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6ème Réforme de l'Etat, le secteur de la promotion de la santé s'organise !

Face aux incertitudes du transfert de la promotion de la santé de la Fédération Wallonie-Bruxelles à la COCOF, le secteur bruxellois a décidé de ne pas rester les bras croisés et de s'organiser pour faire entendre sa voix dans l'intérêt des citoyens, usagers des nombreux services proposés par les associations du secteur. Le résultat : la Plateforme bruxelloise de promotion de la santé et un mémorandum destiné aux femmes et hommes politiques.

Le 1er juillet 2014, le secteur de la promotion de la santé sera transféré de la Fédération Wallonie-Bruxelles à la COCOF et à la Région wallonne. Un transfert rempli d'incertitudes quant au maintien des financements. Les 36 associations actives en Fédération Wallonie-Bruxelles et membres de la Plateforme bruxelloise du secteur de promotion de la santé, n'ont aucune information claire quant à leur survie d'ici fin 2015 : la plupart des financements de celles-ci viennent à échéance dans le courant du 1er semestre 2015.

La Promotion de la Santé, qu'est-ce que c'est ?

Reposant sur une vision globale de la santé, la promotion de la santé désigne une philosophie d'action et un ensemble de stratégies accordant autant d'importance aux comportements qu'à l'environnement.
La promotion de la santé n'est donc pas à considérer comme une « super-éducation à la santé » et ne se limite pas à la prescription de modes de vie sains. Elle dépasse une approche préventive pour viser le bien-être au travers de stratégies engageant de manière coordonnée plusieurs niveaux d'action :
♦ politique : à travers l'élaboration de politiques publiques saines, dans lesquelles les lois et réglementations de tous les secteurs de l'action publique sont soumises à la question de la santé, promouvoir la santé étant profondément politique ;
♦ environnemental : à travers la création de milieux favorables à la santé c'est-à-dire la conservation des ressources naturelles et surtout le développement de conditions physiques et sociales, matérielles et organisationnelles satisfaisantes dans tous les lieux de vie (logement, travail, école, espace public...) et soutenant les efforts des individus et des communautés dans leur quête de bien-être ;communautaire : à travers le renforcement de la participation de la population à la définition des priorités, à la prise de décision et à l'action en ce qui concerne la santé, promouvoir la santé étant profondément démocratique ;
éducatif : à travers le développement des aptitudes personnelles indispensables à la vie et à travers des démarches éducatives visant l'émancipation et l'augmentation des capacités de s'informer, de décrypter, de critiquer, de prendre la parole, de faire des choix, d'agir individuellement et collectivement... ;
institutionnel : à travers la réorientation des services de santé, notamment en décloisonnant les activités curatives et la prévention.


Et pourtant leur travail est essentiel pour réduire la fracture sociale et sanitaire à Bruxelles. Si les associations disparaissent, ce sont des milliers de personnes vulnérables qui vont être coupées d'un ensemble de ressources favorables à leur santé dont elles sont déjà trop souvent exclues. En allant sur le terrain à la rencontre des publics vulnérables, en connaissant leurs besoins et leurs conditions de vie, les associations actives dans le secteur de la promotion de la santé contribuent à améliorer les conditions de santé de ces populations. Elles agissent sur l'ensemble des déterminants (logement, éducation, emploi, santé, loisirs...) qui influencent l'état de santé de ces personnes grâce à un travail de proximité avec ces dernières mais également par un soutien aux professionnels du secteur et en étant un relais politique.

Si on sait que l'enveloppe budgétaire qui finance la santé sera transférée aux entités fédérées, on ne sait encore rien de la façon dont ce budget sera réparti entre les différentes composantes sectorielles de la santé. Dans le secteur de la promotion de la santé, les inquiétudes sont grandes car les vrais enjeux sont ni plus ni moins que la survie même de la promotion de la santé. En effet, il y a différentes façons d'envisager la santé. Et, à l'heure d'écrire ces lignes, nous n'avons aucune certitude que l'approche de la santé défendue dans le cadre de la promotion de la santé, (c'est-à-dire comme un processus qui confère aux populations les moyens d'assurer un plus grand contrôle sur leur propre santé et d'améliorer celle-ci en valorisant les ressources sociales et individuelles, ainsi que les capacités physiques et en agissant sur les déterminants de la santé), fera partie à l'avenir des priorités des futures politiques de santé publiques. Aujourd'hui, rien ne nous assure que les choix des futures politiques de santé ne s'orienteront pas vers des actions certes urgentes mais surtout plus visibles que le long travail de fond réalisé par les associations actives en promotion de la santé.

