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La santé sur le web

Le 18 mars, Question Santé, organisait une journée de réflexion et d’échanges sur la place de la prévention et de la promotion de la santé sur le web intitulée « Promotion de la santé et web 2.0, parlons-en ! ». 120 participants des divers horizons du secteur de la promotion de la santé ont échangé et évoqué leurs pratiques mais aussi leurs questions, doutes et parfois réticences au développement de l’Internet interactif dans leur travail. L’expérience s’est montrée très positive et enrichissante !

web bs 74Fin 2013, Question Santé asbl a été sollicité par Modus Vivendi pour un soutien méthodologique suite à une réflexion menée sur l’usage des réseaux sociaux dans plusieurs de leurs projets. Très vite, nous concluons que nos deux asbl partagent les mêmes doutes mais également les mêmes visions des potentialités que peut générer le web 2.0. Modus Vivendi organise alors un « Petit-déjeuner des risques » [1] sur le thème des réseaux sociaux lors duquel plusieurs associations présentes font part de leurs expériences, réussites et difficultés dans l’utilisation des réseaux sociaux. Les échanges sont riches. Les avis divergent. Certains parlent d’investissement fainéant, d’autres, d’énormes potentialités de participation citoyenne. Le phénomène du web social séduit, non sans amener son lot de questions : quelles informations diffuser ? Dans quel but ? Les outils web permettent-ils de diminuer la fracture sociale en matière de santé ou, au contraire, la renforcent-ils ? Peut-on viser des changements de comportement par ce biais ? Quelle éthique en matière de santé sur le web ? Où s’arrêter ? Quelle confidentialité ? Quel soutien social permet-il d’offrir ? Comment mesurer l’impact des publications en ligne ?

web 2 bs 74Sur base des besoins et interrogations récoltés lors de ce « Petit-déjeuner des risques », Question Santé asbl propose alors, en partenariat avec d’autres associations [2], d’élargir le débat à l’ensemble des acteurs du champ de la promotion de la santé et organise une journée de réflexion et d’étude le 18 mars : « Promotion de la santé et web 2.0, parlons-en ! ». Lors de cette journée, des professionnels du champ de la promotion de la santé, des professionnels de la communication numérique – belges et internationaux – ont tenté, grâce à des présentations de projets, des animations de groupes de travail et des conférences, de répondre aux diverses questions soulevées.

 

 

La matinée a été consacrée aux ateliers pratiques animés par des professionnels de la communication numérique : Jasna Cattonar, formatrice en outils web, a détaillé les potentialités des outils web, Yves Vandeuren, inbound marketing professional, s’est intéressé aux développements d’une stratégie on-line et aux moyens nécessaires à sa mise en place, David Heard, responsable de campagnes de communication a ouvert le débat sur le type de soutien social offert par les forums et autres espaces de discussion ainsi que sur la question de la confidentialité ou de l’anonymat. Jean Luc Manise, journaliste indépendant et expert en medias sociaux, et Christophe Hendrick, Web analytics expert, se sont penchés sur les objectifs spécifiques de la promotion de la santé via le Web, mais aussi sur l’impact des projets et la difficulté de les évaluer. Enfin, Xavier Degraux, formateur et consultant en médias sociaux et marketing de contenu, et Christophe Piret, digital strategist, ont abordé la question de l’investissement humain et financier exigé par cette nouvelle forme de communication et des partenariats possibles entre ceux qui utilisent ce canal en matière de santé.
A midi, lors d’un speed projects dating original, des acteurs du secteur de la promotion de la santé ont présenté leurs actions et réalisations sur le Web.
Enfin, l’après-midi, des intervenants internationaux ont apporté leurs regards d’experts et de praticiens. David Heard, responsable du département des campagnes à l’INPES (France) a abordé le thème des enjeux et des limites de la communication web en promotion de la santé. Tout en évoquant les usages d’Internet, Pr. Lise Renaud, directrice de ComSanté (Université du Québec, à Montréal) a présenté des exemples de pratiques en matière de promotion de la santé par vidéoconférence. Le Pr. Louise Sauvé (UER Education, Université du Québec - Teluq), a parlé des jeux virtuels en ligne, avec des expériences menées en matière d’asthme et d’infections sexuelle- ment transmissibles et Emily Renahy (St-Michael’s Hospital, Toronto) a posé la question des inégalités sociales et du Web.

