous une traduction simultanée, notamment en langue des signes, lors de la séance plénière, des traducteurs étaient présents pour permettre à chacun-e de communiquer au sein même des différents groupes de travail, ce qui a nettement facilité les échanges entre participants.

La biennale aura, en somme, permis de constater que la promotion de la santé « nous » concerne tous. Ce projet se voulait rassembleur, solidaire, bienveillant et, surtout, accessible à tous : ce fut le cas ! Beaucoup de professionnels et de citoyens d’horizons différents étaient présents et ont su saisir cette opportunité pour (re)créer des liens et du sens dans leur mission ou engagement au quotidien. En plus de mettre en lumière certains projets locaux, cette rencontre aura aussi permis à tous d’élargir leur réseau, avec une réelle intention de faire naître de nouvelles collaborations. Certes, certains objectifs comme celui d'interpeller les pouvoirs publics n’ont pu directement être atteints mais, cap sur 2019, avec la ferme intention d’y parvenir cette fois-là.

Yamina Seghrouchni

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