La promotion de la santé repose sur une vision globale de la santé où le logement, l'éducation, l'emploi, les loisirs sont essentiels au bien-être de chacun. Elle intervient en amont des problèmes grâce à des travailleurs de terrain expérimentés qui vont vers les populations vulnérables avec une méthodologie adaptée à leurs besoins. Elle prévient des soins curatifs plus coûteux. Elle va au-delà du soin médical et d'une vision morcelée entre le préventif et le curatif. La santé est un droit fondamental pour tous sans aucune discrimination sociale, ethnique, territoriale, générationnelle, de genre.

Bruxelles, Capitale de l'Europe, de la Belgique, Région à part entière doit être un exemple de lutte contre les inégalités sociales et de promotion de la santé.

La Belgique, pionnière de la Promotion de la Santé 14 juillet 1997 : une date phare pour la promotion de la santé.
Le parlement de la Communauté française adopte un décret organisant la promotion de la santé sous le regard envieux de nos voisins : c'est une première en Europe. Désormais la promotion de la santé est une matière spécifique relevant des compétences d'un ministre de la Santé. Il prévoit la mise en place d'un dispositif avec des priorités, des structures, des procédures, un budget afin d'opérationnaliser la promotion de la santé. Ce décret, qui connaîtra des modifications en 2003 puis en 2007, tire son inspiration en droite ligne de la charte d'Ottawa (1986). En effet, ce décret stipule que la promotion de la santé tend à « permettre à l'individu et à la collectivité d'agir sur les facteurs déterminants de la santé et, ce faisant, d'améliorer celle-ci, en privilégiant l'engagement de la population dans une prise en charge collective et solidaire de la vie quotidienne, alliant choix personnel et responsabilité sociale. La promotion de la santé vise à améliorer le bien-être de la population en mobilisant de façon concertée l'ensemble des politiques publiques ». Désormais, politiques, professionnels et habitants sont invités à promouvoir ensemble la santé !
Quand l'urgence nous rassemble !

Depuis plus de quinze ans, le Centre Bruxellois de Promotion de la Sante (CBPS) s'attelle à soutenir la concertation des acteurs psycho-médico-sociaux du terrain bruxellois. Dans l'accompagnement des coordinations sociales, réseaux santé, concertations communales, interface entre acteurs de prévention et acteurs scolaires, le temps est notre allié. Mais cette fois-ci, il y a urgence ! La promotion de la santé est menacée dans le cadre de la 6ème réforme de l'Etat avec la perspective d'un transfert de la Fédération Wallonie-Bruxelles vers les Régions. Bref historique d'un appel à un combat collectif...

Fin 2013, le CBPS membre du CA du CBCS (Conseil bruxellois de Coordination Politique), intègre la cellule PLASTIC (Plateforme Associative de Suivi de l'implémentation en Région Bruxelles-capitale des compétences transférées par la 6ème réforme de l'Etat). Mais pour le CBPS, représenter la promotion de la santé à Bruxelles ne peut s'envisager qu'en étant le relais de la voix collective du secteur. Un coup de sonde auprès des institutions subsidiées par la promotion de la santé nous confirme la légitimité de coordonner et d'animer cette nouvelle concertation. Dans un premier temps, nous sollicitons les acteurs du secteur qui ont leur siège à Bruxelles. En effet, la réalité institutionnelle bruxelloise, complexe, nous demande de prendre un temps pour s'attarder sur cette spécificité.

A vos marques !

Nous identifions des objectifs pour cette concertation : échanger des informations, améliorer la visibilité, valoriser à travers un travail collectif la démarche spécifique de la promotion de la santé. Les invitations sont lancées à 36 institutions. 21 sont présentes dès la première réunion de décembre. Une autre date est fixée, à l'issue de cette réunion... la Plateforme est née ! Aux objectifs déjà identifiés, s'ajoute la nécessité de diffuser aux représentants politiques l'importance du travail réalisé quotidiennement par les associations actives en promotion de la santé et de relayer les inquiétudes du secteur face aux incertitudes nées de la 6ème Réforme de l'Etat. L'articulation entre la Wallonie et Bruxelles sera assurée par la représentation du CBPS à la plateforme wallonne et la représentation d'un CLPS wallon à la plateforme bruxelloise. En effet, il est important d'assurer une cohérence au secteur sachant que beaucoup d'acteurs de cette plateforme bruxelloise opèrent aussi en Wallonie.

