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Echos des politiques

Cette rubrique donne la parole aux groupes politiques démocratiques.

En cette fin d’année, l’Observatoire de la Santé et du Social de Bruxelles-Capitale publie une étude fouillée sur les inégalités socioéconomiques en santé, détaillant des chiffres récents relatifs aux indicateurs de santé, aux principaux déterminants qui les influencent et proposant une cartographie de ces inégalités par quartier1. Si les chercheurs mettent l’accent sur la nécessité d’une action politique coordonnée, selon le principe d’universalisme proportionné, ils épinglent aussi le besoin de mieux comprendre les mécanismes sous-jacents et les facteurs contextuels pour ajuster les mesures à prendre. De quoi alimenter les futurs travaux des responsables politiques pour tenter de réduire ces inégalités, selon le principe Health in all policies.

Améliorer la qualité de vie de tous

La réduction des inégalités sociales de santé implique la nécessité d’agir globalement sur les déterminants sociaux. Les inégalités de santé ne concernent pas que les publics les plus précarisés, bien que les difficultés particulières qu’ils rencontrent doivent être prises en considération. Afin de réduire ces inégalités, nous avons souhaité au cours des dernières années, agir de manière transversale, en participant notamment à l’adoption du Plan stratégique de Promotion de la Santé. Nous avons pris de nombreuses mesures afin d’améliorer la santé des bruxellois. Il en va ainsi de l’amélioration de la qualité de l’air, via notamment la mise en place d’une LEZ (Low Emission Zone), la préservation de la nature et le développement d’espaces verts, l’alimentation (à travers la stratégie Good Food). Nous avons également pris des mesures en matière de logement, un domaine particulièrement crucial lorsqu’il s’agit de lutter contre les inégalités de santé : mise en place d’une allocation-loyer, renforcement du soutien aux AIS, construction et rénovation de logements publics.
Nos priorités pour demain restent de mettre l’accent sur la prévention et la promotion de la santé, qui permettent l’amélioration de la qualité de vie de tous, en poursuivant notre soutien aux mesures visant à améliorer la qualité de l’air, en agissant sur la mobilité notamment, l’alimentation, le bâti ou les liens sociaux. Sur le plan curatif, nous voulons garantir un accès à des soins de qualité pour tous les Bruxellois, en utilisant les possibilités offertes par les futurs réseaux hospitaliers, en poursuivant le développement de maisons médicales et en augmentant l’accès des publics précarisés aux dispositifs de médecine préventive.

Maxime Prévot,
Député fédéral et Président du cdH

L’urgence de coordonner politiques sociales et de santé

Plus d’un tiers des Bruxellois vit sous le seuil de pauvreté, alors que le secteur associatif, aidé par les entités politiques, travaille de concert pour diminuer les inégalités. La création des entités fédérées bruxelloises (PRB, Cocof, Cocom) a permis le financement d’un secteur social et de santé bruxellois dynamique et proactif luttant contre les inégalités sociales et de santé bruxelloises. Malgré les obstacles, elles tentent de coordonner ces politiques, d’associer première ligne de soins et hôpitaux. Cette collaboration a produit des outils politiques et opérationnels pour encadrer et soutenir le travail sur le terrain. Des hôpitaux publics ont vu le jour pour une médecine hospitalière de pointe et de proximité, accessible à tous, ainsi qu'un secteur ambulatoire, des maisons médicales, la promotion de la santé ou encore les politiques de prévention. Bruxelles a désormais son propre INAMI, IRISCARE2.

Les défis restent entiers et au travers de l’Ecole de transformation sociale, les acteurs de terrain nous invitent à réinventer l’action sociale et de santé avec des politiques croisées axées notamment sur la lutte contre le non-recours aux droits. Les Plans de lutte contre la pauvreté et de Santé, les ordonnances3 sont autant de chantiers ouverts et à poursuivre de concert avec les acteurs de terrain. Nous devrons en lancer d’autres, plus axés sur les familles monoparentales et les seniors car les besoins sont énormes. Toujours dans le même ordre d’idées, mon parti défend une gratuité totale des consultations (généraliste, dentiste, psychologue) et un remboursement adapté des lunettes et autres appareils auditifs.

Jamal Ikazban,
Député bruxellois et Chef de Groupe PS
au Parlement francophone bruxellois

 Renforcer la solidarité pour lutter contre les inégalités sociales de santé

Depuis les années 80, s'il y a une tendance lourde à déplorer en matière d'inégalités sociales de santé, c'est bien le démantèlement de la protection sociale. Il est devenu bien plus difficile d'accéder à des droits et de les conserver, notamment à cause des dispositifs de conditionnalisation et d'exclusion.

On ne peut en effet espérer éliminer les inégalités sociales de santé sans s'attaquer aux inégalités sociales elles-mêmes. Il est donc essentiel d'assurer une répartition juste des richesses, une égalité effective des droits et une amélioration substantielle des conditions de vie. Cela implique de réhabiliter les principes fondamentaux de solidarité et la sécurité sociale, ainsi que de sortir de l'engrenage d'une prétendue responsabilité individuelle de la pauvreté.

