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Débats n° 81

Notre rubrique « Débats » donne la parole aux groupes politiques démocratiques.

Vers une véritable politique de promotion de la santé à Bruxelles ?

Le début de l'année 2016 a été l'occasion pour les parlementaires de la Cocof de se pencher sur le tout nouveau décret relatif à la promotion de la santé. Héritée de la 6ème réforme de l'État, cette compétence dont tout le monde s'accorde à louer l'importance devra s'articuler avec les politiques menées à bien d'autres niveaux. Alors que plus personne ne nie l'importance des déterminants sociaux (logement, emploi, environnement...) sur la santé, piloter une politique de promotion de la santé depuis la Cocof, à destination des seuls francophones de Bruxelles, et avec un budget dérisoire (quatre millions pour 2016), risque bien de s'avérer rapidement une mission, sinon impossible, du moins hautement périlleuse.
C'est la raison pour laquelle les écologistes, s'appuyant sur la demande du secteur, avaient plaidé pour que les organisations actives dans ce domaine puissent, à l'instar d'autres (comme les maisons de repos), « migrer » vers la Cocom en se déclarant bicommunautaires. Il faut regretter que la majorité PS-DéFI-cdH ait fait preuve de frilosité sur le sujet.
Après des mois de large concertation (qu'il faut saluer), la ministre de la Santé a donc déposé un projet de décret reprenant grosso modo le dispositif précédemment en vigueur à la Fédération Wallonie-Bruxelles. Quelques changements sont néanmoins à souligner : l'apparition d'une instance de pilotage (en vue de répondre à la demande formulée en 2011 par le Conseil supérieur de promotion de la santé), mais aussi, et c'est moins heureux, la disparition de l'agrément des opérateurs, au profit d'une simple « désignation », disparition justifiée par le fait que le secteur travaillerait davantage selon une logique de « projet » que de « métier ».
Malgré cela, et les zones d'ombre qui subsistent sur la place qui sera laissée à la participation des publics dans l'élaboration de la politique de promotion de la santé, il faut espérer néanmoins que celle-ci permettra bien de faire émerger les besoins, et ne se résumera pas à une délégation de mission des services publics vers le sec- teur associatif.

Zoé Genot, 
Députée bruxelloise ECOLO 

"Le médecin généraliste au cœur de la prévention"

Comme tous les 3 ans, le KCE vient de publier un « check-up » de notre système de santé. Il y pointe des faiblesses en matière de prévention et notamment quant au dépistage des cancers du sein.
En Belgique, une femme sur dix sera touchée par cette maladie, soit plus de 10.000 femmes détectées par an.
Il existe un large fossé entre Régions pour le dépistage du cancer du sein organisé par les autorités. En Flandre, les femmes participent largement au programme organisé (50%) contrairement à Bruxelles (7 à 10%). En Belgique francophone, il existe, en effet, une culture de dépistage individuel où l’on fait des dépistages plus approfondis (radio, écho, examen clinique, etc.).
Pourtant, le mammotest est efficace pour une grande majorité des femmes qui ne sont pas « à risques » et est proposé gratuitement tous les deux ans aux femmes de 50 à 69 ans, par un courrier d’invitation à se rendre dans un centre de référence. Au vu de l’application effective de la 6ème réforme de l’état au 1er janvier 2016, ce courrier sera désormais envoyé aux Bruxelloises par Brumammo, qui coordonne les centres de mammographie agréés et est financé par la Commission Communautaire Commune, la Communauté française et la Communauté flamande. Plusieurs études ont démontré que la décision de réaliser un dépistage du cancer du sein est fortement corrélée au fait d'avoir consulté son médecin traitant dans les douze mois précédant la démarche de dépistage. Brumammo tiendra compte de cette donnée et les femmes seront désormais aussi encouragées à parler du dépistage avec leur médecin traitant et en abordant également celui d'autres cancers. Nous ne pouvons qu’espérer qu’en remettant le médecin généraliste au cœur de la prévention, celle-ci soit fortement améliorée.

Jacques Brotchi, 
Député Bruxellois

La promotion de la santé, toujours face à son défi historique

A l'heure de la publication de ces lignes, le nouveau décret organisant la promotion de la santé à Bruxelles aura été voté. Bruxelles (francophone) se voit donc dotée d'un outil spécifique pour articuler la promotion de la santé en réponse à ses besoins qui restent immenses, pointant comme objectif majeur la réduction des inégalités sociales de santé.
Même si le décret devra encore faire ses preuves et relever l'enjeu de sa lisibilité, nous saluons cette étape qui a été franchie avec la collaboration déterminée du secteur tout en intégrant aussi quelques enseignements de l'évaluation de l'ancien décret, réalisée voici quatre ans. Fort bien.
Ceci étant, la situation reste inconfortable. Largement. Parce que la promotion de la santé reste encore trop cantonnée dans le giron de la Cocof. Parce que ses champs d'action ne débordent que très/ trop timidement des compétences de la Cocof. Parce que l'on cherche la volonté politique réelle d'assurer la transversalité de cette matière dans les autres secteurs de la politique bruxelloise, comme l'invite le projet de Bruxelles Ville Santé. Tout cela alors que, précisément dans son introduction, le décret énonce et développe de façon remarquable l'ensemble des déterminants de la santé. Où il y est question de niveau de revenu, de statut social, d'éducation, d'emploi, de conditions de travail, de culture, d'environnements physiques et sociaux... auxquels on peut ajouter le logement et la mobilité. Autant de matières qui débordent largement le cadre de la Cocof. On peine donc à comprendre comment le décret parviendra à faire comprendre et assurer la plus-value de la promotion de la santé. Non qu'il s'agisse d'une coquetterie de sa part. Mais parce que la vision transversale de la promotion de la santé fait partie intégrante et structurante de son message. C'est son ADN, comme son défi historique. Non pour son plaisir, mais parce qu'elle peut jouer comme une forme d'incubateur du bien-être des citoyens et d'accélérateur de l'efficacité politique. On en a besoin, non ? J'invite toutefois chacun à lire les premières pages de ce décret. Justes et pertinentes.