Les réunions de la plateforme bruxelloise vont alors s'enchaîner tous les mois, et entre celles-ci, des groupes de travail s'organisent. Les délais sont courts, faire travailler ensemble des professionnels se connaissant finalement peu pour une production rapide est un énorme défi ! A la deuxième réunion, la décision de faire appel à un appui extérieur pour accompagner l'élaboration d'un mémorandum est prise, ce sera le CFIP.

Une expertise commune


Chaque réunion est l'occasion de se rendre dans une institution différente et, ainsi de mieux se connaître. Le 25 février, au GAMS, les 23 institutions présentes se réunissent pour identifier collectivement ce qui caractérise la plus-value de la promotion de la santé en partant de quatre questions :

En quoi la promotion de la santé est- elle utile à la société ?
Quelle plus-value fournit-elle concrè- tement ?
Vers quels publics ?
Vers quels domaines ?
Dans un second temps, les membres de la plateforme s'attellent à identifier les enjeux du secteur, les meilleurs moyens de vulgariser et de transmettre ces enjeux et les acteurs et relais susceptibles d'être intéressés par la promotion de la santé. Cogitations, brainstorming, tous les membres s'impliquent dans le travail d'élaboration du futur mémorandum. Et, le 24 mars, toutes les institutions s'accordent pour signer le document final. Ce mémorandum est alors envoyé à tous les politiques bruxellois et de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Communiquer


Le mémorandum à peine clôturé, il s'agit de toucher les politiques mais aussi de communiquer auprès des journalistes. Un groupe « COM » est mis en place et élabore un dossier de presse. Ce dossier, fruit d'un travail collectif, reprend en plus du mémorandum, un court communiqué de presse, une présentation de la promotion de la santé, un historique de celle-ci et une présentation du travail des associations signataires.
Notre approche auprès des politiques est aussi concertée. Nous définissons trois axes d'interpellation : la continuité de l'offre des services, l'emploi et la représentation du secteur. En fonction du carnet d'adresses des uns et des autres, des contacts téléphoniques s'organisent, des rendez-vous se prennent vers les différents partis PS, MR, FDF, Ecolo, CDH, PTB. Une délégation de la plateforme se met en marche avec en main, outre le mémorandum, des questions, des revendications et le programme des partis. Le secteur de la promotion de la santé n'a pas dit son dernier mot !

L'équipe du CBPS


La Plateforme bruxelloise de promotion de la santé demande à ce que tous les services actuels soient maintenus pour la population bruxelloise par une reconnaissance structurelle et financière du secteur permettant de garantir et renforcer les emplois.
Les 36 institutions membres de la Plateforme bruxelloise du secteur de la promotion de la santé employant chacune entre 5 et 100 personnes demandent d'une part que tous les emplois du secteur soient maintenus et renforcés par un financement structurel. D'autre part, elles exigent une clarification rapide des modalités du transfert de compétences des Communautés aux Régions et enfin elles veulent être représentées dans le futur organisme d'intérêt public et dans les instances de décisions relatives aux politiques de santé.

Contact pour consulter en ligne le mémorandum : www.cbps.be
Centre Bruxellois de Promotion de la Santé asbl (CBPS)
Catherine Végairginsky
tél. : 02/639 66 88
Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

L'asbl Alias, un acteur de terrain unique à Bruxelles menacé par le transfert de compétences

L'asbl Alias a été fondée en mai 2009 par des professionnels psycho-médico-sociaux ayant travaillé par le passé auprès des hommes prostitués à Bruxelles ainsi que par nombre de représentants des secteurs associatifs bruxellois, wallons et flamands œuvrant dans les champs de la prostitution, du sida, de la toxicomanie, du sans-abrisme et dans le milieu LGBT (Lesbienne, Gay, Bisexuel/le et Transgenre).