Etre sur Internet ou ne pas y être ?

web 3 bs 74web 4 bs 74La première question qui se pose à tout professionnel du secteur est celle de la pertinence de la promotion de la santé sur Internet. Nous vivons une ère numérique intense où l’interactivité est quasi permanente et les réseaux sociaux en sont les acteurs phares. Près de 35% de la population mondiale utilise Internet [3] et 20% utilise les réseaux sociaux [4]. En Belgique, près de 5 millions de personnes se connectent au moins une fois par jour [5]. Le potentiel de viralité est donc bien réel : en quelques clics, un message peut faire le tour du monde bénéficiant au passage d’une crédibilité et d’une garantie qualité supposée par les « j’aime » de nos amis et connaissances. Face à l’ampleur de ce phénomène, il est judicieux de se poser la question de ce que cela représenterait pour toute association qui souhaite diffuser une information, de ne pas y être présent ! A l’inverse de la TV ou de la radio, Internet et plus spécifiquement les réseaux sociaux sont des canaux de communication potentiellement influents qui permettent d’atteindre un public beaucoup plus précisément, là où il se trouve. Potentiellement, c’est un média modulable, vivant, évolutif. Un message santé peut par exemple être beaucoup plus détaillé, pédagogique, avec la possibilité de faire participer le public à l’information, de tisser une relation adaptée avec l’usager, etc.

Les inégalités de santé sont aussi numériques... ou pas

Ensuite, se pose la question du public et de son accès à l’information santé sur Internet. Ce qu’on appelle la « fracture numérique », la problématique des inégalités d’accès en matière d’utilisation de l’Internet, se situe à différents niveaux, à la fois sociaux, économiques et sanitaires. En effet, au delà des différences majeures opposant les pays du Nord au Sud, des disparités existent aussi à l’échelle nationale et résultent d’une stratification économique et sociale. Outre le niveau de revenus, des facteurs discriminants à l’usage d’Internet dans le cadre de la santé, sont aussi l’âge et le niveau d’études. En effet, la proportion d’internautes diminue avec l’avancée de l’âge alors même que les problèmes de santé et attentes en matière d’information augmentent avec l‘âge. De plus, des compétences informatiques et informationnelles sont également nécessaires pour utiliser de manière efficace un ordinateur et Internet. Ainsi qu’un certain sens critique est nécessaire pour évaluer les informations et les utiliser efficacement (par ailleurs, ces compétences sont également nécessaires pour d’autres supports de communication qu’Internet). Pour cela, d’autres facteurs discriminants entrent en jeu tels que le statut socio-économique, le capital culturel, les capacités mentales et cognitives et la motivation. Selon certaines études, il apparaît que dans une population générale, les personnes qui auraient le plus besoin d’Internet comme source potentielle d’informations sur la santé (pour compenser le déficit d’informations et l’éloignement des soins de santé), sont aussi celles qui l’utilisent le moins. En revanche, chez les personnes malades et confrontées à des difficultés de compréhension de l’information donnée par les médecins, Internet apparaît comme un complément utile pour la prévention (exemple du site www.mongeneraliste.be). Associé à un suivi médical régulier, l’usage d’Internet apparaît alors comme source utile d’information [6]. Si certains affirment qu’Internet augmente les inégalités sociales car l’Internet-santé ne bénéficie qu’aux plus privilégiés, d’autres par contre, affirment qu’Internet diminue les inégalités car il permet l’accès à l’information et aux soins à un coût réduit. Le débat est donc ouvert.

