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Echos des politiques

Les élus au Parlement de la Commission communautaire française réagissent au sujet de notre dossier, au travers de la question : Quel soutien politique dans l’émergence de la pair-aidance ?

La pair-aidance : vers la généralisation d’un statut officiel ?

Le pair-aidant est une personne qui, ayant vécu par le passé une situation de grande souffrance psychique ou sociale, se propose de venir en aide à d’autres personnes qui connaissent une situation similaire. Ayant lui-même fait face à la souffrance, il possède une certaine forme d’« expertise» pour aider d’autres individus à se diriger vers le rétablissement et la sérénité.

Le pair-aidant accompagne donc des professionnels de la santé ou des professionnels actifs dans le secteur social dans un travail d’aide et de proximité auprès des personnes dans le besoin. La pair-aidance peut ainsi trouver une utilité toute particulière pour les personnes vivant dans une situation de précarité et d’exclusion sociale.

En Belgique francophone, cette pratique tend timidement à se développer et des pairs-aidants salariés se voient désormais engagés dans différentes structures de soins à Bruxelles et en Wallonie. A Bruxelles, la Cocom subventionne différents projets participatifs de pairaidance et a intégré le recours à cette pratique dans sa nouvelle ordonnance relative aux sans-abri. C’est donc une première forme de reconnaissance du statut officiel de pair-aidant.

Au MR, nous sommes particulièrement soucieux de l’émancipation et de l’épanouissement des personnes. Nous encourageons donc l’ensemble des pouvoirs publics compétents à davantage prendre en considération la fonction de pair-aidant dans l’élaboration de réglementations et dans la mise en oeuvre de politiques publiques dans le secteur de la santé ou de l’aide sociale.

Gaëtan Van Goidsenhoven,
Député Bruxellois et Chef de groupe MR Cocof

Encourageons le recours aux experts du vécu 

DéFI considère que, dans le domaine des politiques sociales, les pouvoirs publics devraient avoir plus fréquemment recours à la pair-aidance, méthode consistant à intégrer dans les dispositifs d’aide et de soins l’expertise d’anciens bénéficiaires ayant connu la pauvreté et l’exclusion sociale. Ces experts du vécu disposent d’un savoir basé sur leur expérience personnelle, qu’ils mettent au service des travailleurs sociaux et des usagers des structures d’aide. Les pairs-aidants parviennent à établir rapidement une relation de confiance avec les publics-cibles; ils contribuent ainsi à l’amélioration de l’accessibilité des services et à la lutte contre le non-recours aux droits sociaux.

Le groupe DéFI soutient donc avec enthousiasme les initiatives prises par le gouvernement régional en vue d’inclure la pair-aidance dans certaines politiques. Sous l’impulsion du ministre de l’Emploi, D. Gosuin, Actiris a participé au programme Groeipad, dans lequel les experts du vécu jouent un rôle important en accompagnant des chercheurs d’emploi précarisés. Par ailleurs, depuis plusieurs années, le gouvernement bruxellois subventionne des projets participatifs de pair-aidance dans le secteur de la lutte contre la pauvreté. En outre, l’ordonnance relative à l’aide aux sansabri, récemment adoptée par le Parlement Bruxellois, prévoit le recours à des pairs-aidants dans les outils d’analyse et de programmation.

DéFI plaide pour que les pouvoirs publics multiplient les initiatives en matière de pair-aidance tout en veillant à évaluer les effets de cette méthode sur les bénéficiaires des services d’aide.

Pour le groupe DéFI,
Michel Colson (député DéFI au parlement de la Région de Bruxelles-Capitale)

Expert du vécu et professionnel : un duo en tension permanente

Dans le champ de l’éducation à la santé, le concept d’éducation par les pairs accuse déjà quelques décennies d’expériences.

En matière de drogues, le concept avait fleuri dans le cadre des programmes permettant aux jeunes de s’impliquer, de participer, de s’exprimer sur le sujet, partant du constat que leur « vécu » allié à leur propre mode d’expression représentait une réelle plusvalue stratégique à l’égard de leurspairs/copains. Les écueils étaient liés au minimum d’encadrement à assurer tout en ne brisant pas leur spontanéité. Il ne s‘agissait surtout pas d’en faire des professionnels. En matière de santé, la valorisation de l’expérience des pairs n’est pas récente non plus. La Ligue des Usagers des Services de Santé (LUSS) se déploie depuis une vingtaine d’années pour faire valoir l’expérience acquise par ceux qui ont connu/connaissent un parcours de patient. Ce qui n’est pas toujours évident face aux professionnels tels que les médecins ou aux institutions telles que les mutuelles. Dans le champ social, et entre autres dans le cadre de la lutte contre le non recours aux différents types d’aides et de soutien, la pair-aidance doit faire face à des difficultés additionnelles. Car il s’agit de garantir des conditions de partage d’un vécu qui soient particulièrement respectueuses de la propre histoire de celui qui s’exprime. Tout en faisant accepter ce nouveau modus operandi auprès des professionnels de l’aide sociale. Ce qui n’est jamais simple, car il existera toujours une tension entre l’expert (du vécu) et le professionnel.