Depuis l'ouverture de l'association, l'équipe a touché plus de 500 hommes prostitués différents à Bruxelles. Les chiffres ont quadruplé depuis la création de l'Asbl Alias : en contact avec 50 hommes prostitués en 2010, l'équipe en a rencontré plus de 200 en 2013. Cela fait 5 ans que les deux travailleurs sociaux de l'Asbl Alias accompagnés également de bénévoles arpentent les rues, les bars, les parcs de la capitale à la rencontre des hommes prostitués, cumulant plus de 220 soirées de travail de nuit. Avec leur coordinatrice, ils ne sont que trois permanents au total pour assurer la nuit, le travail de rue et le jour, les autres services offerts aux hommes prostitués : permanences d'accueil, de dépistage IST-SIDA et accompagnement individuel pour les démarches sociales et administratives.
Reconnue en tant qu'experte du public des hommes prostitués, l'asbl Alias ne bénéficie pourtant, malgré son travail indispensable, d'aucun subside structurel et pérenne. Sa survie est remise en cause chaque année. Les besoins des bénéficiaires ne cessent d'augmenter face à une équipe qui va en diminuant. L'asbl risque de devoir licencier une partie de son personnel à partir de janvier 2015, faute de financement.
L'avenir de l'association est désormais menacé par le transfert de compétences à la Cocof. Françoise Bocken, coordinatrice, a répondu à nos questions.

Craignez-vous à terme la disparition de l'approche spécifique de la promotion de la santé dans les politiques de santé publique ? Quelles en seraient les conséquences pour nous tous ?

La promotion de la santé n'est pas assez visible. C'est un secteur qui ne se « chiffre » pas facilement. Même si toutes les associations ont une vision, une approche, une méthodologie, des objectifs communs, il n'est pas possible de présenter des chiffres généraux synthétisant le travail de tous les acteurs du secteur. Il est très difficile d'illustrer les dénominateurs communs. Cette situation nous déforce et rend notre travail impalpable. Certains politiques qui s'y sont déjà intéressés comprennent les spécificités de la promotion de la santé. Mais beaucoup d'entre eux situent grosso modo la promotion de la santé quelque part entre le curatif et le préventif. Ils connaissent mal voire pas du tout les notions de déterminants de la santé.

Aujourd'hui, dans la situation économique que nous connaissons, la santé n'est clairement pas une priorité. Les priorités des politiques vont à la mobilité, à l'enseignement, à la petite enfance... Il y a donc un sérieux risque que la promotion de la santé soit diluée dans les autres secteurs de la santé.
Mais, d'un autre côté, nous avons senti lors de nos rencontres avec les femmes et les hommes politiques une vraie volonté de compréhension de la promotion de la santé. Tout espoir n'est pas perdu.

Votre association fait partie des institutions mises en danger. Quelles seraient pour votre association les conséquences d'une baisse voire de l'arrêt des financements ? Et pour vos usagers ?

Dans l'équipe d'Alias, depuis l'ouverture de l'association, nous sommes trois alors que les chiffres de nos usagers ont quadruplé. Deux postes sont financés jusque fin octobre 2015 mais le troisième est assuré seulement jusqu'au premier janvier 2015.

En tant que coordinatrice, 90% de mon temps de travail est consacré aux demandes de subsides, aux 5 à 6 rapports d'activité annuels, aux contacts avec les différents cabinets... en fait, à justifier l'argent reçu. Or, lorsque nous allons à la rencontre des hommes prostitués, nous travaillons toujours par deux. Avec un poste en moins et un poste dévolu à l'administratif, nous ne pourrons plus assurer le travail de rue dans les lieux de racolage pourtant essentiel à la création d'un lien de confiance avec notre public.

Avec un travailleur social en moins, ce sont aussi les missions d'accompagnement psycho-social et de permanences d'accueil et médicale qui sont menacées. Et nous avons déjà des délais de dix jours d'attente pour les prises de rendez-vous alors que nos usagers vivent souvent des situations de grande urgence. Le travail de proximité des associations de première ligne est très important. Si nos usagers devaient se retrouver lâchés du jour au lendemain dans la nature, on assisterait à une augmentation conséquente des coûts des soins curatifs. Nous assurons aussi un travail de relais, d'information vers les soins de santé de seconde ligne.