Etre acteur de sa santé

web 5 bs 74Le web a largement investi le champ de la santé, transformant les modalités de transmission des savoirs. En cela, il est lié à la question de l’autonomie que cherchent à acquérir de plus en plus de personnes dans le domaine de la santé. En Belgique, parmi les 73% des ménages qui ont un accès Internet, 47% effectuent des recherches d’informations sur la santé [7]. Auparavant, le médecin était la seule source d’information santé. Aujourd’hui, cette information vient aussi de l’entourage, des médias traditionnels ou modernes. Le recours à Internet intervient même en l’absence de problématique de santé. Des informations sont diffusées au moyen de campagnes de prévention ou de publicités commerciales. La recherche d’information santé est faite d’allers-retours entre différentes sources qui doivent être considérées comme complémentaires. Internet est généralement perçu comme un moyen rapide d’obtenir de l’information en matière de santé, accessible à tout moment et de manière confidentielle. La possibilité de vérifier et comparer les informations séduit. L’augmentation des services interactifs et des sites dédiés à la santé et au bien-être coïncide avec l’apparent désir des personnes d’être davantage actrices de leur santé. Internet est certes une source d’information importante mais n’est pas la seule. Elle a le mérite d’exister, de cohabiter en parallèle avec les autres sources d’informations santé que sont les médecins, l’entourage, les professionnels de la santé, les journaux, radios, etc.

Campagne de promotion santé « classique » vs campagne Internet

Même s’il est indéniable que les individus font des choix au quotidien qui influencent leur santé, il paraît difficile, de par la multiplicité des déterminants sociaux, de mesurer globalement l’impact d’un message de santé (tant sur Internet que sur un support classique) sur les changements de comportements individuels. Effectivement, la recherche d’informations en matière de santé et sa mise en application semblent supposées être régies par des choix individuels. Or, ces choix sont rarement faits librement. Si on prend l’exemple de la cigarette, connaître les facteurs de risques associés à ce comportement à risque ne conduit pas automatiquement à adopter des attitudes adéquates selon les critères de santé publique. De plus, la santé elle-même n’est pas perçue de la même manière par tous car elle renvoie à des représentations sociales bien personnelles, qui varient en fonction du contexte, du temps et des expériences de vie de chacun. Sans compter que l’adoption d’un comportement de santé adéquat dépend également du degré de conscience de la gravité du problème, de son implication personnelle, des avantages et inconvénients perçus à l’adoption de ce comportement, de ses propres capacités à le réaliser, de l’influence du milieu social et professionnel sur les comportements liés à la santé, etc. [8] Selon certaines recherches, [9] il semblerait que les personnes les plus éloignées des préoccupations de santé (jeunes, hommes, n’ayant pas fait d’études supérieures) ont aujourd’hui accès grâce à Internet, à une source d’information qui semble avoir une influence sur leur façon de se soigner [10]. Les personnes les plus éloignées des normes de santé, les plus insatisfaites de la relation avec le médecin ou encore en marge du système traditionnel estiment qu’Internet-santé a une influence sur elles. Les plus jeunes ou encore les personnes les plus éloignées du système de soins ont tendance à utiliser Internet comme outil de substitution aux consultations médicales [11]. La question de l’influence réelle d’Internet sur la santé est donc importante et des études approfondies sur l’impact positif ou négatif que peuvent avoir des messages santé Internet mériteraient d’être menées.

Vers des labels éthiques « santé »

web 6 bs 74La question de l’éthique lorsque l’on fait de la promotion de la santé est la même que ce soit sur un support Internet ou sur un support classique. Comme pour toute information santé, le contenu doit être validé scientifiquement, accessible, nuancé, permettant un choix, l’émetteur du discours facilement identifiable, les sources utilisées identifiées... Internet regorge effectivement de sites abordant des thématiques santé, pour beaucoup, pas toujours fiables. Pour aider l’internaute à évaluer la qualité d’un site, des labels de qualité ont été créés : « HONcode » ou « Promosantenet » en Fédération Wallonie-Bruxelles, par exemple. Ces labels restent cependant insuffisamment connus et se limitent aux sites qui en font la demande d’attribution.