En dépit de ce contexte particulièrement inégalitaire, le niveau régional peut jouer un rôle important, au-delà d'une simple rustine venant remédier aux conséquences néfastes de cette tendance. Parmi les leviers qui peuvent être activés, figurent le logement, l’emploi, l'alimentation, la mobilité, etc. Notons à cet égard que le nouveau gouvernement bruxellois entend développer une politique ambitieuse pour les plus vulnérables et les plus pauvres. Il est également prévu dans l'accord de majorité des mesures visant l'accessibilité universelle à la santé, notamment au travers de l'effectivité des droits, la "fonction 0.5" et l'universalisme proportionné.

La solidarité et l’égalité doivent être les valeurs fondatrices de notre organisation sociétale, sans quoi les inégalités sociales, et singulièrement de santé, continueront de s’accroître.

Magalie Plovie,
Députée bruxelloise Ecolo et Présidente de l’Assemblée de la COCOF

Des réformes basées sur l’efficacité, la rationalité et l’évaluation

Durant ces vingt-cinq dernières années, les mandataires de DéFi se sont attelés à défendre une vision stratégique de la santé à travers la mobilisation de toutes les politiques publiques (l’économie, l’emploi, l’environnement, le logement, etc.) qui ont un impact sur la santé. Le Plan santé bruxellois et le plan stratégique de promotion de la Santé, portés et élaborés sous la précédente législature par Didier Gosuin et Cécile Jodogne, en concertation avec les acteurs de la santé, incarnent parfaitement cette vision.

Ils mettent notamment en exergue la nécessité d’élaborer des objectifs et des mesures « évaluables » tout en prônant un décloisonnement des acteurs et des secteurs par une plus grande transversalité. De fait, les défis futurs pour Bruxelles en matière de santé sont nombreux : croissance démographique, vieillissement de la population, explosion des maladies chroniques, contraintes budgétaires, révolution numérique... Ces défis continueront sans aucun doute à être exacerbés par le découpage territorial et linguistique complexe des compétences santé (personnes âgées, allocations familiales, infrastructures hospitalières, soins de la santé mentale ou encore la prévention contre les assuétudes) engendré par la 6e réforme de l’Etat.

Ainsi, face à cette complexité institutionnelle, nous pensons qu’il est grand temps d’évaluer les conséquences de la 6e réforme de l’Etat au sein d’une « commission spéciale » par le biais d’une consultation des acteurs du secteur et des citoyens. Notre objectif est qu’à l’avenir et pour l’avenir, les réformes ne soient prises que sur base de deux critères : l’efficacité et la rationalité. L’enjeu est véritablement de garantir un système des soins de santé de qualité pour tous et toutes.

Michaël Vossaert,
Chef de groupe Défi
au Parlement francophone bruxellois

Des Etats généraux Social-Santé pour dépasser la complexité bruxelloise 

La précarité a malheureusement une répercussion évidente sur l’état de santé de la population. A Bruxelles, environ 30 % des personnes sont contraintes de reporter leurs soins de santé pour des raisons financières. La fracture sociale s’étant creusée dans notre Ville-Région au cours des 25 dernières années, l’augmentation sans cesse croissante de la pauvreté dans certains quartiers a malheureusement entraîné une sous-consommation de soins. Dans un contexte urbain marqué par un boom démographique, une dualisation socio-spatiale et un allongement de l’espérance de vie qui implique un vieillissement de notre population, les besoins en soins de santé s’accroissent constamment.

Partant du constat de corrélation entre la situation sociale des personnes et les risques qu’elles encourent pour leur santé, les responsables bruxellois tentent d’articuler les politiques sociales et de santé. La complexité institutionnelle bruxelloise (on ne compte pas moins de cinq collectivités politiques compétentes) a probablement freiné pendant trop longtemps la construction d’une véritable politique Santé-Social intégrée. En raison d’un cloisonnement institutionnel et sectoriel trop prégnant, les politiques déployées n’ont largement pas été suffisantes au regard des besoins du secteur, et singulièrement concernant l’offre de première ligne (au contact direct avec les patients). Pour tenter de relever ce défi, la nouvelle majorité bruxelloise entend organiser des « Etats généraux de la santé et du social bruxellois », via une démarche de co-construction entre les acteurs publics et associatifs, les usagers et les chercheurs. On souhaite rationaliser les structures et créer de plus grandes synergies (notamment entre COCOM et COCOF).

Cette volonté affichée sera-t-elle suffisante pour dépasser les complexités institutionnelles, sociales et politiques auxquelles est confrontée notre Région depuis si longtemps ? On est à tout le moins en droit de l’espérer.

Gaëtan Van Goidsenhoven,
Sénateur et Chef de Groupe MR auprès de la Cocof


 1. Voir le site de l’Observatoire de la Santé et du Social de Bruxelles-Capitale : https://www.ccc-ggc.brussels/fr/observatbru/accueil.
2. Suite à la 6e Réforme de l’Etat, un INAMI bruxellois fondé sur la concertation sociale.
3. Première ligne de soins ; Accueil des per- sonnes sans-abri ; modifiant la loi organique des CPAS, le plan de réduction des risques, etc.

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