Comme les autres associations du secteur, nous avons besoin de subsides structurels et d'une subvention pérenne pour 5 ans.

La Plateforme a été créée fin 2013. Elle regroupe 36 institutions du secteur de la promotion de la santé. Qu'est-ce qui a motivé votre association à rejoindre la plateforme ? Quels sont pour votre association les avantages à en être membre ?

Nous avons été contactés par le CBPS. Au vu des importants enjeux qui se jouent dès cette année, il nous a paru évident que la Plateforme nous permettrait d'être mieux informés et donc d'acquérir une meilleure compréhension de la situation. Il est essentiel pour nous d'être très actifs au sein de la Plateforme particulièrement lorsqu'il s'agit d'aller à la rencontre des politiques. En effet, rencontrer les politiques nous permet de mieux évaluer leur connaissance de la promotion de la santé mais aussi d'entendre leur point de vue et de bénéficier de leur conseil stratégique ! Et surtout, on est plus fort à 36 que tout seul !

La promotion de la santé a comme particularité d'être intersectorielle, de développer des approches transversales des problématiques liées à la santé. La Plateforme vous permet-elle de nouer de nouveaux contacts entre associations ?

En tant que coordinatrice d'Alias, je représente les associations de promotion de la santé actives dans les domaines VIH/SIDA/ Assuétude avec lesquelles nous avons déjà beaucoup de contacts. La Plateforme nous permet de rencontrer d'autres associations que nous ne connaissions pas encore et surtout de développer le travail en réseau, de mettre en place des synergies et de s'inscrire dans le paysage associatif. Elle permet la mise en place d'un travail collectif et nous donne du poids vis-à-vis des politiques. Elle nous a également permis d'identifier un socle commun. Effectivement, nous étions tous d'accord sur la définition de la promotion de la santé et ses stratégies !

Aujourd'hui, quels attentes et espoirs fondez-vous sur la Plateforme ?

Ces attentes sont très concrètes, très engagées dans le cadre des menaces que la 6ème Réforme de l'Etat fait peser sur le secteur. A court terme, la Plateforme est un très bon outil de lobbying à destination des politiques. Après les élections, nous retournerons voir les nouveaux ministres en charge de la santé et nous leur réexpliquerons les enjeux. Nous maintiendrons également la pression sur les différents partis politiques. A moyen terme, la Plateforme permettra aussi d'interpeller la presse, les médias. Après les élections, les membres de la Plateforme auront l'occasion d'envisager de nouveaux partenariats avec les Fédérations, les mutuelles ou les syndicats par exemple. Il faudra réfléchir s'il est possible de se regrouper avec d'autres acteurs également concernés par la réforme afin d'avoir plus de poids par rapport à la mise en place du transfert de la promotion de la santé.

Propos recueillis par Marie-Hélène Salah
Question Santé

La réduction des inégalités sociales de santé
Les études sont sans appel, la santé est étroitement liée au bien-être social. Les inégalités sociales de santé (bien présentes en Belgique et à Bruxelles) ne désignent pas une simple différence d'état de santé entre personnes favorisées et défavorisées mais se rapportent à un gradient social qui concerne toute la population. En d'autres mots, « chaque catégorie sociale présente un niveau de mortalité, de morbidité plus élevée que la classe supérieure » . Les ressources des personnes (logement, emploi, revenus, niveau d'études, loisirs...) font et feront santé ou non. Les interdépendances existant entre ces ressources produisent un effet cumulatif favorable ou défavorable qui, avec les années, va influencer la santé des personnes. La promotion de la santé apporte une réponse à cette injustice sociale, à travers une action sur les déterminants de santé et à partir d'une approche globale de la santé dans laquelle le contexte de vie des personnes a toute son importance.
Le Réseau Santé Diabète, dix ans de construction collective en danger

Le Réseau Santé Diabète est né en 2004 à la Maison Médicale des Marolles, dans un quartier où d'autres intervenants médico-sociaux ont montré une préoccupation face au diabète de type II. Dix ans de travail sont aujourd'hui mis en danger par le transfert de compétences liés à la 6ème Réforme de l'Etat. Muriel Norro, coordinatrice du Réseau nous en parle.