André du Bus,
Député bruxellois cdH

Performance du système de santé belge : enjeux bruxellois

Le Centre Fédéral d’Expertise des Soins de santé (KCE) publie, comme tous les 3 ans, un « check-up » de notre système de soins de santé à partir de 106 indicateurs portant sur 6 domaines. S'il ressort du rapport que la qualité des soins en Belgique se situe dans la moyenne de l’UE-15, l’étude met en avant certaines disparités de résultats entre les Régions. Pour Bruxelles, les indicateurs se trouvent en moyenne entre les deux autres régions. Cependant certains indicateurs marquent une situation moins favorable. Ainsi, en matière de vaccination contre la grippe, l’étude relève de mauvais résultats (et qui se dégradent) à Bruxelles où seulement 47,8 % de la population de plus 65 ans est vaccinée contre 50,1% en Wallonie et 60,6% en Flandre. Le faible taux de ménages ayant un médecin généraliste à Bruxelles est très certainement une des causes de ce mauvais résultat.
Pour ce qui est de l’accessibilité des soins, le report de soins est un très bon indicateur. L’étude montre un taux à Bruxelles de 22% de foyers déclarant un report des contacts avec les services de santé pour raisons financières, contre 9% en Wallonie et 5% en Flandre. La situation est donc très préoccupante. D'autant que si elle semble au premier abord évoluer favorablement ces dernières années – données 2008 : 26% – cela pourrait être uniquement lié à des méthodologies d'enquête différentes... Même s'il faut souligner, et cela se retrouve dans les autres items explorant l'accessibilité, l'effet bénéfique du maximum à facturer et de l'extension des catégories de patients pouvant bénéficier de l'intervention majorée, réformes portées sous l'ancienne législature par Laurette Onkelinx. Notons tout de même que certains indicateurs nous placent favorablement par rapport aux deux autres régions : c'est le cas pour la prise d'antibiotiques ou pour le délai de consultation d'un spécialiste.
Ainsi l'étude KCE est riche d'enseignements pour Bruxelles. A l’heure où le Plan Santé bruxellois est en chantier et où la répartition des compétences donne plus de place à l'échelon régional dans la politique de santé, cet outil doit nous guider afin de pointer les faiblesses et prendre toutes les mesures utiles à notre niveau. Tout en maintenant nos points forts !

Catherine Moureaux,
Présidente du Groupe PS au Parlement francophone bruxellois,
Députée bruxelloise et au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles

Précarité énergétique et santé

La prise en compte des déterminants sociaux de la santé se décline aussi sur le plan de la précarité énergétique. Qu’est-ce donc ? Il est d’usage de définir le concept de précarité énergétique par l'état de précarité de personnes, familles ou groupes n’ayant pas un accès normal et régulier dans leur logement ou lieux de vie aux sources d'énergie nécessaires à la satisfaction de leurs besoins primaires.
Le lien avec la santé est facile à deviner. Selon l’Institut de veille sanitaire français, les mécanismes physiologiques déclenchés par le froid mettent en jeu de nombreux systèmes : nerveux, endocrinien, cardiovasculaire et respiratoire. Concrètement, les maladies qui planent sur les personnes qui vivent dans un environnement trop froid sont potentiellement les crises d’angine de poitrine ou d’asthme, les infections respiratoires, voire même des accidents vasculaires cérébraux ! Sans oublier d’autres phénomènes infectieux plus connus tels que la grippe. La faible température à l'intérieur du logement est donc un réel facteur de risque de ces maladies.
Quid de la précarité énergétique en Belgique ? Le SPF Economie s’est penché sur l’impact des prix énergétiques dans l’accroissement des inégalités dans le modèle social belge, dans une étude éditée en 2015. Les conclusions sont diverses. Retenons un constat particulièrement alarmant : 5,6 % des Belges, ce qui représente environ 550.000 personnes, déclarent ne pas pouvoir chauffer suffisamment leur logement pour des raisons financières. La faiblesse des revenus était retenue comme la principale cause de précarité énergétique.
La Région bruxelloise occupe une position spécifique dans cette problématique. Il apparaît que les locataires sont nettement plus touchés que les propriétaires par les différentes formes de précarité énergétique. Ils sont près de 20% à avoir une facture énergétique trop lourde contre 11% des propriétaires ! A cet égard, la situation bruxelloise appelle un ciblage affiné des politiques, tout en ayant un regard global. En effet, dans le contexte de la précarité énergétique, les facteurs mobilisés sont le logement, l’environnement et l’énergie. La santé ne peut donc que se penser de manière transversale. J’interpellerai bientôt la Ministre compétente sur le sujet !

Michel Colson,
Chef de groupe DéFI au Parlement francophone bruxellois

 

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