C’est tout le sens du colloque organisé récemment et de l’inscription par la ministre de l’Action sociale, Céline Fremault, de la pair-aidance dans l’ordonnance sur le sans-abrisme.

André du Bus
Député bruxellois cdH

 Un statut pour le pair-aidant

La pair-aidance est une nouvelle fonction dans le travail psychosocial. Cette fonction innovante doit se voir en complémentarité avec les autres fonctions psycho-médico-sociales qui existent déjà dans de nombreuses institutions. Elle vise à établir une meilleure communication entre le bénéficiaire de l'aide et des soins et l’institution, l’aider dans le processus de rétablissement et l’exercice de ses droits.Les personnes quiexercent cette fonction peuvent faire remonter des constats et les réalités de terrain permettant à l’institution de faire évoluer son organisation et créer une nouvelle dynamique au profit des bénéficiaires. Pour le/la pair-aidant.e, cette fonction est une reconnaissance de son savoir et de sa richesse.

La pair-aidance ouvre donc des perspectives intéressantes et mérite le soutien des autorités publiques avec, à la clé, un statut, une formation et un financement. Attention toutefois aux risques d’instrumentalisation et d’effets néfastes qui ont été mis en exergue lors d'une journée de réflexion le 31 mai dernier1 : imposition de choix non concertés, conflit de loyauté, obligation de « s'activer » pour faire de la pair-aidance, perte de la singularité de son expertise de vécu, etc.

Dans ce contexte, le financement de projets pilotes en Région bruxelloise est une piste à suivre en prenant garde à ce que soient pris en compte les différentes formes de pair-aidance (bénévole, salariale, « électron libre », etc.) et des cadres d'interventions pratiques, éthiques et déontologiques qui permettent de faciliter le travail des pair-aidant.e.s. Le tout assorti d'une vraie évaluation pour, à terme, pérenniser ce statut.

Magali Plovie
Députée bruxelloise Ecolo

1. « La Pair-aidance : rencontres/échanges/débats. Note de synthèse de la journée du 31 mai 2018 », p.3, http://www.le-forum.org/uploads/Note%20de%20synth%C3%A8se%20pair-aidance.pdf

 Un mécanisme à outiller dans la lutte
contre le non-recours

Etendre ce mécanisme hautement solidaire émerge aujourd’hui de plus en plus dans différents domaines de la santé (mentale, notamment) et du social. Si l’idée est séduisante, les écueils existent.Dans un contexte politique où les travailleurs sociaux et de la santé sont soumis à une pression économique sans équivalent : obligation de résultat, manque de moyens financiers et humains, aggravation de la situation des usagers, apparition de pratiques de gestion du monde de l’entreprise, etc. La pair-aidance ne devra en aucun cas servir de substitut à l’action des professionnels. Pas question de sous-traitance ici. Les limites doivent être claires, l’encadrement des pairs-aidants une réelle préoccupation.

La pair-aidance a néanmoins un rôle primordial à prendre : celui de chaînon manquant entre des publics marginalisés ou isolés et des structures publiques ou associatives qui peinent à toucher des usagers parfois défiants. De ce fait, elle permettrait de renforcer la lutte contre le non-recours à Bruxelles.

Pour ce faire, il faut outiller ce mécanisme par une amélioration et une reconnaissance de ces experts du vécu. C’est par exemple ce que les parlementaires socialistes ont récemment intégré dans la nouvelle ordonnance réorganisant l’aideaux sans-abris en région bruxelloise. Et ce dans le but d’une identification plus fine des besoins des bénéficiaires et des équipes d’intervention.

Ni substitut aux professionnels, ni gadget participatif, le développement de la pair-aidance dans les politiques de santé et du social en région bruxelloise n’en est qu’à ces premiers balbutiements. Investir dans son encadrement, lui trouver sa juste place dans le maillage institutionnel existant et valoriser ces intervenants d’un nouveau type sont les défis qui permettront à Bruxelles que la pair-aidance puisse développer tout son potentiel.

Catherine Moureaux,
Présidente du Groupe PS au Parlement francophone bruxellois,
Députée bruxelloise et au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles 

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