Le diabète de type II est une maladie grave et de plus en plus fréquente, qui touche à de multiples facettes de la vie quotidienne comme l'alimentation, l'activité physique, et la prise en charge médicale. Cette maladie touche aussi aux modes de vie et nécessite donc la participation du patient et de son entourage, un suivi pluridisciplinaire et une action éducative élargie à la santé dans son ensemble. Enfin, la maladie s'inscrit, ici, dans un contexte local – un quartier précarisé – qui complexifie encore un peu plus la prise en charge. Face à cela, ces intervenants ont considéré qu'il était essentiel de créer un réseau où l'on puisse retrouver de multiples professionnels du centre de Bruxelles qui travaillent en synergie : médecins généralistes, infirmiers, kinés, cuisiniers, professeurs d'éducation physique, animateurs, assistants sociaux...

Le Réseau Santé Diabète propose des activités, discussions, formations pour prévenir l'apparition du diabète et pour aider les patients diabétiques à comprendre, accepter et stabiliser leur diabète. Il encourage aussi la participation des habitants des Marolles aux actions de prévention : alimentation saine, activité physique régulière/appropriée et médecine préventive. Le réseau organise quatre groupes de travail, de réflexion et d'échanges de pratiques. Chaque groupe est un groupe d'échanges de pratiques interdisciplinaires, inter professionnelles et inter associatives. Tout ce travail pourrait être remis en question si les financements ne sont plus assurés lors du transfert de compétences.

Craignez-vous à terme la disparition de l'approche spécifique de la promotion de la santé dans les politiques de santé publique ? Quelles en seraient les conséquences ?

Nous ne craignons pas à proprement parler la disparition de l'approche spécifique de la promotion de la santé mais sa segmentation par région. En effet, nous craignons que les régions ne définissent pas les même priorités et, donc que les usagers n'aient pas accès aux mêmes services en fonction de leur lieu d'habitation.

Les associations actives en promotion de la santé ont une méthodologie, une approche, une culture commune et spécifique de leur public, soit des personnes vulnérables, immigrées, dépendants aux drogues, etc. Cette approche spécifique ne s'inscrit pas dans une offre de soins curatifs. Nous avons peur d'un retour à une vision de la santé restreinte à la médecine préventive et curative. Or, ce n'est pas la médecine préventive qui réduit la fracture sociale. Au contraire, limiter la santé à un accompagnement médical et à quelques grandes campagnes au détriment d'une approche locale va augmenter les inégalités sociales de santé.

La régionalisation, conséquence de la 6ème Réforme de l'Etat, n'intègre pas la problématique des déterminants de la santé. Il faudrait dans chaque ministère, pour chaque politique mise en place, une réflexion en terme de promotion de la santé !

Votre association fait partie des institutions mises en danger. Quelles seraient pour votre association les conséquences d'une baisse voire de l'arrêt des financements ? Et pour vos usagers ?

Nous travaillons uniquement sur Bruxelles. Nous couvrons une zone géographique qui va de la Porte d'Anderlecht à Madou, plus particulièrement centrée sur le quartier des Marolles. Notre réseau est diversifié. Onze organismes en sont membres dont cinq maisons médicales, une épicerie sociale, le CARIA et Cultures & Santé comme partenaire de deuxième ligne par exemple. Nous collaborons aussi avec des Agences Immobilières Sociales. Quoique le nom de notre association puisse laisser supposer, nous ne nous occupons pas seulement du diabète mais de la promotion de la santé au sens large. Notre association a deux pôles d'activités : les consultations et la promotion de la santé. Nous valorisons la promotion d'une santé globale à travers les activités physiques et l'alimentation saine.

Notre équipe, dont je suis la coordinatrice, se compose de deux diététiciennes et d'un promoteur des activités physiques ou coach. Nous proposons un accompagnement individuel qui nous permet de définir les besoins de nos usagers et, ensuite, de développer le volet communautaire. Chaque membre de l'équipe développe ses propres consultations individuelles ou de coaching puis les inscrit dans le volet collectif. Ce volet communautaire comprend de nombreuses activités comme les ateliers cuisine avec une approche diététique et alimentation équilibrée, les animations petits-déjeuners, les ateliers sur l'utilisation des huiles, des différentes sortes de cuisson, les habitudes alimentaires, la recette du légume du mois... Notre coach est le référent pour les activités physiques. Il établit l'état des lieux des animations et définit les besoins des usagers. Notre association a, par exemple, organisé des cours de natation, d'aquagym, de vélo. Nos animations sont destinées autant aux habitants qu'aux professionnels.