Le web 2.0, un nouvel outil au service de la promotion de la santé

Faire de la promotion de la santé sur Internet, ce n’est certainement pas seulement faire de la communication. Si Internet n’est qu’un outil, un support de communication au service d’un objectif, d’un message, d’un échange, il peut être un formidable instrument pour la promotion de la santé. A nous d’apprendre à comprendre cet outil avec ses avantages et ses inconvénients, à l’apprivoiser et à faire preuve d’innovation et de créativité pour en exploiter au mieux les potentialités.

Delphine Matos Da Silva
Question Santé

La réflexion initiée lors de la journée "Promotion de la santé et web 2.0, parlons-en !" ne s’arrêtera pas le 18 mars.
Elle est destinée à se prolonger à travers différents outils – certains en ligne, évidemment ! – tel qu’un futur e-book reprenant les contenus de la journée, photos reportage vidéo et making-of de la journée. Des tables d’échanges sont également prévues. De plus, répondant aux demandes du secteur, 10 formations pratiques et techniques, avec des professionnels du Web, proposées à un tarif préférentiel seront organisées. Ces formations seront une occasion unique de se former aux outils Web à des prix avantageux et de rencontrer d’autres professionnels du secteur de la promotion de la santé ayant des préoccupations et interrogations similaires.Le premier cycle de formations aborde Google Analytics, l’écriture Web et le référencement naturel. D’autres thématiques (Se lancer dans la création d’un site Web, L’expression des besoins dans un projet Web, Html5/ css3, LinkedIn, Twitter, Référencement payant et Photoshop) ne faisant pas l’objet de ce premier cycle, seront proposées plus tard.

INFOS PRATIQUES
Lieu : Question Santé asbl, rue Sans Souci 65 à 1050 Bruxelles
Heure : de 13h à 17h
Nombre de participants par formation : de 5 à 10 personnes maximum Tarif : variable selon les formations
Attention !!! Date limite des inscriptions le 29 août.

Question Santé asbl
www.questionsante.org 
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Notes

[1] Lors de ce « Petit-déjeuner des risques » ont été réunis des acteurs en promotion de la santé ayant déjà expérimenté l’usage des réseaux sociaux pour l’un de leurs projets. Chacun a présenté son outil en spécifiant les objectifs, évaluant les limites et mettant en avant les bénéfices. Etait également présent un spécialiste des médias sociaux pour apporter un regard extérieur, répondre à nos doutes, cadrer nos besoins et nous faire bénéficier de son expérience de publiciste spécialisé en marketing viral.

[2] La journée de réflexion et d’échanges « Promotion de la santé et le web 2.0, parlons-en ! » est une initiative de Question Santé asbl, en partenariat avec Education Santé/Mutualités Chrétiennes, Modus Vivendi, Plate-forme Prévention Sida, Love Attitude, Sex&Co, Cultures&Santé, PIPsa/ Solidaris/La Mutualité Socialiste, avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

[3] Soit 2,4 milliards de personnes connectées à travers le monde, 500 millions en Europe, 8 millions et demi en Belgique. Source internetworldstats.com, juin 2012

[4] www.emarketer.com , avril 2013

[5] Interactive Advertising Bureau Belgium & InSites Consulting, 2013.

[6] C. Thoër et J.J. Lévy sous la direction de « Internet et santé. Acteurs, usages et appropriations », Presses de l’Université du Quebec, 2012

[7] www.statbel.fgov.be - Direction Générale Statistique et informatique Economique, Communiqué 2011, SPF Economie PM, Classes moyennes et Energie

[8] C. Thoër et J.J. Lévy sous la direction de « Internet et santé. Acteurs, usages et appropriations », Presses de l’Université du Quebec, 2012

[9] E. Renahy

[10] Les évaluations de comportements ont été recueillies de manière déclarative et analysées de manière uniquement descriptive

[11] C. Thoër et J.J. Lévy sous la direction de « Internet et santé. Acteurs, usages et appropriations », Presses de l’Université du Quebec, 2012

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