L'enveloppe budgétaire de la Fédération Wallonie-Bruxelles va être transférée à la Cocof. Si le montant transféré n'est pas équivalent, cela se traduira directement pour nous par une diminution du personnel et donc de nos services.

Une de nos missions est d'offrir une formation professionnelle, par exemple, aux maisons médicales et aux assistants sociaux des CPAS. Une diminution des financements nous contraindrait à réduire les formations dont les professionnels du secteur dépendent. Il y aurait d'importantes conséquences pour nos usagers car nous sommes déjà en sous effectif : les délais d'attente sont de deux mois pour une consultation individuelle avec une de nos diététiciennes ! Nous devrions encore réduire nos offres de suivi médico-social, de coaching, de consultation en diététique... Pour les usagers, ce serait un retour à une approche curative de la santé limitée aux 20 minutes de consultation chez un médecin avec son lot de conseils souvent incompris...

A certaines périodes, 95% du temps de travail est déjà consacré à des tâches administratives, aux rapports d'activités, etc, au détriment du travail social et de santé, de la recherche d'autres subsides et financement, du développement de nouvelles activités et partenariats, de contacts et de valorisation de notre travail avec des associations à l'étranger... 80 à 90 % du budget de l'association sont dépensés en frais de personnel. Parfois, on se dit qu'on arrive à produire un travail incroyable avec seulement 10 à 15 % du budget global même si on aimerait bien obtenir une aide de la Cocof pour réaliser des outils mieux faits et moins artisanaux par exemple. Nous sommes vraiment fiers du travail de notre réseau ! Et pourtant, les menaces qui pèsent sur notre association, signifieraient aussi la fin de ce travail en réseau et un retour à un isolement, un cloisonnement de nos services, le renoncement à certaines activités communautaires, la fin d'une approche globale et communautaire de la promotion de la santé à l'échelle du quartier, pas seulement de l'usager...

Qu'est-ce qui a motivé votre association à rejoindre la plateforme ? Quels sont pour votre association les avantages à en être membre ?

Au départ, nous avons rejoint la Plateforme pour être mieux informés et pour pouvoir diffuser les informations. Nos rencontres et nos discussions ont rapidement fait apparaître un manque crucial d'informations et des contradictions dans celles disponibles.

La Plateforme nous a permis d'être mieux informés et de mettre en commun nos informations mais aussi de nous concerter entre associations, d'établir un état des lieux de la promotion de la santé et de nous positionner par rapport au secteur dans son ensemble. Elle nous permet également de contacter les politiques. De plus, ce travail en commun est une opportunité de développer un trait d'union avec la promotion de la santé en Région Wallonne. Et puis, on se sent moins seul !

La promotion de la santé a comme particularité d'être intersectorielle, de développer des approches transversales des problématiques liées à la santé. La Plateforme vous permet-elle de nouer de nouveaux contacts entre associations ? Avez-vous constaté une culture commune aux associations actives en promotion de la santé ?

Oui, la Plateforme permet de rassembler tout le secteur et donc de nouer de nouveaux contacts. Cela nous a aussi permis de découvrir que nous partagions une philosophie commune en promotion de la santé. Celle-ci s'inscrit dans une démarche communautaire et participative et les enjeux des inégalités sociales de santé sont transversaux, ils concernent tous les aspects de la santé mais aussi du social, de l'éducation et même du logement.

Aujourd'hui, quels attentes et espoirs fondez-vous sur la Plateforme ?

Plusieurs espoirs : servir de trait d'union au sein du secteur de la promotion de la santé, être un relais auprès des politiques, augmenter la visibilité de la promotion de la santé mais aussi, dans l'avenir, aboutir à une représentation du secteur dans le futur OIP voire créer une fédération du secteur de la promotion de la santé.

Propos recueillis par Marie-Hélène Salah
Question Santé

Contact pour consulter en ligne le mémorandum : www.cbps.be
Centre Bruxellois de Promotion de la Santé asbl (CBPS)
Catherine Végairginsky
tél. : 02/639 66 88
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